‹ Messire du Guesclin;Chapitre 53 sur 102 · ACTE II.- — SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II.- — SCÈNE VII

La moiti<S du pays cédée à TAngleterre !

Oh! pour le coup... — Je suis Parisien, seigneur, —

Ce fut comme un accès de furie et d'horreur;

Tous en étaient, bourgeois, artisans, prêtres même;

Nos voix se confondaient en un vaste anathcme :

a Trahison! trahison! Ah! nous sommes trahis!... »

Hélas ! on souflro tant des malheurs du pays !

On croit en la niant réparer sa faiblesse,

Nous accusions le'' roi, les princes, la noblesse,

Et do tous ces bourgeois nuls ne pensaient tout bas

A leurs fils rachetés pour n'être pas soldats.

Pourtant d'autres avis nous vinrent des provinces

Du courage du roi, du dévoûment des princes,

De l'héroïsme fou de nos pauvres vaincus;

Mais il était trop tard, Paris n'écoutait plus.

Le Prévôt des marchands tenait déjà la ville.

J'entends encor sa voix chaude, ardente, fébrile.

Nous haranguant devant la Maison aux Piliers.

Cet homme avait un charme et des dons singuliers I

Ce jour-là, — quatre jours presque après la débâcle, —

La foule allait à lui comme vers un oracle.

Je suivais le torrent. Nous arrivons là-haut.

r)8 MESSIRE DU GUESGLIN.

Il était là, debout, monté sur un tréteau, Et parlait. Il parlait du passé de la France ; Blâmant nos cœurs d'enfant do leur désespérance ; Disant qu'un tel pays n*est jamais aux abois; Seulement qu'il fallait reconquérir nos droits; Mettre un frein populaire aux volontés royales ; Confier nos deniers à des mains plus loyales; Avec un impôt moindre, avoir plus de soldats; Et pour chasser l'Anglais convoquer les États... Puis, venait tout un plan de grande politique. L'admission de tous à la chose publique ; La justice enfin juste et, — suprême fierté î — Pour tout homme sachant vouloir : la liberté ! Heureux et courts moments où tout semble propice, Où l'âme de la foule aspire au sacrifice.

Où tous les cœurs sont prêts à tous les dévoûmentsl Comme vous passez vite, heureux et courts moments ! C'était l'aube du droit, la fin do la misère ; Nous étions... et je crois qu'il était très sincère. Nos mille cœurs battants ne firent qu'un bravo : « Vive Etienne Marcel! Gloire à notre Prévôt! » Moi, j'étais près de lui. Sa parole de flamme

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