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millions d'Asiatiqu tfricai
Il faut ajouter que la sentence q od
une Bagease plus ancienne qui juge les activités humaines d'après leurs résultats
spirituels, est la même. Si on peut craindre que le génie européen ne soit sur le point de se laisser déborder par cette bizarre mystique du réalisme qui est l'exagération de son penchant à l'activité concrète, on doit constater que l'Inde ou la Chine semblent bien taries et que les renaissances actuelles sont illusoires et commandées par les idées européennes mêmes auxquelles elles s'opposent. Tagore estil plus qu'un habile et heureux écrivain régionaliste ? Certes je crois à l'importance tragique de ce réveil de l'Orient qui fascine Allemands et Russes. Mais sera-ce autre chose que la formidable émeute d'une humanité qui a perdu le sens de sa destinée, qui est déviée irrémédiablement par l'exemple européen, et qui veut se débarrasser de ses oppresseurs pour ne rien faire d'autre que d'accomplir soi-même dans les pires conditions
ce compromis entre l'idéal de l'Orient et celui de l'Occident qu'elle reproche à l'Europe de manigancer hypocritement ou d'imposer par violence égoïste ? Un Gandhi lance contre la chimère du lucre européen, contre notre cauchemar mécanique, un anathème que çà et là sur la terre des hommes réfléchis méditent déjà depuis quelque temps. Mais sera-t-il écouté par les siens qui ne veulent se débarrasser des Anglais que pour se mieux adonner à la vanité de l'imitation ? et luimême ne se relâche-t-il pas déjà, n'est-il pas forcé, par la fatalité d'un engrenage où il faudra bien que passe toute l'humanité, à tempérer le refus absolu qu'il oppose à la tentation européenne ?
Cette émouvante revendication de l'Orient contre les excès de la concupiscence occidentale, on en a rêvé en Allemagne. Je crains bien que cela ne doive déchoir promptement à un truc de propagande, que cela ne se réduise à un levain électoral pour fomenter les plus récentes démocraties.
M R E DE I. \ l
Mais je puis pousser plus loin m
observations sur cette figure de l'humanité que j'ai 'racée au tableau noir. Elle
est semblable aux images grossières qui
affolent les esprits modernes et suscitent les impérialismes.
Cette façon de juger les réalités humaines au poids, à la tonne, d'évaluer la dof d'énergie monnayable, c'est l'Angleterre (par la force des choses, et quelle magnifique compensation spirituelle elle donnait au monde en même temps, en créant la plus belle peut-être des littératures européennes) qui l'a inventée et répandue universellement.
Or je m'aperçois qu'ayant soustrait de mes tables de valeur l'Asie, j'ai par là considérablement allégé le nombre britannique. Il faut en disséquer les chiffres de plus près.
A l'heure actuelle, mieux encore qu'avant cette guerre qui fut leur guerre, on peut dire que les Anglo-Saxons tiennent le monde. Sans ses colonies, ses dominions et l'Irlande, la Grande-Bretagne n'est
pas, à peu de choses près, une plus grosse nation que la France. Mais pendant cent ans elle a jeté généreusement des hommes dans tous les coins de l'univers, et ce qu'elle a semé elle Ta récolté. Il y a deux grandes puissances anglo-saxonnes qui tiennent les océans. De ces piliers posés sur tous les rivages, l'ordonnance et la solidité ne sont-elles pas factices ? tout un pan de cette façade qui couvre le monde n'est-il pas près de s'écrouler?
Une de ces deux puissances anglosaxonnes, celle qui a donné le jour à l'autre, qui apparemment est encore en tête et dépasse son émule par l'immensité des territoires et le nombre des sujets, l'Angleterre, n'est-elle pas sous le coup d'une menace qui dépasse de beaucoup ce que nous, peuple stérile et mesquin, pouvons craindre ; ne risque-t-elle pas de perdre ses colonies par la révolte, ses dominions par le mouvement naturel de l'ingratitude, son industrie par la disparition de ses privilèges et de ses monopoles, sa puissance financière par la mi-
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gration de l'or et le déplacement du marché, sa solidité sociale par le dérèglement de ses masses sans travail et l'humiliation de ses élites ?
Il y a dans notre voisinage, dans notre compagnonnage, une grande destinée dont le magnifique balancement séculaire commence de diminuer selon la loi, à peine a-t-il atteint son plus haut période. Il peut y avoir peut-être des amitiés entre les peuples comme entre les individus.
Une certaine angoisse anglaise vient doubler mon angoisse française, et ces deux sentiments se fondent dans une grande sollicitude humaine, ou plus strictement européenne. Car enfin si la fatalité de sa carrière a écarté la Grande-Bretagne de l'Europe, il serait fou de mettre en doute qu'elle lui appartient par tout ce qu'elle en a reçu et tout ce qu'elle lui a rendu spirituellement. Je m'inquiète donc de tout ce qui peut ébranler la grandeur britannique puisque je crois à la nécessité de l'Entente sur quoi repose le salut de l'Occident.
Je songe que si la défense immédiate de Londres est entre Strasbourg et Anvers, le point sensible de Tordre mondial est aux Indes, et que si les Anglais doivent abandonner le Gange, eux et nous devrons fournir un effort surhumain pour (tenir sur le Rhin. Même au cas où l'Angleterre — ce que la France doit souhaiter plus que tout au monde — parviendrait à maintenir sa position providentielle de tutrice des races, elle pourrait être atteinte dans sa position métropolitaine. Que deviendra alors son empire, frère aîné du nôtre, pierre de touche de Tordre européen dans le monde ? Est-ce qu'elle pourra dominer la présente crise ? renouveler les assises de sa prospérité, limiter la part de ses adversaires, surtout renoncer au privilège de nourrir et de gaver la plus somptueuse et la plus rare aristocratie du monde ? Ou bien sera-t-elle débordée et formera-t-elle, débarrassée de ses possessions exotiques, un nouvel empire angevin avec la France, demiagricole, demi-militaire, pressé sur le
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Rhin par un formidable reflux asiatique?
Elle pourra passer la main à l'Amérique. Le génie anglo-saxon, qui est pi grand que l'Angleterre, pourra l'inciter à remettre bientôt, alors qu'il sera encore temps, entre les mains du nouveau champion les destinées difficiles de tout l'ancien Empire Britannique qui n'exigent rien moins pour être assurées que cette alliance de la plus forte tradition politique à la robustesse juvénile des Etats- Unis. Ce serait prévenir les événements, étouffer les désordres et les convulsions.
En attendant, qu'elles le veuillent ou non, la France et l'Angleterre sont liées par leur affaiblissement simultané. Ne pouvant plus espérer une plus grande puissance que celle qu'elle connaît, aucune des deux ne peut craindre de porter par son aide à un point dangereux la puissance de l'autre. Tandis qu'un rapprochement avec l'Allemagne ne présenterait pas la même sécurité, bien que ce peuple, comme tous les autres peuples européens, ait perdu beaucoup de sa vigueur.
Mais il faut reprendre cette enquête sur l'état dernier des valeurs humaines. La plus grande incertitude qui se dresse au milieu du monde n'est-ce pas les Etats- Unis ? Pour la première fois on voit un empire qui soit à l'abri de cet inconvénient capital qui jusqu'ici a perdu tous les empires. Les Etats-Unis n'ont pas de voisin. Remplissant tout l'espace entre les deux Océans, confinant au Nord et au Sud avec des peuples peu nombreux perdus dans leurs propres immensités, ils sont mieux isolés du monde que l'Egypte antique.
Pourtant chaque jour les distances s'é- :ourtent et le réseau économique enserre dIus étroitement tous les hommes.
Les Etats-Unis sont là debout avec leur stature gigantesque, incertains. Le jour approche où ils vont s'interroger sur leur destinée. La Terre semble les favoriser tt leur jeter à pleines mains tout ce qu'elle peut donner à l'homme, mais cette déité n'est-elle pas sans arrière-pensée et ae va-t-elle pas les éprouver ?
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Une question plus grave que celles cju m'agitent au sujet de l'Angleterre et de 1 France se pose devant le formidable aveni américain, une question qui enveloppe e résorbe toutes les autres.
Pour le moment je vois seulement ceci l'Amérique s'est levée et toute l'échell des grandeurs politiques est à refaire L'intrusion dans l'activité mondiale, qu était tout abandonnée à l'Europe et à se entreprises mesurées, d'un Empire auss formidable par le nombre et l'énergie dont le territoire est à l'abri de tout insu'te et comme retranché sur une autr planète, cela en brise le rythme. Il nou faudra du temps pour nous mettre ai point.
Ce n'est pas tout : l'Amérique n'est pa une exception. Voilà que de l'autre côt du monde s'agite dans la fureur d'un naissance d'Hercule, la Russie nouvelle l'autre puissance de demain. Peuples d'Eu rope réduits et exténués, nous sommes entr ces deux masses : Amérique et Russie ces deux moitiés immenses d'un hori
zon d'airain. L'intérêt politique s'écarte. N'est-ce pas la Russie qui délivrera la réponse à la question qui touche au point sensible présentement de la destinée humaine ? Mais cette question les peuples américains la posent, si riches de moyens matériels et spirituels, mais si dénués de principes.
Peut-être le dialogue entre ces deux personnes obscures, ces deux demi-chœurs qui entament déjà, sans que les oreilles humaines le perçoivent, un chant interrogateur et anxieux, ne pourra-t-il se dénouer sans que l'Europe qui va se replier dans une pénible et confuse gestation, intervienne, immuable protagoniste.
Avant d'écouter cette question, retournons-nous donc vers cette Europe resserrée.
L'ancien continent se divise en quatre parties, en quatre zones de l'Ouest à l'Est : L'Entente de l'Occident (France, Belgique, Angleterre, Italie) ; la Germanie mutilée ; la petite Entente des Slaves occidentaux et des Latins orientaux ; la Russie
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à cheval sur l'Europe et sur l'Asie, car' -
sant et convoitant l'Islam*
Le rôle des patries n'est pas terminé. La patrie restera longtemps, sans cloute toujours, la forme classique, constante, se coule naturellement l'activité. Sa mesure est un point d'équilibre. La force centripète réunit les hommes, anime les entreprises, les communautés, mais n'est pas assez puissante pour réunir toutes les cités en une cité, combattue qu'elle est par la force centrifuge qui dissout I empires, fomente les particularismes, suscite les individus et les rebellions non moins saintes aue les obéissances.
Mais si l'ère des Patries n'est pas close, l'ère des Alliances est ouverte.
L'Europe, placée entre des Empires aux dimensions continentales, commence à souffrir d'être divisée entre vingt-cinq Etats, dont aucun n'est de taille à dominer tous les autres ou à la représenter dignement dans la concurrence disproportionnée qui s'ouvre entre d'énormes morceaux d'Asie et d'Amérique. A peine vient-elle
de se fragmenter davantage à cause du reclassement nécessaire des nationalités, que déjà une puissante tendance à l'union la travaille. Et c'est ainsi qu'on voit s'ébaucher ces personnes plus vastes, ces Alliances qui demain auront une physionomie propre comme les patries au-dessus desquelles elles s'élèveront, et dont elles mêleront les traits. Chacune de ces personnes aura sa responsabilité dans le nouveau conseil européen. Peut-être par la pratique de la fédération, nous parviendrons à évoquer l'âme défunte de la patrie européenne, et à retrouver la filiation de l'Europe chrétienne du xme siècle, de la société aristocratique et intellectuelle du xvme siècle.
Il ne s'agit pas là d'une rêverie cosmopolite, d'une imagination de luxe, mais d'une nécessité pressante, d'une misérable question de vie ou de mort. L'Europe se fédérera ou elle se dévorera, ou elle sera dévorée. Et les générations de la guerre, qui ne semblent pas en prendre le chemin, feront cela ou bien il sera trop tard.
66 MESURE DE LA FRANCE De même que j'ai médité un instant but
la destinée de l'Angleterre dans l'Entente, il me faut longer au sort prochain
de ces fraternités d'Europe, et aux difficultés que les autres rencontreront p faire leur devoir, avant d'aborder celles qui paraissent prêtes à nous accabli r
nous-mêmes.
Des Slaves Occidentaux que peut-on attendre ? Ils sont divers, dispersés, mais si la Yougo-Slavie, la Tchéco-Slovaquie, la Pologne s'unissent, entre la Baltique et la Mer Noire, à la Roumanie d'une part et d'autre part à l'Esthonie, à la Latvia, à la Finlande, à la Lithuanie, c'est 75 millions d'hommes. Ils se glissent à travers la construction européenne comme une matière plastique aux propriétés inconnues. Elle peut lier ou délier toute la maçonnerie. Leur rôle immédiat à eux qui confinent dangereusement avec la Germanie, la Russie, l'Islam, et qui sont mêlés à ces peuples voués par leur isolement à l'aventure : Bulgares et Hongrois, est évidemment de faire tête de toutes
parts, de gêner, d'empêcher. D'empêcher que l'Allemagne, qui par le meilleur de sa culture est occidentale, cesse d'être une nation européenne et cède à la monstrueuse et passagère tentation de devenir orientale, ou tout au moins à la redoutable chimère de jouer avec les forces de l'Orient sans craindre d'être débordées par elles. Mais c'est là une mission de fortune, un pis-aller ; ce n'est pas dans cette fonction négative que ces peuples peuvent trouver leur accomplissement. En se faisant respecter, alors qu'ils sont petits et unis par les liens fragiles de l'amitié, ils peuvent introduire dans cette Europe centrale où a régné si longtemps la conception impériale de l'hégémonie par la force, des habitudes de liberté qui peuvent peu à peu amadouer la méfiance germanique éveillée par Iéna et 1918. La Petite Entente peut propager dans les parties les plus confuses et les plus rudes de l'Europe, des mœurs policées qui prospéreront, en dépit de la malveillance de l'époque.