LA SCIKNCR AUX PRISKS AVEC LE MONDE DES INSECTES
d'Insectes. Passant une partie de l'année à Conflans, dans le voisinage de Paris, à une époque où l(>s environs de la capitale pouvaient encore être appelés la campagne, il était dans les conditions les plus heureuses pour ohservei' nos <'spèces indigènes.
Les mémoires de Réaumur ont bien puissamment contribu(' aux progrès de l'histoire naturelle. On y recoimait partout la profonde sagacité et la patience inébranlable de l'observateur. Jamais les moindres détails n'avaient été aussi scrupuleusement examinés. Le nondire immense de faits recueillis par un seul homme étonne, et l'étonnement se change en admiration ponr l'auteur, quand on s'est rendu compte de la fidélité avec laquelle ils sont exposés. Ici tout est vrai, et l'intérêt du récit est si grand, qu'on croirait pouvoir en faire honneur à l'imagination, si l'on ne savait l'imagination humaine incapable d'atteindre aux merveilleuses réalités de la nature.
Aux yeux de tous ceux qui se sont voués à l'étude, l'ouvrage de Réaumur est un chef-d'œuvre, et l'on se demanderait comment ce chef-d'œuvre, où tant de pages sont consacrées à la narration des phénomènes les plus curieux de la vie des animaux, n'est pas connu de tout le monde; comment de telles pages n'ont pas acquis la popularité des descriptions de Rufïon, si l'explication n'était facile. La forme brillante, l'élévation, l'élégance, qui font admirer le style de fiuffon, ne se rencontrent pas dans les écrits de Réaumur. Dominé par le désir de tout rapporter avec une extrême exactitude et de n'omettre aucun détail, l'auteur des Mémoires sur les Insectes est lent dans son récit, et cette lenteur ne fait pas toujours rayonner la clarté.
Réaumur n'était pas remarquablement pénétré des avantages de la méthode : les espèces dont il raconte l'histoire avec une entière fidélité ne sont presque jamais désignées d'une manière précise ; les différentes parties du coi-ps des êtres dont il parle sont signalées par des descriptions quelquefois assez obscures.
28 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTi£S.
La rigueur et la simplicité des termes scientifiques n'étaient pas
de son temps.
Si les Mémoires sur les Insectes n'eurent pas ce vaste retentissement qu'on nomme la popularité, ils reçurent l'accueil qu'ils méritaient de la part des hommes éclairés; ils excitèrent chez quelques-uns l'admiration et une sorte d'enthousiasme pour les recherches sur les animaux qui offrent le spectacle des instincts les plus curieux. Ainsi, Charles de Goer, maréchal de la cour de la reine de Suède, conçoit l'anihition d'être le continuateur de Réaumur, et il donne une longue suite de mémoires auxquels une grande estime est accordée. Ces mémoires, publiés de 1752 à 1778, ne forment pas moins de sept volumes accompagnés de planches.
Le baron de Geer, né le 10 février 1720, mort le 8 mars 1778, écrivant à une époque où lalangue française était souvent employée par les savants étrangers, adopta pour l'exposition de ses recherches la forme et le plan de l'ouvrage de notre illustre compatriote. A son début, il salue en ces termes celui qui a été son guide : « Je ne saurais me dispenser de dire que personne » n'a égalé, dans la science des Insectes, l'illustre M. de Réau- » mur, qui fait l'admiration de toute l'Europe savante, et » qu'un auteur (M. Bonnet) a nommé, à juste titre, l'ornement » de la France et de son siècle. » De Geer était venu glaner à la suite d'un investigateur d'une habileté consommée; ses mémoires ne pouvaient avoir la plupart un intérêt aussi considérable c|ue ceux de son prédécesseur. Il eut le mérite cependant d'apprendre encore un grand nombre de faits sur les métamorphoses et les mœurs des Insectes, de nommer et de décrire plus exactement que Réaumur les espèces qui avaient été l'objet de ses l'echerches.
Au milieu du xvm' siècle, un service éclatant et d'un tout nouveau genre fut rendu à la science. Pierre Lyonnet, né à Maestricht le 21 juillet 1700, secrétaire interprète des Etats généraux
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(le llollaiide, iiiurt \e 7 janvier 1781), s'était r|>ris, <(iiiime de (leer, des travaux de Réaumui'. Il s'jidonua à la poursuite d'observations sur les niieurs et les nu'taniorphoses des Insectes. Alais. api'ès la joie d'avoir constaté des détails encore ignorés, Lyonnel eut la déce[itiou de se voir devancé [»ar d auti'cs, et surtout par de (leer. Il prit alors en dégoût les rechei'ches qu'il avait conuneucées, et conçut l'idé»' de faire, dans le silence, un travail ([ue nul sans doute ne songerait à entreprendre, que nul siu'tont , bien probablement , ne réussirait à exécuter, s'il y avait songé. Convaincu par ses premières études (|uc l'organisation des Insectes présentait une riebesse, une complication dont personne n'avait même le sou])ç;on, il se mit à l'œuvre avec la ferme volonté d'eu offrir une magnifique démonstration. Lyonnet a pris soin de nous informer du motif qui avait stimulé son ardeur, car, dit-il, « me serais-je imaginé qu'un mouve- » nient a\issi ignoble (pic celui du dépit eût pu produire cette » espèce de résolution, et me faire entreprendi^e et finir un » ouvrage aussi pénible que celui-ci. C'est pourtant ce qui est M arrivé. »
L't'tnde de la Clienille du Saule par Lyonnet a été appelée par Cuvier « le clief-d'œuvre de l'anatomie et de la gravure ». Lyonnet a travaillé avec l'unique ambition de faire connaître l'organisation d'un Insecte jusque dans ses moindx-es détails. Les parties extérieures, les muscles, les nerfs, les trachées, l'appareil digestif, ont été étudiés avec le soin le plus scrupuleux et toute l'habileté imaginable. Nous sommes loin ici de l'ébauche que Mali»ighi a donnée de l'anatomie du Ver à soie.
C'était une grande chose pour le progrès de la zoologie, de montrer qu'un Insecte, une Chenille, un animal réputé infél'ieur, possédait une organisation extrêmement complexe. Un semblable travail i»ortant sur luie seule espèce, et sur un seul état de cette espèce, ne pouvait alors, en l'absence de termes de comparaison, conduire à des aperçus généraux.
Toutes les parties de la CheuUle du Saule ont été uou-seulemeut décrites, mais encore représentées avec une étonnante perfection. Il est impossible d'être un véritable anatomiste sans avoir acquis quelque habileté dans l'art du dessin. Lyonnet avait cette habileté, et il jugea indispensable d'acquérir un talent d'un autre gem-e. 11 a gi'avé lui-même les planches magnifiques qui accompagnent sou ouvi'age. Pendant plusieurs années il s'était livré à des essais qu'il communiquait à divers savants, afin d'avoir leur opinion sur son talent dans l'art de la gravure. C'est après ce pénible apprentissage qu'il exécuta les planches qui n'ont cessé de faire l'admiration des savants et des artistes.
Charles Bomiet, de Genève, philosophe et naturaliste, né en 1720, mort en 1793, occupe aussi une place dans l'histoire du mouvement scientifique du xviii' siècle. On lui doit des expériences sur la respiration des Chenilles, sur les appendices de ces insectes, et les recherches plus importantes sur le mode de reproduction des Pucerons. Ces recherches, auxquelles Bonnet doit en grande partie la célébrité de son nom, ont appi'is l'un des faits les plus singuliers relatifs à la propagation des êtres.
IMais il est encore mi observateur que l'on ne saurait oublier : François Huber, de Genève, comme Charles Bonnet, né le 2 juillet 1750, mort le 22 décembre 1831, le célèbre historien des AbeiUes. Celui-ci a eu le mérite de constater la plupart des faits remarquables de la vie de l'Abeille, l'insecte intéressant parmi les plus intéressants, mais aussi le plus difficile à oljserver. Huber a les sympathies entières de ceux qui comiaissent son œuvre et sou infortune. 11 était aveugle depuis sa jeunesse, et une telle affliction ne l'a pas empêché de se cpnsacrer avec lui incomparable succès à l'étude d'un sujet demeuré obscur pour les yeux des plus clairvoyants. Il avait trouvé ce qui lui manquait dans la personne d'un domestique dévoué, devenu bientôt un intelligent collaborateur. Huber, possédant un esi»rit