I.I':S llYMKNOrrrLRES
Ces travaux (l(Ma (llialiooiloiiH! coininciicent au mois de mai, c'est-à-dire peu do temps après sa Uîussauce. Ihie femelle explore une muraille et fait choix d'un emplacement. Fixée sur ce point, elle va à la recherche des matériaux, et, si vous la suivez avec patience, vous la vcitcz s'arrètant sur nu terrain rempli de graviers. Avec ses mandibules, notre Insecte saisit de petits f>raviers d'une certaine dimension, il dégorge un peu de salive, y réunit des grains de terre, et agglutine ainsi terre et gravier, pour en foi-mer le mortier qu'il doit employer à bâtir. Une petite masse se trouvant bien pétrie, il s'envole avec son fardeau, et rcldunic
CnALICODOME DF.:^
à son mur appliquer cette première quantité de ciment. Le mémo manège se renouvelle nombre de fois -, enfin la masse de mortier étant jugée suffisante pour commencer le travail, la Chalicodome se met à gâcher sa terre, et si bien elle la pétrit en l'humectant de salive, que, dans l'espace d'une journée, une première cellule est construite. Mais cette cellule reste ouverte sur une certaine étendue, l'Hyménoptèrc y a pénétré plusieurs fois pour en lisser les parois. A ce moment, un autre soin doit l'occuper, il s'agit de pi'océder à l'approvisionnement de cette loge. La Chalicodome va récolter sur les fleurs miel et pollen: l'un avec l'autre est
un LES METAMORPHOSES DES INSECTES.
mêlé, et il en résulte la pâte sucrée qui constitue la nourriture dt» toutes les larves d'Apides. La provision étant complète et remplissant presque en entier la cellule, un œuf est déposé. Notre Ilyménoptère mure cette loge, et tout aussitôt se met à on construire une seconde tout auprès, puis une troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il y en ait huit, dix, douze ou même davantage. Ces loges sont placées assez irrégulièrement et ne sont pas en même nombre dans tous les nids. Toutes les cellules construites, approvisionnées et hermétiquement closes, le travail n'est pas encore achevé; l'Ilyménoptèrc façonne une couvertui^e générale, une sorte de toit pour lequel il recueille des graviers plus gros que ceux qui sont entrés dans la composition du mortier destiné à la fabrication des cellules. La paroi extérieure du nid se trouve avoir une épaisseur énorme et la dureté prodigieuse dont nous avons parlé et qui n'est pas le caractère le moins curieux de ce genre de construction. Les larves vont vivre dans l'abondance, et, autant qu'il est possible de l'imaginer, à l'abri du danger. Au terme de leur croissance, elles s'emprisonnent encore dans une coque d'un tissu papyracé et comme vernissé. Leur transformation en nymphe s'effectue et les Insectes adultes éclosent. Comment pourront sortir de leur demeure les nouvelles Chalicodomes? Parviendront-elles à percer ce ciment plus dur que la pierre, et que les coups de marteau ne brisent pas toujours? On l'a cru, et Réaumur tout le premier; mais c'est une erreur. Tout est prévu pour ne pas donner do peines infinies aux Abeilles maçonnes voulant venir à la lumière. Quand la voûte du nid a été construite, une échancrure a été ménagée au bord inférieur, au voisinage d'une cellule, de celle dont l'habitant est destiné à sortir le premier : c'est une sorte de porte simplement masquée par une terre assez friable. L'instinct de l'architecte confond notre raison, et cet architecte n'obéil-il en toutes circonstances qu'à un instinct aveugle? Lui, si attentif à choisir et son emplacement et ses matériaux, paraissant
LES IIYMKNOPTKllES. V2.-.
à cluKuic instant oxaminor lï-tat de son travail, af^it-il conirac la niacliinc montée, c.xécutanl son niouvcnR'nt nniforme? Que l'on en juge par plusieurs laits de l'Iiistoiro de notre Clialicodomc. Possédant exclusivemeul des t'aeullés instinctives, elle devrait accomplir toujours le même travail , le commencer et le finir de la même façon. Ce n'est pas ce ([ui a lieu. Des nids plus ou moins délabrés, contenant à l'intérieur des coques abandonnées, d(>s dépoudlcs de nympbes, ayant les parois des cellules plus on moins brisées, restent attachés aux murailles. Des Chalicodomes, dans leurs explorations, reconnaissent ces vieux nids, et ne manquent pas alors de s'épargner leur besogne habituelle en en prenant possession. Elles ont donc compris qu'elles s'éviteraient beaucoup de fatigues. Un pareil sentiment ne saurait être mis au compte de l'instinct. Ce n'est pas tout, cependant. Lorsqu'une Abeille maçonne s'empare ainsi de ce que nous appellerions une masure, s'il s'agissait d'une habitation construite par la main des hommes, elle est obligée de se mettre à un genre de travail bien différent de celui de l'Insecte qui bâtit son nid de toutes pièces. 11 lui faut procéder à un nettoyage intérieur, enlever les débris des coques, les dépouilles de larves et de nymphes et toutes les saletés possibles. U lui faut ensuite réparer les brèches, boucher les ouvertures ; en un mot, se rendre compte de la situation des détails et de l'ensemble. Peut-on estimer qu'aucun raisonnement n'est nécessaire en telle occurrence ?
Il y a mieux encore; il arrive parfois qu'une Abeille maçonne paresseuse songe à voler autrui; elle pénètre dans le nid en construction d'un autre individu, et, trouvant l'endroit à son gré, cherche à s'y maintenir par la force.
Réaumur a bien tracé d'après l'étude d'un autre naturaliste ce côté curieux des mœurs de la Chalicodome des murs.
« Ces observations, dit-il. nous apprennent de plus que l'esprit » d'injustice ne nous est pas aussi particulier qu'on le croit;
» qu'on le trouve oliez les plus petits animaux comme chez les » hommes; que, parmi les Insectes comme parmi nous, on veut » usurper le bien d'autrui et s'approprier ses travaux. Pendant » qu'une Mouche étoit allée se charger de matériaux pour ajoii- » ter ce qui manquoit à une cellule, M. du Ilamel a vu plus » d'une fois une autre Mouche entrer sans façon dans cette cel- » Iule, s'y tourner et retourner en tous sens, la visiter de tous » côtés, travailler à la ragréer comme si elle lui appartenoit. La » preuve qu'elle le faisoit à mauvaise intention, c'est que quand » la vraye maîtresse arrivoit chargée de matériaux, la place qui » lui étoit nécessaire pour les mettre en œuvre ne lui étoit point » cédée par l'autre; elle étoit obligée de recourir aux voyes » violentes pour se conserver la possession de son bien; elle » étoit forcée de livrer un combat à l'usurpatrice, qui étoit » prête à le soutenir. »
Avec un peu de patience chacun peut voir aisément les faits que nous venons de rapporter au sujet des Chalicodomes, et se procurer un agrément fort instructif. Rien n'est plus digne des méditations du philosophe que ces manifestations de l'instinct et de l'intelligence des petits animaux, que ces actes de leur part, qui, parmi les hommes, seraient jugés les uns louables et les autres méprisables. Des individus d'une même espèce, chez les Hyménoptères industrieux, semblent n'avoir pas tous les mêmes penchants : les uns, courageux, travaillent honnêtement; les autres, paresseux, préfèrent ne pas travailler, et accaparer, soit par la ruse, soit par la force, la propriété d'autrui. Restei^a-t-il longtemps encore des gens assez ignorants pour voir dans les animaux de véritables machines, et ne rien comprendre à la grandeur de la création?
Ces réflexions seraient à leur place dans une foule de chapitres de l'histoire des animaux ; elles se présentent ici naturellement, parce que le sujet est l'un des mieux connus et l'un des plus faciles à connaître poiir quiconque veut s'instruire.
LKS HYMli.NOPTÈRKS.
D'autirs espèces de Chalicotloines, et notamment la (llialico- (lonio lie Sicile (Chalicodoma sicula), bâtissent leurs nids stir les bi'auclies d'arbres ou autour des tiges.
Les véritables Osniies se d(»nnent infiniment moins de travail que les Glialicodomes ; s'établissant dans des trous de murailles, de talus ou mémo dans le bois, elles n'ont à fabriquer qu'une Irès-petite (juantité de mortier pour les parois de leurs cellules,
iMlE DOIltË ET SON [Osniia aunilenla).
tiinjonrs ])icn polies à l'intérieur. Quelques Osmios s'emparent parfois de toute cavité qu'elles rencontrent. En Algérie, des coquilles d'Hélices dont le propriétaire n'existe plus, sont souvent choisies par quelques-uns de ces Hyménoptères pour berceaux deleur postérité. Avec de la terre et de la bouse de vache, l'Insecte construit ses cellules dans la coquille de l'Hélice.
Il est des espèces qui préfèrc^it le bois : l'Osmie dorée [Osmia
ti2S LES MÉTAMORPHOSES DES INSI-CTES.
aurulenta) recherche des tiges sèches de la Ronce, les évide, puis construit ses cellules les unes à la suite des autres avec une petite quantité de mortier. Ici le travail est bien simple, si on le compare à celui de la Chalicodome des murs et de tant d'autres Apides.
Auti'efois il y avait des villages entiers où les habitations étaient couvertes de chaume. Toute une végétation poussait sur les toits des maisons rustiques, des Insectes y trouvaient des établissements commodes. Ceux dont les souvenii's peuvent remontei' à trente ans en arrière, n'ont pas oublié ces charmants hameaux si simples et si pittoresques avec leurs chaumes moussus ; ceux qui observent de près se souviennent que souvent chaque brin de chaume des humbles toitures était le berceau d'une nombreuse famille. Les maisons couvertes en chaume ont beaucoup diminué, mais il y en a encore, il y a les granges. Des Osmies de petite taille, caractérisées par de longues mandiljules étroites et échancrées à l'extrémité comme par leurs palpes maxillaires de trois articles, trouvent des galeries commodes dans la paille fixée dans une situation horizontale. On les appelle des Chélostomes : leur taille est bien minime, puisqu'un fétu de paille est pour eux une spacieuse galerie. Le petit Hyménoptère a des mandibules admirablement construites pour entailler cette paille. 11 évide bien proprement l'intérieur, et cette première besogne, faite, il s'en va comme les autres Osmies à la recherche des matériaux nécessaires à la fabrication du mortiei'. Dans ce brin de chaume, il y aura une suite de loges bien maçonnées. Tout ce travail du Chélostome, la maçonnerie, l'approvisionnement des cellules, n'ont rien de plus extraordinaire que les travaux des autres espèces du même groupe, mais ici cependant tant d'habileté, tant de sollicitude maternelle de la part d'un Insecte pour lequel le tuyau d'une paille est une galerie dans laquelle s'élèvent des murailles, impressionne davantage. Du côté matériel, c'est l'exiguïté qui porte au dédain:
LKS IIYMi;.\Ol'JKllKS. ÙSU
ilu cùté OÙ l'on sent l'intervention dnuo intelligence suprême, c'est la grandenr (jui |Ktrle à ladmiration.
Et puis il u'csl [.,is sans cliai'iiie «le voir an village cette panvre demeure d'une i)elile l'andlle humaine, (|ui est la demeure de centaines de familles d'êtres dont la présence n'est [)as même soupçonnée, familles où les mères sont laborieuses et pleines d'une sollicitude sans pareille, quand il s'agit d'assurer le sort d'une postérité qu'elles ne verront jamais.
Les Chalicodomes, les (Jsniics, sont certes di's Insectes fort habiles, mais encore n'ont-ils pas les raftinements «pie nous offrent les Mégachiles, les Anthocopes, les Anthidies.
Les Mégachiles, leur nom fait aUusion à la grande longueur de leurs mandibules, ont été appelées par Réaumur, les Coupeuses de feuilles. Ces Hyménoptères, en effet, coupent les feuilles; des mandibules pourvues de quatre dents pai-faitement tranchantes leur ont été données pour cet usage.
La plus répandue des Mégachiles est la Centunculaire [Megacliile cenluncularis) \ c'est elle qu'il faut voir à l'œuvre. Elle vole dans les jardins, mais on la remarque peu. Plus petite qu'une Abeille, noire, avec des poils roux sur le thorax, un duvet blanc sur la tête, un duvet semblable formant un liséré aux trois premiers anneaux de l'abdomen chez la femelle, à tous les anneaux chez le mâle, rien dans cette humble apparence ne permet de soupçonner un être doué des plus curieux instincts.
Dans la terre battue, notre Mégachile creuse un trou perpendiculaire, et après avoir atteint une profondeur de quelques centimètres, elle pratique une galerie horizontale d'une assez grande longueur. C'est l'endroit destiné à l'établissement des cellules. Jusqu'ici x"ien d'extraordinaire, ce sont les procédés de la plupart des Sphégides, des Crabronides, des Apides solitaires, etc., et l'on pourrait simplement s'attendre à voir s'élever dans la galerie des cloisons de terre pour former des loges particulières. Notre Ilyménoptère fait tout autre chose. Se transportant sur les
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Rosiers, il se pose sur le bord d'une feuille, soit eu dessus, soit en dessous, et coupe un assez large morceau de cette feuille avec ses mandibules, comme on le ferait avec une paire de ciseaux. L'Insecte va très-vite : en le voyant cramponné à la portion de feuille qu'il veut détacher, on s'attendrait à le voir tomber avec son fardeau au moment où le morceau va être entièrement coupé ; il n'en sera rien, car il agite déjà ses ailes, et, dès que la pièce ne tient plus, il s'envole, la tenant entre ses pattes et ses mandibules. La Mégacliile coupera ainsi dix, douze morceaux de feuilles de taille inégale, et les transportera au fond de sa galerie. Avec une merveilleuse habileté, elle contourne les différentes pièces, sans doute en les appuyant contre les parois de sa galerie, elle les imbrique les unes avec les autres, les superpose, et confectionne ainsi une sorte de godet dont le fond est un peu plus étroit que l'orifice, et qui, pour la forme, est comparé, ajuste titre, à un dé à coudre. Les divers morceaux de feuilles ne sont nullement collés; mais leur ajustement est si parfait, qu'ils se maintiennent sans difficulté et se pressent d'autant mieux que s'opère la dessiccation. Hé bien, ce joli godet, profond de 8 à 10 millimètres, est une cellule, une loge pour une larve de la Coupeuse de feuilles.
L'Hyménoptère approvisionne sa loge avec la pâtée ordinaire composée de miel et de pollen, puis il pond un œuf. Il ne s'agit plus que de murer la loge : les feuilles de Rosier donneront encore les matériaux de la clôture. La Mégacliile va couper un morceau bien circulaire du diamètre convenable, et vient l'appliquer sur l'orifice du godet, poussant suffisamment son bord contre les parois de la loge pour que la fermeture soit complète. Cependant notre intelligente ouvrière ne s'en contente pas , le miel s'écoule facilement par un espace étroit; elle va encore tailler au moins deux opercules semblables au premier, pour renforcer celui-ci. Les petits godets de la Mégachile sont clos ainsi par trois couvercles superposés, quelquefois par quatre.