LES HYMÉNOPTÈRES FOUISSEURS
{Mulillides, ScoliidfS, Sphéijides, Crabrunides, OJynérides).
Les Hyménoptères que nous rapprochons ici, appartiennent à diverses familles bien caractérisées. Les uus, par leur aspect, par leur allure, l'appellent les Fourmis; les autres ont une apparence qui leur est tout à fait particulière; les autres ressemblent
aux Guêpes. Mais si ces Hyménoptères qualifiés fouisseurs, dïïïi'rent beaucoup entre eux par leurs caractères zoologiques, ils se rapprochent d'une façon remarquable par leurs caractères biologiques. Ce sont généralement des Insectes fort industrieux, doués d'une extrême habileté pour édifier des constructions, animés d'instincts merveilleux pour préparer à leur progéniture des moyens de subsistance. Ceci s'applique, bien entendu, aux femelles, toujours armées d'ini aiguillon; jamais les mâles d'aiicun groupe de la classe des Insectes ne prennent part aux travaux des femelles.
Ces Hyménoptères creusent le sol, les murailles, quelquefois des branches d'arbres, des tiges d'arbrisseaux, afin d'établir des logements pour leurs larves. Comme instruments de travail, ils ont des mandibules tranchantes et dentelées, et des jambes garnies d'épines, constituant des râteaux. Quand ils sont à l'état adulte, leur nourriture consiste en matières fluides, le miel des fleurs, la sève qui s'écoule des arbres. Quand ils sont à l'état de larves, ils ne peuvent vivre que de proie vivante.
Ce régime des larves oblige les mères à faire des chasses dont le spectacle produit toujours une impression singulière sur ceux qui en sont témoins.
Chez les représentants, fort nombreux, des familles que nous rapprochons sous la' dénomination générale de Fouisseurs, il n'y a que deux sortes d'individus, des mâles et des femelles ; chez aucune espèce on ne voit d'individus neutres, d'ouvrières, comme chez les Fourmis, chez les Guêpes, chez les Abeilles. Les femelles, toujours solitaires , sans aucun secours étranger, travaillent à l'édification du nid et à son approvisionnement.
Une femelle fait choix d'un endroit déterminé; chaque espèce a ses prédilections bien arrêtées : c'est le sol, c'est un terrain coupé verticalement, c'est une muraiUe, une tige d'arbuste. Souvent elle profite d'une cavité déjà formée, d'une
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lissurc, si le travail doit ("'Ire plus lacik', et elltî se met avec mi(> ardeur incroyable à creuser \m trou. Elle n'a d'autres instruments que SCS mandibules pour détacher les particules terreuses, ([U(^ ses jambes convei'ties en râteaux pour gratter et rejeter au dehors les parcelles détachées. Mais le travail de l'Insecte est si opiniâtre, sa patience si inébranlable, qu'une galerie se trouve pratiquée dans un assez court espace de temps, et au fond de la galerie une loge de forme ovalaire, quelquefois plusieurs loges ; à cet égard encore, chaque espèce a ses habitudes. Une loge étant construite, le P^ouisseur, Sphex, Pompile, Crabron ou Odynère, doit s'occuper de l'approvisionnement; c'est alors qu'il va à la chasse, cluuiue espèce aussi ayant sa chasse particulière. Pour celle-ci ce sont des chenilles, pour celle-là des larves de Coléoptères, pour celle-là encore des Insectes adultes, des Araignées. Le Sphex ou le Crabron est doué d'un instinct comparable à celui de l'ichneumon : s'il fournit à ses larves des Insectes d'un gros volume, il en met un seul dans cha- (jue loge, quelques-uns si leur dimension est médiocre, beaucoup si leur taille est petite. Le Fouisseur, pour saisir sa px'oie, la pique de son aiguillon ; le venin plonge l'animal piqué dans un état de léthargie indéfinissable qui se prolongera fort longtemps, et dans tous les cas, sans que jamais l'individu piqué puisse se réveiller, revenir à la vie. Il serait difficile de i^encontrer ailleurs un ensemble de phénomènes plus saisissants. Un besoin impérieux des larves de l'Hyménoptère fouisseur, est d'avoir pour aliments des tissus vivants ; ces larves périraient près d'un cadavre, près d'un corps en décomposition ou desséché, et ces larves à peau molle, sans défense, incapables de se déplacer, parviendraient-elles jamais à ronger un Insecte en pleine vie? n'auraient-elles pas, au contraire, tout à redouter de sa part? Dans l'admirable organisation de la nature, les difficultés qui nous sembleraient les plus insurmontables s'aplanissent comme par enchantement. Ces larves n'ont rien à craiudi'e de leurs victimes;
victimes désormais ix'iidues inertes par le venin de l'Hyménoptèrc, elles ne sauraient opposer la moindre résistance à une atteinte quelconque; condamnées à être rongées, elles semblent vivre, car leur corps ne subit aucune décomposition, sa dessiccation ne commence à se prononcer que bien au delà du temps où la larve du Fouisseur est parvenue au terme de sa croissance. Le venin semble avoir agi sur les tissus à la manière d'un agent conservateur. Des chenilles et des larves de Coléoptères piquées par des Hyménoptères ont pu être conservées dans de petites boites pendant plusieurs mois, sans manifester d'altération.
Un Fouisseur a-t-il approvisionné sa cellule , il y dépose un œuf, et puis il la ferme complètement avec une partie du déblai, en faisant disparaître toute trace extérieure de son ouvrage. C'est là ce qui rend fort difficile la recherche des larves d'Hyménoptères nidifiants. Le Fouisseur construit un grand nombre de loges, tantôt les unes près des autres, tantôt disséminées ; il les approvisionne toutes de la même façon, et dans chacune dépose un seul œuf; son travail fini, sa ponte achevée, il ne tarde pas à moiu'ir. Cette mère a pris des peines infinies, a déployé une instinctive prévoyance qui reste encore un sujet d'étonnement, même chez ceux qui, mille fois, ont été les témoins des mêmes faits, pour des êtres qu'elle ne verra jamais, pour une progéniture qu'elle ne connaîtra pas, en un mot, pour des enfants posthumes.
Dans toutes les familles d'Insectes nidifiants, il se trouve des espèces qui, avec la même organisation générale, le même mode de développement, sont privées d'instruments de travail et dépourvues des instincts maternels nécessaires à l'éducation de leurs larves. Nous avons vu des Fourmis réduire en esclavage des individus d'une autre espèce, afin de vaquer dans leurs demeures aux soins qu'elles sont incapables de remplir; nous verrons des Hyménoptères appartenant à divers types