‹ MétallothérapieChapitre 19 sur 20 · PRÉSERVATION. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

PRÉSERVATION. — TRAITEMENT

Nous venions à peine de terminer nofre mémoire sur la chlorose „ que le hasard offrit à notre activité un nouveau et trèsvaste champ de recherches qui devaient nous permettre d’agrandir encore le domaine déjà fort étendu de la métallothérapie.

Un jour du mois d’avril 1852, où nos affaires nous avaient appelé dans une importante fonderie de cuivre de la rue des Gravilliers , u° 22 , les hasards de la conversation nous apprirent que tous les ouvriers et locataires de l’établissement, au nombre de deux cents environ, avaient été respectés par le choléra , aussi bien en 1832 qu’en 1849. Ce fait, d’une immunité aussi complète, bien qu’à la rigueur il pût n’étre que la conséquence d’une heureuse exception, nous causa tout d’abord une grande surprise , et nous eûmes déjà à nous demander si les métaux n’auraient point d’autres propriétés contre le choléra que celles dont nous les avions particulièrement dotés lors de la dernière épidémie. Cependant nous avions commencé à l’oublier, lorsque la même observation vint s’offrir à nous avec une sorte de ténacité , et notamment dans trois autres fonderies de cuivre de la même rue (nos 20, 46 et 35), où 400 à 500 ouvriers et locataires avaient tous été aussi parfaitement épargnés que ceux du n° 22.

Cette nouvelle et très-surprenante immunité étant très-loin d’étre justifiée par la salubrité du quartier, par l'état des maisons elles-mêmes, qui toutes les quatre étaient aussi pauvres d’extérieur que celles où se réfugie d’ordinaire la fonderie, par l’hygiène des habitants et la mortalité des numéros voisins, il nous fut bien impossible de ne voir là qu’une simple coïncidence, et à partir de ce moment, nous ne primes ni trêve ni repos que nous ne fussions enfin arrivé à consi ater sûrement les propriétés remarquables du cuivre, que nous n’avions fait d’abord que soupçonner. Pour obtenir cet important résultat, pendant cinq mois entiers, nous nous sommes livré spontanément , sans aucun égard pour les nombreuses exigences de notre profession , à

une vaste enquête dont voici les principaux détails. Nous avons visité, en personne , à Paris seulement , près de 400 maisons, usinés, établissements de toutes les industries qui s’exercent sur les métaux, depuis le plus modeste atelier où il n’y a que 4, 5 , à 10 ouvriers, jusqu’aux grands établissements où, comme chez MM. Cail et Cavë, ils se comptent par centaines; depuis les fonderies de fer des faubourgs Saint-Marceau et Saint-Jacques , et les fonderies de caractères de la rue de Vaugirard , jusqu’aux usines de MM. Lagoutte, Calla, Gouin et Farcoux, à La Villette , à La Chapelle et à Saint- Ouen ; depuis les vastes fabriques et fonderies de M. Cail et Ce, à Chaillot et à Grenelle, jusqu’aux fabricants de roulettes en cuivre du faubourg Saint- Antoine, en passant par toutes la fabrique des bronzes du Marais.

Nous nous sommes mis en rapport avec MM. les présidents, trésoriers ou secrétaires des différentes associations ouvrières , avec les mères des compagnons serruriers, maréchaux, chaudronniers, etc., et nous avons été souvent jusqu’à interroger les ouvriers eux-mêmes, jusque dans leurs auberges et leurs garnis.

En même temps, nous écrivions dans les départements à MM. les propriétaires, directeurs ou médecins de nos principales usines, forges, lamineries, tréfileries , etc.; à MM. les maires et magistrats des villes où, comme à l’Aigle et à Villedieu , la population est presque entièrement adonnée à des travaux sur les métaux, demandant à chacun de vouloir bien nous éclairer sur la marche de l’épidémie dans sa localité.

Non content d’avoir réuni de la sorte des renseignements précis pour une trèsnombreuse population, au moins 100,000 individus, nous nous sommes adressé à MM. Ses ambassadeurs d’Angleterre , de Suède et de Russie , à M. le professeur Huss, de Stochkolm, à M. le comte de Montferrand, architecte de Sa Majesté impériale à Saint-Pétersbourg , et directeur des mines de Sibérie de Son Altesse le prince Anatole de Demidoff, qui à lui seul nous a fourni des renseignements sur 46,500 mineurs des deux sexes ; nous nous sommes adressé encore aux plus grands établissements métallurgiques de l’Europe, à la coutellerie de Sheffield , aux affineries du pays de

Galles, à la chaudronnerie de Birmingham, aux mines de Phalen, de Linkeping, en Suède, aux mines du Stolberg , de la Silésie, etc., etc.; enfin nous avons puisé dans tous les précieux documents de statistique qui ont été publiés par la commission du choléra de 1852 : ce n’est qu’après cinq mois de correspondances, de recherches et de fatigues de toute sorte, qui avaient paru nous donner les plus consolants résultats pour une population ouvrière de plus de 300,000 individus, que nous nous sommes cru le droit d’adresser aux principales Académies et sociétés savantes de l’Europe un mémoire sur la découverte d’un moyen de préservation et de guérison du choléra, et que, cédant ensuite, au cœur de l’hiver, à la menace d’une nouvelle invasion de ce fléau, qui était venu peser alors sur l’Europe occidentale , nous avons été jusqu’à proposer au gouvernement de nous envoyer en mission à Saint-Pétersbourg pour y étudier, malgré les rigueurs de la saison, les effets préventifs et curatifs des métaux.

Voici maintenant les conclusions générales de cette vaste enquête.

« 1° Pendant les deux épidémies de choléra qui ont désolé la France en 1832 et en 1849, les métaux, toutes les fois que nous avons pu le constater, ont généralement exercé , dans toutes les professions où ils se manient sérieusement, une influence qui n’a pas été moins heureuse qu’elle est manifeste.

«Cette influence , si évidente qu’on a lieu d’être étonné qu’elle n’ait produit qu’une observation insignifiante ou stérile , est surtout remarquable pour les différentes professions qui s’exercent sur le bronze et le laiton, et , à un moindre degré , pour celles qui s’adressent aux diverses qualités d’acier ; mais , à mesure qu’on descend l’échelle des professions , dont le sommet serait occupé , d’un côté, par les alliages de cuivre, de l’autre, par les carbures de fer, aciers, et la base par ces deux métaux à leur plus grand état de simplicité , la mortalité cholérique va augmentant jusqu’à atteindre quelquefois la moyenne pour le fer, et pour le cuivre un chiffre assez élevé , sans que jamais cependant il arrive jusqu’aux limites de celle-ci.

«Ainsi, pour 1,000 ouvriers sur l’acier, qui en 1849 ont à peine fourni 3 à 4 morts à l’épidémie, on voit, par exem¬

ple, les seuls compagnons ferrants, au nombre de 200 à 250 , en donner 5 pour leur compte ; et si tous les ouvriers fabricants d’instruments de musique , au nombre de 600 , n’ont eu que 2 morts en 1832 et 1849, pour la seule chaudronnerie de Paris, qui occupe à peu près le même nombre de bras , nous avons retrouvé déjà un chiffre double, 4 ou 5, dans la mortalité de la dernière épidémie seulement.

« 3° La protection exercée par les métaux paraît avoir été de deux natures bien distinctes : préventive et curative .

« Préventive , elle a eu lieu sans doute directement par contact et en proportion même du métal protecteur, indirectement par simple voisinage, comme pour tous les individus situés dans la sphère d’action d’un paratonnerre : c’est du moins de cette dernière façon qu’on peut seulement expliquer la préservation considérable qui a été commune à presque tous les locataires des fonderies de cuivre, à moins qu’on ne préfère l’attribuer aux migrations que la fusion ou bien le travail de l’atelier ferait subir au métal , soit sous forme de particules très-ténues, soit en effluves d’une nature particulière.

« 4° La préservation cholérique nous a semblé appartenir au même titre à tous les métaux également bien placés dans l’échelle électrique , et si on la rencontre particulièrement dans le laiton et l’acier, c'est qu’il est probable que ces deux métaux , jouissant au suprême degré des propriétés électriques et magnétiques, modifient heureusement les perturbations de même nature, au sein desquelles le miasme cholérique peut seul peut-être exercer des ravages; il est même bien remarquable, à ce dernier point de vue, qu’il nous soit arrivé de ne pas rencontrer la protection au même degré pour des industries cependant similaires par la nature des métaux, précisément alors que , comme dans l’horlogerie , on prend très-grand soin de graisser ou d’huiler des pièces de métal.

«5° La puissance curative paraît, au contraire , avoir été réservée pour le cuivre seul, qui se comporterait vis-àvis du miasme cholérique , comme le sulfate de quinine sur le miasme de la fièvre intermittente. Maintes fois cette propriété remarquable s’est offerte à notre observation avec des caractères incontestables

d’évidence, et tel ouvrier ou patron d’une fonderie de cuivre a pu être préservé des plus graves symptômes d’invasion cholérique , parce qu’il a commué à vivre au milieu des poussières et émanations cuivriques } tandis qu’un autre moins heureux a payé de sa vie la désertion prompte de l’atelier.

« Les propriétés préventives et curatives du cuivre ont dû même exisier à un si haut degré, que foule la fonderie de caractères , où le cuivre occupe cependant une si faible part , n’a perdu que 2 hommes en 1832 et en 1849, et qu’en 1849 , la profession qui assurément , par ses habitudes bien connues d’intempérance et le mauvais état de son hygiène, était désignée d’avance comme devant fournir à ce fléau la plus large part, la fonderie de cuivre , à Paris , n’a eu que 8 morts sur 1300 personnes qu’elle occupait alors , parmi lesquelles encore il faut noter un ivrogne endurci qui faisait un abus énorme d’eau-de-vie, un apprenti et deux individus déjà malades; un pris le dimanche, hors de la fonderie : celle circonstance , très-remarquable j s’est représentée trop sonvent, toutes les fois. que nous avons pu vérifier la mort de chacun des ouvriers, pour qu elle n’ait pas , elle aussi , une haute signification.

«Enfin la commission du choléra de 1832 nous a déjà donné, sans le savoir, gain de cause.

«1° En signalant, dans ses recueils de statistiques, comme de toutes les professions la plus respectée , précisément celle des quincailliers;

«2° Et en donnant de faibles chiffres de morialité à la rue de Lappe (.faubourg Saint-Antoine), rue cependant habitée par une population fort peu soigneuse dans ses habitudes et sou hygiène, ainsi qu’à tout le quartier Saint-Mar! in-des-Chainps, * qui est si tristement obstrué de ruelles, cours et passages de toute sorte ; mais où, en revanche , se trouvent en dépôt ou bien appliquées à des travaux d’une variété infinie d’énormes quantités de foute espèce de cuivres et d’aciers ; tandis qu’elle marquait d’une morialité quelquefois effrayante tout un quartier adjacent, qui n’est séparé du précédent que par une seule rue, la rue Saint-Martin , mai* où les méfaux disparaissent pour être remplacés par la droguerie , la mercerie , la bonneterie , etc. »

Conclusion extrême.

Les alliages de cuivre, laiton et bronze, les carbures de fer, dits dans le commerce aciers d'Allemagne et d’Angleterre, appliqués à la peau largement et d’une manière permanente, sont, dans l’épidémie de choléra, un moyen précieux de préservation qu’on ne doit point négliger, puisque d’ailleurs il ne peut y avoir aucun inconvénient à en faire usage, et si la préservation relative, que nous paraissent devoir donner ces deux métaux , venait à laisser désirer davantage , peut-être serait-il utile de l’aider par quelques prises de poudre très-fine de laiton et d’acier, portées sur la muqueuse nasale, et, comme dernière précamion , par de larges feuilles de laiton et d’acier , qu’il serait si facile aux gens aisés de dissimuler dans leurs appartements.

« Dans le traitement du choléra, ie cuivre, administré en temps opportun soit seul , soit associé aux agents qui , comme l’opium , ont reçu la sanction de l’expérience, soit en limaille, soit sous une autre forme dont la pratique ne peut tarder à faire connaître la véritable dose et les meilleures appropriations , a les plus grandes chances de devenir, entre les mains de médecins habiles , un puissant moyen de guérison . »

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