LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES
L'union de doux pièces thoraciqucs ne se fait pas autrement, et donne lien ainsi à la présence, dans l'inférieur du thorax, de ces lames verticales, qui ont reçu le nom d'apodèmes. Les lames (pii unissent les pièces sternales prennent souvent un dévelop]»ement énorme, affectant d'ordinaire la forme d'un Y, et servant nonseulement aux attaches musculaires, mais encore à maintenir la chaîne ganglionnaire qu'elles emhrassent d'une manière étroites chez les Insectes les plus parfaits. Ces lames, appelées du nom (Ventothorax, pour exprimer leur situation à l'intérieur du tliorax, ont été regardées par Victor Audouin comme des pièces [(articulières; ce ue sont en réalité que les lames d'union ti'èsdéveloppées des pièces sternales, ou, en d'autres termes, les apodèmes.
Pour ne rien omettre d'essentiel dans cette rapide description du squelette tégumentaire des Insectes, nous devons faire mention d'une série de petits cercles plus ou moins épais <jue l'on A'oit sur les parties latéi-ales du corps. Ils sont hien apparents chez une inhnité de larves : les chenilles lisses, les larves des Scarahées, du Hanneton, le Ver blanc, etc. Chaque petit cercle circonscrit l'un des orifices respiratoires ; on le nomme le périlrhne. Ce mot signifie « autour du trou » .
La tète de tout Insecte, avons-nous dit, est formée piùmordialement de plusieurs anneaux. Le fait est certain ; la démonstration est encore incomplète. Au moment même de la naissance des larves, aucune division annulaire n'existe dans la tête ; mais, sachant que toute paire d'appendices est supportée par un anneau particulier, voyant à la partie inférieure de la tête trois paires d'appendices, les mandibules, les mâchoires et la lèvre inférieure (seconde paire de mâchoires), des naturalistes se sont persuadé que la tête de l'Insecte était, comme le thorax, formée de trois anneaux. Les trois paires de pièces buccales représenteraient donc exactement les pattes du tliorax. Il y a une grande probabilité en faveur de la justesse de cette appréciation.
Cependant, comme la tète porte en dessus des appendices : les yeux, les antennes, la lèvre supérieure, deux hypothèses ont pu être produites. En regardant la tète comme formée de trois anneaux, les mandibules, les mâchoires, la lèvre inférieure, étaient considérées comme appartenant aux arceaux inférieurs ; les yeux, les antennes et le labre aux arceaux supérieurs, de même que les ailes pour le thorax. En supposant les appendices supérieurs dépendant d'anneaux distincts de ceux qui portent les pièces buccales, on a été conduit à admettre l'existence primordiale d'un plus grand nombre d'anneaux. La première hypotlièse semble plus probable; l'étude d'embryons très-jeunes, si l'on parvient à faire cette étude, pourra seule lever toute incertitude à cet égard.
Le thorax porte les appendices de la locomotion. Ces appendices sont les pattes, qui appartiennent aux arceaux inférieurs, et les ailes, qui dépendent des arceaux supérieurs.
Les pattes existent souvent dès le jeune âge, mais très-petites alors ; elles ne prennent leur grand développement que chez les adultes et chez les individus déjà assez proches de cette dernière condition.
Les pattes, dès le moment de leur apparition, sont au nombre de trois paires, ainsi qu'on a pu le voir dans la caractéristique des différentes classes du sous-embranchement des Articulés. (Jn distingue les pattes d'après leur position relative. Celles qui sont attachées au prothorax, sont les pattes antéi'ieures ; celles du mésothorax, les pattes intermédiaires; celles du métathorax, les pattes postérieures.
Les pattes des Insectes, organes locomoteurs pouvant être adaptés à une infinité d'usages particuliers, présentent la plus grande diver^té imaginable dans leurs formes et dans leurs adaptations spéciales, et c'est là un des côtés les plus intéressants de l'histoire d'une foule d'espèces. Néanmoins les pattes ont toujours la même composition, quels que soient leurs formes,
LKS OHGANKS DU MOUVEMENT DES INSECTES. 73^
IcTii's us;ip,os. le dc^ré de leur (léveloppeiuent. Elles sont constituées jtar une suite d articles insérés à la suite les uns des autres, et que l'on nomme la hanche, le trochanter, la cuisse, la jamhe et le tarse. Ces noms ne doivent faire supposer aucune homologie a^ec les parties qui reçoivent les mêmes appellations chez l'Homme et les Animaux supérieurs. Ouel([ues traits d'analogie seuls ont chîterminé cette nomenclature. M. Milne l'Edwards en a proposé une autre plus rationnelle, et si nous ne l'employons pas ici, c'est afin de ne pas introduire des termes peu connus, que beaucoup d'esprits se résignent dil'licilement ù accepter.
La hanche est la pièce basilaire qui s'articule avec l'ainieau thoracicpie. Le trochanter, la petite pièce qui vient à la suite, articulée de manière à se dresser sur la hanche et paraissant ne former qu'une division de l'article suivant. La cuisse est une tige, ordinairement assez longue, qui se dresse pendant la marche, suivant.en cela le mouvement du trochanter. La jambe, insérée dans une échancrure inférieure de la cuisse, forme un angle avec cette dernière en descendant vers le sol. Le tarse est la pai'tie de l'appendice qui pose sur le sol; c'est le pied de l'Insecte, formé d'un seul article chez les chenilles, chez la plupart des larves, divisé en deux, trois, quatre, cinq articles chez les adultes. Le tarse est presque toujours terminé par deux crochets mobiles, rarement par un seul, si ce n'est chez des larves. L'examen des figures représentant la chenille et le papillon du grand Paon de nuit, le Calosome à l'état de larve et d'adulte, donnera l'idée exacte des caractères et du développement des différents articles des pattes.
Les ailes existent chez l'immense majorité des Insectes parvenus à l'état adulte. EUes sont au nombre de quatre, soit de deux paires : l'une attachée au mésothorax, l'autre au métathorax. A la vérité, tous les représentants de l'une des plus grandes divisions de la classe des Insectes sont réputés n'avoir que deux
ailes ; mais c'est là un fait inexact. Les ailes de la seconde paire ne font pas défaut, elles sont à l'état xnidimentaire.
Dans la plupart des Insectes, les ailes se présentent sous l'apparence d'une membrane nue ou couverte d'écaillcs, soutenue par des lignes saillantes ou baguettes, de consistance coriace, plus ou moins l'amifiées, et que l'on appelle les nervures. Chez les espèces d'un ordre entier de la classe des Insectes, les ailes antérieures prennent la consistance des téguments, et forment une sorte d'étui qui enveloppe les parties supérieures du corps.
La membrane alaire, souvent fort mince, paraît simple ; cependant il est aisé d'acquérir la preuve qu'elle est double. Au moment de l'éclosion de l'Insecte, h l'instant où il vient de quitter son enveloppe de nymphe ou de chrysalide, l'adhérence entre les deux membranes est encore assez faible pour qu'on puisse sans grande difficulté opérer leur séparation. Cette séparation des deux membranes peut s'effectuer encore chez les Insectes dont les ailes sont fort épaisses, comme les Sphinx parmi les Lépidoptères, en recourant à une immersion xin peu prolongée.
Les nei'vures ne sont autre chose que des tul)es de consistance coriace, contenant dans leur intérieur des ramifications trachéennes. Ces nervures se divisent plus ou moins, suivant les types, présentant dans certains groupes des séparations qui permettent aux ailes de se plier. Les nervures des ailes ont été ro]>jet des observations de divers entomologistes, s'efforçant de trouver, par leur comparaison, des caractères propres à distinguer les genres. Des noms ont été appliqués aux principales nervures par plusieurs auteurs; mais, sous ce rapport, l'entente ne s'est pas établie. Quoi qu'il en soit, on reconnaît dans les ailes trois régions principales, indiquées par les grosses nervures qui naissent de la portion basilaire : une nervure costale, une nervure subcostale, une nervure médiane. Ces nervures, se ramifiant, viennent à se réunir entre elles sur divers points, et
LES OUGA.NES DU MOIVEMKNT DES INSECTES. Vf.
(le là résulU'iit dos cellules iiettemeul délimitées. Dans certaines divisions de la classe des Insectes, outre les véritables nervures, il existe une foule de petites nervures transversales constituant une sorte de réseau. Ces dernières ont été appelées des uervules.
C'est au moyen de petites pièces écailleuses, situées à l'origine des principales nervures, que les ailes sont mises en mouvement par le jeu des muscles. On s'est beaucoup occupé des organes du vol cbez les Insectes; un travail de (^babrier (de .Montpellier) est souvent cité à ce sujet. Malgré les etl'orts d(;s naturalistes, un<! explication satisfaisante du vol n'a pu encore être donnée.
Les appendices de la tète sont de deux sortes : les pièces buccales, que nous examinerons en traitant de l'appareil digestif, et les parties qui appartiennent aux organes des sens, les yeux et les antennes. Nous n'avons à considérer en ce moment que les ]»arties extérieures des yeux.
TETE DE LA GHEHE FRELON {Yespa crabro).
Ces organes se constituent en général assez tardivement. Beaucoup de larves sont aveugles ; d'autres ne possèdent que des yeux dont le développement est peu avancé. Chez les adultes.
au contraire, ces organes ont des proportions énormes. Il y en a souvent de deux sortes. Les uns, très-gros, occupent les côtés de la tête : ce sont les yeux composés, que l'on nomme également les yeux à facettes. Les autres, situés sur la région frontale, sont les yenx simples, que l'on appelle habituellement les ocelles, et que plusieurs auteurs nomment les stemmates.
Les yeux composés, très-rarement portés sur des pédicules, ont leur surface, c'est-à-dire la cornée, exactement enchâssée dans le tégument. Elle est transparente et formée d'une substance lamelleuse. Cette cornée est composée d'un assemblage de petites facettes convexes, de forme hexagone, juxtaposées comme les cellules des gâteaux d'Abeilles. Ces facettes, difficiles à distinguer à la vue simple, même chez les plus gros Insectes, sont habituellement désignées sous le nom de cornéules. On considère chaque cornéule comme un œil distinct; et, dans la plupart des Insectes, il y en a plusieurs milliers dans un œil composé. On en a compté 4000 dans l'œil de la Mouche domestique, 6236 dans celui du Bombyx du Mûrier, 1 1 300 dans celui du Cossus percebois, 12 544 dans celui d'une Libellule, 25 000 dans celui d'un Coléoptère du genre Mordelle. Les cornéules, plus épaisses sur leurs bords que dans leur portion centrale, varient beaucoup sous le rapport de leur dimension, suivant les types. Il est des . Insectes, comme l'Abeille, dont les yeux portent des cils implantés sur les bords des cornéules.
Les yeux composés, dont la grosseur est souvent plus considérable chez les mâles que chez les femelles, offrent différentes colorations dues à la présence d'un pigment qui existe au-dessous de la cornée. Les yeux ont fréquemment ainsi les couleurs étincelantes de l'or et des pierres pi'écieuses, parfois des teintes changeantes presque éblouissantes.
Les ocelles apparaissent sur la région frontale, dans l'espace compris entre les yeux composés, sous la forme de petits globales brillants.