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LES PATRIES ET L 'AVENTURE MODERNE

Les patries sont sorties de la guerre couvertes de sang, chancelantes. Leurs entrailles ont été souillées, selon la nécessité impure, par le profit. Mais que leurs faces sont émouvantes, émaciées par le sacrifice de leurs enfants. Elles sont aimées d'un amour exaspéré.

En ce temps-ci toutes les tendances sont poussées à l'extrême et raffinées par la conscience. Notre sensibilité patriotique est inouïe. Elle est maladive, faite d'inquiétude, de doute. Elle s'enfièvre de ce reste de sentiment religieux qui ne trouve plus sa voie ancienne. Ses racines avares sollicitent toutes les parties de notre esprit.

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Elle se perd aussi dans la manie, les ridicules. Mais c'est la grande hallucination des temps moderm

Quoi de plus pathétique, de plus fantastique que ces peuples autrefois egar qui, depuis un siècle, se cherchent, rassemblent comme dans des limbes, s'illuminent de la découverte de leur gén se perdent encore, se retrouvent, puis s'emplissent de plus en plus du pieux amour d'eux-mêmes. Bientôt ils ne résistent plus au sentiment et à l'idée. Gonflée d'un murmure de poètes, de chanteurs, la foule s'élance et génufléchit dans l'hécatombe des émeutes. Les soldats jurent, frappent, répriment cette faible indignation. Alors les armées rebelles se forgent comme des âmes. Enfin le jour de délivrance est arrivé. Il y a eu dans toute l'Europe une résurrection de la chair des nations. Et cette bonne nouvelle se propage maintenant en Asie, en Afrique. Mystérieuse reviviscence des formes.

Ni les uns, ni les autres, nous ne pouvons être étrangers à ces grands mouve-

ments d'amour. Il en est de plus vastes encore. Et nous ne les ignorons, non plus, car tous les penchants de l'amour se succèdent les uns aux autres. L'amour des patries a cette première et véridique séduction, il est charnel. On aime des êtres et des choses qu'on connaît, qu'on voit avec ses yeux.

Mais comment l'homme qui peut fournir aux plus hautes exigences de l'esprit, nourrira-t-il une telle passion ? Dans ce dernier quart de siècle, certains ont assouvi par elle de puissants et nobles désirs, d'Annunzio, Kipling, Barrés * sont pour les patries des amants légendaires.

Ils ont bien fait, ils ne pouvaient faire autrement. On adore la merveille humaine en réservant un soin idolâtre à une de ses multiples figures. Chacune est assez étonnante pour qu'on s'y complaise et qu'on la préfère avec emportement. Mais ceux-là même qui ont tant aimé leui patrie et qui

i. Et par les voies plus secrètes qu'André Gide a choisies, de délicates preuves de cette dilection nous ont été offertes.

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