‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 2 sur 102 · LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES · texte numérisé non relu

LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES

Les connaissances acquises sur les luœiu's, les instincts, l'organisation, le développement des Insectes, des Myriapodes, des Arachnides, des Crustacés, ne remontent pas à une épocpie bien ancienne. Les plus importantes d'entre elles sont tout à fait modernes.

Dans l'antiquité, les métamorphoses des Lépidoptères, l'industrie des Abeilles, les habitudes de quelques autres espèces, avaient frappé les yeux et même l'imagination d'un petit nombre de contemplateurs de la nature. Ce fut tout. L'étude vraie, la recherche sérieuse, commencent avec le xvn" siècle.

D'ailleurs, aux yeux des anciens, la transformation de la chenille en Papillon, c'était le changement réel d'un être en un autre être. Dans leur esprit, c'était une véritable métamorphose dans le sens des exemples que donne la Fable.

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Aristofe av.ait saisi le caractère extérieur le plus remarquable des Articulés : — uu corps divisé par des incisions, ou, pour parler plus exactement, un corps formé d'une suite d'anneaux. Par le nom appliqué à ces animaux, il avait exprimé le caractère. L'a^tpellation hellénique a été littéi'alement traduite chez les Romains par le mot Inseda.

Le grand naturaliste de l'antiquité connaissait fort peu de chose de l'organisation des Insectes : il croyait ces animaux privés de sang; il ne savait à peu près rien de leur mode de reproduction. Cet état d'ignorance, qui persista fort tard, n'embarrassait guère les premiers contemplateurs de la nature. Dès l'instant qu'ils ne réussissaient pas à se rendre compte de l'apparition d'une espèce, ils déclaraient que tous les individus do cette espèce s'étaient engendrés de la matière en décomposition, de la chair corrompue, du limon, etc. Ce pi"océdé simple pour se tirer d'une difficulté, pour paraître instruit d'un sujet sur lequel on ne possède aucune notion, a été à toutes les éj»oques fort goûté de certains auteurs.

Les adeptes des sciences naturelles, et surtout quelques auatomistes, furent les premiers à i-econnaître que l'on avait suffisamment disserté sur les œuvres des anciens, et qu'il fallait désormais chercher à s'instruire par l'étude de la nature. Leur influence dans le mouvement intellectuel qui caractérise l'époque de la renaissance a été immense. Bien avant les philosophes, les naturalistes signalèrent la nécessité de l'observation directe, l'utilité de l'expérience, et en montrèrent aussitôt les heureux résultats. C'est en réduisant en préceptes philosophiques leurs idées déjà mises eu pratique avec succès, que François Bacon s'est acquis sa plus grande gloire et a le mieux servi la cause du progrès de l'esprit humain.

La recherche était désormais la seule voie indiquée à tous ceux qui avaient l'ambition d'apporter de nouvelles lumières. En 1651, une association était fondée à Florence pour le pro-

LA SCIKNGE AUX PUISES AVKC LK MONDK DES INSECTES. 19

grès des sciences, c'était rAcadéinie de rexpéi^ieiice (Accademia delCimenlo). Le désir de tout voir, de tout o])server, produisit des naturalistes habiles et ingénieux. L'amour de la recherche, la passion de l'expérience, amenèrent de brillantes découvei'tes dans le domaine de la nature animée. Les investigateurs étaient récompensés de leurs efforts par d'immenses révélations. Les succès, faciles dans un temps où les ténèbres se dégageaient à peine, devaient remplir leur âme d'enthousiasme pour l'étude, d'une admiration sans bornes pour les merveilles de la vie des êtres.

Aucun sujet n'était capable d'exciter de plus sérieuses préoccupations que le mode de naissance et de propagation de tous ces animaux inférieurs, sur lequel les idées les plus éloignées de la vérité et de la raison étaient restées en crédit depuis l'antiquité. Aussi, de ce côté, les expériences furent poussées avec une extrême résolution.

On vit l'illustre Harvey, immortalisé par la découverte de la circulation du sang, s'adonner à de longues études sur la reproduction des Insectes, et être conduit, par ses laborieuses recherches sur le mode de propagation des Animaux, à se former cette conviction si éloignée des opinions régnantes, que tout ce qui vit provient d'un œuf : Omne vtvum ex ovo. Harvey, qui naquit à Folkstone le 2 avril 1578, et mourut à Londres le 3 juin 1658, avait gagné auprès des professeurs de l'itahe, Fabrizio d'Acquapendente, Casserio et quelques autres, cet esprit d'investigation qui l'a conduit à de si beaux résultats. 11 démontra la présence du sang chez les animaux que les anciens regardaient comme pinvés de ce fluide. Tout porte à crou'e que ses observations spéciales sur les Insectes étaient importantes. L'ouvrage ne nous est point parvenu. La maison du médecin do Charles 1" fut incendiée dans un jour de tourmente révolutionnaire, les manuscrits du savant furent détruits : la populace n'a jamais respecté le génie.

1/oxpérimeiitateur (]ui, rnn des premiers, mit en pleine lumière le mode de reproduction de divers Insectes , est ce célèbre médecin d'Arezzo qui naquit en 1626 et mourut en 1608, Francesco Redi. L'amour de l'étude et l'amour du vrai, (pii toujours se confondent, animaient l'esprit de cet illustre membre de l'Académie de la Crusca. Redi a laissé un livi'e contenant le récit de ses expériences relatives à la génération des Insectes. Le livre, accompagné de planches d'une belle exécution, parut à Florence en 1668. Un proverbe emprunté aux Arabes, placé en épigraphe, exprime le sentiment de l'auteur : « Celui qui fait des expériences accroît le savoir ; celui ^> qui est crédule augmente l'erreur », dit ce proverbe.

Parmi les résultats des expériences du médecin d'Arezzo, ceux qui ont été cités le plus souvent, sont relatifs à la naissance des Mouches dont les larves se repaissent de la chair corrompue. N'était-ce pas pour les crédules, gens fort dédaigneux de ro])servation patiente , une preuve manifeste de génération s|)ontanée , que la présence des vers sur les viandes , sur les cadavres d'animaux? Ces vers pouvaient-ils provenir d'ailleurs que de la siibstance même sur laquelle on les trouvait? Redi s'assura que la chair en putréfaction, toujoui's envahie par des vers pendant la saison chaude si elle est exposée à l'air, est constamment à l'abri de toute atteinte de ces animaux si elle est conservée dans des vases clos. Il vit les vers de la viande, ayant pris leur croissance entière, se changer en pupes, d'où sortaient de grosses mouches bleues, vertes, noires à rayures blanches, et il vit de ces mêmes mouches déposer leurs œufs siu' la viande, et de ces œufs naître des vers, ou, pour pai'ler exactement, des larves absolument semblables aux premières. Ainsi fut démontrée assez facilement l'origine de ces animaux, dont les apparitions constantes semblaient être sans explication possible.

Un contemporain, un compatriote de Redi s'est signalé dans

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