INSUCCÈS. — CAUSES
Mais pourquoi » malgré des succès souvent incontestables, tous ces appareils ou objets, plaques, chaînes , cataplasmes , etc. etc. , que l’on prétendait électriques , galvaniques , ou magnétiques , pourquoi les aiguilles de Per kins et celles de l’ acupuncture , pourquoi même les pratiques populaires dont nous avons parlé si favorablement , sont-ils déjà les uns oubliés oubien près de l’être , et pourquoi les autres auront-ils cessé d’exister le jour où la publicité qui les a mis en lumière aura cessé de les soutenir ?
Pourquoi ? Nous en avons déjà dit les motifs, il y a plus de deux années, au sein même de la Faculté de médecine, et nous ne saurions mieux faire aujourd’hui que de renvoyer le lecteur au passage suivant de notre thèse inaugurale.
«Les bains prolongés de Pomme, les armatures d’aimant au dernier siècle, le perkinisme et l’acupuncture, dans celui-ci , ont-ils jamais rendu des services? Oui , à n’en pas douter.
«Mais l’idée malencontreuse qu’on a eue, dans beaucoup d’établissements de bains, de remplacer le cuivre par le zinc dans la fabrication des baignoires, ou les trop grands soins que l’on prend dans quelques autres de faire étamer celles du premier métal ;
« L’action si peu fréquente de l’acier, diminuée d’ailleurs par l’état magnétique que l’on croyait devoir lui donner dans les armures d’aimant ;
« Le choix toujours arbitraire du métal qui servait et sert encore à faire les aiguilles à acupuncture;
« L’association fâcheuse de deux métaux dans le perkinisme (1) ;
(1) Tous les médecins qui savent au prix de quels efforts seulement on fait pénétrer l’électricité ou le magnétisme dans la profondeur des organes , reconnaîtront avec nous que tous ces appareils magnétiques ou électriques , lorsqu’ils sont abandonnés à l’action imaginaire de la transpiration , s’ils ne doivent pas seulement leur action curative aux deux métaux cuivre et acier , dont ils se composent invariablement , n’ont au
« Et par dessus tout , l’habitude de ne s’adresser qu’aux spasmes ou à la né-
moins de sérieusement magnétique, gaivanique ou électrique , que le nom.
Pour nous, nous allons bien plus loin encore , et nous affirmons, de la manière la plus positive , que non-seulement le magnétisme, V électricité ou \e galvanisme , n’ont absolument rien à y faire , pas plus que dans nos armatures , mais qu’il est même nuisible de prétendre à y ajouter l’un ou l’autre de ces fluides. Si le cadre que nous nous sommes tracé dans ce livre ne nous mettait point très à l’étroit , nous dirions volontiers les faits remarquables sur lesquels repose cette assertion , et peut-être serions-nous assez heureux pour intéresser le lecteur en lui faisant connaître, par exemple, l’observation de deux malades qui , traitées jusque - là avec fruit par nos armatures , n’avaient plus trouvé en elles qu’un corps inerte , dès qu’une simple couche de vernis sur la surface extérieure était venue donner au métal un certain état électrique. Voici, du reste , une expérience qui met cette vérité tout à fait hors de doute :
Soient deux individus sensibles l’un à l’acier, et l’autre au cuivre : chez le premier, qui est analgésique (insensible à la douleur) aux avant-bras droit et gauche, appliquez d’un côté un anneau d'acier, et de l’autre un anneau du même métal et de la même surface , mais fortement aimanté, oubien enveloppé d’un nombre suffisant de tours de fil couvert, pour le rendre sérieusement magnétique par le passage d’un courant électrique; et tandis qu’avec l’acier ordinaire la sensibilité à la peau ne tarde pas à reparaître , avec l’acier chargé ou saturé d’un fluide analogue, sinon identique, à l’électricité animale qu’il doit soustraire, les mêmes effets sont beaucoup plus longtemps à se manifester, ou même ne se montrent pas du tout.
Mêmes résultats pour le second malade ; si on vient à lui mettre d’un côté le cuivre brut , et de l’autre le même métal , mais recouvert extérieurement d’une plaque de zinc , ou bien mis en communication avec les deux pôles d’une pile ,
Dans les deux cas, à peine le métal est-il débarrassé de ses entraves magnétiques ou électriques , qu’il reprend aussitôt toute son activité.
vralgie, et nous ajoutons aujourd’hui, au délire dans les affections mentales , sans s’occuper ni de l’anesthésie ni de l’amyosthénie , qui sont cependant Se véritable point de départ de la maladie, sont causes que, de nos jours,
«C’est quelquefois en vain qu’on demande aux bains prolongés des guérisons que Pomme a obtenues incontestablement sans qu’il ait jamais su pourquoi ;
« Que les armatures d’aimant n’ont pu racheter par quelques succès leur si fréquente inutilité ;
« Que l’on a renoncé à obtenir, au prix d’assez vives douleurs, les résultats le plus souvent palliatifs ou fort limités de l’acupuncture;
«Et que le perkinisme a vécu ce que sont destinés à vivre chaînes, plaques, cataplasmes, tissus, etc. , magnétiques, galvaniques ou électriques , à la confection desquels on ferait mieux de n’employer que la seule limaille de cuivre ou d’acier, ou bien encore une simple plaque de l’un de ces deux métaux.
« Mais qu’à l’avenir on ne se serve de ces métaux que dans les conditions et avec les précautions que nous avons pris tant de soin de signaler (nous allons y revenir tout à l’heure) , et la métallothérapie deviendra, nous l’espérons, dans des mains plus puissantes ou plus habiles que les nôtres , une des médications les plus utiles et les plus sûres de notre art. »
Sa decouverte et ses différentes applications.
Vers la fin de 1848, nous étions encore élève attaché au service des hôpitaux , lorsque les résultats fort remarquables de diverses expériences que nous avons soumises, cette année, aux savantes appréciations de l’Académie de Milan , nous amenèrent à faire l’essai des applications de laiton j, dans les circonstances suivantes.
Parmi les malades de notre hôpital (hôpital Cochin), il y avait alors une hystéro-paralytique de vieille date , pour laquelle M. Maisonneuve , son médecin , après avoir épuisé sans aucun succès toute la série des antispasmodiques, antipériodiques et autres, venait enfin de se décider à réclamer une place dans un service d’incurables. La fiiie Pauline Picardel, c’était le nom de la malade, traitée déjà inutilement, pendant plus d’une année , dans les salles de la Pitié , où son affection avait laissé les plus tristes souvenirs parmi tous les internes de cette époque, ne devait plus, en effet, avoir grand’chose à attendre des ressources ordinaires de l’art , puisque ia sagacité et l'expérience de cet habile praticien étaient
venues échouer elles-mêmes contre ses nombreuses infirmités. Pour nous, persuadé que si la médecine classique avait dit sur cette malade son dernier mot, il restait peut-être encore un dernier moyen de la sauver de la Salpêtrière , nous demandâmes, sans rien promettre , d’être autorisé à l’essayer. M. Maisonneuve , trop ami du progrès pour se laisser arrêter par de misérables préventions, voulut bien avoir la bonté de nous céder sa malade , et le même jour, fut commencé publiquement, à l’hôpital, un trai- • tement qui , six mois après , devait avoir opéré la guérison complète de celte incurable, et nous récompenser nous-même de toutes nos peines et de tous nos soins, en nous mettant sur la voie d’une précieuse découverte. Puisse l’exemple donné, dans cette circonstance, par notre savant confrère et maître , trouver ailleurs des imitateurs , et puissions-nous légitimer, aux yeux de tous, la parfaite bienveillance dont il nous a toujours honoré depuis, par ce que nous allons faire connaître sur les heureuses suites de sa condescendance !...