‹ MétallothérapieChapitre 17 sur 20 · MAGNÉTISME ANIMAL OU MESMÉRISME · texte numérisé non relu

MAGNÉTISME ANIMAL OU MESMÉRISME

(Londres, 1851.)

Plus tard, au mois d’août, une personne considérable de la clientèle de M. Monod, que nous avions traitée avec succès d’une affection nerveusechronique, au moyen d’une armature en métal de cloches , nous valut l’honneur d’être appelé à Londres, auprès de l’une de ses amies , madame la marquise de X... , un des plus grands noms de toute l’aristocratie de l’Angleterre. Cette dame infortunée , privée du mouvement de ses jambes depuis plusieurs années, par une paraplégie nerveuse qui avait résisté à toute sorte de traitements , fut soumise à des applications d’argent , 2e titre, et déjà, dès le dixième jour, elle pouvait quitter son lit et se livrer à quelques minutes de promenade, avec la seule asistance d’une de ses femmes; malheureusement il survint, à cette date, diverses circonstances qui entravèrent la guérison (1).

Pendant notre séjour en Angleterre , les sacrifices auxquels nous nous étions résigné d’avance en acceptant de quitter pour plusieurs mois notre clientèle , ne trouvèrent pas seulement une certaine compensation dans nos relations dans le monde , d’abord à Londres , puis à Brighton ; mais , ainsi que nous l’avions surtout espéré, nous fûmes assez heureux pour y établir, à nos heures de loisir, des rapports de bienveillance et quelquefois même d’amitié parmi beaucoup de nos confrères. Au nombre de ceux qui voulurent bien nous honorer de l’accueil le plus flatteur, et eurent quelquefois des paroles bienveillantes à l’adresse de nos idées et de notre découverte, nous citerons plus particulièrement MM. Lawrence, Marshal-Hall, Hogkins et Babington , ainsi que MM. les DIS Curi , Dudgeon et Roth.

(1) Comme pendant à cette observation , nous rappellerons le cas si remarquable, déjà cité dans notre thèse inaugurale, de madame la baronne de R..., qui, clouée dans son lit depuis quatre mois pour une hémiplégie avec amaurose nerveuse, put se promener à pied dans un lieu public, cinq jours après avoir commencé des applications du même métal (arg. , 2e titre).

Ce dernier médecin , aujourd’hui notre honorable ami, ayant désiré connaître, avecM. le professeur Georgii, qui, comme lui, pratique à Londres la kynésithérapie avec beaucoup de succès, tous les avantages que pourraient leur offrir nos métaux employés comme adjuvants des mouvements actifs et passifs , nous fûmes heureux nous-même de profiter de cette circonstance pour nous initier à toutes les pratiques kynésithérapiques de Ling , leur illustre maire.

Mais , de tous les médecins , celui dont les relations devaient nous être à tous égards le plus profitables , ce fut le Dr John Elliotson, le même qui, après avoir écrit des livres très-estimes sur la pathologie, la physiologie, et publié des travaux importants sur la morve , etc. , avait eu, les uns disent la folie, et d’autres le courage, de se faire à Londres le digne champion du magnétisme animal (mesmérisme en Angleterre), et de lui donner publiquement asile dans les salles de son hôpital.

M. Elliotson devait en effet non-seulement nous honorer de sa précieuse amitié, et laisser à nos recherches et à nos idées une page toujours ouverte dans son journal The Zoist , mais il allait encore nous fournir l’occasion de vérifier sur une grande échelle une loi extrêmement importante pour l’avenir du magnétisme animal, que nous avions déjà consignée en ces termes dans notre thèse inaugurale (p. 59): « Il résulte d’un grand nombre de tentatives que nous avons faites depuis bientôt quatre années , pour arriver à l’aide des métaux à donner un caractère scientifique aux principaux phénomènes du magnétisme animal ou somnambulisme 3 ceux-là même qu’on se plaît généralement à reconnaître, cette première loi que nous sommes heureux de faire connaître à ceux qui aiment la vérité, mais qui n’ont jamais su, en magnétisme, où et comment la trouver.

«Un homme ou une femme, une jeune fille ou un garçon , est éminemment propre à éprouver les effets de ce qu’on appelle le magnétisme animal ;

« Lorsqu'il est affecté d’anesthésie ou d’amyosthénie , en d’autres termes lorsqu’il a une de ces nombreuses maladies nerveuses, migraines, névralgies, spasmes, hystérie , hypochondrie, mélancolie , etc., qui s’accompagnent toujours de l’un ou de l’autre de ces deux symptômes ;

« Lorsqu’il est sensible à T action du cuivre jaune ou laiton.

« Plus la sensibilité et la motilité sont altérées , et plus elles reparaissent vite avec le laiton, plus l’action magnétique se manifeste rapide et complète.

« Dans ces conditions, presque les seules où le somnambulisme puisse se développer , il n’est personne qui ne soit capable de mettre en jeu l’action magnétique, au moins à un certain degré.

« Pour se mettre à l’abri de toute crainte, avoir toujours à sa portée une armature de laiton, qui, si nous pouvons ainsi dire, antimagnétique au suprême degré (1), sert merveilleusement à prévenir ou à faire cesser tous les accidents auxquels peut donner lieu l’inexpérience de l’opérateur ou le magnétisme lui-même, et permet aux malades de se réveiller seuls sans l’intervention directe de personne.

« La plupart de nos expériences sur cet intéressant sujet , disions-nous encore , ont été faites dans divers hôpitaux : à Beaujon , service de M. Robert (1847) ; à Cochin , service de MM. Maisonneuve et Nonat; à Saint - Antoine , service de M. Beau ; aux Enfants Malades , chez M. Guersant; à l’Hôtel-Dieu,chezM. Rostan ( depuis nous les avons continuées chez MM. Horteloup, à Neeker, et Monod, à la Maison de santé).

« La manière dont elles ont été accueillies par ces hommes éminents, tous maîtres aussi chers qu’habiles, nous aurait appris, si nous ne l’avions su déjà , que dans toutes les questions, même celles qui sont les plus délicates et quelquefois les plus dangereuses, avec de bons esprits pour juges, on peut se conduire et agir de telle sorte qu’on n’ait point à regretter d’y avoir jamais laissé quelque chose. »

La première fois que nous eûmes l’honneur de voir M. le Dr Elliotson, ce fut dans uneinaison’conforiablede Conduit-Street, qui est son habitation , et précisément assis à une même place où Sa Majesté Impériale Louis -Napoléon était venue quelquefois elle-même, à l’époque de son séjour à Londres , se rendre témoin des expériences privées de ce savant , et témoigner par là de sa haute sympathie en

(1) L’anesthésie et l’amyosthénie étant la base en quelque sorte du sommeil magnétique, on comprend facilement que le métal qui les fait le mieux disparaître et le magnétisme soient incompatibles.

faveur du magnétisme animal ou mesmérisme. Ce jour-là , notre éminent confrère prit la peine de nous exposer longuement la plupart de ses vues et de ses idées sur cette partie si tristement ignorée de la science; il nous rappela tous les bienfaits que, sans s’éloigner des phénomènes physiques les plus simples, médecins et malades peuvent trouver dans la pratique du magnétisme; et lorsque le maître, chemin faisant, nous eut laissé deviner tous les trésors d’érudition et de génie qu’il avait mis au service de sa nouvelle cause, il nous fut aisé de comprendre pourquoi quelques hommes sincères et instruits, mais plus amis de ce qui est que de ce qui doit être , regrettaient très-vivement de ne plus le voir avec eux dans les vieux chemins delà science, et pourquoi d’autres, avides à se partager les dépouilles de sa riche clientèle, ne pouvant accuser sa probité , qui est hors de toute atteinte, sont bien aises, encore aujourd’hui , de lui faire un reproche public d’avoir donné asile au magnétisme en Angleterre (1).

Le lendemain, nouvelle conférence avec M. Elliotson, plus M. le Dr Ashburner, aujourd’hui pareillement notre savant et très- honorable ami. Trois malades nous furent présentés (deux femmes et un homme) , et chacun d’eux étant sensible au magnétisme , tous furent trouvés sensibles au laiton au même degré.

Deux ou trois jours après, notre savant confrère nous amena à son infirmerie mesmérique de Bedford-Square, ainsi nommée parce que tous les malades qui s’y rendent sont exclusivement traités par le mesmérisme. Cette infirmerie, que le lecteur se rassure, n’est point un antre de Crisiaques, et moins encore un temple de devins et de pythonisses,où chacun peut aller, pour son argent, consulter sur le présent ou fouiller l’avenir, mais un vé- ritable établissement hospitalier, créé et entretenu par des souscriptions volontaires , à la tête desquelles se trouvent inscrits , après le Dr Elliotson , les plus

(1) Il en coûte d’avoir des convictions ; car, d’après un calcul qui nous fut fait par un médécin de Londres, la folie du Dr Elliotson lui coûte, à l’heure qu’il est, environ 40 à 50 mille livres sterling de clientèle; heureusement que sa fortune personnelle, qui est considérable, empêche notre illustre ami de songer môme à cette perte.

grands personnages de l’Angleterre. On y reçoit des malades des deux sexes, tous les jours non fériés , de 9 heures à 4 heures. Les hommes sont magnétisés par des hommes, dans une grande salle du rez-de-chaussée, et les femmes, par des personnes du même sexe, dans l’étage supérieur.

La magnétisation est directe, et varie, pour chaque sujet, d’une demi-heure à une heure; elle se fait dans le silence et le recueillement. Le malade une fois endormi est abandonné sur sa chaise , espèce de fauteuil d’osier, jusqu’au moment de son réveil, et personne ne s’y permet de l’interroger sur l’état de ses organes ou sur ceux de son voisin. Tome l'infirmerie obéit aux inspirations du Dr Elliotson; mais à sa tète il y a en omre un secrétaire intelligent pour inscrire les malades, prendre leurs observations, tracer le traitement dans les cas les plus simples, et donner l’impulsion à tout le personnel.

Notre introduction en pareil lieu fut une bonne fortune pour nos métaux, car où auraient-ils pu mieux faire valoir les merveilleuses propriétés d’indications mesmériques que nous leur avions trouvées!... Plusieurs jours furent consacrés à passer en revue les malades de l’infirmerie ; et telle est la sûreté de notre moyen d’exploration pour reconnaître à l’avance le terrain sur lequel on peut rencontrer le somnambulisme, qu’armé simplement d’une aiguille de notre dynamomètre et de deux plaques de métal, Tune en laiton, l’autre en acier nous pûmes désigner, entre tous les malades sans exception , ceux qui dormaient ou éprouvaient quelques effets physiques de l’action magnétique, et ceux qui ne dormaient point ou n’en éprouvaient rien absolument, en y ajoutant encore ceux qui n’avaient aucune chance de dormir.

Mais, pour cette fois, n’en disons pas davantage sur ce sujet , que nous pourrions même regretter d’avoir eu la franchise d’entamer, si notre expérience passée n’était point là pour nous rassurer, et si après tout nous ne tenions pas beaucoup plus à l’estime de nos amis et de nousmême, qu’à laisser dans le repos les susceptibiliiés de ceux qui se sont le plus compromis dans la question par une résistance illégitime.

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