ACTE I. SCÈNE I. i
PAYNEL.
Le tort est de l'avoir et non de la montrer.
JULIENNE
Mes yeux de dix-huit ans sont si las de pleurer !
J'ai passé tant de jours, tant de nuits dans les larmes,
Les alarmes toujours succédant aux alarmes,
Les morts suivant les morts et, du clocher voisin,
N'entendant que le glas répondant au tocsin.
Ces deuils ont trop pesé sur moi, je m'en dégage I
PAYNEL.
La sœur de Du Guesclin tenir un tel langage!
JULIENNE
Quand la guerre était là, la sœur de Du Guesclin Domptait les désespoirs dont son cœur était plein, Et prenant au combat la part que Dieu nous donne, Faisait pour les Bretons son devoir de Bretonne. Aujourd'hui que la paix est faite, nul n'a droit D'emprisonner ma vie en ce cercle d'effroi.
P.VYXEL. . ,
Mais la paix, c'est ne plus lutter, ne plus combattre ;
l6 MESSIRE DU GUESCLIN.
C'est céder un instant au sort opiniâtre ;
Réparer en silence un sang trop affaibli :
Ce n*est pas le pardon, c'est encor moins l'oubli .
JULIENNE
L'oubli de quoi?
PATREX.
L'oubli des anciens adversaires.
JULIENNE
Il en est qui parfois font des amis sincères.
PAYNEL.
La confiance aveugle est mcre du regret.
JULIENNE
On ne peut pas toujours haïr.
PAYNEL.
On le devrait I Et l'on devrait surtout, Bretonne jeune et belle, Fidèle à son pays, à sa race fidèle.
Soi-même s'enchaînant à sa propre fierté.
Garder pour un Breton et jeunesse et beauté.