‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 38 sur 102 · I.I'.S I.KI'inorïKRKS · texte numérisé non relu

I.I'.S I.KI'inorïKRKS

tlivisioii pai'tic'uli(T(\ une li'il)ii. les DaiiiiwliiK's. conutosée «le quelques genres fort reniarquul>les , doiil presque toutes les espèces sont étrangères à l'Europe. Ces Lépidoptères ont le corps allongé, une physiouoniie un peu particulière; cependant il est assez difficile de formuler uu caractère précis, propre à les faire distinguer sûrement des autres Nymplialides. Chez ces dernières, la grande cellule qui occupe le ceutre ou le discpie de l'aile est ordinairement incomplète ; dans les Danaïdes et les genres voisins, cette même cellule est toujours complète, étant fermée i)ar une nervure transversale.

Les Dana'ides proprement dites et les Idéas, qui appartiennent au même petit groupe, offrent toutes cette particularité que leur thorax est ponctué de blauc. Leurs chenilles, glabres, portent des prolongements cliarnus, flexibles, dont l'usage ne nous est pas bien connu, en l'absence d'observations directes. Les chrysalides sont lisses et ornées de larges taches dorées d'un éclat magnifique. Une teinte fauve, plus ou moins irisée, colore les ailes des vraies Dana'ides, teinte relevée par des taches noires et blanches. Ces jolis Lépidoptères sont disséminés dans les régions les plus chaudesduglobe, l'Amérique, l'Asie, l'Afrique. Dans les iles de la Grèce, on voit voler parfois une espèce de Dana'ide [Danàis chrijsippus). Cette même espèce a été prise, assure-t-on, sur les côtes de Calabre ; mais poussés par le vent, les papillons peuvent franchir d'énormes espaces, et ceux-là, sans doute, étaient nés sur la cote africaine. Les Idéas de l'Inde et des îles du Pacifique ont des ailes délicates, d'une grandeur énorme, blauches et marquetées de noir.

Les Héliconies,- qui se distinguent des Dana'ides par leurs ailes oblongues, souvent assez étroites, sont de charmants Lépidoptères; ils ont l'élégance de la forme, toutes les parures que donne la variété infinie du coloiùs. En abondance à la Guyane, au Brésil, dans une grande partie de l'Amérique du Sud, ces Lépidoptères sont remarqués de tous les voyageurs. Nous eu avons

des espèces qui ont les crochets des tarses doubles, d'autres espèces où ces crochets sont simples. A coup sur, il y a là des adaptations à certaines conditions d'existence, des caractères qui coïncident avec certaines habitudes. L'observation n'a encore été dirigée de ce côté par personne. Les chenilles des Héliconies sont épineuses, et ressemblent, sous ce rapport, à quelques-unes de nos Nymphalides les plus communes.

La seconde tribu de la famille des Nymphalides, celle des Nymphalines, se compose d'une nombreuse suite de genres. Les espèces de plusieurs d'entre eux comptent parmi les plus beaux Lépidoptères de notre pays. Ce sont les Argynnes, aux antennes terminées par une large massue aplatie, aux ailes aiTondies, de couleur fauve, parsemées en dessous de taches blanches, brillantes comme l'argent, comme la nacre, comme les perles fines. Vulgairement, les Argynnes s'appellent les Nacrés: ce nom exprime heureusement leur caractère le plus frappant pour tous les yeux, s'il n'est pas le plus important. Dans les avenues, dans les clairières de nos bois, volent, depuis le mois de mai jusqu'à la fin de juillet, ces papillons recherchés des jeunes amateurs : le Tabacd'Espagne [Argynnis paphia), le Grand-Nacré {A. aglaia), le Petit-Nacré [A. lathonia), le Collier argenté (A. euphrosyne).

Les chenilles des Argynnes ont le corps couvert d'épines rameuses; elles vivent en général sur les Violettes, mais se cachent si bien pendant le jour, qu'il est toujours difficile de les renconti'er. Leurs chrysalides sont anguleuses et ornées de taches métalliques.

On distingue des Argynnes, des Lépidoptères qui leur ressemblent beaucoup par l'aspect général, par la coloration; seulement ceux-ci, de taille toujours très-médiocre, n'ont pas de taches blanches métalliques à la face inférieure des ailes, et la massue de leurs antennes est moins élargie. Leurs ailes sont fauves et quadrillées de noir ; de là le nom vulgaire de Damiers que l'on donne à ces Insectes. Ce sont les Mélitéesdes naturalistes. Comme

les Argynnes, elles se plaisent dans les bois, s'exposant moins que ces dernières au plein soleil. Tout dans leurs allures est ])lus modeste.

Les chenilles des Mélitées, en général de couleur grise ou noirâtre piquetée de blanc, sont couvertes d'é[)ines courtes, épaisses, ciliées de poils roides. Elles savent sur des plantes basses. L'espèce la plus commune dans notre pays, la Mélitée athalie [Melitœa alhalia), se trouve sur le Plantain, la Jacée, la Valériane, etc.

Dans le même petit groupe que les Argynnes et les Mélitées, nous avons les Vanesses, si connues de tout le monde; les Vauesses aux ailes anguleuses ou festonnées, peintes de riches couleurs; papillons qui, pour la plupart, éclosent sous nos yeux, le long des chemins, qui fréquentent les jardins, qui traversent de leiu' vol sautillant les rues des hameaux. Le Paon-de-jour, le Vulcain, In Petite-Tortue, la Belle-Dame, ne sont-ils pas partout? Leurs images ont été faites plus souvent que celles des hommes les plus illustres ou des plus nobles personnages.

Prenons à part, pour un moment, l'espèce la plus séduisante de cette charmante pléiade de Vanesses, le Paon-de-jour {Vanessa io). Il ne lui manque que de venir d'une contrée bien lointaine et peu fréquentée pour valoir cent fois son pesant d'or. Qui n'a admiré ses ailes si élégamment découpées, d'un rouge tirant sur le rouge-brique, d'une incomparable fraîcheur ; chacune portant une large tache analogue à l'œil du Paon, où le noir, le jaune, le bleu tendre violacé figurent une pupille, une prunelle, un iris. Un vieil historien des Insectes, MoufTet, un médecin anglais de la seconde moitié du xvi° siècle, a exprimé son admiration pour la belle Vanesse par cette simple épithète : omnium regina.

Le Paon-de-jour se montre au printemps ; il paraît de nouveau en été; souventil reparaît encore en automne. C'est sur les Orties que vivent ses chenilles. Sous leur premier état, les Vauesses

hal)iteiit en commun; les individus d'une même ponte ne se séparent guère les uns des autres avant le terme de leur croissance, avant l'époque de la métamorphose. Sur une tige d'Ortie, les chenilles se pressent les imes les autres, rongeant la même feuille. Quand tout est rongé, la troupe entière se porte sur une autre tige. Les chenilles du Paon-de-jour sont d'un noir de velours pointillé de blanc; chacun des anneaux de leur corps, à l'exception du premier, porte six épines rameuses, ou tout au moins ciliées de poils roides. Leurs pattes membraneuses ont un cercle d'épines très-fines; elles sont construites pour grimper sur les tiges peu résistantes d'une plante herbacée. Pour se transformer en chrysalides, ces chenilles se fixent ordinairement aux feuilles de la plante qui les a nourries ou aux plantes du voisinage. Quinze jours après, les papillons éclosent.

Le Paon-de-jour n'est pas la seule Vanesse ayant des chenilles qui mangent les Orties. La plus commune est la Petite-Tortue {Vanessa urlicœ), dont les généi'ations se succèdent rapidement pendant toute l'année. Le Vulcain [Vanessa alalanta), aux ailes noires traversées par une bande d'un rouge écarlate, se nourrit également des Orties au temps de sa première condition. Les chenilles du Vulcain, d'un gris jaunâtre, ont des habitudes plus solitaires que celles des autres Vanesses; presque toujours on les trouve isolées.

La Belle-Dame [Vanessa cardui), aux ailes rosées, a presque le monde entier pour patrie. D'après plusieurs observations, elle émigré en grandes troupes, parcourant d'immenses espaces, lorsque les vents lui sont favorables ; fait certain, on la rencontre en Europe du nord au sud, en Afrique, dans une grande partie de l'Asie, jusqu'en Austrahe et même en Amérique. Ses chenilles vivent sur les Chardons, rassemblées en groupes plus ou moins nombreux.

La Grande-Tortue [Vanessa polychluros) n'est guère moins commune que les précédentes dans notre pays. Ses chenilles

MÉTAMOr.l'IlO^ES DE U VANESSE l'AON DE JOUlî

LES LKIMnol'TKIlKS. 189

vivent jtai'liciilitMViiuMit sur les Oniit's, et dans les localités où on les rencontre, il est ordinaire «l'en voir itlusieurs milliers réunis sur les mêmes branches.

Le Mono (F. anliopa) est la plus grande de nos Vanesses; plus grande et beaucoup moins répandue que ses congénères, elle est fort prisée des amateurs. C'est d'ailleurs un fort beau Papillon: des ailes festonnées d'un brun marron avec une bordure jaune clair, précédée d'une série de taches bleues. Le .Morio a un vol plus élevé que les autres Vanesses, il est plus difficile à saisir ; ce qui fait le désespoir des jeunes chasseurs. Sa chenille vit par groupes plus ou moins nombreux dans les cimes des grands Saides.

Le Roberl-le-Diahle [Vanessa C. album), aux ailes fauves marquées de noir, toutes découpées sur le bord terminal, ayant en dessous uu jietit trait blanc courbé qui figure exactement la lettre C, est partout fort commun. Ses chenilles, assez régulièrement teintées de blanc rosé dans leur portion antérieure, vivent sur les Orties et assez fi'équemment aussi sur les Ormes. Dans le midi de la France, le Robert-le-Diable est remplacé par une espèce voisine, dont la ligne do la face inférieure des ailes offre la figure d'une L (Vanessa L. album).

Enfin, dans le même genre, il est encore une très-petite espèce [Vanessa prorsa), fort curieuse à raison' de la variabilité de sa coloration, variabilité qui avait fait croire à l'existence de deux et même de trois espèces distinctes : c'est la Carte géographique. Lorsque vers la fin d'avril et dans les premiers jours de mai, on visite ces bois pleins de fraîcheur, arrosés par de petits ruisseaux faisant entendre leur murmure cher aux poètes, on voit voltiger, puis se poser sur les Orties, qui, sous l'ombrage et dans la terre humide, poussent verdoyantes, de charmants petits Papillons bien reconnaissables pour des Vanesses, à leur port et surtout à la forme de leurs ailes. Ces ailes si fraîches, qu'elles semblent veloutées, ont une couleur fauve, extx'êmement vive, sur

laquelle serpentent dans tous les sens des lignes noires^ semblables aux lignes d'une carte géographique, ce qui explique le nom vulgaire de l'Insecte. Si l'on retourne aux mêmes lieux pendant le mois de juin, les Vanesses carie-géographique ont disparu ; les grandes Orties sont chargées çà et là de grappes de petites chenilles noires, finement pointillées de blanc et couvertes d'épines ti'ès-rameuses. C'est la progéniture des jolis Papillons du mois d'avril. Ces chenilles, parvenues au terme de leur croissance, s'isolent successivement ; chacune va s'attacher à une feuille et bientôt se transformer en chrysalide ; chrysalide grisâtre ayant la forme anguleuse de celles des autres Vanesses. Nous sommes au mois de juin, la température est chaude, le développement de nos Lépidoptères marche vite. Deux semaines s'écoulent; arrive le mois de juillet, et les petites Vanesses carte-géographique éclosent. L'observateur qui aurait, comme nous venons de le dire, suivi toute leur existence depuis l'apparition du printemps, serait bien étonné. Les Papillons du mois de juillet ne ressemblent plus du tout par leur couleur à ceux du mois d'avril : leurs ailes sont noires, sillonnées de lignes blanchâtres. Voilà qui est bien étrange. Continuons cependant à suivre cette espèce dans son existence.

Les Vanesses carte-géographique aux ailes noires pondent leurs œufs, et dans les mois d'août et de septembre les Orties se trouvent de nouveau rongées par des masses de petites chenilles semblables à celles que nous y avons trouvées au mois de juin. Comme les premières, les chenilles de l'automne se suspendent, se transforment en chrysaUdes. Si l'automne, par un de ces hasards qui se produisent assez ]"arementdans notre belle France, pi^olonge l'été, au mois d'octobre peut-être, quelques Papillons seront éclos : leui's ailes n'auront ni la coloration noire des Papillons du mois de juillet, ni la coloration fauve des Papillons du mois d'avril, mais une coloration intermédiaire. Cette éclosion tardive est très-accidentelle j mais il est facile de la produire

IKS LKPIUOPTftHES. 191

à volonté L'U inainlciiaiit ilos chrysalides dans nne atmosphère chaude. La plupart des chrysalides, et le plus souvent toutes les chrysalides, passent l'hiver; les Vanesses carte-géographique édosent au printemps. Tous les individus ont des ailes fauves.

C'est en 1 827 cpie le docteur Boisduval, le premier, reconnut que les petites Vanesses, jusque-là considérées comme étant d'espèces distinctes, étaient en réalité de la même espèce. Ainsi toute bonne observation conduit à la vérité.

Quelques Authocharis, avons-nous vu, présentent, entre leurs deux générations du printemps et de l'été , une diiréreuce remarquable dans la nature de leurs ailes blanches ; la dilTérence de coloration est bien auti'ement considérable chez les Vanesses carte-géographiiiue. C'est un fait des plus cuz'ieux et des plus intéressants. Nous ne pouvons donner une explication satisfaisante du phénomène, parce qu'il est isolé, qu'il ne se produit pas chez d'autres espèces. Mais, dans notre exemple particulier, nous voyons la couleur noire apparaître chez les individus qui se sont transformés à une époque à laquelle la lumière est vive, la chaleur forte; la teinte fauve, teinte affaiblie, en quelque sorte pâlie, chez les individus développés pendant le temps où la chaleur est faible, la lumière souvent pâle.

Les Nymphalcs constituent un groupe particulier (Nyraphalites) dans l'immense famille des Nymphalides. C'est un grand genre où les variétés de forme et de couleur sont à l'infini. Les Nymphalites ont en général un corps robuste pour des Papillons de jour, des ailes postérieures dont le bord interne est une assez large gouttière propre à recevoir l'abdomen, des palpes plus rapprochés l'un de l'autre que chez les Vanesses et les Argynnes. Ces Lépidoptères ont peu de représentants dans notre pays ; ils en ont en foule dans les régions intertropicales, en Afrique^ dans l'Amérique du Sud, aux Indes. Les chenilles de ces Insectes ont souvent des teintes vertes d'une extrême fraîcheur ; les unes portent des épines sur tous les anneaux du corps, les autres sont

192 I.I'.S MKTAMOllPIKtSKS DKS INSECTKS.

lisses, uvec la UMci aniu'c, de t)()iiit('s plus ou moins robustes; leurs chrysalides ont des l'oriiies assez variées.

1^0 grand genre des Nynipliales a été divisé en une multitude de genres ; mais c'est là un détail que nous n'aurions pas cru utile de mentionner, si nous ne voulions faire remarquer qu'il est fort ordinaire de voir de longues suites d'espèces regardées eonmie des divisions particulières ou des genres, présentant louh's le même système de coloration, presque \u\ uniforme. Dans les parties chaudes de l'Amérique, il existe une foule de mignonnes Nynqihidites d'espèces difïérentcs, ayant des ailes rouges plus ou moins mar(piées de noir, où, semblable à un signe cabalistiqiie, le chifl're S(l ou SS se trouvé inscrit en gros caractère à la face inférieure des jùles de la première paire (genre Calagramma).

Parmi les Nynq)halites de notre pnys, tout le monde connaît les Sylvains [Limcnilis). I^eur nom vulgaire est bien choisi, car jamais ils ne volent dans les campagnes, mais seulement à la lisière des bois où dans les avenues des forets. Le Petit-Sylvain {Limenilis sihylla) est assez commun dans nos bois pendant le mois de juin, (pu-hpu-l'ois encoi'e pendant le mois de septembre. Sa chenille, d'un ver! clair poiidillé de vert plus foncé, portant sur le dos deux rangées d'é})ines charnues et rameuses, vit siu' les Chèvrc- Icuilles. Les feuilles de ces arbrisseaux soid lisses, assez dures, les [)etits crochets des pattes en couronne des chenilles du Petit- Sylvain seraient peut-être insuffisants pour s!y fixer avec foixc. L'inconvénient qui i)ourrait en résulter pour l'Insecte est conjuré par une faculté et lui instinct ({u'il partage avec d'autres espèces. La chenille étend à la surface de la feuille des fils soyeux, et la voilà pourvue du moyen de s'ju'crocher aussi vigoureusement que possible. Sa chrysalide est tout anguleuse, d'un brun verdàtre sombi-e; elle est ornée de brillantes taches d'argentet d'une large tache d'un vert clair à la partie supérieure de l'abdomen.

Dans nos départements méridionaux, on trouve le Petit-

i.Ks m;i'II)(i1'ti:iîks. m;;

Sylvain a/.iiir Ijjnicnilts ramilla), et. dans nos f^randcs Ini'iMs, K; (Irand-Sylvain (Limenilis Populi), dont les cliciiillos se tiennent vers les eiines des Peupliers et (|uel([nerois des Saules. Celui-ci pai'tieulièrenjent a un vol élevé et soutenu, et les amateurs, avec leur filet en main, l'ont souvent des courses l'urieuses pour s'en emparer, dépendant le chasseur ([uii'est«î caluK! peut profiter aisément d'une habitude singulière de (piehpies .\ym|>hales. Dans les allées où les chevaux ont laissé des témoins de leui' passage, on Vdit le <îrand-Sylvain descendre peu à peu, et finir par se [mser sur les fientes, d(jnt il liunic la partie li(piide avec une sorte d'avidité.

Les vraies Nymphales [Nymphalis) ont deux reprc'senfants en lùirope. C(! sont des Papillons au corps robuste, aux ailes arrondies, aux antennes graduellement renflées en une massue en l'orme de fuseau. Ces Lépidoptères ont un vol puissant, ce «[ui s'exi)lit|ue par le grand développement de leur thorax. Leurs chenilles ont un corps lisse, la tète pourvue de deux pointes dirigées en arrière, le dernier anneau muni de deux petits crochets. La plus commune de nos Nymi)hales est bien connue sous le nom vulgaire de Pchl-Mars ou de Mars changeant (Nymphalis ilia). C'est un grand et beau papillon aux ailes sombres, ayant de magnificjues reflets d'un violet changeant et des taches blanches ou jaunâtres. 11 vole [)rès des rangées de Peupliers qui bordent certains cours d'eau, ou à la lisière des bois et des forets, dans les endroits où se balancent les Trembles. Sa chenille, d'une jolie teinte verte, vit pendant le mois de nuii sur les Peiipliers, les Saules, les Trembles, se tenant souvent à une lianteui' on il est malaisé de l'atteindre. Cette chenille, lente dans sa marche, paraît d ordinaire comme engourdie; elle se maintient cependant sans la moindre difficulté sur ces arbres longs et flexibles, que le vent agite parfois avec une violence extraordinaire. Les griffes et les ventouses de ses [jattes membraneuses ne lui suffiraient sans doute pas toujours pour s'accrocher assez fortement aux feuilles

qui viennent à être secouées dans tous les sens. Tout est prévu par la nature. Ces chenilles, mieux encore que les chenilles des Sylvains, tapissent de soie les feuilles sur lesquelles elles doivent se tenir ou marcher, et de la sorte elles peuvent demeurer indifférentes aux secousses les plus brusques.

Dans les grands bois, on aperçoit dans les mois de juin et de septembre notre seconde espèce de Nymphale, volant jusque vers les cimes des arbres. C'est le Grand-Mars {Nymphalis iris). Plus grand, plus beau encore, plus rare que sou congénère, il est bien plus précieux pour les jeunes amateurs. Sa chenille se trouve au printemps sur les grands Chênes.

Une des singularités de la vie des Nymphales, c'est leur dédain absolu des fleurs, leur goût pour la sève qui s'échappe du tronc des arbres malades, pour les fientes d'animaux. Ces Lépidoptères offrent un contraste étrange : beauté superbe, avec le goût de ce qui, à nos yeux, est repoussant.

Dans le petit groupe des Nymphalites, il existe des espèces de grande taille, au port majestueux, aux ailes postérieures plus ou moins prolongées en une sorte de queue. Ces espèces appartiennent principalement à l'Afrique et aux parties chaudes de l'Asie; on en a fait le genre Charaxès. Ces Lépidoptères ont tous les caractères essentiels de la famille des Nymphalides, et avec cela ils offrent dans leur aspect général, dans la coupe de leurs ailes, une analogie frappante avec des espèces du genre Papillon {Papilio), et à côté d'eux les vraies Nymphales, aux ailes arrondies, semblent représenter les Piérides de la famille des Papilionides. C'est un fait remarquable qui se reproduit continuellement entre les espèces de familles appai'tenant à un même ordre, comme entre les types appartenant à divers ordres. Des caractères essentiels très-prononcés les séparent; des analogies dans l'aspect, dans la coloration, dans les habitudes, semblent les rapprocher. Les analogies sautent aux yeux des moins clairvoyants; les ressemblances importantes, fondamen-

LES LKPIDOPTERKS. 195

talcs, (Icinaïkk'ut à (Mre sérieuseniciit étiuliécs. Aussi est-il ;iisc de compreudre les fautes si fréquentes des classificateurs.

Une espèce de Charaxès habite à la fuis une i>ai'tic de rAfi'i([ue et l'Europe méridionale. C'est le Jasius [Charaxès jasius), (jui n'est pas bien rare dans notre Provence. iMagnifiquc papillon, à peu près égal en dimension au Machaon et au Flandjé, ses ailes brunes en dessus, bordées [)ar une large bande d'un fauve clair, ont en dessous une nudtitude de raies de presque toutes les nuances imaginables. Sa chenille, verte, finement chagrinée, amincie en arrière, a un port superbe. Sa tète, extrêmement large, ayant des téguments fort durs, indice certain que l'insecte doit se nourrir d'un feuillage très-résistant, porte quatre prolongements obtus, inclinés en arrière, de; lu consistance des autres parties : on dirait une sorte de diadème. Est-ce un ornement, une parure ? Est-ce un appareil ayant un usage spécial? Nous l'ignorons encore. Les pattes membraneuses de cette chenille sont bien organisées pour saisir avec force ; profondément excavées en dessous, elles constituent une ventouse ayant son bord interne garni d'un double rang d'épines, et le côté externe très-couvert de poils roides propres à rendre le tact d'une grande sensibilité. La chenille du Jasius vit sur les Arbousiers ou arbres aux fraises, les jolis arbrisseaux de la Provence, que l'on plante volontiers dans les jardins de Paris et de ses environs, malgré la nécessité de les mettre soigneusement en serre pendant la saison rigoureuse.

Mous avons peu de chose à dire des représentants d'un petit groupe de Nymphalides dont le type est le genre des Morphos. Tous sont étrangers à l'Europe. Ils vivent dans les contrées chaudes et humides de l'Amérique; par l'énorme envergure de leurs ailes, par leur vol élevé et rapide, ils étonnent le voyageur, et l'éblouissent par l'éclat métallique de leurs ailes.

Les Moi'phos, les plus grands des Papillons de jour, ont des antennes grêles, un corps frêle, avec des ailes arrondies d'une

liJC LES MKTAMÛUPHOSES DES INSECrES.

extrême amplitude. Tout le moude voit et remarque, exposé aux vitrines des marchands d'oJjjets d'histoire naturelle ou de curiosité, un splendide Papillon aux ailes d'un bleu d'azur chatoyant et d'un éclat tout métallique. C'est le Morpho Menelas, fort commun au Brésil et à la Guyane. Cet éclat que présentent les ailes de certains Lépidoptères, notamment les Morphos, est dû à un effet de lumière qu'il n'est pas aisé d'expliquer d'une manière satisfaisante, dans l'impossibilité où nous sommes encore de reproduire le même effet. Nous avons étudié la disposition des écailles des ailes métalliques de ces Papillons, nous avons observé ces écailles isolément, ce que personne n'avait fait jus([u'à présent. Ici les écailles ne sont pas superposées comme à l'ordinaire; rangées par files parfaitement droites, un faible intervalle est laissé entre chacune d'elles. Au-dessous des écailles qui paraissent bleues, se trouvent des rangées d'écaillcs plus petites, transparentes, ondulées à la surface et polarisant la lumière. Ces dernières se montrent en partie dans les intervalles des écailles colorées, et jouent sans doute un rôle fort important dans l'effet produit. Les écailles, qui semblent bleues, prises isolément et observées sous le microscope, ne sont plus bleues. Presque opaques, comme granideuses dans leur épaisseur, il devient impossible de ne pas les croire brunes.

Un autre Morpho (Morpho Laerles), abondant au Brésil, a les formes et la taille du précédent, avec des ailes d'un blanc métalli(iue légèrement bleuâtre, dont le miroitage est également obtenu par la superposition de deux couches d'écaillés. Mais, [tuisque nous pai4ons ici des Morphos à cause de leurs dimensions et de leur magnificence, il faut citer le Morpho qui dépasse en éclat, en splendeur, tout ce qu'il est possible d'imaginer. Incomparable est le seul terme qui puisse être employé en parlant de ce Lépidoptère, et il faut le prendre dans son acception la plus vraie. Ce IMorpho [Morpho cypris), i)articulier à la Nouvelle-Grenade, fré(juente les carrières où se fait l'exploitation

Page 1