I.HS HYMHNOl'TlillES
»1(> Fouisseurs nayMut d'autre souci, disous niieux. d'aulrc iiistiuct que de l'aire maiif>er à leurs larves les provisions amassées pour d'autres larves. Les femelles s'introduisent furtivement dans les nids des espèces laboi'ieuses et déposent leurs œufs dans les loges déjà construites, et leurs larves, venant à naître plus tôt que celles de l'Insecte nidifiant, ont mangé une grande partie des provisions quand éclosent ces dernières. Ce sont des parusites d'une certaine nature, de vrais parasites, suivant la définilion adoptée par Lepeletier de Saint-Fargeau. Ces femelles ont des mandibules impropres à égrener la terre, des jaudjes iK»stérieures sans épines propres à ratisser ou à fouir.
Examinons à présent les principaux types parmi ces Hyménoptères habiles à bâtir des nids, et parmi ceu.x qui vivent à leurs dépens.
Les MuTiLMUEs composent une petite famille que les anciens auteurs rapprochaient des Fourmis. Leurs femelles, étant privées d'ailes, courent à terre, et c'est là une analogie avec les Fourmis neutres, qui a été plus facilement saisie que les caractères distiuctifs.
Les Mutillides ont une tète arrondie, des antennes filiformes insérées sur la face, un abdomen ovalaire. Ces Hyménoptères, disséminés dans toutes les régions du monde, abondent principalement dans les parties chaudes du globe. Cette famille est surtout représentée en Europe par le genre des Mutilles. Les Mutilles, Insectes pubescents, ornés de bandes et de taches vivement colorées, sont assez rares. Les mâles et les femelles diffèrent, non-seulement par la présence ou l'absence des ailes, mais encore par la forme du corps et par la coloration; aussi n'cst-on bien éclairé, relativement aux distinctions spécifiques, que depuis une époque assez récente.
Nous pouvons considérer comme le type du genre la Mutille européenne [Mulilla europœa), l'une des espèces les moins rares dans notre pays. Le mâle est d'un bleu foncé, avec le thorax roux.
les ailes enfumées, les bords des premiers anneaux de l'abdomen garnis d'une pubescence soyeuse d'un gris argenté ; la femelle noire, avec le thorax roux et des bandes grises sur les trois premiers amieaux de l'abdomen. On rencontre les femelles non pas courant, mais marchant à terre dans les bois ; on les voit entrer dans des trous ou en sortir, mais jusqu'ici on n'est pas troj» parvenu à savoir ce qu'elles y faisaient.
LA MUTILLE EUROPÉENNE
{Mutilla europtea).
Un individu mâle au vol. — Divers individus femelles.
Comment vivent les Mutilles? C'est ce que l'on ne sait guère encore. Un auteur avait assuré en avoir trouvé dans un nid de Bourdons, et cela avait suffi pour donner à penser que ces Insectes étaient parasites : mais divers obsei'vateurs en ont vu attaquant des Tns.ectes-, d'autres en ont pris dans leurs trous, où ils ont
LIÏS llYMÉiNUl'TKUKs. 37!)
roncoiiti'i' en iiièine temps, soit des débris do Sauterelles, soit des IVagments de Diptères, et de ces remarques fort incomplètes on en a conclu ([ue c'étaient les résidus des animaux qui avaient servi à la nourriture des larves de Mutilles. D'un autre côté, si l'on considère ([uc les Mutilles femelles ont des pattes postérieures fortes et épineuses, par conséquent propres à loiiir, et des mandilmles dentelées, on acquiert la conviction cpie ces Hyménoptères font des nids et les approvisionnent comme les autres Fouisseurs.
Il y aiu'ait i)eu d'intérêt à mentionner ici les divers fi,enres de Mutillides conqjosés d'espèces dont les habitudes sont encore inconnues. Un d'eux mérite cependant d'être cité à l'aison d'une observation particulière fort curieuse. En Australie, vivent des Mutillides de forme très-élégante, les Thynnes. Les mâles de ces Hyménoptères ont le corps élancé et des antennes droites, assez longues ; les femelles, beaucoup plus petites que les mâles et absolument privées d'ailes, ont des antennes contournées. L'espèce la plus commune du genre est le Thynne variable {Tliynnus variahilis). Insecte d'un brun rougeâtre luisant, avec des taches et des bandes jaunes. Nous ne savons rien des conditions d'existence de ces Hyménoptères, mais voici un fait fort étrange, sans analogue parmi les espèces européennes. Le mâle, nous assure M. J. Verreaux, dont les observations méritent tonte conûance, s'envole en portant sa femelle entre ses pattes, et la tenant avec im soin extrême, on le voit se poser sur les fleurs. Parfois il arrive que d'autres mâles moins heureux, arrivant au même endroit, cherchent à lui ravir sa compagne. Une lutte s'engage, et le mâle qui devient impuissant à défendre sa femelle contre les attaques de plusieurs prend le parti de la manger. Une semblable conduite ne rappelle-t-elle pas certains exploits des personnages qui estiment plus l'honneur que la vie.
Après les Mutillides, en nous laissant guider par les affinités
luitiirc'Ucs, iimis (levons nous occuper des Scoludes. Los Sc(iliid(,'s ont ordinairement lin corps massif, pesant, des antennes épaisses, souvent fusiformes. Le grand genre de la famille est celui des Scolies (Scolia), caractérisé par des antennes plus courtes que la tète et le thorax, surtout chez les femelles, par des mandibules fortement arquées chez ces dernières et des jambes très-épineuses. D'après la considération des nervures des ailes, ce genre a été subdivisé par les auteurs modernes, mais ce sont là des particularités dont nous ne pouvons traiter et dont ou trouve le détail dans une monographie récente de MM. IL de Saussure et Sichel. Plusieurs Scolies de grande taille habitent l'Europe méridionale ; la plus commune est la Scolie à front jaune, ou Scolie des jardins [Scolia fronlalis ou S. horlorum), qui est noire, poilue, avec le front et le sommet de la tête ordinairement jaunes, l'abdomen de la femelle orné de quatre taches de cette dernière nuance. Cette espèce se rencontre abondamment dans le midi de la France, en Italie, en Espagne, dans le nord de l'Afrique, etc. Jusqu'à une époque peu éloignée de nous, on s'étonnait de n'avoir rien pu apprendre des mœurs et des métamorphoses de cet Insecte ou de quelques-uns de ses congénères, qui comptent parmi les plus grands Hyménoptères. Un naturaliste de Florence, Carlo Passerini, le premier, reconnut, en 1810, les habitudes de la Scolie à front jaune.
Dans les vieux ti'oncsde Chêne en décomposition, dans les amas de tan que l'on emploie parfois dans les jardins et les serres, et dont on fait un usage journalier dans les tanneries, vivent les énormes larves d'un Scarabée (Orycles nasicornis) bien connu sous les noms vulgaires de Nasicorne et de Rhinocéros. C'est à ces larves, ordinairement assez sédentaires dans des loges formées dans la tannée, que viennent s'attaquer les femelles des Scolies. Pénétrant jusqu'à la larve du Nasicorne, la femelle la pique de sou aiguillon et la plonge dans cet état d'engourdissement dont nous avons tracé une description, et tout aussitôt elle pond un œuf
F,i;S IIYMKNOPTÈKES.
lAMORPllOSES UE LA SCOLIE A FHOMT AUNE {Scolia (laiiifvons).
Lf niàle cl la fiinonc, — La
et le colle à la peau de la grosse larve de Coléoptère. De cet œuf naît, au bout de peu de jours, la larve de la Scolie; celle-ci, à l'aide de ses mandibules, entaille la peau du Nasicorne, enfonce dans la plaie une partie de sa tète, et commence à bumer les parties fluides. Elle grossit rapidement, et chaque jour la larve, continuellement sucée, se déprime davantage. Quand celle-ci est complètement épuisée, qu'il n'en reste plus que la peau, la larve de la Scolie a pris tout son accroissement ; alors elle file une coque épaisse, de couleur brune, en retenant à la surface, comme un vêtement protecteur, la dépouille du Nasicorne. Elle passe l'hiver dans cette coque et se transforme en nymphe au printemps. L'insecte adulte éclôt vers le commencement de juin. Ainsi, la Scolie n'a rien à consti'uire pour loger ses larves; les logements de ses victimes lui suffisent.
Les larves de cet Hyménoptère ne réclament ici aucune description spéciale; la figure donne la meilleure idée possible de leur forme et de la taille à laquelle elles parviennent.
Aux îles Seychelles, à Madagascar et dans les petites îles voisines de cette terre, des Oryctès d'une taille supérieure à celle de notre espèce indigène ruinent les Cocotiers, qui foui'nissent l'une des ressources alimentaires les plus pi'écienses de ces contrées. Des Scolies les mangent, mais sans les détruire cependant en assez grande quantité pour sauver les arbres des tropiques. M. Ch. Coquerel a fait connaître, il y a douze ans, les larves de deux espèces de Scolies de JMadagascar de la plus belle dimension (Scolia orijctophaga, S. carnifex), qui mangent les larves des Oryctès du pays (0. simiar), et se transforment absolument de la même manière <pie notre grande Scolie d'Europe.
Pai' une comnnmication de M. Fabre, nous savons que plusieurs Scolies de taille médiocre [Se. hifasciala, Se. sexmaculalà) attaquent également des larves de Coléoptères de la faaiille des Scarabéides, mais celles-ci choisissent des espèces de plus petites
LES IIYMKNUPTKUKS. o8S
(linu'iisioiis, notainiiiciit des Euclilorcs, sorte dopelits llaïuietons (le couleur vei'te.
D'autres Fouisseurs sont les SriiKcinKs, llyinéiioplèivs pleins d'éléf^ance, souvent de grande taille. Leur tète est courte et large, leur labre ou lèvre supérieure toujours bien développé; leurs mâchoires, comme leur lèvre inférieure, sont courtes ; leurs antennes longues, assez minces, contournées dans les femelles; leurs jambes postérieures, fort bien armées d'épines chez les femelles, sont beaucou[> plus longues que les autres dans les deux sexes.
Il existe deux types principaux dans cette famille des Sphégides : les Sphégines et les Pompilines, les premiers ayant le prothorax rétréci et figurant ainsi une sorte de cou, les seconds ayant le prothorax large et sans étranglement. Sphégines et Pompilines sont abondants dans les pays chauds ; ils sont relativement en petit nombre dans l'Europe centrale, mais ceux de cette partie du monde sont presque les seuls dont les habitudes particulièi'es soient connues.
Les espèces du genre Sphex ont une admirable agilité conHiie une remarquable élégance de formes. Leur corps est assez robuste, et leur abdomen est attaché au thorax par un long pédicule mince. Ces Hyménoptères possèdent de larges mandibules arquées et bidentées, où l'on reconnaît d'excellents instruments de travail et des jambes garnies d'épines aiguës, régulières, qui eu font des outils d'une irréprochable construction. Le Sphex aux ailes jaunâtres (Sphex flavipennis) , noir, finement pubescent, avec l'abdomen rouge, à l'exception du pédicule, est répandu dans la plus grande partie de l'Europe; il nidifie dans le sable et il approvisionne ses larves de Grillons. Une autre espèce du genre [S. alhisecla) fait la chasse aux Criquets ; le Sphex du Languedoc [Sphex occitanica) s'attaque à une grosse Sauterelle, du genre Ephippigor. On est toujours rempli de surprise en considérant l'énorme volume des Insectes que les Sphex parviennent à transporter et à introduire dans leur nid.
38/i LES METAMORPHOSES DES INSECTES.
Regardons au travail les ardents Hyménoptères.
c C'est par petites peuplades de dix, vingt pionniers ou davantage que l'emplacement est exploité, dit un excellent observateur, M. Fabre (d'Avignon). 11 faut avoir passé quel»iues journées en contemplation devant l'une de ces bourgades, par lui temps parfaitement calme et par un soleil brûlant, pour se faire une idée de l'activité fiévreuse, de la prestesse saccadée, de la brusquerie de mouvements de ces laborieux mineurs. Le sol est rapidement attaqué avec les râteaux des pattes antérieiu'es. En même temps chaque ouvrier entonne sa joyeuse chanson, qui se compose d'un bruit strident, aigu, interrompu à de courts intervalles, et modnlé par les vibrations du thorax et des ailes. On dirait une troupe de gais compagnons se stimulant au travail par un rhythme cadencé. »
Le travail avance, s'achève ; on va aux provisions. En arrivant avec une proie, l'Insecte la dépose au bord de son trou, pour se livrer d'abord à une visite du domicile, et vient ensuite la rechercher. M. Fabre s'avisa, à différentes reprises, d'éloigner la proie, et chaque fois le Sphex, obligé d'aller la retrouver au loin, la laissait toujours au bord du trou pour refaire une visite domiciliaire. Enfin, ayant enlevé chaque fois l'Insecte apporté par le Sphex, il a vu celui-ci murer son trou vide, ce qui seml)lorait indiquer que l'animal, obéissant seulement à l'instinct, croit avoir fini- lorsqu'il a exécuté sa besogne. Cette absence d'intelligence ne s'accorde pas avec les actes des Hyménoptères nidifiants dans une foule d'auti^es circonstances.
Dans le centre et dans le nord de l'Europe, où les véritables Sphex sont rares, on rencontre en abondance des Ammophiles, qui s'en distinguent par leurs mandibules plus longues et tridentées, et surtout par leur corps presque linéaire, leur abdomen fort mince. Dans nos campagnes, on aperçoit continuellement, dans tous les endroits arides, au bord des chemins, l'Ammo- ])hile des sables {Ammophila sahulosa), à l'allure vive, au vol ra-
i.Ks iiYMHX(ii'ïi;iiKS. ;i8r)
I>i(l(', dont le roi'ps est noir avec le ([uatriônio anneau de l'abdomen, le bord postérieur du troisième et le ])ord antérieur du ciuquièmc, d'un roux ieiTUf-iueux. lei lAmmophile creuse le sol, le trou est déjà profond, le sable est rejeté sur les bords; ailleurs il a achevé sa galerie et la cellule où devra vivre une de ses larves, il ap-
iUlUll'Uli.i; DES SAULES {Ammoiihiln sabttlosa).
|>orte une i^rosse chenille, la [dace dans la petite loge, dépose un (euf, [)uis avec un i)etit caillou et des grains de sable, il mure exactement l'orifice de son trou, faisant disparaître avec un soin infini toute trace de son travail. Toutes les espèces d'Ammophiles observées dans leurs habitudes prennent des chenilles pour nourrir leurs larves.
Dans les régions chaudes du monde se rencontrent des Sphégides qui se signalent par la grande longueur du pédicule de leur abdomen et par leurs mandibules arquées, ayant à peine une dent au côté interne ; ce sont les Pélopées, tous de couleur noire avec des marques jaunes. A considérer leurs mandibules, on devine bien qu'ils ne doivent pas travailler de la même manière que les Sphex ou les Ammophiles. Les Pélopées, en effet, sont de véritables maçons. L'espèce du midi de la France, le PéJopée touvnouv {Pelopœus spirifex), bâtit son nid sur des murailles, dans les encoignures, quelquefois à l'intérieur des granges ou des habitations, et presque toujours à une hauteur de plusieurs mètres
du sol. L'Insecte, aux pi'oportions grêles, qui semble peu fait pour trauspoi'ter des fardeaux, va chercher des parcelles d'iuie terre argileuse, les pétrit avec ses mandibules, et les applique
l'iili TOL'IiNliUU liï SOi\ [relopœus spirifex).
à l'endroit choisi i»our la construction de son nid. Avec cette terre, il commence par former une ceUule oblongue. Cette première logo établie, le Pélopée se met en chasse; sa chasse à lui, ce sont les
LliS llYiMÉNOPTÈKES. 387
Ai'nip;m''os, los Arjiifi;iiécs, les êtres de la création les plus rusés, les plus habiles pour l'attaque comme pour la défense. Sans doute, le l'élopée est armé d'un redoutable aiguillon et s'il parvient à pi- (jner, il a vaincu, mais l'Araignée a ses iils qui enlacent et qu'elle jette avec une incomparable prestesse. La lutte s'engage, l'ilyméuoptère esl tout à la Fois plein d'audace et de prudence ; avec précatition, il s'approche de la toile en volant et manœuvre si bien que presque toujours il parvient à frapper l'Araignée; quel<(uefois aussi le Pélopée est saisi par des fils agglutinants, ses mouvements sont paralysés, aloi's l'Araignée s'empresse de lier plus solidement son ennemi, et victorieuse, elle le mange.
DU l'ELOl'Eii ÏUUIINIÎUR, DETACUE ET VU A L INTERIEUR.
Mai^ le Pélopée se laisse prendre rarement, il apporte dans sa cellule une, deux, trois Araignées, suivant leur grosseur. La provision faite, un œuf est déposé, le travail de maçonnerie est continué, la cellule doit être fermée et le laborieux Ilyménoptère ne ménage pas les matériaux ; les parois sont épaisses. Une premièi'e loge construite et approvisionnée, le Pélopée en fabrique une seconde à côté, sur la même ligue horizontale, et l'approvisionne de la même façon, puis une troisième, une quatrième, eu
général jusqu'à six ou huit. La surface extérieure du nid présente des cannelures longitudinales correspondant aux intervalles des cellules, ce qui est très-bien expliqué par le mode de construction. Si les parois de la surface du nid ont une épaisseur considérable, celle du bord inférieur est beaucoup plus mince. C'est de ce côté que sortiront les Insectes adultes venant d'éclorc, il importe qu'ils ne trouvent pas de difficulté à se pratiquer une issue. Les trous que nous apercevons indiquent que les loges sont désertées.
Si nous détachons un nid avant l'achèvement des métamorphoses des larves de Pélopée, ce qui exige beaucoup de précaution tant cette maçonnerie d'Ilyméuoptère adhère fortement à la muraille, nous verrous les loges occupées, soit par des larves, soit par des coques construites par ces larves après l'achèvement de leur croissance. Les larves du Pélopée dont M. Lucas, le premier, a donné une description et des figures, sont assez longues avec la partie antérieure de leur corps recourbée. Les coques sont formées d'un tissu papyracé, brunâtre, lisse et luisant.
Les Pélopées de l'Inde, de l'île Bourbon, de l'Amérique, ont les mêmes habitudes que notre espèce européenne ; leurs constructions sont presque identiques.
Des Sphégides de formes très-analogues à celles des Pélopées, mais ayant luic couleur métallique bleue, verte ou violacée, sont les haJiitants des pays les plus chauds des deux hémisphères. On les appelle les Chlorions. Le Chlorion comprimé {Chlorion compressum) est abondant à l'ile Maurice et à l'île Bourbon > et les habitants de ces deux îles ne peuvent regretter qu'une chose, c'est que l'élégant Hyménoptère ]ie soit pas plus commun encore, car il leur rend des services impossibles à méconnaître. Construisant leurs nids à peu pi'ès de la même façon que les Pélopées, les Chlorions ne chassent pas les mêmes sujets. Les colonies, et surtout h'urs ])orts de mer, sont infestés par les Blattes ou Kakerlacs, ([iii ne respectent aucune denrée. C'est à
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ces OrtliopIriTs (|ii(> Ifs (-lilonoiis font uiio guoiTC (orriljlo poiii' les besoins de Umii-s larves.
Souv(Mit on est témoin de ral(;i([iie d'un Knkerlac par un Chloi'ion, et de l'intcllif^ence (|ue ce dernier déploie pour amener il son nid et faire entrer dans son trou, assez étroit, un corps aussi volumineux que celui de la Blatte. Le Cliorion se montre rôdant de divers côtés, en quête de la découverte d'une proie. Il aperçoit un Kakerlac, celui-ci reconnaît l'ennemi et s'arrête sous Timpression de la frayeur. Alors le Clilorion s'élance sur lui, le saisit avec ses mandibules entre la tête et le corselet, et lui pci'ce l'abdomen de son aiguillon. L'acte accompli, il s'éloigne un moment, attendant la fin des convulsions de sa victime. Dès que les mouvements ont cessé, il vient la saisir et la traîne jusqu'à son nid, souvent avec des efforts inouïs, car le fardeau est pesant. II s'agit de la faire entrer dans une cellule, mais l'ouverture est trop étroite, les pattes, les ailes de l'Orthoptère sont un obstacb; insurmontable à son introduction dans l'espace resserré. Le Chlorion a compris la situation, la difficulté ne l'étonnc pas. A la lîlatte trop volumineuse, il coupe pattes et ailes, et ainsi diminuée, il clierche à la pousser dans son trou, mais elle est encore trop large, l'Hyménoptère sent qu'il a mieux à faire : entrant lui-même à reculons dans son étroite galerie, il saisit le Kakerlac avec ses mandibules et le tire de toutes ses forces ; les téguments de l'Orthoptère ne manquant pas d'une certaine flexibilité, le corps de l'Insecte finit par passer dans le tube où l'on n'aurait jamais cru qu'il puisse être introduit.
De tels actes de la part du Chlorion sont-ils du seul domaine de l'instinct? Qui pourrait le croire, en présence de ces manœuvres si intelligentes, vaiùables selon les circonstances, et comme, au reste, une foule d'Hyménoptères nidifiants nous en offrent des exemples?
Les Pompilines sont des Fouisseurs travaillant avec la même perfection que les Sphégines, et chassant avec la même audaco
.•U)0 LKS MÉ'J'AMOKfHUSliS DES INSKCTES.
et lus Jiièmes ruses. LesPoiiipiles de notre pays, Insectes détaille très-médiocre, nidifient dans le sable ou dans le vieux bois, sachant, comme tant d'autres Hyménoptères, s'épargner dn travail en prenant possession de vieux trous. Tous les Pompiles observés dans leurs habitudes nourrissent leurs larves avec 'des Araignées. Plusieurs chassent suiiout les Araignées errantes qui ne font pas de toile, mais quelques-uns vont hardiment attaquer notre grosse A]*aignée domestique sur sa toile. Dans notre pays, on rencontre continuellement le Pompile des chemins {Pompilus vialicus), un petit Hyménoptère noir avec les trois premiers anneaux de l'abdomen rougeâtres et les ailes enfumées, qui creuse ses trous dans le sol.
Des Pompilines ayant les pattes sans épines, les Céropales, semblent incapables de travailler, et Lepeletier de Saint-Fargeau eu ayant vu qui entraient dans les nids d'autres Fouisseurs, ou est assuré que ce sont des parasites.
Dans l'Amérique du Sud vivent les Pepsis, aux Indes orientales, et dans les Archipels de l'océan Pacifique, les Macromeris qui sont les géants parmi les Fouisseurs, et même entre tous les Hyménoptères. Ils ont le goût des Araignées comme nos Pompiles d'Europe, mais leurs nids ne nous sont pas connus.
Les Crabronides ont bien des rapports de conformation avec les Sphégides, mais ils présentent un autre aspect et quelques caractères assez prononcés permettent toujours de les distinguer. Leur corps est, en général, médiocrement élancé, leurs antennes sont droites, leur lèvre supérieure est à peine saillante, leurs pattes postérieures ne sont guère plus longues que les autres, et leurs jambes antérieures se terminent par une large pointe.
Les Crabronides sont nombreux par le monde; ils ont des foi-mes assez vaiùées et aussi des mœurs, des habitudes dojit la diversité est une source d'intérêt.
Dans la famille des Crabronides, nous distinguons les Bembécines qui ont un gros corps, un labre bien visible, des mandibules
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piiiiitiu's, iiiii(l('iilt''cs ;ui fùtt' inlorno. I.cs Hcnihcx eu [Kipliriilicr se font remannicr par la graïuk' lou{^ueui' do leurs mâchoires et do leur lèvre inlorieiirc constituant une sorte do trompe, aussi voit-on ces Insectes souvent posés sur les fleurs, occupés àponijter le miel. Le Bembex à bec (Bemhex rosirala), le i)lus répandu entre tous, dans nos départements méridionaux, Insecte noir avec le chaperon jaune, et une band(« de nuance citron sur chaque anneau do rabdomen, a été autrefois étudié dans ses habitudes par Latreille. Cet llyménoptère, comme tant d'autres Fouisseurs, creuse dans le sable des trous profonds, et comme toutes les espèces du même groupe, il approvisionne ses cellules uni<iuement avec des Diptères : Mouches, Syrphes, etc. Ses provisions faites, et sa ponte effectuée, le Bembox ferme l'orifice avec le soin ordinaire parmi les Sphégides.
Jusqu'ici, pour nos Fouisseiu's, tout se passe de la même manière générale : la mère bâtit un nid, des loges pour chaque lai've, remplit les loges de pi'ovisions, dépose un œuf auprès de ces jirovisions, ferme toutes les issues de l'habitation dans la([uolle doivent se développer ses larves et meurt sans avoir jamais vu sa progéniture. Mais voilà que M. Fabre, du lycée d'Avignon, nous révèle dans les habitudes d'une espèce de Bembex (B. vidua), une particularité inconnue, et certainement bien rare dans l'histoire des Hyménoptères. Ici la mère laisse son terrier ouvert, y pénètre chaque jour, apportant à sa larve une proie fraîche qui est toujours un Diptère. A l'égard des Hyménoptères, nous l'avons dit ailleurs, M. Fabre nous a montré la nature plus riche en ses manifestations qu'on ne le supposait. Ou est émerveillé par la contemplation de ces Hyménoptères laborieux, si intelligents, agissant en toute occasion comme si la prévoyance était un résultat de leurs facultés intellectuelles, mais n'est-on pas plus charmé encore au spectacle de cette mère, frêle Insecte qui veille et nourrit ses jeunes avec une sollicitude constante? On comprend aisément pourquoi la nature a fait rares les
392 LES MKTAMORPFinSES DES INSECTES.
Hymt''noptcr(>s solitaires clonnaiit des soins jonriialiers à leurs larves. Les chances de destruction épargnées aux autres dans leurs inaccessibles retraites, menacent sans cesse ces derniers. Le nid est ouvert, des Insectes carnassiers peuvent y pénétrer et dévorer les larves de l'Hyménoptère. L'Hyménoptère lui-même peut être pris, tué, mangé, et alors les larves ne recevant plus de leur mère la pâture quotidienne, se trouvent condamnées à périr de faim.
Les Stizes, qui diffèrent surtout des Bembex parleurs mâchoires et leur lèvre inférieure courtes, ont été moins étudiés que ceux-ci dans leurs habitudes. M. Fabre nous eu signale une espèce (Slizus tridens) qui approvisionne ses cellules avec des Cicadelles.
Les représentants d'une autre tribu de la famille des Crabronides, les Larrines, avec des formes moins lourdes que les Bembécines, ont leur labre presque imperceptible, et leurs mandi:^ bules pourvues, à la base, d'une profonde échancrure interne dont l'usage n'a pas encore été reconnu. Ces Hyménoptères errent dans les lieux sablonneux où ils établissent leurs nids. Plusieurs d'entre eux au moins les api^rovisionnent avec des chenilles.
La tribu des Crabx'ouines est le vaste groupe de la famille ; elle comprend une multitude d'espèces d'assez petite dimension, ayant le plus ordinairement des bandes et des taches jaunes sur un fond noir, un labre aussi rudimentaire que celui des Larrines, et des mandibules sans échancrure. Ces espèces se répartissent d'une manière très-naturelle dans trois groupes : les Cercérites qui ont les antennes un peu renflées à l'extrémité, et l'abdomen contracté à la base ; les Crabronites dont l'abdomen n'offre aucun étranglement; et les Nyssonites, dont les antennes sont minces.
Les Cercéris ont des mandibules tridentées et des antennes très-rapprochées à leur insertion. Elles sont abondantes en Europe, et plusieurs d'entre elles ont été l'objet d'intéressantes observations, Presque paiiout on rencontre la Cercéris des sables