‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 25 sur 102 · LES ORGANES DES SENS · texte numérisé non relu

LES ORGANES DES SENS

vorahlf à causo de la ceufralisalioii de son système nerveux et de kl dureté de ses tf'gunients, n'aura pas suffisamment tenu compte de la mutilation subie par l'animal. Visiblement préoccupé de l'idéo de retrouver eliez les Insectes des faits analogues H ceux ({ui ont été signalés par M. Flourens à l'égard des fonctions des centres nerveux des animaux supérieurs, l'auteur n'a plus songé que la difVusion des organes respiratoires rendait bien improbal)le une action nerveuse complètement localisée.

En clioisissaut, pour les expériences, des Insectes préférables au Dytique, comme des Ortboptères, et eu p<u'ti(!ulier la grande Sauterelle verte/ on parvient à détruire le ganglion niétathoracique sans blesser extrêmement les parties voisines. 11 est facile alors de constater ([ue les mouvements respiratoires de l'abdomen persistent en l'absence du dernier ganglion du tliorax. Au reste, M. Baudelot a parfaitement montré, i)ar des expériences pratiquées sur des Libellules à l'état adulte et à l'état de larve, que cliaque ganglion abdominal est un foyer d'innervation, concourant pour sa paii à l'accomplissement de l'acte respiratoire.

C'est encore sur les Orthoptères qu'il a été le plus facile do voir les effets de la section des connectifs entre les divers centres médullaires.

D'après nos observations, comme d'après les recherches de Yersin, si la section de la chaîne ganglionnaire a été opérée, l'activité des centres nerveux persiste d'autant plus qu'ils restent unis en plus grand nombre. La vitalité s'éteint assez rapidement dans les ganglions tout à fait isolés.

Sous le rapport des sens, beaucoup d'Insectes sont admiraldement partagés. Aucun doute n'est possible à cet égard. A chaque instant, l'observation noiis révèle dans ces créatures lexistence de sens d'une remarquable perfection. Aussi paraît-il désespérant d'être encore, malgré des efforts inouïs de la part des naturalistes, dans une ignorance extrême, ou tout au moins dans une pénible incertitude au sujet du siège de l'ouie et de l'odorat, au

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sujet (le la véritable structure de l'appareil de la vision, et surtout de la manière dont sefFectue la vision.

Le toucher existe avec plus ou moins de sensibilité, suivant la nature des téguments, et suivant la condition particulière des appendices. Chez les larves à peau molle, toutes les parties du corps sont douées d'une très-grande sensibilité ; le plus léger contact suffit à déterminer, sur l'animal, des frémissements, des mouvements de contraction énergiques. La peau est-elle garnie d'épines, de poils, niênie d'un simple duvet, la sensibilité s'en trouve considérablement augmentée. Les poils ont presque toujours pour usage de donner, à l'animal qui en est pourvu, un tact d'une extrême délicatesse. Le corps est-il revêtu d'un tégument dur et épais, le tact devient certainement plus obtus, mais alors se manifestent d'une façon merveilleuse les ressources de la nature pour suppléer, dans une certaine mesure, à l'inertie d'une cuirasse. Les jambes et les tarses se trouvent garnis de poils, d'épines mobiles, qui au moindre attouchement font tressaillir l'animal. Souvent le dernier article des tarses est muni en dessous de lamelles flexibles, de pelotes, qui permettent à l'Insecte d'éprouver une sensation particulière, selon le caractère des objets sur lesquels il marche. U y a en outre des organes plus spécialement affectés au toucher : les antennes, les palpes des mâchoires et de la lèvre inférieure. Regardons l'Insecte en quête de sa subsistance, sans cesse nous le verrons toucher de l'extrémité molle et spongieuse de ses palpes tous les objets qu'il aperçoit. Examinons ces Insectes qui s'avancent avec hésitation, comme s'ils éprouvaient une inquiétude, leurs antennes s'agitent en tous sens pour tâter les corps environnants, battant l'air pour apprécier le danger. Observons ces Abeilles ou ces Fourmis qui se rencontrent, elles se touchent de leurs antennes, nous donnant à penser qu'à l'aide de ces organes elles ont le moyen de se reconnaître et même d'entrer en communication intime. Certaines espèces portejit à l'extrémité de

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h'iir .•ilMl.micii .les lil.'ts, .l.-s a|.|..MMli<'("s plus ou inciiis .Irliés ; ce sont aussi des organes tirs-jn-oprcs à rcxcrcice du toiiclKT.

l^e goût est nianifcsto clioz l»^s liiscclcs. et pai'ticMlirrciiiciil chez les espères hoi'Mvorcs. On a la (■cililiiilr ipi'il réside dans la cavité buccale, connue rlie/. les NCrli'ln.'s. Dans les espèces piiylophages. dont le goût seiul.le forl délicat, la petite langue molle, spongieuse, adli(M'ente à la liase de la lèvre inférieure, parait être le siège iirincipal de ce sens. Combien de elieuilles vivent sur une seule j)lante ou sur (pu-l.pies plantes de la même famille ! Privez-les du végétal <pii leiu' convient en y substituant un aidre végétal : pressées par la faim, elles le goûteront; mais, après l'avoir goûté, elles le délaisseront, se laissaid mourir d'inanition plutôt «jne d"y revenir. Pour les carnassiers, en gén.'ral, le goût n'a certainement pas la même délicatesse, la dui'eti- de toutes les parties de l'appareil buccal en fournit l'explication.

L'odorat est évidemment très-subtil cbez une foule d'Insectes. A cet égard, les preuves abondent : de la viande même encore fraîche est-elle exposée à l'air, en peu de moments les Mouches apparaissent dans l'endroit où l'on n'en voyait aucune auparavant; des cadavres d'animaux, des immondices, sont-ils abandonnés sur le sol, qu'aussitôt arrivent, de toutes les directions, les Insectes qui se repaissent de ces matières ou qui. y déposent leurs œufs. L'odorat seul les dirige, la vue ne les guide en aucune façon, car si l'objet de leur convoitise est caché, ils n'éprouvent pas le moindre embarras pour l'atteindre. Un exemple remarquable de la puissance de l'odorat chez divers Insectes, exemple bien souvent cité, est celui qui nous est offert par quelques fleurs exhalant une odeur fétide , très-analogue à celle de certaines matières en putréfaction. Dans nos bois, ci'oit une belle plante bien connue, le Gouet ou Pied-dc-veau {Arum mamlatum). La fleur de cette plante, joli cornet de couleur blanche, répandaid une odeur pour nous fort désagréable, est très-fréquemment remplie de Mouchés, d'Escai'bots,de Staphylins, qui recherchent

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les corps en décomposition. 11 est curieux île voir alors ces Insectes en quête de leur nourriture ou d'un endroit convenable au dépôt de leurs œufs. Ils s'agitent en tous sens, si bien trompés par leur odorat, qu'ils semblent ne pouvoir abandonner la fleur pour eux absolument inutile. Les espèces herbivores n'ont pas, bien probablement, nn odorat de la même finesse ; pourtant, une chenille jetée dans un champ au milieu de plantes fort diverses trouve la plante qui lui convient. Peut- elle être guidée autrement que par l'olfaction ? A coup sûr elle ne distingue pas le végétal d'après ses caractères botaniques.

Les Insectes ont un odorat, et certains d'entre eux possèdent une incroyable finesse d'odorat; par l'observation, on en a des preuves continuelles d'une évidence qui défie toute contestation. Mais, où se trouve le siège de ce sens? quel est l'organe susceptiljle de percevoir les odeurs? A cet égard, les conjectures ont été px'oduites à l'infini, aucune n'est satisfaisante; les expériences ont été multipliées à l'extrême, aucune n'est concluante.

Réaumur a considéré les antennes comme l'organe de l'odorat. Cette opinion, adoptée par plusieux's naturalistes, a été repoussée par le plus grand nombre. Elle a été repoussée parle motif très-sérieux que l'organe, n'ayant pas de surface humide, ne possède en aucune manière la condition principale nécessaire à l'exercice de la fonction. A la vérité, il y a vingt ans, un entomologiste de l'Allemagne, Erichson, ayant reconnu à la surface des antennes de nombreuses fossettes offrant à l'intérieur une délicate membrane, pensa que là était le véritable siège de l'odorat. Plusieurs observateurs se sont attachés à l'étude de ces pores ou fossettes, et l'un d'entre eux, M. J.-B. Ilicks, a vu à chaque pore, en arrière delà membrane décrite par Erichson, un petit sac parfois multiloculaire recevant une branche du nerf antennaire. L'auteur n'a pas osé se prononcer sur le rôle de ces organes. Servent-ils à l'olfaction? servent-ils à l'audition? L'incertitude est demeurée.

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Lr sons (1(> l'odorat a vU- allrihiir aux palpes. Moins (Micoro ccpeiulaiit ([lU" los antonnos, les i>alpes soniblcnt appropriés à rcxcrt'ice do la l'onction. So Tondant sur l'analogie, c'est-à-dire sur la manière dont s'exerce le sens olfactif chez l'homme, comme ch(>z tons les Animaux vertébrés, divers physiologistes se sont dit: L'air est le véhicule des odeurs; pour percevoir une odeur, une aspiration d'air est indispensable; dans les Insectes, le siège de l'odorat doit se trouver vers les orifices de l'appareil respiratoire. La thèse a été présentée au siècle dernier en Hollande, par Haster ; elle a été admise ou défendue en France, pai* Duméril, Cuvier, Straus-Durckheim. Seulement, avec l'impossibilité de découvrir une trace d'organe spécial dans 1(> voisinage des oritices respiratoires, on n'a eu à enregistrer (pi'nne simple hypothèse. D'autres physiologistes, frappés de la connexion ([ui existe chez nous entre le sens du goût et le sens de l'odorat, ont pensé que, chez les Insectes, l'odorat résidait dans la bouche, tapissée de membranes toujours lubrifiées , remplissant ainsi, au moins l'une des conditions nécessaires à l'exercice de la fonction. Au milieu de ces diverses opinions contradictoires , chacune appuyée sur une considération d'un certain poids, au moins en apparence ; au milieu des résidtats d'expériences nombreuses qui ont consisté à soumettre de différentes manières des Insectes aux odeurs les plus pénétrantes, offrant encore plus de contradictions, il faut bien reconnaître une lacune dans la science.

La faculté d'entendre que possèdent les Insectes ne saurait être douteuse pour personne. Un léger bruit suffit souvent pour les effi'ayer. Beaucoup d'espèces produisent des sons, une stridulation, une musique qui est pour elles un moyen de communication, un cri d'appel. Le Grillon mâle, comme la Sauterelle, exécute au moyen de ses ailes antérieures une stridulation qui résonne au loin, et la femelle du Grillon écoute pour reconnaître d'où provient cette musique, et a[)rès avoir écouté, après avoir

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reconnu la direction vers la([ncll(' die doit se diriger, elle accourt sans hésitation. De même, la Cigale appelle sa femelle en l;inçant ses notes aiguës. L'enfant des campagnes qui imite le chant de la Cigale ou du Grillon, réussit à tromper l'insecte, à le faire venir à son appel. Le sens de l'ouïe est donc manifeste. On est le siège de ce sens? Une prohahilité grande nous apparaît, mais pour la science ime prohahilité est peu de chose.

Les naturalistes, pour la plupart, sont persuadés que les anteimes sont les instruments de l'audition. Dès le siècle dernier, cette opinion s'était fortement enracinée dans l'esprit de divers ohservateurs. On avait remarqué que heaucoup d'Insectes dressent leurs antennes si un hrnit vient à éclater. ( hi avait constaté aussi que les Insectes capahles d'émettre des sons, ceux (pii manifestent le mieux la faculté d'entendre, possèdent en général des antennes très-développées. Les zoologistes modernes ont presque tous admis l'opinion de leurs devanciers.

D'un autre côté, des physiologistes ne pouvant se résignei' à voir un appai^eil auditif où n'existe ni une cavité, ni une memhrane tendue, un organe enfin dont la conformation se rapproche à quelques égards de l'oreille des Vertéhrés, ont repoussé cette idée. Ils ont cru trouver l'organe de l'ouïe dans tous les petits enfoncements existant à la surface de la tête ou du thorax, parfois dans des taches pâles. Un ohservateur, M. Lespès, pense un jour avoir découvert tous les caractères d'une oreille interne dans les petits sacs situés en arrière des pores des antennes ; mais aussitôt, nn zoologiste de Genève, M. Claparède, s'efforce de prouver que ces caractères n'existent pas. Jean Mulhn', le célèbre professeur de Berlin, considère, sur le métathorax d'un Grillon, deux enfoncements déjà signalés, et il déclare que ce sont prohahlement les organes de l'ouïe. M. de Siehold étudie davantage les organes placés dans les Orthoptères, sur divers points du thorax ; il y voit une conque, un tympan, une capsule remplie d'un fluide transparent qui lui paraît représenter un lal)yrinthe

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inoiiihi'aiioii.x, cl il csI'uik! alors avoii' mis hors de doulo ce (|iii était siuntU'inoiii iiuo supposition do la part «le .1. Miillei'.

C-opcndaut, à pareil avis, siirf^isscnt do l»ion puissantes objections. I^es Orllioptôros seuls présenlent ces orfçancs, et pourtant ils ne sont pas les seuls en possession de la faculté d'entendre. Ces organes reçoivent leurs nerfs de l'un des j'anglions du thorax; or, comment, en l'absence de preuves concluantes, croiir que l'appareil auditif n'est pas en rapport avec les lobes cérébroïdes?

L'opinion que les antennes servent à l'audition s appuie assuréineid sur des raisons plus fortes. Emise d'abord [lai' di^s considérations assez vagues, elle a pris une importance réelle par suite des expériences de Savart, notre émineid pbysicien, expériences qui ont montré la facilité avec laquelle des tiges vibrantes peuvent transmettre les sons, lin effet, les anteunes sont articulées d(; manière à l'essentir les moindres vibrations de l'air. .Alcme dans les espèces où ces appendices se trouvent réduits, comme chez les Cigales, où ils consistent en une tige extrêmement grèlc. avec une portion basilaire massive, on reconnaît encore une disposition heureuse pour une vibration facile. Le nerf qui parcourt les antennes est toujours volumineux, relativement à leur grosseur, et cette circonstance nous indique que ces appendices doivent être le siège d'une sensation spéciale. L'idée que les antennes sont des organes d'audition se trouve encore très-sérieusement justifiée par le fait de l'existence incontestable d'un véritable appareil auditif à la l)ase des antennes des Crustacés. La situation de cet appareil a conduit M. Milne Edwards à regarder les antennes de ces animaux comme des instruments de nature à contribuer, par leur faculté vil>rante, à la perception des sons.

Les antennes des Insectes semblent donc être à la fois des organes propres à l'audition et au toucher.

Les observations les plus simples nous montrent que beaucoup d'Insectes sont merveilleusement doués sous le rapport de la vue.

Les organes de la vision sont si apparents etleurscai'actèressi manifestes, que chacun, sans hésitation, les reconnaît pour des yeux. Leur volume, eu général fort considérahle, varie à l'infini. Chez les espèces qui passent leur vie dans les ténèbres, les yeux font entièrement défaut. 11 y a peu d'années, un savant de l'Ecosse, M.Andrew Murray, a présenté une série d'observations à ce sujet.

Il a déjà été noté que souvent les Insectes possèdent à la fois deux sortes d'yeux, des yeux simples et des yeux composés. Les premiers manquent chez les représentants de plusieurs groupes, les seconds existent presque toujours.

Les yeux simples, ocelles ou stemmates, offrent par leur structure quelque ressemblance avec les yeux des Vertébrés inférieurs. Ils se composent d'une cornée arrondie ouovalaire, plus ou moins convexe; d'un cristaUin enchâssé dans cette cornée; d'un corps vitré sur lequel repose le cristallin; d'une rétine, formée par l'épanouissement dun nerf optique; d'un pigment coloi*é, entourant en entier le globe de l'œil et remplissant le rôle de la choroïde chez les Animaux vertébrés.

Les ocelles, offrant l'aspect de petits globules, et ayant ime réfraction très-grande, sont évidemment construits pour la vision à très-courte distance.

Les yeux composés ou à facettes sont constitués par une multitude d'yeux intimement unis, ainsi qu'on a pu en juger dans la description des parties tégumentaires \ A l'extérieur, c'est un assemblage de cornéules de forme hexagone, où l'on peut souvent distinguer une portion circulaire correspondant à la cavité interne. A l'intérieur, ce sont des tubes parfaitement délimités, en rapport avec les facettes. Les anatomistes, Straus-Durckheim, Dugès, Jean MûUer, Leydig, etc., ont vu, en arrière de chaque cornéule, un corps conique ou cylindrique plus ou moins allongé, transparent, de consistance gélatineuse. Ce corps est regardé comme jouant le

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