‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 65 sur 102 · LES UYMENOPTÈKES PRODUCTEURS DE MIEL · texte numérisé non relu

LES UYMENOPTÈKES PRODUCTEURS DE MIEL

(Api(les).

Entre tous les Hyménoptères, et par conséquent entre tous les Insectes, les espèces nidifiantes qui recueillent le miel et le pollen des fleurs sont les plus parfaites sous le rappoi^t de l'organisation, des plus admirables sous le rapport de leurs constructions; on dirait aussi les plus étonnantes sous le rapport des instincts et de rintelligence , si l'on ouldiait un peu les Fourmis.

Tous les représentants de cette famille des Apides, dont

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l'Ahi'ilIc t'st l(! (y[>u le [)liis coiimi, ont dans Icui' (»i'y;uiisaliou les iiidicL's diiiie vôritahle siipériontc sur les auti'os Insectes. La cciilnilisatioii do leur système nerveux est poussée plus loin (pie chez les autres Hyménoptères; leur appareil i-espiratoire acquiert un développement exceptionnel, des trachées de leur abdomen se transforment en vastes [)oches. lueurs appendices prennent des formes spéciales, deviennent des instruments d'une perlectioii dont ou n'a pas d'exemple ailleurs.

Selon les types, les numdibules sont eoiiverti(!S en tenailles propres à diviser le bois, en instrunu;nts pour entamer la terre, pour pétri)' du ciment, en meules pour malaxer la cire. Chez la plupart des Aitides, les mâchoires et la lèvre inférieure, fort longues, délicates, agissent comme une trompe pour humer le miel dans le nectaire des fleurs. Mais ce ipi'il y a de plus admirable dans la conformation des appendices de beaucoup de ces Hyménoptères, c'est la transformation en quelque sorte de leurs pattes postérieures, notamment des jambes et du premier article des tarses, en instruments propres à la récolte du pollen comme en instruments de travail. Mais les dillerences sont telles ici, que la généralisation resterait nécessairement vague et qu'il faut examiner chaque type en particulier.

Les Apides ont à tous leurs états un régime végétal ; les adultes se nourrissent de miel; les larves, ayant besoin d'un aliment ])lus substantiel, sont nourries d'une pâtée composée de miel et de pollen. Les larves de tous ces Hyménoptères, incapables de se mouvoir et destinées à vivre dans d'étroites cellules, réclament des soins matei'uels absolument comme celles des Guêpes et des Fouisseurs.

Parmi les Apides, les uns vivent solitaires, les autres vivent eJi sociétés, sociétés annuelles, sociétés permanentes. L'existence des espèces solitaires l'essemble à celle des Fouisseurs. Une femelle seule construit un nid, des cellules, pour loger ses larves, et approvisionne les cellules. Les sociales ont trois sortes d'indi-

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vidiis : clos neutres ou ouvrières, femelles infécondes, outre k's niàlcs et les femelles fécondes. Dans les sociétés annuelles, une femelle isolée fonde le premier établissement, les ouvrières l'accroissent ensuite. Dans les sociétés permanentes, les femelles fécondes ne travaillent jamais; elles sont incapables de travailler, les instruments leur font défaut.

Parmi les Apides, il y a aussi, comme parmi les Sphégides, les Crabronides, etc., les espèces incapables, les espèces qui n'ont d'autre instinct que celui de s'introduire dans le nid des espèces laborieuses et de déposer furtivement leurs œufs dans les cellules approvisionnées pour autrui. Ce sont les Parasites. Ainsi, dans la nature, tout ce qui possède est exposé à avoir des parasites, si sa vigilance est mise en défaut.

Les Apides que nous allons examiner en premier lieu diffèrent de tous les autres représentants de la famille en ce que leurs pattes postérieures sont impropres à la i^écolte du pollen. Ils composent la tribu des Osmiines ; le genre Osmie (Osmia) est le grand genre de cette tribu. Ces Hyménoptères exécutent des travaux devant lesquels il est impossible de ne pas s'extasier. Ils ont des raffinements incroyables dans le choix des matériaux qu'ils prennent pour confectionner leui's cellules, et ces matériaux diffèrent pour les espèces les plus voisines. Comme les autres Hyménoptères nidifiants, ils récoltent le pollen pour en faire la pâtée de leurs larves , et nous venons de voir que leurs pattes, sans élargissement notable, ne peuvent servir à cette récolte. Une disposition simple et très-jolie des poils garnissant la portion basilaire de la face inférieure de leur abdomen remplit le l)ut à merveille. Ces poils, assez roides et suffisamment rapprochés pour retenir les grains de pollen, remplissent l'office de petites tablettes. L'Osmic se frotte contre les étamines des fleurs et en détache le pollen; avec ses pattes, elle le ramasse sur le petit appareil qu'elle porte à son ventre, et retoui'ue à son nid, l)ortant une grosse provision. Son premier soin doit être de

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se (Ic'hnrrassfM- <lc s;i cliart-v ; on cmirait volontiers (juo lliisoctc peut y (l'ouvci- ([iicl(|n(' (liriiciiltc". si lOn ne connaissait pas 1,'s |.ai'liciilai'il('s .!<• sa (•(.ninrnialioii. Avant aiioris à les

i.A chamlodome des murailles

I Chalicodoma muraria).

\^n mâle au voK — Une femelle occupée à l'achèvetuent tie son nid. — ■ Une aulrc femelle en exploraiion^ ['ar ilevanl. — Un nid lolalement achevé.

connaître, il sera aisé de comprendre comment, en peu d'instants, l'Hyménoptère a entassé dans sa loge tout le pollen appointé. L'Osniie estpourvne d'une brosse placée sous le premier

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article de ses pattes postérieures ; avec la facilité que ces pattes ont de se plier en dedans, la brosse remplit son office ; elle fait tomber non-seulement tout le pollen logé sur les tablettes spé • ciales, mais encore celui (jui s'est attacbé aux poils de toutes les parties du corps.

Sous ce rapport, toutes les Osmiines agissent de la même façon ; mais elles n'agissent pas de la même manière pour construire, et de ce côté est la partie vraiment intéressante de leur histoire.

Une des Osmies les plus communes en France, aux environs de Paris, est V Abeille maçonne de Réaumur. Cette espèce, quia un corps massif, des maudi])ules fortes, avec quatre dents peu prononcées, est devenue le type du genre Chalicodome. Ce nom signifie maison de pierre : il n'a pas été mal choisi. L'Abeille maçonne femelle est entièrement d'un noir terne et velue ; le mâle, toujours plus petit, est revêtu d'une pubescence rousse; seule, l'extrémité de son abdomen reste noire. Les naturalistes l'appellent la ChaUcodomc des murailles [Chalicodoma muraria).

Les constructions de cet Hyménoptère sont des plus remarquables. Continuellement, on découvre sur des murs exposés au midi des plaques terreuses de forme ovalaire, que l'on peut prendre aisément pour de la boue lancée contre la mui'aille, puis desséchée. Si l'on veut bien examiner de près ces sortes de plaques assez régulièrement voûtées, on s'aperçoit qu'elles ont une dureté à défier le ciment romain, et qu'elles sont constituées non point par de la boue, mais par du gravier et de la terre mélangés. On doit bientôt constater, après un examen même assez superficiel, que la présence de ces plaques voûtées n'est pas due au hasard. L'adhérence à la pierre de cette composition de terre et de gravier est incroyable. Le marteau et le ciseau sont indispensables pour l'en détacher. Nous avons sous les yeux, dans ces objets d'aspect grossier, des nids de la Chahcodome des murs , constructions volumineuses exécutées avec un art consommé par un Hyménoptère seul, à la fois architecte et ouvrier.

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