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CRAMPES DES CHOLÉRIQUES

Nous eri étions encore à ce point de nos succès et de nos espérances , lorsque , au mois de février 1839, le choléra éclata à

la Salpêtrière. Le fléau, enserré quelques jours dans les murs de ce vaste établissement, ne fut pas longtemps à s’abattre ensuite sur le reste de Paris, et bientôt tous les hôpitaux regorgèrent de ses victimes.

Le premier cholérique qui nous fut apporté à l’hôpital Cochin était un homme fort et vigoureux , qui , le matin même , était aussi bien portant que d’habitude. Entré dans les salles de M. Nonat, vers trois heures, il offrait déjà au plus haut degré tous les symptômes de la maladie asiatique, cyanose, refroidissement des extrémités, évacuations caractéristiques fort abondantes, et crampes très-intenses dans les membres inférieurs. Le soir, à sept heures, deux bains d’air chaud et des frictions de diverse nature n’ayant encore produit aucun soulagement, nous faisons l’application d’un anneau sur chaque jambe, au niveau des muscles affectés ; aussitôt les crampes cessent. Au bout d’une demi-heure du calme le plus satisfaisant , nous essayons de retirer le métal, mais les phénomènes nerveux sont si peu de temps à reparaître, que bientôt après le malade redemande les anneaux avec instance. A peine son désir satisfait , nous ne l’entendons plus exhaler la moindre plainte.

Un peu plus tard, la nuit, les brassent pris à leur tour de contractions musculaires très-violentes. Alors le malade, bien ayisé, saisit à pleine main un des anneaux des jambes , et , ne pouvant pas se l’appliquer à cause de la forme , il l’emploie pendant plusieurs heures à poursuivre les crampes partout où elles se manifestent. Cette fois encore le laiton ne manque jamais son effet, et, ce qui est bien digne de remarque, le bras droit, dontla main accomplit presque seule cette manœuvre, n’est sérieusement affecté que lorsque la fatigue l’oblige à se faire remplacer par la main gauche.

Le matin, à la visite, le malade était redevenu tout à fait calme , et , se sentant déjà mieux que la veille, il se plaisait à vanter tout haut la venu bienfaisante de nos applications de métal.

Le même jour, nous fîmes fabriquer à nos frais un grand nombre d’anneaux de laiton , et non content de les appliquer nous -même à l’hôpital Cochin, pendant tout le temps que dura l’épidémie, nous nous en allâmes de nuit et de jour montrer à en faire usage dans les plus grands hôpitaux, le Val-de-Grâce, l’flôtel-Dieu et

îa Salpêtrière, où les cholériques se comptaient par centaines.

Partout les armatures bien employées , nous voulons dire à l’état humide, lorsque sèches elles ne suffisaient point , rendirent de tels services ,

Que notre excellent et très-honoré maître à l’hôpital Cochin, M. Nonat,se reposa toujours sur nous du soin de décramper les cholériques de ses salles , pendant toute l’épidémie de 1849;

Que des médecins militaires du Valde-Grâce , MM. les Drs Masselot et Krug, ont publié les observations de plusieurs malades qui leur avaient présenté , dans le service de M. le professeur Michel Lévy, des résultats complètement identiques à ceux que nous avons notés pour notre premier malade de l’hôpital Cochin;

Que deux médecins , MM. les Drs Durand et Defaucomberge, envoyés en mission dans le département de la Haute- Marne, attestèrent, dans leur rapport à M. Dumas, alors ministre du commerce, qu’à Biesles, à Nogent, etc., nos armatures étaient devenues, par leurs succès, si populaires, que, dès qu’il y avait un cholérique dans une famille, les habitants, presque tous ouvriers couteliers, en improvisaient d’urgence avec des bandes de melchior, et les appliquaient sans même attendre leur arrivée ;

Que M. le professeur Rostan , qui, à cette époque, nous honora plus particulièrement de sa haute bienveillance , a recommandé nos armatures en ces termes , dans ses leçons cliniques sur le choléra (Gaz. des hôpitaux , 8 novembre 1849) : «... Mais ce sont surtout les phénomènes cérébraux qui ont attiré l’attention des médecins ; c’est contre ces phénomènes qu’on a déployé le plus grand nombre de moyens , l’opium et ses nombreuses préparations en dedans et au dehors, la belladone, l’éther sulfurique, le chloroforme , le camphre ,1e musc, etc. Mais un moyen spécial, que nous ne devons pas passer sous silence, est un moyen emprunté à la physique , et employé par M. Burq contre les crampes , les douleurs précordiales, les suffocations, les anxiétés; ce moyen consiste en des plaques métalliques, dont, il entoure les membres et le tronc des malades : vous avez vu, ce moyen employé dans nos salles presque toujours avec succès ; »

Et qu’enfin S. M. 1. Louis-Napoléon, qui avait déjà récompensé nos services par

une médaille honorifique , a bien voulu nous gratifier encore, sur l’avis du comité d’hygiène , d’une somme d’argent pour nous indemniser de nos frais d’armatures.

Espérons maintenant qu’ après de pareils témoignages, tous ceux qui se tiennent tant soit peu au courant de la science voudront bien , à leur tour, ne pas oublier un moyen aussi simple de soulager les victimes du choléra , si jamais la triste occasion leur en était offerte, et ne pas obliger une plume généreuse (1) à le leur rappeler, comme cela eut lieu l’année dernière, lorsqu’un médecin militaire proposa le singulier moyen de placer comme une sentinelle auprès de chaque cholérique, pour relever les doigts du pied ou de la main dès que les crampes viendraient à se montrer dans un membre.

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