MÉTHODE GÉNÉRALE
Toutes nos observations ont été prises sur des femmes.
Nous avons employé pour la mesure de l’agitation un système graphique, créé par M. Toulouse, qui permet d’enregistrer jour et nuit, et heure par heure, l’état de calme, d’agitation, ou de sommeil ; ce sont des systèmes simples : est calme tout individu qui ne gesticule ni ne vocifère. Il n’est pas tenu compte de la qualité de l’agitation. La limite de différenciation ,prêterait trop à la discussion, et dans cette étude, l’agitation est envisagée non relativement à son intensité, mais au seul rapport de sa durée et de sa fréquence.
Les malades que nous avons observées ont été suivies heure par heure depuis le commencement jusqu’à la fin. La gardienne préposée à ce service n’a pas plus de trois ou quatre malades à surveiller, et à chaque heure écoulée elle marque sur une fiche spéciale, l’état d’agitation, calme ou sommeil où s’est trouvée la malade pendant la plus grande partie de l'heure. Ces nombres sont transmis sur un graphique à trois tracés horizontaux où l’on peut lire l'agitation, le calme et le sommeil du jour (6 heures matin à 6 heures soir), de la nuit (6 heures soir à 6 heures matin.)
Les dates du lever et du coucher sont précieusement
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relevées, en sorte que nous voici en face de 200, 300, 4oo Jours évalués heure par heure et qu'il reste à interpréter.
Les gardiennes enregistreuses sont elles-mêmes contrô- Jées de façon irrégulière pour se mettre à l’abri de chances d'erreur par trop grosses.
Au total, ceci n’est que l’extension du système employé partout pour la mesure de la température et du pouls avec cette différence que le thermomètre enregistre la température d’une façon beaucoup plus stricte que l'infirmière, l'agitation.
Assurément les données que nous avons ainsi établies n’ont pas la rigueur d’une expérience de physique mais, dans les sciences biologiques, et en médecine particulièrement, il faut bien s’accommoder des conditions plus complexes où l’on se trouve.
Toutes choses ont été calculées de façon à n'avoir qu’une seule variable, savoir l’état de lever ou de coucher. Toute affection aiguë intercurrente rend inutilisable pour notre but, l'observation. Tout traitement pharmaceutique ou hydrothérapique également. Est-ce à dire que tous les changements constatés sont attribuables à la seule cause du lever ou du coucher ?
Cela serait vraiment par trop beau. Il faut compter, en outre, avec une cause de variabilité, qui trop souvent nous est fort mal connue, à savoir l’évolution propre de la maladie mentale.
En pathologie mentale, on ne peut presque jamais affirmer, sinon dans une approximation très flottante, quelsera le cycle évolutif d'un malade. Nous sommes loin, hélas, d’avoir quelque chose qui ressemble au cycle défini d'une pneumonie ou d’un érysipèle — voire même à la marche d’une typhoïde. Telle excitation maniaque s’amende au
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bout d’un mois, ou au bout de six, ou tombe dans la chronicité ; telle chronique subit de temps à autre des poussées d’exacerbation que nulle raison extérieure ne suffit à expliquer.
Il faut donc tenir compte, en tout cas, de cet agent inconnu ; cela revient à séparer les rapports de causalité de ceux de coïncidence, ce qui n’est pas toujours aisé ; c’est pour obvier à cet inconvénient que plusieurs observations sont hachées d'alternatives par périodes de 10 et 14 jours.
Ceci étant, nous sommes en présence de plusieurs méthodes pour interpréter les chiffres ainsi obtenus. En premier lieu, et de toute façonétablir le chiffre moyen qui correspond à chacune de ces périodes. Ce chiffre moyen, pour être légitime, ne doit pas être un subterfuge servant à
marquer des écarts considérables. Il n'est pas absurde de prendre la moyenne d’agitation d’un individu qui serait agité pendant vingt-quatre heures, puis se serait tenu coi pendant vingt-neuf jours, et de dire par exemple : un tel a eu pendant ce mois une moyenne d’agitation de o h. 8 par jour, mais il faut savoir que ce procédé est un expédient commode pour exprimer sous une formule simple la fréquence et l’importance de ces accidents. Ici la plupart du temps notre moyenne est un centre d’oscillation autour duquel évolue le malade; c’est un procédé parfaitement légitime.
Soit donc une observation composée de douze alternatives coucher et lever, les unes sont de quatorze jours, d’autres de vingt, d’autres de quarante ou soixante. Ces dernières sont subdivisées en deux ou trois périodes de vingtJours, ayant chacune leur moyenne propre.
[Il y a dès lors trois méthodes d’inégale valeur pour arriver à tirer une conclusion.
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1° En premier lieu, quelles sont les variations concomittantes à notre traitement pendant les premiers jours de l'observation ?
La première période levée servant de point de départ, je suppose que l’on couche la malade à la seconde période ; et que l'agitation d'une moyenne de 5 h.passe à une moyenne de {4 h.. La mesure du changement de 5 à 4 h. est de 1.
Je compterai ainsi : coucher agitation moyenne 1 heure (sur un cas) ; additionnant ainsi les changements survenus toutes les fois que l’on a couché la malade, j'aurai au total sur z cas, un chiffre + positif ou négatif suivant Le sens.
La même manipulation faite sur les périodes de lever, nous permettra de voir si le changement en question varie bien au total, avec la cause que nous présumons, ou bien si au total, les effets se contrebalancent.
Cette 1'e méthode a le grand inconvénient de ne pas tenir compte de ce qui se passe dans des périodes plus longues, ko jours ou 60 jours, si on prenait une moyenne sur 60 jours, nous arriverions à comparer une moyenne de 20 jours, à une moyenne de 60, ce qui serait quelque peu abusif.
Comme nos moyennes portent sur 14 ou 20 jours, si les résultats-obtenus par cette 1° méthode étaient notablement plus forts que ceux obtenus avec la 2° et la 3° cela prouverait simplement que l’alitement a une efficacité certaine dans les 20 premiers jours ; mais qu’ensuite, il se fait une adaption de l’organisme à sa nouvelle condition et que dès lors, tout se passe sensiblement comme si aucun traitement n'étaitintervenu.
2° La r' méthode ne servant que d'indication générale, il faut maintenant pratiquer la comparaison des moyennes.
Ici deux procédés s'offrent à nous, le plus logique est à
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coup surdecomparer les moyennesde périodeségales comme nombre de jours, et prises d’une façon directement successive, soit 5o jours lever, 5o jours coucher ; comme il faut admettre que les malades même agitées d’une façon chronique sont sujettes à subir des exacerbations et des rémissions spontanées sur la cause desquelles nous ne savons absolument rien, nos conclusions n’auront toute autorité que si nous prenons un nombre de jour égal de part et d’autre. Ainsi du moins, ces influences irrégulières autant qu'inconnues auront plus de chance d'être reparties régulièrement sur l’une et l’autre période, et par conséquent de se compenser en quelque sorte.
Supposons que nous voulions établir la moyenne de l'observation suivante.
Couché er "00 420rS agitation 5 DEEE PRO MDUTS — 3 COUCHES 2:70 1/} jours — A LÉ VÉUSE DNTOIMITIQUTE — 3
Nousavonsmoyenne—60 (3+5)+14 (4 +3). -
Ainsi chaque moyenne particulière n'intervient qu'avec une importance proportionnelle au nombre de jours qu'elle représente.
3° Mais bien que cette 2° méthode soit incomparablement plus rigoureuse les faits cliniques ne les favorisent pas toujours entièrement. Il faut bien tenir compte aussi de l’évolution de la maladie; c’est le 3° procédé de comparaison des moyennes.
Sitoute l’observation comprenait un égal nombre de jours levé et couché, il n’y aurait rien de mieux. Mais il n’en est