‹ MétallothérapieChapitre 14 sur 20 · SOMNAMBULISME NATUREL · texte numérisé non relu

SOMNAMBULISME NATUREL

Durant toute la funeste épidémie de 1849, nous eûmes trop à faire avec les

(1) «Comment se fait-il, disait à celte époque le savant abbé M. Moigno, dans sa Revue scientifique du Cosmos , que M. le Dr G . . l’auteur de cette curieuse proposi¬

tion aux deux Académies, ne connaisse pas ou ne daigne pas rappeler le moyen si simple et si efficace que M. le Dr Burq employa avec tant de succès pour atteindre le même but , et faire disparaître les crampes cholériques comme par enchantement. Tous les journaux de médecine ont cependant parlé des résultats vraiment étonnants obtenus dans plusieurs hôpitaux de Paris ; il suffisait d’appliquer sur la jambe ou sur le bras envahi un large anneau de cuivre, soit seul et sec, soit revêtu à l’intérieur d’une couche concentrique de linge trempé dans de l’eau salée, pour faire cesser presque subitement des crampes douloureuses à l’excès.

«Encouragé par ces premiers succès, M. Burq étendit l’application des anneanx métalliques; nous l’avons vu s’en servir dans de violentes attaques d’hystérie , et faire succéder un calme parfait à des convulsions vraiment effrayantes. Un grand nombre d’affections nerveuses, qui avaient défié l’habileté des plus illustres médecins et résisté à tous les traitements imaginables, ont cédé sans peine au contact des métaux, cuivre, fer, acier ou argent, etc. Nous pourrions citer à cet égard un grand nombre de faits concluants et parfaitement constatés; contentons-nous de citer un curieux résultat de la statistique du choléra. «(Vient ensuite l’analyse de nos recherches sur la préservation de ce fléau dans les industries qui s’exercent sur les métaux.)

cholériques pour avoir beaucoup de temps à donner à nos premières recherches sur les applications de métal dans l’hystérie. Cependant une malade se présente , qui offre la nuit des accès de somnambulisme; on l’a vue plusieurs fois quitter son lit pour se livrer à des excursions périlleuses, et faire toute endormie les choses les plus difficiles. Nous prescrivons l’application de quatre anneaux de laiton (un pour chaque membre) le soir à son coucher, et, dès ce jour, la malade put domir à l’abri de tout nouvel accès.

Mais que nous sommes loin encore d’avoir dit tout ce que la pratique des affections nerveuses devra désormais à nos applications de métaux!...

HYSTÉRIQUES DE El SALPÊTRIÈRE.

Le choléra disparu, nous nous hâtâmes de reprendre nos expériences sur les hystériques, et, ne pouvant plus nous contenter de quelques cas isolés , nous nous fîmes autoriser par l’administration supérieure des hôpitaux à transporter notre arsenal métallique à la Salpêtrière. Là, dans un seul et vaste pavillon , triste refuge de toutes les incurabilités , sont renfermées par centaines de malheureuses femmes, quelques-unes jeunes encore, que les plus affreux désordres, autant que leur misère, ont mises pour longtemps à la charge de la charité publique. Toutes ces infortunées , pour qui la médecine ordinaire n’a plus rien à dire , vivent à l’écart dans ce dernier asile , visitées en courant par un médecin chargé de veiller sur les maux qui peuvent venir mettre un terme à leur misérable existence. Pour elles, plus d’espoir ! plus de joies dans la famille! Entretenues dans leur affreuse maladie par la vue réciproque de leurs désordres , c’est à peine si l’on en compte 3 ou 4 qui, dans un espace de dix années , aient pu sortir de ce tombeau anticipé.

C’est pitié de voir quelquefois 10, 20 de ces malheureuses, fixées par des entraves très-solides, qu’on les habitue de bonne heure à se mettre mutuellement, crier, rugir, écumer et se tordre toutes à la fois, et lutter contre la résistance souvent impuissante qu’ori leur oppose. Les désordres qu’on y observe sont si navrants.

que l’administration hospitalière s’est cru obligée de ne permettre l’entrée de ce pavillon qu’aux seules personnes du service , et que , bien que fait déjà à ce genre de malades , nous fûmes nousmême plusieurs jours à nous habituer à nos nouvelles impressions. Un moment même nous hésitâmes , et, désespéré par la vue d’aussi cruelles infortunes, il ne fallut rien moins que le souvenir de la malade de l’hôpital Cochin, et la plus heureuse ténacité , pour nous donner le courage d 'offrir nos armatures comme un moyen propre peut-être à remplacer les camisoles et tous les autres liens de force. Ce n’est qu’un moyen contentif, disions-nous, un simple' palliatif, peut-être ; quant à la possibilité d’une guérison , nous n’y songions même pas.

Nos premiers essais ne furent pas heureux. Entouré d ’ épileptiques, et n’ayaut que l’embarras du choix , c’est d’abord à ces malades que nous nous adressâmes ; mais les armatures appliquées , il n’en résulta chez elles aucun effet, et les accès continuèrent à se produire, sous les anneaux , avec autant de violence qu’auparavant. Forcé alors de ne plus garder d’espérance de ce côté , nous reportons exclusivement nos vues sur les hystériques de la division ; malheureusement, et c’est encore là une des plus tristes pages de l’histoire de toutes les maisons hospitalières qui , comme la Salpêtrière , présentent la réunion d’un grand nombre d’affections convulsives sous le même toit, l’imitation , ou toute autre cause , avait déjà exercé sa trop funeste influence, et fait gagner de l’épilepsie à la plupart des malades qui n’offraient que de l’hystérie à leur entrée. Cependant, obligé de faire un choix, nous acceptons 5 malades , qui nous sont désignées comme les plus violemment atteintes de spasmes ou convulsions, mais chez lesquelles l’épilepsie acquise ne paraît jouer qu’un rôle secondaire. Ce sont les demoiselles Valois, Verdelet, Lh..., Peffert, et Sylvain. Toutes ces malades, bien que la plus âgée n’ait pas encore trente ans, sont déjà d’anciens hôtes de la Salpêtrière, et il ne se passe guère de semaine quelles n’aient deux et quatre jours de suite ce qu’on y appelle un étal de mal, danslequel l’hystérie, la folie et l’épilepsie, se partageant ensemble ou tour à tour leur misérable vie ,

obligent à les séquestrer dans des loges séparées.

Un fait très-digne de remarque, et que la suite de ce mémoire nous oblige à mentionner d’une manière toute particulière, c’est que chez nos cinq malades, aussi bien que chez beaucoup d’autres hystériques qui furent examinées plus lard, la sensibilité générale et la sensibilité spéciale avaient subi de profondes altérations, et que toutes accusaient une diminution plus ou moins notable de leur force. Ainsi L... et Sylvain, plus hystériques que les autres, offraient, surtout, la dernière, à peine un reste de sensibilité sur quelques parties limitées du tronc, avaient perdu dans les membres supérieurs jusqu’à la conscience de leur position, et ne gardaient plus de traces ni du tact , ni du goût , ni de l’odorat ; en outre Sylvain présentait une semi-paralysie du mouvement qui l’obligeait à se tenir presque constamment couchée (1).

C’est dans ces.conditions fâcheuses que les essais du métal furent commencés.

Nous voudrions pouvoir entrer ici dans le détail de toutes nos expériences; mais, comme cela nous mènerait beaucoup trop loin , nous allons nous borner à en faire bien connaître les principaux résultats.

Les armatures dont nous nous sommes servi à cette occasion étaient faites de cuivre jaune ou laiton laminé , seul métal que nous eussions jusqu’alors employé , et composées, comme pour la malade de Cochin , de deux anneaux de 10 5 12 centimètres de large pour chaque membre, d'une couronne pour la tête, et de deux grandes plaques pour le tronc ; celles-ci réunies seulement en avant et en arrière par un ressort d’acier pour faciliter leur application

Du 10 novembre à la fin de décembre suivant, le mêlai ne fut presque jamais appliqué qu’au moment des accès ou convulsions hystériques, ou pendant les prodromes qui les annonçaient habituellement.

8ur deux malades , Valois et Verdelet, ses effets immédiats furent tout aussi

(I) L’épilepsie , lorsqu’elle est franche et dégagée de toute complication hystérique où hypochondriaque, ne nous a jamais offert de lésion fonctionnelle pareille que chez les idiotes. Dans le cas de doute, l’anesthésie et l’amyosthénie sont donc un précieux moyen de diagnostic.

prompts et tout aussi variés que ceux qu’avait déjà offerts la malade de M. Maisonneuve ; de telle sorte que , chez elles , on obtenait pareillement à volonté le retour ou la disparition soit générale , soit partielle, des phénomènes hystériques.

Sur la troisième, la demoiselle Lh , l’action du métal ne fut pas moins manifeste; quelquefois seulement elle nous parut incomplète, surtout dans l’état cataleptique qui compliquait souventsesattaquesd’hystérie; mais, chez elle, comme chez les deux autres malades , il survint encore , ainsi que nous l’avions dù prévoir, quelques accès épileptiques qu’on voyait alors seulement se produire avec toute leur franchise, et sans aucun mélange d’hystérie.

La quatrième malade, Peffert, n’éprouva qu’une légère diminution dans la durée et la violence de ses attaques ;

Et chez la dernière, Sylvain, qui offrait tantôt des spasmes très-violents du côté des organes thoraciques, et tantôt de trèsfortes attaques d’hystérie, le laiton, à quelque moment et sous quelque forme qu’il fût mis en usage, n’eut jamais aucune espèce d’action.

Le métal ne se montra jamais capri deux et ses effets furent constamment les mêmes , si bien que les trois premières malades, habituées à voir leurs attaques avorter par l’application de nos armatures, négligèrent rarement de s’en servir à la moindre menace de nouvel accès, et que les deux autres, Peffert et Sylvain, après avoir tout fait pour être aussi heureuses que leurs compagnes, finirent par y renoncer.

Pendant ce temps, une sixième malade, la demoiselle Seguerlay, que des vomissements nerveux presque continuels et une paraplégie de même nature retenaient, depuis plusieurs mois, à l’infirmerie du Pavillon , et qui, plus épileptique encore que les autres , n’avait pu nous déterminer à nous occuper d’elle sérieusement, s’empare des anneaux de Sylvain, sa voisine, et, autant par curiosité que par jalousie peut-être, elle se les applique plusieurs fois la nuit , à l’insu de tout le monde. Au bout de quelques jours, la malade s’accuse de ce larcin, et nous dit , nous croyons d’abord que c’est pour le faire pardonner, qu’elle en éprouve une amélioration notable. Nous rions presque en nous-même de ses innocents efforts, et nous nous contentons,

sans les encourager, de lui laisser la liberté de les continuer.

Cependant un mois s’était 5 peine écoulé depuis que nos quaire malades avaient commencé à s’appliquer nos armatures , que déjà leurs attaques semblaient s’éloigner et durer un peu moins de temps qu’à l’ordinaire. Curieux alors de voir ce que devenait sous le laiton l’anesthésie, dont l’étendue et la profondeur commençaient à nous paraître toujours en rapport avec la force et la fréquence des accès hystéques, nous remarquâmes, sans trop d’abord y prendre garde , que chez toutes celles dont les attaques étaient maîtrisées par le cuivre , ce mêlai ramenait bientôt la sensibilité d’abord sur le lieu même de son application, puis au voisinage ; de telle sorte qu’après une attaque qui s’était entièrement passée sous les anneaux, le fourmillement, venant à la fin, comme chez la malade de l’hôpital Cochin, nous annonçait invariablement que toutes les parties qu’il envahissait, et c’était surtout celles où régnait auparavant l’anesthésie, étaient devenues sensibles. Peu importait d’ailleurs, pour l’action du métal, quelle que fût la surface ou le lieu de son application , et l’effet n’en était pas moins rapide avec un simple dé à coudre qu’avec un très-large anneau : la différence portait alors seulement sur l’étendue des parties de la peau qui avaient recouvré la sensibilité (1).

A la fin de décembre , des motifs tout de convenance (c’était l’absence du chef de service) nous parurent réclamer notre éloignement momentané de la Salpêtrière.

Nos malades se montrèrent d’abord fort affligées de celte brusque interruption dans leur traitement , mais elles furent rassurées par notre formelle promesse de revenir bientôt , et surtout par nos soins à laisser les armatures à leur libre disposition ; pas besoin n’était de leur recommander de ne pas en négliger l’usage : habituées à y trouver du soulagement, elles avaient fini par croire les premières à leur vertu curative ( douce illusion,

(1) Consultez pour plus de détails une note que nous avons adressée à l’Académie des sciences, intitulée Note pour servir à l'étude des effets physiologiques et thérapeutiques des armatures métalliques , ou de V Influence de certains métaux sur la paralysie nerveuse ( Gazette médic février 1850).

que nous n’âvions pas eu le courage de leur enlever, nous, qui nous obstinions à ne voir dans leur amélioration qu’une simple coïncidence) , et s’il arrivait que l’une d’elles fût surprise par une attaque, aussitôt ses compagnes de traitement accouraient pour les lui appliquer.

Après un mois et demi d’absence, nous revînmes à la Salpêtrière , ne doutant pas que toutes nos malades , semblables à ce malheureux de la fable qui n’était jamais plus loin du but que lorsqu’il se croyait plus près de l’atteindre, ne fussent déjà retombées dans leur premier état. Mais quel ne fut pas à la fois noire étonnement et notrejoie d’apprendre, que grâce à trois ou quatre nouvelles applications de quelques heures, les trois hystéro-épileptiques , Verdelet, Valois et Lh..., qui, au moment de notre arrivée, ne passaient guère de jour sans attaques , n’avaient presque plus été malades après notre départ, et que Seguerlay, qui avait vu tous ses spasmes disparaître, en même temps que revenir le mouvement dans ses jambes , n’avait plus eu un seul vomissement depuis la même époque, et devenue maintenant une des plus fortes de la division , occupait l’emploi d'une fille de service. La demoiselle Lh... , plus lettrée que ses compagnes, nous offrit le même jour une sorte de registre d’observations, que nous avons encore, où l’on ne trouve consignés pour celte malade que quelques spasmes sans importance, et pour Valois une seule attaque de nerfs provoquée par un acte de violence. Bien mieux, les accès d’épilepsie, quoique , nous l’avons dit déjà , s’étant produits plusieurs fois au début jusque sous les armatures, n’y occupent presque pas déplacé, et Lh... était la seule qui eût eu le triste privilège d’en ressent ir encore deux ou trois atteintes. Toutes ces malades , désormais en voie de guérison, nous ne pouvions plus le méconnaître, nous accusant ce retour à la force musculaire dont Seguerlay nous offrait le si heureux exemple, nous nous empressons de rechercher l’état de leur sensibilité, et ces pauvres filles, que deux mois auparavant nous lardions impunément, à l’ex* ception de Seguerlay (l),de coups d’épin-

(1) Cette malade est la première qui ait appelé notre attention sur la relation qui existe entre les phénomènes douloureux , d’une part, et de l’autre, la diminution de la puissance motrice , lorsque la sensibilité

g-ïe sur la peau et différentes muqueuses , souffrent alors du moindre pincement de la peau et de la plus légère piqûre: leurs sens sont tous bien ouverts, et il ne nous est plus possible, comme autrefois, de leur enfoncer profondément une cuiller dans la bouche ou une plume dans le nez , sans provoquer aussitôt les efforts de vomissement ou réternument et l’écoulement des larmes.

Frappé alors d’un trait de lumière, nous interrogeons la sensibilité de Sylvain, de Peffer et de plusieurs autres malades ; aucune d’elles n’avait éprouvé d’amélioration , et aussi toutes étaient anesthésiques au même point. Dès lors co mment ne pas reconnaître que cette anesthésie , si constante dans l’hystérie , et par conséquent aussi dans toutes les névoses que celle-ci résume, était le phénomène le plus important, et la base en quelque sorte de la maladie ; que la diminution de la sensibilité constituait une nouvelle mesure, une sorte de pouls nerveux j, propre en général à fournir le degré de l’affection, et que, comme il avait toujours été impossible d’agir sur la névrose, sans avoir sur elle la même action, la métallothérapie devait s’en servir à l’avance comme d’une pierre de touche pour l’indication du métal.

Alors pourquoi toutes ces applications d’essai, faites non sans frais et sans difficulté, sur tout le corps d’une hystérique en convulsion ?.. Une simple petite plaque, un seul dé de cuivre sur un doigt anesthésique, par exemple , ne devait-il pas en dire autant pour le traitement qu’une armature toute entière , et ne suffisait-il pas que, dans une exploration préalable, le métal eût ramené la sensibilité (nous aurions dû ajouter et la motilité, comme le verrons tout à l’heure ) pour être sûr à l’avance d’avoir raison des convulsions et de l’affection nerveuse tout entière ?

Pour en avoir la preuve irréfutable, nous fîmes de nouvelles expériences sur d’autres hystériques, et celles-là, celleslà seulement , se virent toutes délivrées de leurs attaques, chez qui le métal avait fait revivre la sensibilité. Plus l’action du laiton s’était montrée intense et rapide

a peu ou pas éprouvé de diminution; et en effet, bien qu’hyslérique au premier chef, sa peau n’avait presque rien perdu de cette dernière faculté.

sur l’anesthésie, plus ce métal avait d’effet sur les spasmes, les convulsions et les douleurs de l’hystérie.

Mais, si beaucoup d’hystériques de la division devenaient sensibles par le laiton, plusieurs autres, aussi bien que Sylvain et Peffer t, conservaient, après son application, le même degré d’insensibilité. Nous avions eu beau varier le moment, la durée et la forme de nos explorations, le résultat n’en était pas moins toujours resté négativement le même.

Prenant alors Sylvain pour type de cette résistance, nous négligeons ses attaques pour ne nous occuper que de ramener sa sensibilité par des applications partielles de laiton ; mais, quels que soient la surface, le poli , le degré de sécheresse ou d’humidité de ce métal , son état électrique ou non, par la superposition, dans le premier cas , d’une plaque de zinc, ou par l’addition du fil d’un des pôles d’une pile en activité, son anesthésie persiste, et tous nos efforts demeurent impuissants. C’est en vain que , saisi de toute l’importance du problème qui, dans la personne de cette malade , se traduisait pour nous sous la formule suivante :

«Étant donnée une affection hystérique, trouver le moyen de ramener la sensibilité», nous en cherchions la solution jusqu’au milieu des heures du sommeil, Sylvain, toujours insensible, continuait à se rire, en quelque sorte, de toutes nos piqûres, et sa sensibilité semblait toujours nous fuir.

A la fin, nous avions presque renoncé à trouver jamais une solution convenable dans nos applications de métal , lorsqu’un matin , le 2 mars 1850 , date qui intéresse trop l’avenir de la métallothérapie pour que nous l’ayons oubliée, nous trouvâmes 8ylvain occupée à coudre avec un dé d’acier. Encore muni d’une longue aiguille, qui commençait à ne plus nous quitter, et que nous employons aujourd’hui concurremment avec le dynamomètre, plus souvent encore que la plupart des praticiens ne comptent les secondes de leur montre, nous nous avisons d’essayer la sensibilité au-dessous de ce nouveau métal; nous piquons un peu fort, et aussitôt la malade, non moins étonnée que nous le sommes nous-même, retire brusquement sa main , se plaint d’une vive douleur, et, peu à près, essuie une goût-

telette de sang qui est venue sourdre à l’ouverture de la piqûre (1).

De nouvelles piqûres, faites ensuite avec plus de ménagements sur le même doigt , sont parfailementsenties, surtout à proximité de l’acier, tandis que la même anesthésie qu’auparavant se remarque sur les autres doigts de la même main. Nous changeons le dé de place, et partout où nous reportons l’acier, la douleur à la piqûre se manifeste en moins de huit à dix minutes. Des dés de cuivre , mis à la place de celui en acier ou bien placés sur d’autres doigts qui étaient restés insensibles, l’anesthésie ne tarde pas à revenir dans le premier cas, et dans le deuxième nous ne remarquons aucune différence.

Bien heureux d’un pareil résultat, mais n’osant pas encore trop y croire, nous demandons à M . le Dr Briffault, alors interne du service, de le vérifier lui-même, et l'expérience réussit à nouveau tout aussi bien dans ses mains que dans les nôtres.

Deux jours après, des motifs, que nous tairons pour ne pas avoir ici à nous plaindre de la brutalité inouïe ou mieux de la jalousie sans exemple d’un mauvais confrère, nous forçaient à quitter la Salpêtrière, sans nous laisser le temps de faire essai, pour Sylvain, d’une armature d’acier, ni nous permettre de continuer nos soins aux quatre autres malades (2), dont la guérison faillit se trouver ainsi fort inhumainement compromise. Mais

(1) Un fait fort remarquable , et aussi une preuve incontestable de l’influence du métal sur la circulation capillaire, par l’intermédiaire du système nerveux , c’est que les piqûres sur des surfaces anesthésiques , qui , même profondes, ne fournissaient pas de sang, ne tardent pas à en donner lorsque le cuivre ou l’acier a rappelé la force nerveuse sur le lieu de son application, et remis la sensibilité en bon état. Le retour si fréquent des men- • strues, après l’application sur le ventre et les membres inférieurs d’un métal approprié , est une heureuse conséquence de celte influence remarquable du métal, qui nous semble appelé à rendre de grands services dans toute la pathologie.

(2) Toutes ces malades ont depuis longtemps quitté la Salpêtrière, ou du moins ne font plus partie de la division des malades... Au contraire, Sylvain Peffert et les autres y sont encore. Ne us avons déjà dit plus haut qu’avant notre arrivée, il avait fallu dix aus pour produire un moindre résultat.

alors notre découverte était complète.

Comment, en effet, ne pas voir désormais que lorsque Je laiton ou même l’acier avaient été inutiles, il fallait recourir à d’autres métaux r cuivre rouge , acier d’Allemagne, or, argent, platine, etc., à l’état simple ou à l’état d’alliage, tout aussi bien placés que les deux premiers dans l’échelle de conductibilité électrique, et ne désespérer jamais de la métallothérapie que lorsque tous ces métaux et tous les alliages connus, plus ceux que nous pouvions y ajouter nous -même, avaient été inutilement passés en revue.

Toutefois une chose y manquait encore ; voici à quelle occasion elle nous fut apprise.

Page 1