SPASMES ET ATTAQUES D’HYSTÉRIE
Dès le début du nouveau traitement , (nous en avons dit assez pour ne pas avoir à redouter d’apprendre qu’il s’agit ici du magnétisme animal, mais du magnétisme à la façon du vénérable M. Deleuze et du célèbre Dr Klliotson à Londres), la demoiselle Picardel se montra si avide de l’agent mesmérique, que , malgré tous nos soins à l’en débarrasser, elle était souvent, à son réveil, prise, du côté des organes thoraciques, de spasmes trèsviolents que les passes magnétiques parvenaient seules à calmer. Un soir, où ses vomissements étaient plus violents que de coutume, et où l’heure avancée de la nuit nous donnait le plus grand désir de rétablir un calme dont les voisines de la malade avaient comme elle le plus grand besoin, il nous vint à l’idée de remplacer les divers moyens qui nous avaient servi jüsque-là pour les combattre par quelques anneaux ou plaques de laiton.
En conséquence , nous appliquons ce métal, sous la forme d’une large plaque, sur l’épigastre , et d’un grand anneau ou bracelet tout autour de l’extrémité inférieure de chaque membre. Moins de deux ou trois minutes après, tous les accidents, étouffements , palpitations et vomissements, avaient disparu, et la malade, remise de la sorte d’une indisposition qui durait habituellement plusieurs heures, ne tarda pas à s’endormir, et reposa parfaitement tout le reste de la nuit, malgré ou plutôt à cause de la présence des anneaux.
Au bout de deux ou trois jours , les mêmes accidents ayant eu lieu, nous eûmes de nouveau recours aux applications de laiton , et celte fois aussi, il nous fut heureusement donné de voir les divers spasmes s’en aller avec la plus grande facilité. Api ès quelques minutes du calme le plus grand , nous relirons à dessein l’armature , et presque aussitôt , d’abord les efforts de vomissement , puis les vomissements eux-mêmes, avec angoisse et palpitations violentes , reparaissent avec leur première intensité : l’armature de laiton réappliquée, quelques instants suffisent ensuite pour que la tranquillité parfaite de la malade vienne nous rassurer une troisième fois sur les propriétés antispasmodiques de ce métal.
Cependant, les accidents auxquels nous venions d’avoir affaire n’étant que les conséquences du traitement lui-même , et en quelque sorte le résultat d’un artifice, il nous fallait mieux encore, pour ne plus garder de doute sur l’efficacité de nos applications,
Depuis plusieurs mois, la demoiselle Picardel, qui fut pour nous une mine d’observations des plus fécondes, avait, tous les quatre jours, le soir, à peu près à la môme heure et pendant un temps assez long , d’effroyables accès d’hystérie, avec perte complète de connaissance, que rien n’avait jamais pu calmer.
Le 15 décembre au soir, vers cinq heures, arrivent les prodromes habituels de l’attaque : à huit heures , ils ont acquis leur summum d’intensité , et un instant après les convulsions commencent.
La malade étant couchée sur un lit élevé où rien ne la garantit contre une chute imminente, cinq personnes de l’hôpital se jettent sur elle pour l’y maintenir. Pour chacune d’elles, c’est assez d’un membre ; la cinquième, plus robuste, s’est chargée d’embrasser le tronc. La patiente, forte fille de la campagne, pourvue de muscles très-volumineux, et cependant semi-paralytique à l'état ordinaire , se contracte, en effet, avec une énergie croyable pour ceux-là seulement qui sont habitués à être témoins de pareils désordres. Nous restons un instant spectateur inactif et silencieux de ses convulsions, cherchant déjà à deviner quel intérêt peut avoir la nature à faire en un instantané aussiprodigieuse dépense d’innervation ; puis, au plus fort delà lutte des assistants contre la force mystérieuse qui se révolte sous leurs étreintes, nous appliquons successivement toutes les pièces d’une armature de laiton, composée de jdeux anneaux de 5 à 6 centimètres de large pour chaque membre , de deux autres anneaux plus larges pour le tronc, et d’une couronne pour la tête. A mesure que se fait celte opération , les spasmes diminuent de violence , le bassin ralentit ses projections , et le dernier anneau n’est pas encore posé, que la malheureuse jeune femme a déjà recouvré toute sa connaissance , cessé ses effroyables cris, et prié les aides ébahis de lui rendre la liberté de ses membres. (Ceci se passait en présence d’un de nos collègues de l’hôpital , M. le Dr Lepelletier, qu’une mort prématurée vient d’enlever
à la science et à sa famille.) Un peu plus tard , elle est calme ou à peu près , presque immobile sur le dos ; seulement un peu de roideur des muscles, l’absence de toute sensibilité périphérique, de l’embarras dans les idées et la parole, quelques douleurs vagues et des tiraillements dans les membres, joints à une certaine agitation, attestent que tout n’est pas fini. Pour nous en assurer, nous désarmons un bras, et aussitôt les désordres musculaires y reparaissent; puis, les anneaux remis à leur place , ce membre reprend sa demi-souplesse. Nous faisons la même expérience sur les jambes , et là aussi nous déterminons à volonté des convulsions partielles. Cela ne nous suffisant pas encore, nous retirons toutes les pièces de l’armature, et la dernière n’a pas même été enlevée , que déjà l’attaque est revenue toute entière: au bout de deux ou trois minutes , les accès ont atteint leur plus violent paroxysme; mais, les anneaux réappliqués, ils disparaissent de nouveau, comme chassés par le souffle d’une puissance supérieure. Cependant ce n’est qu’après dix ou quinze nouvelles minutes, toutes passées avec calme sous les anneaux , qu’une détente générale avec souplesse parfaite dans les membres, précédée d’un fourmillement dans tout le corps , nous avertit que nous pouvions enfin retirer impunément l’armature.
Oh! ce jour-là notre joie fut grande , car désormais les armatures étaient bien acquises à la pratique pour mettre les sujets névropathiques à l’abri de divers accidents , et notamment faire cesser leurs attaques ou accès d’hystérie , quelle qu’en fut la violence. Mais le cuivre jaune ou laiton pouvait-il convenir à tout le monde, et l’action de ce métal que, jusqu’au mois de février 1850, nous n’osâmes jamais croire plus que palliative, pouvait-elle finir par devenir curative ?
Quels devaient surtout être ses effets sur les crampes des cholériques , les contractions des tétaniques, sur les convulsions de l’épilepsie , les douleurs aiguës des névralgies, du rhumatisme, etc. etc. ?