‹ Mesure de la FranceChapitre 11 sur 17 · LE CITOYEN DU MONDE EST INQUIET · texte numérisé non relu

LE CITOYEN DU MONDE EST INQUIET

Il n'y a plus de partis en France, il n'y en a plus dans le monde.

Il y a eu des partis au XIXe siècle, des personnes morales, qui portaient leur nécessité, leur originalité. Il n'y en a plus au XXe siècle. Il n'y a plus de conservateurs, de libéraux, de radicaux, de socialistes.

Il n'y a plus de conservateurs, parce qu'il n'y a plus rien à conserver. Religion, famille, aristocratie, toutes les anciennes incarnations du principe d'autorité, ce n'est que ruine et poudre. Réfugiées dans les mots, leur domaine est aussi bien l'avenir que le passé ; elles ne peuvent échapper à l'exil du souvenir que pour

N M E8 U R !■: î) K LA F R A NT I.

glisser vers la mystérieuse Utopie. Seul' réalités connues jusqu'ici, elles sont soumises à ce féroce et ironiqu» atar de n'exister plus que par l'artifice du verl Dans leur déchéance elles rejoignent leur ennemie : la Révolution abstraite, qui demeure entière et jamais vue quelquepart.

Il n'y a plus de libéraux, il n'y a plus de gens qui mènent une vie libérale, gratuite. On ne trouve plus qu'une gène intolérable à cette posture qui était avanthier si commode, grâce au revenu de quelques fermes ou d'une petite sinécure. Chacun aujourd'hui est attaché de force à un groupe d'intérêts économiques qui impose son mot d'ordre.

Il n'y a plus de radicaux parce qu'ils ont eu vite fait de voir le bout de leur bref programme.

Il n'y a plus de socialistes, parce qu'il n'y a jamais eu de chefs socialistes que des bourgeois et que tous les bourgeois depuis la guerre sont en quelque manière socialistes, tandis que les chefs socialistes

ne peuvent plus dissimuler leur bourgeoisie.

Il n'y a peut-être pas de communistes en Occident.

Il faut pousser plus loin cette constatation. Il n'y a pas de classes. Il n'y a plus que des catégories économiques, sans distinctions spirituelles, sans différences de mœurs. Les basses classes sont formées des mêmes éléments physiques, moraux, intellectuels, que les hautes classes. Les unes et les autres sont de plus en plus interchangeables. Il n'y a que des modernes, des gens dans les affaires, des gens à bénéfices ou à salaires ; qui ne pensent qu'à cela et qui ne discutent que cela. Ils sont tous sans passions, ils sont la proie de vices correspondants (alcool = drogues, union libre et stérile = homosexualité — courses et cinéma en commun).

Il n'y a pas moyen de prendre parti.

Mais débarrassée d'apparences usées, la vie n'en est que plus visible. Un courant rapide. Tout^le monde est entraîné dans le même sens.

9o M I.S ( K E I) E f. A FK A N C B

Les capitaines d'industrie qui dirigent

les démocraties plus cm moins média ment, par les avocats d'affairt xpertfl

et les journalistes ; les dictateurs communistes flanqués de techniciens bourgeois sont les mêmes têtes, sous des bonnets blancs ou rouges. Ils ont à des degrés peu distants la même culture. Ils se satisfont de la même instruction pseudo-scientifique raflée dans les milliers de livres de vulgarisation. Ils participent du même ordre matériel, ils sont soumis en fait et en esprit aux mêmes fameuses conditions économiques. Ils ne pensent qu'à trafiquer de la même denrée qui est le travail, soit sous forme d'argent partagé dans les Bourses et les Conseils d'Administration, soit sous forme de corvées communistes ou militaristes manutentionnées dans les usines et les casernes.

Tous se promènent satisfaits dans cet enfer incroyable, cette illusion énorme, cet univers de camelote qui est le monde moderne où bientôt plus une lueur spirituelle ne pénétrera.

Assez de ce mensonge sur lequel on Lura pu vivre tout au plus pendant les dngt premières années de ce siècle, assez le ce vieux petit jeu des étiquettes. Nous îous valons tous, nous sommes tous les nêmes, tous actionnaires de la Société noderne industrielle au capital de miliards en papier et de milliers d'heures de ravail fastidieux et vain. Que ce soit à îCharkov ou à Pantin, à Shangaï ou à Phiadelphie, c'est la même chose, n'est-ce 3as ? partout on travaille en grand dans e carton-pâte ou le fer-blanc.

Lénine dans son Kremlin songe-t-il à ine autre affaire que celle qui occupe îtinnes ou Schwab ? Le meilleur rendement.

Et en effet les machines tournent merveilleusement. Elles sont faites d'une maière authentique, de quel sublime acier. De la plus subtile et la plus harmonieuse :ombinaison dans leur esprit des atomes, es hommes forment leurs reines, ces marines, dont le règne s'étend définitivement sur eux.

92 MESU R E I) E LA F R E

Au milieu des ruines morales, intellectuelles de notre époque (et vraiment une informe ville moderne d'Allemag

d'Amérique ou du Japon, fabriquée avec de la ferraille, du ciment et du plâtre m< paraît une ruine aussi lamentable qu'une bourgade du nord de la France), seule II machine se dresse, seules ces mâchoire* sont solides qui dévorent tout le reste

Et le capitaliste aussi bien que l'ouviiei en est l'esclave. Alors l'intellectuel, entn ces deux énergumènes ?

Il est temps de fonder une nouvelle Eglise, de revenir à la philosophie, a l'exercice de la connaissance, au culte de I sagesse.

Il faut bien comprendre cette mutatior des problèmes.

Il n'y a plus de partis dans les classes plus de classes dans les nations, et demair il n'y aura plus de nations, plus rien qu'une immense chose inconsciente, uniforme ei obscure, la civilisation mondiale, de modèle européen. Qu'on tâche de se repré-

snter cette grande firme absurde à lauelle les intérêts vitaux de l'humanité 3nt présentement abandonnés.

! Il n'y a plus qu'un seul problème total, /homme qui réfléchit et dont l'esprit épasse les distinctions qui ne sont plus ivantes, n'aperçoit qu'un danger, mais il st immense, fait de tous les maux que eut engendrer la décadence de toutes les arties de l'être humain.

Derrière toutes ces petites questions olitiques ou sociales qui tombent en déaétude, on voit apparaître une grande iterrogation sur les fondements de tout, e nos mœurs, de notre esprit, enfin de otre civilisation.

Ce procès, notre génération doit l'insuire et la suivante devra le juger, sous eine de mort. Le temps presse.

Notre planète, resserrée déjà par les dis, les ondes aériennes, se contracte icore par l'effet de cette angoisse unique, ''est ici que les Patries sont confrontées.

'est ici qu'on doit attendre que leur génie

se réveille, qu'au moins Tune d'entre elle

se lève et prononce la parole, qui résoh

l'énigme du « moderne i et assure le sali commun.

En 1918, on a pu croire que la Russi était l'appelée. Ne se dressait-elle pas dar sa steppe, dont le mystère semblait j de promesses, pour jeter à l'Europe d rientée, affolée, un évangile. Non pi certes la formule de Marx. On ne rci'a pas un monde avec la parole d'un sei homme, à moins de pouvoir la charge de toute-puissance mystique. Mais quelqu chose d'orignal, de neuf, d'imprévu.

La race slave n'était-elle pas la dernièi ressource de jeunesse du monde ? C mythe de jeunesse, beaucoup d'entre nou n'en avaient pas encore fait la critiqu< Beaucoup croyaient à la Slavie comme o a cru à la Germanie de Tacite. N croyait-on pas même à la jeunesse de prolétariats d'Occident ?

Pour moi j'ai pensé un instant que 1 Russie allait s'opposer idéalement dans 1 monde à l'Amérique, que tout de suite le

formules du socialisme scientifique allaient sombrer dans un flot irrésistible d'amour, de violence, de barbarie qui noierait l'Europe et dissoudrait le mercantilisme et le machinisme, tandis que ces formes résisteraient et se fixeraient aux Etats-Unis. Dans ma tête encore abasourdie par les bombardements et influencée par le voisinage dans les tranchées avec l'au-delà, j'imaginais une opposition cosmogonique entre les deux continents : l'anarchie triomphait sur l'un, le délicat enchevêtrement de l'économie se déchirait et l'on revenait, comme dans une partie de la Russie actuelle, à l'époque agricole et pastorale ; sur l'autre le machinisme se perfectionnait encore et une curieuse civilisation d'ingénieurs achevait de s'épanouir. Entre ces deux barbaries, je ne regrettais pas la disparition de notre tradition languissante. Je ne crois pas qu'on doive être trop ironique à l'égard de ces hypothèses extrêmes. Quoi qu'il en soit, les événements ont été retardés et ont feint de prendre une autre ournure.

96 MESURE D E LA IKANCE

On s'est aperçu que Lénine i déci-

dait pas à jouer les Mahomets ou à appliquer par la force les doctrines de Tagore et de Gandhi. Il s'acharne à sacrifier le plus longtemps possible à la religion savante et épuisante des Européens et de:, Américains : la Production. Il parle de l'organiser, et il a beau jeu à dénoncer l'anarchique concurrence où, depuis la guerre, les Etats se sont rejetés avec frénésie. Mais lui, le chef des révoltés, est-il profondément révolté ? porte-t-il en lui la révolte pertinente, qui atteigne au cœur même du mal et non point qui se leurre à Tune des formes où il se décèle partiellement ? Un conducteur d'hommes, un fondateur de cité doit voir plus loin qu'une constitution politique, plus loin encore qu'un état social, jusqu'aux plus foncières dispositions de l'esprit. Il nous faut aujourd'hui chercher des exemples plus haut que Napoléon et les Conventionnels, qui survenus à la fin d'un cycle historique, firent s'épanouir en lois, mirent à sécher entre les feuilles de médiocres, tardifs et

vains procès-verbaux, une séculaire germination d'idées et de vouloirs. Nous devons pousser jusqu'à l'autre bout de ce développement, jusqu'aux hommes qui portèrent dans leur tête le germe, la miniature parfaite de cette floraison. Résolus de frapper à la source pour la faire rejaillir, nous méditerons sur la Renaissance. Du plan politique hissons-nous sur un plan spirituel.

Y a-t-il plus dans Lénine que ce qui fut vivant pour les hommes d'hier ; ce qui est moribond aujourd'hui pour nous, ce qui sera mort demain matin pour tout le monde : l'attente crédule des bienfaits de la production matérielle, scientifique. En dépit de mon ignorance de la réalité russe, je risque cette hypothèse : Lénine est un matérialiste de la même trempe que Stinnes. Peut-être est-il pire, car c'est un 1 néophyte.

Mais sans qu'il le sache, il n'a pas dit son dernier mot. Allié à la Germanie et à l'Orient, il peut encore déchaîner une guerre inexpiable qui emporte les assises

M Bfl U I B i) B LA ri A \c I.

de la civilisation de L'Occident chaque joui

plus fragiles puisque le matériel s'y substitue au spirituel.

Ainsi donc, depuis deux mille ans, rien ne serait changé. Et les étendues de conde pourriture de l'Empire Romain se découvriraient sous les seuls Etats où i enracinée la civilisation, les seuls Etats où les villes soient des villes et non pas des campements.

Toujours l'Italie, la Gaule, la Bretagne. Mais le pourtour méditerranéen est entamé par l'Islam, si par ailleurs les colonies protectrices s'étendent plus loin au delà du Danube, si les Slaves Occidentaux gagnés à la latinité se tiennent en plein cœur de l'Europe, entre Germanie et Scythie.

Allons, je rêve. Est-ce que vraiment sur le Rhin, sur le Danube, demain, la vieille lutte reprendrait ? est-ce qu'il faudrait mettre tout notre espoir dans une nouvelle victoire des Champs Catalauniques ?

Quel espoir ? Et que défendrions-nous ? A Harvard, à la Sorbonne, à Oxford, à Iéna, on radote. Il n'y a plus de vie

que dans un art retiré comme Hypathie dans sa tour d ivoire. Le Vatican est un musée. Nous ne savons plus bâtir de maisons, façonner un siège où nous y asseoir. A quoi bon défendre des banques, des casernes, et les Galeries Lafayette ?

Mais non, je ne jetterai pas le manche après la cognée. Je sais bien qu'une fois encore, si besoin est, j'irai éternuer aux gaz. Derrière la frontière fragile, j'essaierai de réformer les Galeries Lafayette et la Comédie- Française, par un séculaire effort. Je ne suis pas assez romantique pour souhaiter le déluge, quelque plaisir que j'aurais à voir flotter sur les eaux débordées tant de vieilles carcasses, le ventre en l'air. Cette année je n'attends plus des Russes que des coups de canon et quelques beaux livres. Notre salut, hélas! ne dépend pas de la Russie.

Et que se passerait-il de l'autre côté du monde ? que ferait l'Amérique ? pourrait-elle étouffer les vieilles rages qu'ont apportées dans son sein les émigrants équivoques des dernières années et qui ne

ioo m i:s r K 1. DE LA F R.\ N ( E

manqueraient pas de se réveiller 11rait-elle partager le Pacifique et l'Extra Orient avec le Japon, t leux prévoyant

le retour formidable que feraient sur la

Chine la Germano-Ru [ui, victorien

de rOccident, au lendemain de sa vietoi aurait réenchaîné en un tour de main rislam complic<

Non, je ne me laisserai pas entraîner au jeu pervers des analogies historiques.

Il y aura beaucoup de conférences comme celle de Gênes où les hommes essaieront de se guérir de leur mal commun : le développement pernicieux, satanique, de l'aventure industrielle. Cette aventure qui les rapproche de plus en plus les uns des autres par ses mille péripéties rapides, les menace, plutôt que de violence, d'une langueur inouïe qui suivra la simulation éhontée de l'effort créateur.

J'essaye de voir de plus près ces conditions universelles faites à la masse humaine

et que l'élite instable et dissimulée devra dominer demain.

D'abord il n'y a plus d'autorité spirituelle. Les Dieux ne sont plus que des idées, or on ne peut imaginer pire déchéance pour ces êtres qui étaient issus de l'humain aussi vifs, aussi forts que des images sexuelles ou poétiques. Ce ne sont plus que des idées, et réticentes et honteuses.

Les idées ont, elles aussi, perdu de la robustesse charnelle que leur prêtait la générosité de nos grands-pères. La Liberté n'est plus pour nous cette belle fille honnête et sûre à qui des générations avaient engagé leur foi. Trop de gouvernements l'ont mise dans leurs lits. Elle n'est plus qu'un fantôme incroyable ou un leurre irritant.

Alors, s'il n'y a plus d'autorités spirituelles, qui détient le pouvoir de fait ?

La confusion est telle que la réponse n'est pas facile.

En France il n'existe plus d'aristocratie, de classe dont le soin de la chose publique,

ioz M EBU K K 1)1 I I AN C I

le gouvernement soit la fonction. Eneji

par la royauté, la noblesse n'a pas su se défendre. Plus tard elle a laissé passer toutes les occasions de se réhabiliter, de ressaisir. Il y a longtemps qu'elle a atteint le fond de la déchéance ; elle persiste sous le faux éclairage du snobisme comme une monstrueuse anomalie et elle empoisonne de son mauvais exemple la haute bourgeoisie.

La bourgeoisie moyenne (et la petite noblesse qui ne s'en distingue guère) a tout fait dans ce pays depuis toujours. Mais sa position séculaire minée depuis longtemps par le suffrage universel d'une part qui lui impose des chefs sans tradition intellectuelle ni morale, et par les progrès de la ploutocratie d'autre part qui la dépouille, est décisivement ébranlée depuis la guerre qui en tout a hâté le cours des choses.

On a pu le voir aux élections du Bloc National : les éléments sains de la bourgeoisie, où se trouvent les dernières ressources morales et spirituelles de la Nation,

ont dû s'asservir à cette partie d'elle-même qui en est la secrète antithèse : la ploutocratie.

Qu'ils soient officiers, médecins, ingénieurs ou artistes, les bourgeois sont salariés. Comme les ouvriers, mais plus favorisés. Ils sont esclaves de cette faveur, de la plus grosse sportule.

Ils sont tenus aussi par le sentiment que de deux ennemis ils choisissent le moindre, car si la sujétion économique, sociale, politique ne leur est imposée encore qu'indirectement et avec une douce lenteur par les très riches, il leur semble qu'ils souffriraient davantage de la brutalité d'un joug soi-disant ouvrier.

Cette brève description de l'état de la France ne vaut-elle pas, dans ses lignes principales, pour le monde entier maintenant tout retaillé sur le même modèle ?

Il n'y a qu'un groupement de forces, cohésives, efficaces, à l'heure présente, c'est le capitalisme. Mais qui est-ce ? à

io4 M R E DE LA PP

quoi d'humain peut-on réduii étrange entité

De quels éléments sociaux 11»-

constituée ? On n'en peut faire le dénombrement exact. Jusqu'à quel point est-elle

consciente ? est-elle parvenue à se donner un organe cérébral ? Tout cela est encore dans l'ombre.

Pourtant on ne peut aller que la où il y a quelque chose. Si Ton veut agir, il faut se saisir de cette force capitaliste pour l'amender, la légitimer. Il faut marcher à fond dans cette ligne, approuver ces empiétements, supporter ces ravages, ne point s'inquiéter de ces excès, (cette puissance n'est qu'à la fin de son premier jet), déduire le système qui lui est propre, qui le justifiera aux yeux de l'Histoire. On pourrait dès maintenant écrire une apologie du capitalisme, qui ne demanderait que ce minimum d'audace, d'imagination et de franchise que ne connaissent pas ses serviteurs intellectuels.

Même si l'on craignait tout de l'exagération de ce régime, si l'on s'assurait de son

incapacité à comprendre et à maîtriser les profondes difficultés spirituelles qui s'agitent sous les crises économiques, auxquelles ne peut parer un rapport financier de fin d'année flanqué d'un programme électoral, il serait puéril de se rejeter vers la seule opposition qui toutefois ne semblerait pas hypocrite : un extrémisme insoupçonné certes de la plupart de nos pseudo-bolchéviks, puisque de ce côtélà non plus on ne trouverait personne pour percer, à travers les formes politiques et sociales qui les amusent tous, jusqu'à ce troublant abîme du matérialisme moderne où sombre l'âme de notre civilisation.

Si l'on se retirait du camp capitaliste, en vérité, on ne trouverait rien sur quoi s'appuyer, aucune catégorie sociale derrière quoi se retrancher.

Il n'y a plus de « peuple ». Il n'y a plus cette réserve vierge, vénérable de l'élite, qu'en France on n'a pas invoquée en vain jusqu'à 1848, jusqu'à 1871, cet élément primitif, jeune, resté en arrière et à l'abri de la corruption moderne, cet élément

io6 m i:s i; KM I) B L A I I I

profondément conservateur sur lequel on pourrait s'appuyer pouf réagir contre 1 mœurs stérilemenc novatrices de cette bourgeoisie qui s'est lancée à corps perdu dans la spéculation et la fabrication en séries. L'ouvrier est pourri par la monnaie de son salaire comme le bourgeois par son bénéfice.

L'existence du prolétariat est imaginaire. Par la vertu tragique de son essence il ne peut se donner une élite de chefs : ou bien ces chefs ont une culture, alors ils deviennent des bourgeois ; ou bien ils n'en ont pas, et ils sont insuffisants et ne peuvent supplanter effectivement les chefs bourgeois.

D'autre part la « classe ouvrière » est de plus en plus désertée par ces bourgeois qui au xixe siècle l'ont conçue, portée, mise au monde et élevée dans la mesure où on peut faire l'éducation d'une Belle au Bois Dormant. Ces Princes charmants la laissaient dans un demi-sommeil. On les a vus, quand elle s'agitait, lui fourrer dans le gosier un moelleux oreiller. ?>lais

aujourd'hui personne ne se présente plus pour jouer les Lassalle et autres Lovelaces ou les grosses sirènes comme Jaurès. Le temps des Liaisons Dangereuses est passé ; un Caillaux n'a jamais pu déboucher dans la grande vie. Le temps n'est pas fécond en ambitions subversives. Cela tient à la décadence de la politique. Les tempéraments sont sans doute portés vers la Finance, l'Industrie et le Sport. Les Rastignac s'attaquent aux conseils d'administration et non aux Assemblées, ils savent que là est la puissance. Les moyens illicites ne sont plus ceux du temps de César ou de Retz, témoin le ridicule Boulanger dont Barrés reste le Salluste amer et dépité. Un Daudet n'est pas Mirabeau, il est Swift. Si l'on veut voir ressurgir un être plus réel qu'un fantôme verbal dans la bouche des orateurs, moins inerte que la masse qui est sous nos yeux et qui se vautre sans angoisse sous la domination du jour :

tout ce qu'on peut imaginer c'est que le capitalisme devienne si tyrannique, si anarchiquement aveugle, que les masses

M ESU H E DE LA I B A '

fouettées réagissent et se rejettent dans les bras de certains bourgeois qui pal

sagesse s'écarteraient de leur classe dévoyée.

Mais ne faut-il pas craindre que tout esprit républicain dans le sens antique et aujourd'hui inconnu du mot, tout esprit de liberté (je parle de cet esprit qui anime les jeunes aristocraties) ne soit mort dans notre monde moderne comme dans la Romania des Empereurs. — Alors à quoi bon jouer les Thraséas ?

Notre génération a horreur (elle n'a du reste pas encore pleine conscience de ce sentiment) des compensations idéalistes, des assouvissements imaginaires. C'est pourquoi la plupart d'entre nous préféreront, plutôt que de feindre l'opposition chétive des communistes en chambre, se rallier au régime capitaliste ou plutôt n'en pas sortir, avec l'espoir sérieux de faire bénéficier ce régime de leur jeunesse, de leur expérience prématurée dans l'ordre moral et de la générosité d'action qu'a suscité en eux pendant la guerre le contact

avec les grands peuples de la Terre et avec ce qui reste de sain et de réservé chez ie paysan et l'ouvrier.

Voilà pour l'immédiat. Mais nous ne pouvons nous contenter de l'immédiat.

D'autant plus que comme toujours la vie est menacée par la mort. Ne sommes-nous pas de ceux qui savent définir la vie et la mort et préférer l'une à l'autre ?

Il faudrait remuer les cendres des catégories sociales. Rassemblement des restes indépendants de la bourgeoisie, voire de la elasse ouvrière et des paysans, ce serait l'institution d'un Tiers-Parti, d'un Entre- Deux, qui relèverait les intérêts spirituels entre la masse dominant par l'argent et la masse dominée par l'argent. Il faudrait faire appel à tous les isolés qui sont beaucoup en dépit du développement rapide de ce caractère moyen-âgeux que prend notre temps : l'importance du groupe à quoi ['individu est obligé de se rattacher pour profiter de sa protection écrasante. L'exemple du Fascio mérite d'être médité.

no M i< B D B L \ I R A Si

Et surtout il faudrait renoncer à être nombreux. Il ne s'agit pas ici de constituer un parti , puisque le temps n'est plus des partis, ni cl laurer une cla88e : il

sera difficile de maintenir les minces avantages matériels sur quoi les débris de la bourgeoisie désintéressée (catholique, protestante, ou libre-penseuse, ou judaïque) appuient leurs privilèges abstraits.

Et du reste cette élite, cette église qui s'acharnera à maintenir la meilleure tradition humaine pourrait s'appuyer selon les besoins du moment et les règles classiques de la politique, sur tel ou tel des groupes puissants qui grossissent chaque jour derrière la personne de plus en plus fictive de l'Etat moderne, cette Pavsannerie, ou cette Industrie, ou cette Banque, ou ces Syndicats — toutes grosses espèces qui se divisent en plusieurs familles dont la composition est changeante selon le9 conditions économiques, mais forme momentanément des alliages solides.

Il faudra engager une lutte patiente, séculaire, discrète contre la folie matéria-

MESURE DE LA FRANCE ni

liste qui entraîne les classes dites productrices, brutales et orgueilleuses, à se ruiner les unes les autres, que ce soit par les grèves ou par les guerres, par les trusts ou par les spéculations. Car enfin la civilisation semble bien le but de l'activité, c'est-à-dire un certain équilibre entre le bien-être et l'effort. Or un délire aveugle les hommes depuis cinquante ans. Sous prétexte d'un mieux-être auquel on ne songe même plus, l'effort économique s'est exaspéré et perverti. On produit pour produire, on fabrique pour fabriquer sans plus tenir compte ni des fins ni des moyens. A quoi veut-on en venir et ne voit-on pas que dans la hâte d'arriver on ne sait où, on surmène et on saccage les disciplines selon lesquelles seulement peut se maintenir le pouvoir créateur de l'Homme ? En sorte qu'à un moment prochain l'effort sera épuisé et le bien-être détruit.

Certes l'activité humaine semble sans but et sans fin et ne diffère point de la machine qui paraît ici tant décriée. J'ai

ii2 MESURE DE LA F R B

caresse des moteurs qui étaient de belles

bêtes. Si les objets qu'elle fabrique

mort-nés, de misérables avortons, la machine elle-même est un chef-d'œuvre vivant. Je me complais a la contempler. Elle tourne à vide. C'est une réminiscence, un schéma vertigineux de la geste humaine dans l'univers. Son mouvement m'enivre et laisse une trace désolée dans mon imagination.

La machine est un artisan automate par quoi Thomme, leurré et épuisé par l'effort même de cet enfantement, prétend se faire remplacer. Mais il est trahi. Il se chagrine et s'abîme dans ses vaines machinations comme dans les substitutions de la vie sexuelle.

Tout le tragique de la période que nous vivons est là : comment l'homme s'arrangera-t-il de ses épousailles avec la machine ? saura-t-il la dominer ? lui faire sa part ? Car il ne peut être question de la répudier, ce serait renier tout l'effort de nos ancêtres depuis l'invention du feu. Mais il faut conjurer la déviation, l'inversion.

Cette reprise sous ce prétexte présent d'une polémique éternelle qui protège inlassablement la vie, ne peut se préparer sur le terrain politique, mais sur le plan moral, dans l'ordre des mœurs, par les intellectuels peut-être groupés en secte comme les grandes philosophies de l'antiquité (notre enthousiasme peut-il être assez ingénu pour fonder une Eglise ?).

Le cadre politique est fixé pour longtemps en Occident.

Tout ce à quoi il faut songer, c'est à une réintégration intellectuelle, morale, corporelle.

A l'intérieur de la civilisation libertaire et industrielle, sur cette planète toute gagnée à cette mode, toute engagée dans ce pari moderne, il faut lutter contre tout ce qui attaque l'esprit créateur, contre tant de nouveautés qui étaient belles hier, qui sont déjà laides aujourd'hui.

La stérilité, l'onanisme, l'inversion sont des maux spirituels. L'alcoolisme, les drogues sont le premier degré qui mène à cette défaillance de l'imagination,

ii4 M >•- s i R E I) B LA E R

à cette décadence de L'esprit i quand l'homme préfère subir qu imposer.

Le sport mal compris, contam par l'argent, réduit à des simulacres de cirquefl entre professionnels pour nourrir le cauchemar de foules inertes ; le militarisi sont des perversions de l'instinct de lutte, du goût antique et sain pour la destruction et le sacrifice.

La fabrication en séries, le renoncement au travail des mains qui sont les outils de l'esprit, l'abandon aux machines du pouvoir de l'homme sur la matière manifestent, comme l'onanisme, le fléchissement de notre pouvoir créateur.

Il ne s'agit pas de révolutions, de restaurations, de superficiels mouvements politiques et sociaux, mais de quelque chose de plus profond, d'une Renaissance. Tandis que le XXe siècle verra s'épanouir et s'exagérer le principe présent de la civilisation, il faut que par un travail souterrain qui renouvelle pierre à pierre les fondements de l'Esprit ce siècle soit aussi

l'amorce d'une époque où l'automatisme menaçant sera surmonté.

Il faut renoncer à demain et travailler pour un jour à venir.

Si Ton croit que la vie mérite d'être vécue et que son objet est de produire un enfant qui court et qui meurt, une statue qui dure et qui s'effrite, un poème qui s'effeuille. A moins qu'on ne préfère s'écarter du centre conventionnel des choses, marcher vers les confins, explorer la mort.

Mai 1922.

Je suis jeune. Nous sommes jeunes, mes camarades et moi. Et notre jeunesse n'est pas une vaine formalité avant d arriver bientôt à une demi-vieillesse qui, pour certains, peut faire le principal de leur carrière.

Pouvons-nous croire que tout, autour de nous, ne participe pas de cette jeunesse ? cette nation qui est la nôtre ?

Mais oui, les âges d'une nation se succèdent à la manière des saisons. Voici que revient la jeunesse de la France. Ici

et là, tour à tour, le corps de l'Humain! se renouvelle.

Le souffle aise- d'un adolescent qui court

acre ma méditation.

Un grand événement s'achève et —

comment voudriez-vous que dans m naïveté je crois autrement ? — quelqueautre se prépare. Je sens surtout les ch qui commencent. J'espère que nous sommes assez forts pour que ces commenc-.

ments soient d'importance.

De grandes foules se sont portées cet hiver hors des villes, pour admirer et exalter des jeunes hommes qui, avec leur corps et leur esprit, combattaient en plein champ. '

Il y a là du nouveau.

Retournons-nous vers la France de 1880. Tout y annonçait l'ignorance de cette proposition rudimentaire qu'une nation est formée d'un corps, d'une âme et d'un esprit.

L'esprit isolé, abandonné à ses vagabon-

dages internes, n'était plus relié au monde extérieur par les mouvements des bras et des jambes qui engagent la responsabilité et enrégimentent un homme dans le système des apparences. Quelques-uns méditaient de le reconstruire, en attendant l'équipe consacrée à cette entreprise. Mais ils ne pensaient le faire que par un effort mental : les premiers athlètes en France refirent les muscles de l'esprit. Après Taine, Renan et Fustel : Maurras, Barrés, Péguy, Sorel. Ceux qui s'avancent maintenant respireront plus librement que ces initiateurs soumis à la contention.

L'âme, je veux dire le siège du courage, de la volonté, est le point le plus important. Mais c'est celui que le mal atteint le plus difficilement. On l'a bien vu pendant l'Affaire Dreyfus qui donna lieu dans l'Olympe à une belle lutte entre les meilleurs au-dessus de la médiocre Iliade du commun — et pendant la dernière guerre. Pourtant les forces qui s'unissent chez l'homme bien fait sous ce vocable : cœur, se disjoignaient. Jamais appelées par un

120 M il RE DE i. \ F \< B

inement pressant à mbler rapi

ment, les s t mis de 1 ciaient. Et chacune irmait de mille

laçons étranges en se développant solitairement.

Enfin non seulement la stature de la France se rétrécissait à cause de son impuissance à en renouveler la matière, à en multiplier les cellules, mais ce corps, déjà réduit dans ses proportions, était encore alangui par une longue inertie. On les laissait gisants dans l'ignorance, ces mouvements qui avèrent l'existence humaine dans le monde de la matière, où l'antique discipline nous enjoint d'amorcer et de soutenir toutes nos entreprises spirituelles.

Nous pourrions employer les quelques années que nous avons à vivre — ô cycle suffisant — à énoncer que ces mouvements sont de deux sortes : soit qu'un corps s'exerce et gonflant ses muscles, remplisse dans l'air toute la place à laquelle il peut aspirer, soit que deux corps de sexe opposé s'unissent, se fécondent et augmentent

d'un nouveau corps l'évidence nombreuse au milieu du monde d'un peuple et d'une espèce.

Tel est le système complet de la circulation du sang.

Rien de tout cela en France, vers 1880. Le corps était ignoré, dédaigné (et on se demande comment, en même temps, on osait faire valoir cette misérable chrysalide comme instrument de plaisir, parangon de sensations, truchement avec la beauté des femmes). Nul ne le considérait sérieusement comme un des éléments de l'être.

Par ailleurs, les conditions matérielles de notre civilisation achevaient de muer. Dans les villes industrielles, les anciennes mœurs devenaient vaines. Autrefois, grâce à l'étroit environnement de la vie citadine par la vie rustique, une certaine santé se perpétuait. Maintenant la ville s'était entièrement retranchée de la campagne et ravissait ceux qui la hantaient à une abstraction inattendue, péril nouveau pour les hommes.

i22 M l'.sr R E D E L A F K.\ l i

L'Angleterre était entrée plus toi q France dans ces de

l'Enfer Moderne. La pi lejeta

dans l'issue par I races blanches p

vent se sauver de ce supplice qu'elles ont inventé.

Il y a un bon demi-siècle, il y aura bientôt un siècle que les peuples anglo-saxons ont, par une initiative puissante, relancé l'instinct. Au premier rang de leurs activités ils mirent l'étude, l'exercice, le jeu corporels.

Mais la France ne demeure jamais longtemps sans le désir d'égaler la grandeur que vient d'atteindre un peuplevoisin. Le propre d'un être généreux est de prendre autant que de donner. Bientôt la France est tournée vers l'Angleterre et la Nordamérique comme autrefois v l'Italie et l'Espagne. Et il était bien juste que ces pays, qui nous avaient communiqué une féroce émulation à construire les machines dévoratrices de l'humain, nous envoyassent le remède qui contrebattit les effets de cette outrance.

Donc, vers 1890, nous nous mîmes à jouer à la balle, timidement et ardemment. Timidement, parce que le sport trouvait ses premiers adhérents dans la bourgeoisie, hostile, méprisante, platement moqueuse à Tégard de ceux des siens qui étaient son meilleur espoir, inattendu et étonnant.

Ardemment, parce que notre fougue ne demandait qu'à se relancer après les vaines attentes du xixe siècle et ce Sedan, aussi étourdi mais pas plus après tout qu'un de nos grands méchefs de la guerre de Cent Ans ou d'une autre époque.

Nous pouvons mesurer à la brièveté du temps l'intensité de l'effort. Après avoir fait patiemment nos écoles pendant quinze ans, nous osions affronter, en 1906, nos maîtres qui nous infligeaient ces bonnes leçons que peuvent être, pour une nation bien née, de cuisantes défaites.

Encore quinze ans, et en ces deux ou trois dernières années, après une série monotone d'échecs et de déceptions, voici les premières victoires et, surtout, les défaites honorables, voici ces combats

i^i MESURE DE L \ F R E

serres d'où do ortona haleta

tenu la victoire dans nos br. Padl

saire inquiet et mordu de jalousie d'avoir

connu que cette femme nous regardait.

Il y a, dans cet imposant exemple de notre patience, un grand fait humain qu'il faut saluer.

Dans n'importe quelle condition, si défavorables que puissent être pour eux l'Histoire et la Nature, les hommes forts, ceux en qui persiste ou rejaillit la force, sont investis d'une intégrité qui défie toute atteinte. La nation à laquelle ils appartiennent dans ses plus mauvais jours, peut essuyer les pires insultes, les pires échecs, peut souffrir le plus bas dépérissement, eux restent hors de la contagion honteuse. Leur qualité, leur vertu inaltérée les retranche du corps contaminé. Ils continuent de vivre pleinement, hautement, comme si de rien n'était. Ils se dressent purs, entiers au milieu des déca-

dences, des débâcles et si le Génie de l'Espèce n'a pas encore dit son dernier mot en faveur de la cause qu'ils maintiennent, tout se peut renflammer soudain autour d'eux à la torche que leur poing n'a jamais cessé de bien tenir.

C'est la suprême poésie de l'Antiquité que d'être comblée de ces exemples qui semblent prouver qu'il y a quelque chose d'immortel dans la tradition (que ce mot s'élargisse) et dans ceux qui en assurent les enchaînements les plus menacés.

Cette pensée me console des désespoirs qui ont souillé mes vingt ans.

Oui, j'ai connu le sentiment de la honte. Il m'a fallu vivre pendant des années en portant cette pensée onéreuse : je faisais partie d'un corps en qui la vie faiblissait, et j'étais condamné à participer à toutes les déchéances qui l'aviliraient fatalement.

Et, en effet, les insultes ne nous ont pas été ménagées (je sais bien que je parle comme plusieurs, pour beaucoup). Par exemple, le 14 juillet 1914, j'ai dû défiler en pantalon rouge, avec des épaulettes

ia6 MESURE DE LA l RA N CE

grotesques, an milieu d'un tas i ans

alcooliques et souffreteux, sur un champ de

courses, entre les baraques du Pari- Mutuel et des généraux emplumés,

Et en Orient, un jour, nous avons i relevés, de la garde d'un camp allié, par des Anglais. Ah ! nous étions beaux, les guerriers français, sous nos lourds casques blancs inefficaces, engoncés dans nos capotes bleues, en face de nos amis qui n'étaient pas qu'un peu ironiques, sous leurs larges heaumes kaki, à Taise dans des vestes de toile et des culottes courtes. Ils paradèrent devant nous avec toutes sortes de gestes précis et courtois. Tandis que mes hommes, encombrés d'ustensiles et nullement soucieux de paraître, présentaient les aimes les uns après les autres. Cette armée de paysans ingénus ou de citadins trop détachés ! Ces anecdotes ne sont pas futiles. Quand un pareil débraillement affecte les gestes d'un peuple, il se fait sentir tôt ou tard dans son intelligence et sa volonté.

Je cherchais, il est vrai, à me consoler

en me remémorant de semblables traits qui datent d'époques où la vitalité française était pourtant à son plus haut point. C'est ainsi que j'ai lu dans les chroniques qu'au XVe siècle, quand les bandes de piétons gascons entrèrent dans Rome avant la chevalerie de Charles VIII et au xixe, quand les régiments de recrues se répandirent en Espagne avant les vétérans de la Grande-Armée, Italiens et Espagnols pensèrent se soulever tant la piètre mine de nos petits bonshommes les étonnait et ne leur semblait pas pouvoir être celle de leurs vainqueuis.

Les races françaises sont diverses et changeantes.

A présent, c'est du Sud-Ouest que nous viennent les champions qui représentent toute la France dans les grandes luttes athlétiques où chaque année se rencontrent les cinq nations occidentales : Ecosse, Galles, Angleterre, Irlande et France. Et, au contraire, la Normandie qui, avec l'Alsace, au siècle dernier fournit à Napoléon les puissants escadrons de cuirassiers et

Page 1