ACTE I. — SCÈNE I
Glorieuse d'avoir ce juge glorieux,
La fleur des chevaliers vint jouter sous ses yeux.
Oh I les beaux coups d'épée ! Oh ! les fiers coups de lance !
Spectacle merveilleux d'adresse et de vaillance ! . . .
Hélas l la vision n'en va pas sans rancœur.
Il n'était pas Breton celui qui fut vainqueur.
JULIENNE
Breton ou non, c'est lui que Du Guesclin lui-même Fit au banquet du soir siéger au rang suprême, Et qui dès lors ici, chaque jour accueilli, S'est fait le compagnon de mon frère.
PATNEL.
Oui, c'est lui.
Lui, le fils endiablé de ce Gascon du diable. De ce Jean de Caours, routier impitoyable.
Qui, digne lieutenant de Charles le Mauvais, S'est fait payer sur nous des maux qu'il nous a faits. Le voilà maintenant comte et seigneur d'Argine.
JULIENNE
Breton de fait, alors?
PAYNEL.
Et bandit d'origine.
JULIENNE
Le fils n'est pas le père.
PAYNEL.
Oh ! cola j'y consen !
Tout autre est sa valeur, mais c'est le même sang. Et je suis sur, l'ayant souvent entendu dire. Que Mcssire Bertrand Du Guesclin qui l'attire. Ne flatte en ce seigneur qu'un chef à rallier ; Il est habile aussi, notre bon chevalier.
Les dehors sont grossiers de sa rude figvire; Il n'est ni beau d'aspect, ni brillant do tournure ; Mais celui que l'Anglais nomme le dogue noir. Sait comme un fin limier pourchasser son espoir; Et croyant aux combats plus qu'il ne croit aux trêves, Il sème des faveurs pour récolter des glaives.
JULIENNE
Mais mon bonheur alors est certain?