‹ Messire du Guesclin;Chapitre 11 sur 102 · ACTE I. SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE I

JULIENNE

Tq m'as sauvé la vie, et ma reconnaissance A tes libres propos donne toute licence ; Mais ici ton langage est au moins singulier : Pour être mon sauveur te crois- tu mon geôlier?

Ilélas ! je ne me crois et je ne voudrais être Que le bon chien de garde avertissant son maître. Je pressens qu*un malheur plane sur la maison. C'est mon instinct qui parle et non pas ma raison; Celui que vous aimez. . .

JULIENNE

Oh! silence, de grâce!

PAYNEL.

Autant et plus que vous le sujet m'embarrasse. Ce n'est pas, je le sais, l'affaire d'un soldat ; Aussi la main me tremble, aussi le cœur me bat, Car de tels entretiens voudraient une autre bouche. Mais quoi ! la faute en est à ce temps si farouche, A ce temps de désordre, où, chacun s'égarant,

iH MESSIRE DU GUESCLIN.

Rien n'est plus à sa place et personne à son rang ; Où la femme» où Tenfant n'a pu vivre tranquille Qu'à l'ombre d'une épée et qu'au fond d'un asile. Dans cet asile cncor combien d'assauts soudains I Si bien que pour garder des fronts de chérubins Mêlant leurs nimbes d'or aux barbes grisonnantes, Ce sont les écuyers qui font les gouvernantes.

JULIENNE

Nulle femme, jamais, mon bon, mon cher Pavnol, N'aura pour l'orpheline un cœur plus maternel. Val je te rends justice et, môme en sa colère. Ton dévoûmcnt pour moi no saurait me déplaire. Mais toi, qui te l'a dit et comment l'as-tu su, Ce secret do moi-même encor inaperçu?

P.VYNEL.

Elles remontent loin mes premières alarmes.

Du jour où, pour fêter sa noce au bruit des armes,

La paix étant signée et nos bras sans emploi,

Messire Du Guesclin ordonna ce tournoi.

Où durant quatre jours la lice fut ouverte ;

Et quatre jours durant, jeune, superbe, alerte.

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