‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 67 sur 102 · LES MÉGACHILES CENTUNCULÂIRES ET LEURS NIDS · texte numérisé non relu

LES MÉGACHILES CENTUNCULÂIRES ET LEURS NIDS

{Megachile centuncularis).

Li;S llYMK.NUl'TKliKS. /lol

Une seconde cellule est cuusti'uite de lu même manière, dont le fond se loge dans l'ouverture de la première, et ainsi de suite d'une troisième, d'une quatrième, etc. On trouve ordinairement une série de huit ou dix de ces jolies petites lof^es, otTrant à l'extérieur l'aspect d'un long tuyau. Nous tenons du docteur Siclifl. au(|uol on doit nond)re d'intéressants travaux sur les Hyménoptères, les nids de la Mégacliile représentés sur la planche voisine.

nuaiid la Coupeuse de feuilles a achevé l'approvisionnement de toutes les cellules ([u'elle a construites, elle mure son trou avec la terre rejetée au dehors, et elle le ferme si bien, qu'il est presque impossible d'en apercevoir la trace.

Réaumur, i[ui a décrit avec son exactitude ordinaire les habitudes delà Mégachile, raconte au.sujetdes nids de cet Insecte une jolie historiette. « Dans les premiers jours de juillet 1736 », dit-il, «le seigneur d'un village proche des Andelis vint voir IM. l'abljé » Nollet accompagné entr'autres domestiques d'un jardinier qui » avoit l'air fort consterné. Il s'étoit rendu à Paris pour annoncer n à son maître qu'on avoit jeté un sort sur sa terre. Il avoit eu » le courage, car il lui en avoit fallu pour cela, d'apporter les » pièces qui l'en avoient convaincu et ses voisins, et qu'il croyoit n propres à eu convaincre tout l'univers. 11 prétendoit les avoir » produites au curé du lieu, qui n'étoit pas éloigné de penser » comme lui. A la vue des pièces, le maître ne prit pourtant pas » tout l'effroi que son jardinier avoit voulu lui donner ; s'il ne « resta pas absolument tranquille, il jugea au moins qu'il pouvoit » y avoir du naturel dans le fait, et il crut devoir consulter son » chirurgien : celui-ci, quoique habile dans sa profession, ne se n trouva pas en état de donner des éclaircissements sur un sujet n qui n'avoil aucun l'apport avec ceux qui avoient fait l'objet de » ses études; mais il indiqua M. l'abbé Nollet comme très- » capable de décider si l'histoire naturelle n'offroit point quelque » chose de semblable à ce qu'on lui présentoit. Ce fut donc sa

» réponse (jui valut à M. l'abbé NoUet une visite qui a servi à » m'instruire. Le jardinier ne tarda pas à mettre sous ses yeux » ces rouleaux de feuilles qu'il n'avoit pu soupçonner être faits » que par main d'homme, et d'homme sorcier. Outre qu'un » homme ordinaire ne lui sembloit pas capable d'exécuter rien » de pareil, à quoi bon les eùt-il faits, et à quel dessein les eùt-il » enfouis dans la terre de la crête d'un sillon : un sorcier seul » pouvoit les avoir placés là pour les faire servir à quelque ma- » léfice; » L'abbé Nollet assura le brave homme que ces jolis ouvrages étaient faits par des Insectes, et comme preuve, il tira un gros ver de ces rouleaux. « Dès que le paysan l'eut vu » , poursuit Réaumur, « son air sombre et étonné disparut : rni air de » gayeté et de contentement se répandit sur son visage, comme » s'il venoit d'être tiré d'un affreux péril. » La visite finie, l'abbé Nollet n'eut rien de plus pressé que d'apporter à Réaumur les rouleaux qu'il avait eu soin de retenir, et les jolis rouleaux devinrent le sujet d'un beau mémoire.

On nous assure que notre Coupeuse de feuilles du Rosier, se trouvant en quelques endroits de la Russie où n'existe pas de Rosiers, fait son nid avec des feuilles de Saules ou d'Osiers. Une espèce de Mégachile (M. pyrina) choisit des feuilles de Poirier, une autre [M- cincta) des feuilles de Rourdaine.

D'autres Osmiines voisines des précédentes, mais faciles à distinguerai leurs mandibules tridentées et à leurs palpes de quatre articles, ont encore de plus grands raffinements dans la confection de leurs cellules : ce sont les Abeilles tapissières de Réaumur; pour les naturalistes modernes, les Anthocoi»es ou les Coupeuses de fleurs. L'Authocope du Pavot (Anlhocopa Papaveris), qui est assez commune dans notre pays, est une petite espèce velue, noirâtre, avec du duvet blanc au bord des anneaux de l'abdomen. La femelle creuse dans les terrahis secs et arides des trous perpendiculaires d'une profondeur de quelques centimètres. Le tuyau achevé, ses parois rendues bien unies, la pi-emière partie

Ll<:s llYMKNOP'l'KltKS.

LKS ANTUUCDt'ES hl I ht 1 [MHhocopa Payavens).

du travail seule est faite ; il s'agit maintenant pour rAnthoco|)e de poser les tentures, et quelles tentures ! les plus délicates, les plus somptueuses que l'on puisse imaginer. Les pétales des fleurs de Coquelicot doivent en faire les frais. La petite Abeille solitaire va donc aux champs et coupe des morceaux de pétales des Coquelicots les plus frais, les plus nouvellement épanouis. L'Insecte emporte sa pièce d'étoffe : celle-ci, introduite dans le trou, se trouve un peu chiff'onuée, mais notre tapissière sait s'y prendre; l'appliquant contre la paroi, elle l'étend de façon qu'il ne reste pas un pli. Pour que la tapisserie forme une paroi un peu résistante, l'Anthocope superpose successivement trois ou quatre pièces d'étoffe, et de cette façon se trouve constitué un joli petit godet capable de recevoir la pâtée miellée. La cellule approvisionnée, l'œuf pondu, il ne s'agit plus que d'opérer la clôture. Ici encore l'industrie "du petit Hyménoptère commande l'admiration; il ne faut pas que la terre qui va servir au remblai puisse entrer dans la loge. L'Insecte commence donc par replier la partie supérieure des morceaux de Coquelicot, procédant absolument comme nous procédons lorsque nous voulons fermer vui sac. Cette opération faite, la terre est poussée de manière à combler le trou et à ne laisser aucune trace extérieure de la présence du joli nid. L'Anthocope construit ainsi autant de loges isolées qu'elle a d'œufs à pondre; ou voit par là que sa vie est bien occupée.

Les habitudes des Osmiines sont si vai'iées et toujours si curieuses, qu'on voudrait esquisser l'histoii'e de chaque espèce. Citons encore les Anthidies, moins velues que les autres Osmies et ornées de taches et de bandes jaunes ou roussâtres, et, surtout caractérisées par leurs palpes maxillaires très-petits, formés d'un seul article. Ces charmants Hyménoptères ont aussi des délicatesses particulières dans la construction de leurs nids. Ils les établissent au pied des arbres, ou dans des fissures de rochers, édifiant près les unes des autres douze ou quinze cellules avec un fin duvet, et notamment avec la bourre recueillie sur les fruits des

Molôues ou Hnuillons-blmics. Certaines espèces du même genre fabriquent leurs cellules avec de la cire, mais jus<[u'ici nous ne savons pas bien si cette matière est produite connue cliez les Abeilles.

• Les espèces d'une tribu de la famille des Apides, les Andréniues, se distinguent de tous les autres représentants de la famille par leurs mâchoires et leur lèvre inférieure fort courtes. Ce sont des Hyménoptères d'une forme plus élancée que les Osmies, que les Anthophores, que les Abeilles, ayant les jambes postérieures couvertes de longs poils servant à la récolte du pollen.

Les véritables Andrènes, qui, avec le premier article des tarses très-court, ont des antennes longues et les ocelles disposés en triangle sur le front, se contentent d'établir des cellules en creusant la terre dans les endroits bien exposés au midi. Les llalictes, ayant les ocelles placés sur une ligne courbe, les antennes beaucoup plus longues dans les mâles que dans les femelles, l'abdomen ceintui-é par une bordure à chacun des anneaux, se comportent comme les Andrènes. D'intéressantes ol)servations ont été faites à leur sujet, il y a juste un demi-siècle, par Walckenaer.

Les Dasypodes, Andrénines remarquables par le premier article de leurs tarses fort long et tout couvert de poils, et par leurs antennes arquées dans les mâles, creusent des trous profonds le long des sentiers. L'espèce la plus commune dans une grande partie de l'Europe centrale (Dasypoda hirtipes) fait d'ordinaire sa récolte de pollen sur les plantes de la famille des Chicoracées, avec une extrême rapidité, à l'aide des grands poils qui garnissent son corps et surtout ses pattes postérieures. Des Hyménoptères de la même division, chez lesquels le premier article des tarses postérieurs, tout en étant très-long, est dégarni de poils, les Colletés, confectionnent des cellules avec une substance particulière. La Colleté hérissée {Colletés hirta), longue de 12 à 14 millimètres, noire et hérissée de poils roidcs dun roux

brun, ayant creusé un tube, ou ayant pris possession dune cavité à sa convenance, dégorge une sorte de gomme liquide qui, se solidiflant à l'air, prend l'appai'ence d'une membrane. L'Insecte emploie cette substance à fabriquer ses loges, et comme il en place plusieurs à la suite les unes des autres, les nids ressemblent à de petits cylindres. On sait peu comment se fabrique cette substance dégorgée par la Colleté ; sans doute à l'aide de certaines matières végétales triturées et plus ou moins modifiées par la salive.

Des Apides solitaires, dont les mâchoires et la lèvre inférieure sont fort longues, dont les jambes postérieures sont dilatées en forme de palette, dont le premier article du tarse, également élargi, est garni d'une brosse en dessous, constituent l'intéressante tribu des Anthopborines. Dans cette division, les espèces, en généival d'assez forte taille, sont extrêmement nombreuses. Beaucoup d'entre elles, habitant les régions intertropicales, n'ont pas été observées dans leurs travaux, mais plusieurs de nos espèces indigènes ont été bien étudiées.

Pendant l'été, tout le monde remarque dans les jardins, dans la campagne, le Xylocope violet (Xylocopa violacea), V Abeille percebois, l'Abeille charpentière de Réaumur, gros llyménoptère d'une taille au moins égale à celle de nos plus grands Bourdons, au coi'ps entièrement noir, vehi, avec les ailes violacées. Le Xylocope, voulant édifier son nid, se met à la recherche de branches mortes ou de pièces de bois qu'il pourra creuser sans de trop grandes difficultés. Notre gros Hyménoptère, ayant fait son choix, pratique un trou; travail long, pénible, si le bois est dur, pour l'Insecte obligé de ronger chaque parcelle avec ses mandibules. L'opéi'ation peut demander plusieurs semaines, un trou de Xylocope ayant -souvent la pi'o fondeur de 30 à 35 centimèti^es. Mais si l'Abeille perce-bois a rencontré une galerie pratiquée dans lui arbre, dont les habitants ont disparu, si elle trouve même un tube quelconque d'un diamètre convenable, elle s'en

empare. Dans tous les ras, une fois le local acquis, l'Hyménoptère (Hablit ses cellules, en fabi'ic[uaut des cloisons avec de la sciure de bois (|u'elle a}^p;lutine au moyen de sa salive.

LE XYLOCOPE VIOLET {Xylocopa violacea).

Chez les Anthophores, dont la conformation diffère peu de celle des Xylocopes, les mandibules sont étroites, pointues et munies d'ime seule dent au bord interne. Ces Insectes abondent surtout dans les parties chaudes de l'Europe et de l'Afrique.

Appelés par Réaumur du nom d'Abeilles solitaires, ils rappellent beaucoup, en effet, nos Abeilles domestiques dans leur apparence générale, malgré une taille plus forte et une villosité plus longue et mieux fournie. Une des espèces les plus communes, est l'Anthophore des murailles [Anthophora parielina), Insecte noir, revêtu d'une pubescence grise, ayant les derniers .anneaux de l'abdomen roussâtres. Celle-ci pratique habituellement des trous entre les pierres des vieux murs. Tout le sable détaché est aggloméré avec une salive visqueuse et fixé au dehors du trou sous la forme de petits rouleaux. L'entrée du nid commence donc par avoir un vestibule, mais le nid achevé et approvisionné, les matériaux du tube extérieur sont repris pour murer l'orifice.

O'autres Anthophores qui s'établissent dans des talus rejettent au loin tout ce qu'ils déblayent; ils n'ont pas à craindre de ne plus trouver près d'eux de matériaux pour murer l'entrée de leur nid. Nous avons eu l'occasion de faire représenter une espèce d'Anthophore sous ses divers états. Pendant l'été de 1866, M. le docteur Dours (d'Amiens) et M. le colonel russe Radoschkovski, deux amis des Hyménoptères, faisant une excursion aux environs d'Amiens, s'arrêtèrent devant un talus fréquenté chaque année par l'Anthophore aux pieds fauves [Anlhophora personala). Un coup de pioche donné dans le terrain mit à découvert \n\ nid de l'Abeille solitaire. Le nid se compose de cinq ou six loges parfaitement maçonnées, s'ouvrant dans une galerie de longueur médiocre. Dans chaque loge repose, soit une grosse larve, soit une nymphe. La larve de l'Anthophore, qui demeure couchée sur le côté, est assez épaisse, surtout en arrière, et son corps est recourbé en avant; elle ne paraît nullement éprouver le besoin de changer de position de temps à autre.

Ne poursuivons pas davantage cette histoire des Abeilles solitaires, nous aurions à répéter des faits de détail analogues à ceux dont plusieurs fois il a été([uestiou, mais un moment, considérons

MÉTAMORPHOSES DE L'ANTHOPHORE AUX PltDS FAUVES

l(>s Apidos parasites. On a réuni ces parasites en un groupe particulier, ou uue tribu, les Nomadincs. Cette réunion, peut-être, n'est due qu'à des lacunes dans nos connaissances. Il existe des rs'oinadines parasites, les unes des Osraies, les autres des Andrènes, les autres des Antliophores, et ces divers Parasites ressemblent, à l)('aucoup d'égards, aux espèces cliez les(]uelles ils s'introduisent, ils en ont plus ou moins l'aspect général, la coloration. Aussi ne voudrions-nous pas, en l'état actuel, affirmer ([ue les Noniadines des Antbopliores n'ont pas avec les Ant]io[tliores des relations de conformation plus étroites qu'avec les Nomadincs des Andi'ènes. Seidement, on est frappé davantage par les analogies que présentent entre eux tous ces parasites. En etl'et, ces Insectes ont les pattes postérieures simples, sans dilalations, sans faisceaux de poils qui les rendent propres à la récolte du pollen, sans aucune disposition d'une autre partie du corps pouvant y suppléer. Pour eux, point d'instruments, point de travail. Leurs mâchoires et leur lèvre sont fort courtes; ils n'ont nul besoin de se gorgerde miel, ce n'est pas à leurs efforts (pi'ils doivent demander la nourriture de leurs jeunes.

Les vraies Nomades, Hyménoptères aux formes assez sveltes, presque glabres, ressemblant par leurs couleurs noires ou brunes, variées de jaune, à de petites Guêpes, sont les plus abondamment répandues. Elles déposent leurs œufs dans les nids des Andrènes. Le type du genre Prosopis, Insecte noir, orné de taches blanches {Prosopis signala), s'introduit dans les nids des Colletés. Les .Mélectes au corps massif, velu comme celui des Anthophores, sont les parasites de ces derniers.

Les mœurs des Apides solitaires offrent déjà un intérêt exceptionnel dans l'histoire des animaux, mais les mœurs, les instincts, rinteUigeuce des espèces sociales, fournissent encore de ])lus grands sujets d'admiration. Les Apines, c'est-à-dire la tribu ([ui conqjrend le genre des Boui'dons, le genre des Abeilles, le genre

4^0 LES MFiïAMURPHOSES DES INSECTES.

des MéIii)Oues, nous apparaissent comme les Insectes les plus excellemment doués sous tous les rapports.

Ces Hyménoptères n'ont pas, ainsi que les autres Mellifères. à aller chercher des matériaux de construction, leur organisme leur fournit la substance la plus parfaite pour façonner des loges, des cellules, des alvéoles, comme il plaira de les appeler : la cire. Pour mettre en œuvre cette matière précieuse, les plus jolis instruments que l'on puisse trouver chez les Insectes ont été donnés aux Apines, et en même temps les instruments les plus complets pour la récolte du pollen.

Chez les Apines, les mandibules présentent à leur extrémité une surface plane, elles doivent fonctionner à peu près comme des meules, afin de malaxer la cire ; les mâchoires et la lèvre ont une grande longueur pour leur permettre de pomper le miel au fond des fleui-s; les jambes des pattes postérieures présentent un élargissement considérable et, à leur face extéineure une petite cavité ovalaire : c'est la corbeille destinée à recevoir la provision de pollen ; le premier article du tarse des mêmes pattes offre une extrême dilatation au côté externe, c'est-à-dire en dehors de son articulation avec la jambe. La forme générale de cet article est une palette carrée ; extérieurement, sa surface est lisse, c'est une sorte de truelle indispensable pour façonner les parois des alvéoles ; à la face interne, c'est une brosse servant à l'Insecte à débarrasser son corps de tout le pollen qui s'y est attaché. Ces instruments sont modifiés seulement dans quelques détails entre les divers types composant la tribu des Apines.

Chez les Bourdons (^omÔMs), les jambes postérieures sont pourvues, à l'extrémité, de deux épines servant à saisir les lames de cire engagées entre les anneaux de l'abdomen. Est-il utile de parler de l'aspect de ces Insectes? Tout le monde ne connaît-il pas les Bourdons, les gros Hyménoptères tout velus, ayant des couleurs généralement assez vives, faisant entendre, pendant

leur vol, le bruit très-sonore qu'on in)pelle le bourdonnement, le son caractéristique produit par le Bourdon.

Les Bourdons d'Europe sont au nombre d'une trentaine d'espèces. Comme tous les animaux ayant des couleurs noires, jaunes, rousses, mélangées, empiétant plus ou moins les unes sur les autres, ils offrent de nombreuses variétés individuelles. Ces variétés ont jeté dans l'erreur plusieurs des naturalistes qui se contentent de tracer des descriptions, sans étudier la vie des êtres dont ils ont la prétention de donner l'exact signalement. A cet égard, le docteur Siebel, préférant observer ces Hyménoptères dans leurs nids, a rendu le service de préciser leurs caractères.

Les Bourdons constituent des sociétés annuelles qui commencent, givindissent et Onissent comme celles des Guêpes. Au printemps, après un long bivernage, une femelle féconde se fait ouvrière et établit les premiers fondements de la cité future. Bientôt elle se trouve entourée d'un peuple d'ouvrières qui s'occupe d'agrandir le domicile. Les babitudes de ces curieux Hyménoptères avaient été étudiées par Réaumur, elles l'ont été de nouveau, et avec un grand succès, par l'admirable historien des Fourmis, Pierre Huber.

Dans notre pays, plusieurs espèces de Bourdons sont communes, le Bourdon des Mousses, le Bourdon des jardins, le Boxuxlon terrestre, le Bourdon des pierres.

Le Bourdon des Mousses (Bombus Muscorum) est une de nos espèces les moins grosses -, son corps noir est couvert de longs poils formant une épaisse toison d'un jaune roux vif. La nuance varie, il est vrai, entre les individus, mais en général la teinte jaune de l'abdomen est assez claire, celle du thorax d'un blond roux ou fauve assez intense. Sans cesse on voit le Bourdon des Mousses butiner sur les fleurs pendant la belle saison ; son nid, très-job, n'ayant jamais une population bien considérable, comparé à la demeure des Abeilles, est, d'après le sentiment de Réaumur, une simple habitation villageoise.

Les nids de cet Insecte ne sont pas rares, et cependant il est assez malaisé de les découvrir. Etablis au milieu des champs, placés dans de petites cavités ou sur les parties déclives du sol, cachés, perdus au milieu des herbes, des trèfles, des sainfoins, il faut suivre un Bourdon à la piste pour arriver juscju'à son logis. Un moyen plus simple, c'est d'attendre le moment où l'on fauche, les nids sont alors mis à découvert et quelquefois même un peu entaillés. A l'extérieur, ils ne montrent qu'une sorte de voûte formée de brins de mousse artistement enchevêtrés les uns dans les autres. Une ouverture inférieure donne passage aux habitants. Si l'on enlève la couverture de mousse, au-dessous on rencontre une seconde voûte consistant en une épaisse lame de cire d'un gris jaunâtre. La mousse, même en masse considérable, laisserait bien vite pénétrer l'eau des grandes pluies; avec la paroi de cire, jamais danger de cette nature n'est à craindre. l^a seconde voûte enlevée, on est dans l'intérieur de l'habitation. Aucun luxe, aucune élégance n'existe dans cette modeste demeure. Ce sont des amas de boules entassées les unes sur les autres, d'une matière brunâtre, la pâtée destinée à la nourriture des larves. Au milieu de ces masses, entourées de cire, on voit des œufs, plus tard des larves ou des coques. Sur les côtés, il existe, à une certaine époque de l'année, des godets de circ^ contenant un miel très- pur.

Les larves ont l'aspect et la conformation des autres larves d'Hyménoptères mellifères. Arrivées au terme de leur croissance, chacune fîle une coque soyeuse. Les coques, que Réaumur compare par la forme à des œufs, sont d'un jaune pâle et pressées les unes contre les autres. Elles sont de dimensions différentes : les plus petites, toujours les plus nombreuses, sont les coques des ouvrières; les moyennes, celles des mâles; les plus grandes, celles des femelles fécondes. Lorsque naissent les adultes, la partie inférieure de ces coques est coupée régulièrement comme un couvercle qu'on aurait détaché.

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Aucun olisorvutcur u'.i vu cucoit de (|U('ll(' l'ardu la J'i^nielle l'écoudo commence sou jiid; mais il sullil de reucoutrer un nid habité et d'y causer quelques défauts pour voir les Bourdons au travail, ramassant les brins de mousse; épars ou allant en chercher au voisinage de leur domicile. Chaque individu, isolément, femelle ou ouvrière, saisit un brin entre ses pattes postérieures et le pousse en marchant toujours à reculons. C'est seulement lorsque les matériaux sont réunis, que |)lusiein's Unurdons af!;issent en commuji pour tisser la mousse.

Le Bourdon des jardins (Bombas horlorutn) est une de nos grosses espèces ; très-reconnaissable à son corps noir, avec une bande jaune sur le thorax, le premier anneau de l'abdomen de cette couleur et les derniers tout blancs. Le Bourdon terrestre (Bombus terreslris), qui en est voisin, s'en distingue surtout par la coloration de l'abdomen. Ici le premier anneau est noir, le second est jaune. Ces gros Bourdons, bien étudiés par P. Iluber, établissent leur nid dans la terre, à une assez grande profondeur; il n'est personne qui n'ait remarqué ces Insectes pénétrant dans leur trou. La terre les protège, ils n'emploient pas de mousse , mais ils garnissent toujours la voûte de leur demeure avec des lames de cire.

Les Bourdons donnent une preuve d'intelligence vraiment remai'quable. Voulant puiser le miel sur des fleurs à corolle tubuleuse, ils ne peuvent souvent parvenir, à cause de leur grosseur, à s'enfoncer suffisamment pour en atteindre le fond avec leur trompe. Cette difficulté ne les déconcerte pas. Avec leurs mandibules, ils entaillent la corolle dans sa partie inférieure et passent leur trompe par l'ouvertiu'e.

Jusqu'à une époque peu éloignée de nous, certains Hyménoptères étaient classés par tous les auteurs dans le genre des Bourdons. Un examen superficiel ne pouvait permettre de faire une distinction. Même forme, même grosseur, même système de coloration, même aspect chez h's Bourdons et chez ceux qui

ne sont pas de leur race. Lepeletier de Saint- Fargeau reconnut . dans ces derniers des Parasites, et les nomma les Psithyi'es. Ces Insectes si pareils aux Bourdons n'ont que deux sortes d'individus ; il n'y a pas d'ouvrières parmi eux , et les femelles sont dépourvues d'instruments propres au travail et à la récolte du pollen; leurs jambes postérieures n'ont pas de dilatation, le premier article de leur tarse n'a pas de brosse. Chaque espèce de Bourdon a son parasite, son Psithyre, et le parasite a la livrée de l'Insecte chez lequel il s'introduit; non pas identique, mais très-analogue, de sorte que d'après la disposition des coiUeurs, on peut se douter de quel Bourdon est parasite tel Psithyre. Les Insectes, en général, bien probablement, n'apprécient pas la forme d'une manière très-rigoureuse, tandis que les couleurs les impressionnent vivement. En effet, si entre les Psithyres et les Bourdons il y a ressemblance dans les formes et les couleurs, nous voyons que des parasites appartenant à d'autres ordres et ayant par conséquent des formes assez différentes, ressemblent par leurs couleurs aux espèces qu'elles vont visiter : par exemple, les Diptères du genre Volucelle, qui s'introduisent dans les nids de Bourdons et dans les Guêpiers.

Un des Psithyres les plus répandus, le Psithyre vestale [Psithyrus vestalis), dont les nuances sont assez variables, a, en grande partie, la coloration du Bourdon des jardins. Il entre dans les demeures souterraines de cette espèce, y dépose ses œufs, sans être inquiété, et, cette opération faite, s'en retourne aux champs.

Dans l'histoire des Insectes, les Abeilles offrent, sous tous les rapports, un intérêt hors de comparaison. Dans les annales de tous les peuples, il est question de l'Abeille : la Deborah des Hébreux, la Melissades Grecs, ['Âpis des Latins. Un but purement matériel porte les hommes, même les plus désintéressés des choses de l'esprit, à s'occuper de ces Hyménoptères pour leurs produits : le miel et la cire. Chez les nations civilisées de

rantiquité, où l'on i>risail hcaucoiip assiirénicnt les profits que donnent les Abeilles, il y eut des observateurs et surtout des penseurs dont l'esprit se trouva sérieusement préoccupé des

LE PSITHYRE VESTALE

( Psithyrus vestalis).

merveilleux travaux de ces Insectes et de leur constitution sociale. Mais les Abeilles étaient un sujet d'cbsei-vatious des plus difficiles, et, de ce côté, les anciens furent impuissants à poursuivre un peu loin leurs études, (juelques faits étant constatés

avec plus ou moins d'exactitude, l'imagination se donnait cai'rière. Ax'istote nous a transmis les opinions cpii régnaient en son temps. Aucune idée juste n'existait sur les diverses sortes d'individus composant la ruche. La femelle féconde, la mère, l'individu que tous les auteurs depuis deux siècles appellent la Reine. était considéré comme un chef, on le nommait le Roi. Le peiiple, la foule des ouvrières, se composait d'individus laborieux, probablement hermaphrodites, puisque tous étaient semblables les uns aux autres. On le sait, les anciens ne se trouvaient jamais embarrassés pour expliquer la naissance des êtres. Quant aux mâles, auxquels un nom particulier est attribué dans tous les idiomes, les Bourdons ou les Faux-Bourdons dans le langage vulgaire, on ne s'aiTêtait à aucune idée précise sur la nature de ces êtres paresseux, inféineurs aux vraies Abeilles, puisqu'ils ne possèdent pas d'arme.

Jusqu'au xviii'' siècle, tout en admirant l'industrie des Abeilles, l'ordre quirègne dans leurs sociétés, on était dans une très-grande ignorance au sujet des mœurs, des habitudes, des conditions nécessaires à la propagation de ces Insectes. C'est donc avec la plus grande vérité que Réaumur pouvait dire : a Les plus anciens » auteurs qui ont parlé des Abeilles, et la plupart de ceux qui » sont venus après eux et ([ui n'ont été que leurs échos, ne » nous donnent pas plus de garantie, pas plus de preuves de la » réalité de ce qu'ils en débitent, que les auteurs des romans de >; la vérité des événements par le récit desquels ils savent nous » intéresser. » Une semblable déclaration est sufflsante pour dispenser tout naturaliste de s'occuper des récits de Pline, de la poésie de Vii^gile, etc., touchant les Abeilles.

La piddication des premières observations un peu sérieuses sur ces Hyménoptères, dues à un membre de l'Académie des sciences, Maraldi, date de 1712. Beaucoup plus tôt, il est vrai, Swammerdam avait reconnu à l'égard des Abeilles des faits de la plus haute importance, mais les écrits de ce savant, nous l'avons

LKS llYMKNOPTftUKS. Vi7

ra})pelé', n'ont été mis an jour ([uen 1707. Swannnerdani, (|iii lit la lumière sur la composition des sociétés ilo l'ourmis, délormiiia avec le même bonheur la véritable natm-e des diflercntes sortes d'individus de la ruche. ()n ai)i)rit alors que le prétendu roi, le prétendu chef de toute société d'Abeilles, était une Femelle. On l'appela la reine, tant l'idée du commandement et (le l'autorité exerce de prestige svu-les imaginations. Des rechei^ ches de Swammerdam révélèrent en même temps ([ue les Abeilles laborieuses sont des femelles stériles, des femelles dont les organes de la reproduction demeurent atrophiés, et les Faux-l^ourdons, les mâles. Ces connaissances ac({uises avaient une immense portée, mais ce n'était t[ue le commencement de l'histoire des Abeilles. Réaumur vint, et les fables de l'antiquité tombèrent devant les sérieuses investigations du naturaliste. La rcmar- (juable étude de Réaumur sur les Abeilles devait toutefois être délaissée un demi-siècle plus tard, quand les Nouvelles observalioi\s sur les Abeilles y^ar François Ilnber apportèrent de nouvelles clartés sur ce sujet. L'auteur, considéré à si juste titre comme le vi>ai historien des Abeilles, on le sait, était aveugle ; un simple domestique, François Burnens, se fit son collaborateur, et de celte collaboration est sorti un des plus beaux chefs-d'œuvre d'observation humaine'-. Le travail de Fr. Huber a été augmenté par son fils Pierre Hubai'. Depuis cette époque, un fait considérable a été reconnu par un amateur, un pasteur protestant de la Silésie, M. Dzierzou. Ingénieux observateur, il s'est assuré que la femelle, ou la reine, comme on la nomme presque toujours, étant vierge encore, pond des œufs d'où sortent des larves qui deviennent invariablement des mâles; que cette même reinp, seulement après la fécondation, pond des œufs d'ouvrières et de femelles fécondes. Cette faculté de production d'individus d'un seul sexe sans l'intervention du inàle , ce phénomène de parlhénogenhe,

' l'âge 2k.

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ainsi qu'on appelle tout enfantement par des femelles vierges, phénomène dont on possède aujourd'hui des exemples assez nombi'eux parmi les Animaux articulés, était assez extraordinaire pour déterminer les naturalistes à en faire l'objet d'une étude attentive. M. de Siebold, le professeur de Munich, et M. le professeur Leuckart (de Giessen), ont mis le fait hors de contestation.

Avant de résumer les faits aujourd'hui connus de l'histoire des Abeilles, nous devons examiner les particularités importantes de l'organisation de ces Insectes. Nous y verrons comment est produite la cire, la matière première des constructions ; à l'aide de quels instruments cette matière se trouve saisie, malaxée, mise en œuvre ; comment est recueilli le miel, et comment cette substance est tenue en réserve avant d'être apportée à la ruche ; comment est ramassé le pollen et comment les Abeilles s'en débarrassent.

Lorsque chez nous on parle des Abeilles, il s'agit de l'Abeille domestique (Apis mellifica) , l'unique espèce de notre pays, comme de toutes les parties centrales et boréales de l'Europe. Chaque région de l'ancien continent a son espèce propre d'Abeille. Dans le midi de l'Europe, on rencontre seule une espèce voisine de notre Abeille commune, l'Abeille italienne (Apis ligurica), l'Abeille qui fournissait autrefois le miel renommé du mont Hymette, dans la Grèce, et du mont Hybla, dans la Sicile. Cette espèce, distincte de la nôtre par la coloration fauve de son abdomen, a été souvent apportée, dans ces dernières années, en France et en Allemagne ; elle venait de loin, les apiculteui's étaient disposés à la trouver préférable à leur Abeille ordinaire, à lui reconnaître plus d'ardeur à l'ouvrage. Les deux espèces ont été souvent mélangées, et l'on a eu des métis ; mais les mâles . n'étant jamais que le produit de la femelle, les caractères d'hy- ])ridité ne peuvent persister bien longtemps. L'Egypte a son Abeille particulière, comme l'iVrabie, comme le Sénégal, comme

LES HYMÉNOPTÈRES. ii9

rAfi'iquc australe, comme les diverses parties de l'Asie. Les Abeilles étaient inconnues au Nouveau Monde, notre espèce y a été transportée; elle s'y est acclimatée merveilleusement. Uedevenue sauvage en certains endroits, elle est cultivée avec succès aux États-Unis et dans plusieurs parties de l'Amérique du Sud; le Chili envoie en quantité des miels à l'Europe, qui lui a fourni le producteur.

Les Abeilles, à l'état sauvage, s'établissent dans des cavités, celles des vieux troncs d'arbres leur conviennent particulièrement, mais ces Insectes sont peu répandus aujourd'liui dans nos Ibrèts. ils se plaisent partout où un logement convenable leur est oil'ert ; de là cette facilité de les tenir en domesticité, mise en pratiipie depuis la plus haute antiquité. Le logement d'une société d'Abeilles, c'est la ruche. Une société qui se fonde, une colonie, se compose de la foule des ouvrièi'es et d'une seule femelle, une mère. Le travail commencé, les alvéoles se construisent; une ponte a lieu, des larves naissent, une nouvelle génération d'Abeilles est produite, et à une époque de l'année on peut compter dans une ruche, outre la reine et les ouvrières.

Ouvrière.

l'abeille domestique

{Apis mellifica).

([iielqiies centaines de mâles. Voilà nos trois sortes d'individus, lis présentent entre eux des différences frappantes. Chez les Guêpes, chez les Bourdons, les femelles fécondes et les ouvrières se ressemblent extrêmement ; les femelles fécondes, seulement un [)eu plus grosses, ne sont-elles pas ouvrières à une époque de

leur existeuce? Chez les Abeilles, la mère est incapable de travailler. Les ouvi'ières, ou individus neutres, d'une taille inférieure à celle des mâles et des femelles, sont bien connues; ce sont les Abeilles qui butinent sur les fleurs et que l'on voit partout.

Un des phénomènes physiologiques les plus remarquables de l'organisation de ces Hyménoptères, c'est la production de la cire. Les Abeilles portent en elles leurs matériaux de construction comme les Bourdons et les Mélipones. On crut longtemps qu'elles dégorgeaient la cire par la bouche : Réaumur n'avait pas d'autre opinion à ce sujet. Ce fut, à la fin du siècle dernier, un simple paysan de la Lusace qui reconnut la vérité. Vers la même époque, le célèbre anatomiste anglais, John Hunter, découvrait de son côté la manière dont se forme la cire. Tout le monde a remarqué chez les Abeilles, que les anneaux de l'abdomen, particulièrement en dessous, se recouvrent d'avant en arrière; or, en soulevant le bord d'un anneau, on aperçoit, à la surface de l'anneau suivant, deux larges surfaces lisses, deux aires sur lesquelles, pendant une partie de l'année, se forment deux lames minces, blanches, presque transparentes, qui ne sont autre chose que des lames de cire. La cire, amassée dans de petites glandes abdominales, transsude par conséquent au travers de la portion tégumentaire lisse; sa texture, à n'en pas douter, permet uue filtratiou de la matière grasse. Pendant longtemps, les physiologistes demeurèrent convaincus que les Animaux, en général, et les Abeilles, en particulier, puisaient directement dans leur alimentation toute la graisse qu'ils s'assimilaient. Dans le but de s'assurer de la valeur de cette opinion, Huber avait séquestré des Abeilles et les avait nourries excluiîivement avec du sucre ; les Abeilles avaient continué à produire de la cire. Cependant Huber, n'ayant pas recherché la quantité de graisse préexistante dans le corps de ces Insectes, sou expérience exei'ça peu d'influence sur les idées régnantes au sujet

ij:s hymknoptkki':s. 'i5i

(le la prudiutiuii tlo la graisse. Eu 1813, hi qucslinii lut iT[>risi' dans toutes les couditious nécessaires par MM. Dumas et Milue lldwards. Des essaims furent emprisonnés, les individus coni- [lusant ces essaims comptés exactement; des Abeilles en nombre dotenniné furent soumises à »me analyse chimitiue, alin de coniiaUre rigoureusement la quantité de matière grasse existant dans rlia(|ue individu: la nourriture, consistant en miel, fut également analysée.

Les .\l)eilles tenues en captivité se mirent à construire, et, dans l'espace de quatre à cinq semaines, elles avaient fourni près de (juatre fois autant de cire qu'elles eu possédaient au début de l'expérience . Loin d'être épuisées, elles se trouvaient encore mieux pourvues que le jour où on les avait séquestrées. 11 Jïit donc établi qu'une transformation des matières sucrées eu matières grasses s'opérait dans l'économie des Abeilles.

examinons maintenant les instruments dont ces Insectes dis- [•osent.

Les pattes postérieures de ces Hyménoptères constituent les l)lus merveilleux outils qu'il soit possible d'imaginer. La jambe est fortement élargie vers le bas, et elle alïecte ainsi la forme d'un triangle très-allongé. Cette pièce était appelée autrefois, en raison de sa forme, la palette triangulaire. L'extrémité de la jambe porte une rangée de pointes acérées, de fortes épines dis- [(osées très-régulièrement : c'est une sorte de râteau, l'instrument tjui permet à l'Abeille de saisir les lames de cire engagées entre les anneaux de son abdomen. A la jambe succède le premier article du tarse, la pièce carrée; il est d'une largeur énorme comparativement aux autres parties du tarse. Articulé avec la jambe par son angle interne, sa portion externe, surmojitée de deux petites épines, constitue avec la jambe une véritable pince. Cette pièce carrée, parfaitement lisse en dehors, est la truelle ; garnie en dedans de séries transversales de poils roides d'éi'alc loni-ueur- c'est une admirable brosse. La femelle

ne travaille pas, les instruments doivent lui manquer; elle en est dépourvue en effet, mais elle en a des vestiges, comme des témoins de parties importantes chez son espèce. Il en est de même pour le mâle. Ainsi, chez les femelles et chez les mâles,

PATTE POSTERIEURE DE L'ADEILLE DOUESTIOUE. 1 . De la femelle féconde. — 2. De l'ouvrière, vue en dehors. — 3. La même, vue en dedans. — 4. Du niàle.

la jambe et le premier article du tarse sont encore fort élai-gis, mais il n'y a pas de corbeille, pas de râteau, pas de pince, pas de brosse.

Si les pattes postérieures de l'Abeille ouvrière sont des outils d'une rare perfection, les pattes de devant, pour être incomparablement plus simples, sont encore de précieux instruments. Une profonde échancrure du premier article du tarse est utilisée dans

LKS HYMliNOPTftRKS. Z,53

le travail de construction, ot de ioiii^s poils serrés forment une petite brosse capable d'attcimlrr où n altcif^iient pas les brosses de derrière.

Les parties de la bouche ont une (diirorniation des plus remarquables.

Les iiiaiidiliiik's s"('largissent vers rcxln'iiiih' ; terniinétîs par

tP.te de l'abeille domestique, avec les pièces buccales écartées.

une surface plane, avec un rebord en saillie, elles se rapprochent l'une de l'autre par leur bout en ne laissant entre elles qu'un espace étroit, suffpsaut pour contenir la quantité de cire destinée à être pétrie. Les mâchoires et la lèvre inférieure, longues, flexibles, constituent, mieux encore que chez beaucoup d'autres Mellifères, l'appareil le plus pai'fait pourlécher et humer le miel. Les femelles et les ouvrières de presque tous les Hyménoptères nidifiants sont armées pour la défense. L'armevariant à peined'untypeàl'autre, nous avons préféré en montrer la disposition chez l'Abeille. C'est

l'aiguillon, dont personne n'ignore le pouvoir redoutable. L'aiguillon se compose de deux stylets bien acérés, soutenus par des supports attachés à des écailles maintenues dans le dernier anneau de l'abdomen ; deux valves protectrices constituent le fourreau. Les glandes à venin sont deux tubes contournés débouchant dans un vaste réservoir, capsule ovalaire pourvue d'un conduit s'ouvrant entre les deux stylets. Par un effort musculaire, l'Insecte fait saillir son aiguillon retiré dans l'abdomen pendant le repos; l'aiguillon pique, et en même temps une pression des parois abdominales sur la glande détermine une petite éjaculation du venin dans la piqîîre.

AIGDILLON ET CLANDES VKNÉNIFIOnES DE I.'ABEILLK.

Lorsqu'un essaim a pris possession d'une cavité quelconque, d'une ruche par exemple, le premier soin des ouvrières est de boucher exactement tous les interstices. C'est une substance résineuse très-bonne pour cet usage que les Abeilles emploient. Elles vont la chercher sur les bourgeons des Peupliers ou d'autres arbres. Cette matière, toujours désignée sous le nom de propolis, est souvent appliquée en assez grande masse au sommet do l'édifice, à l'endroit où doivent êti*e fixés les gâteaux. Ce premier travail exécuté, des Abeilles se réunissent en groupes dans le but de construire les alvéoles. Chaque individu saisit avec la

LES ITYMI5N0PT1>RRS. /,55

pince do sa patte postérieure um lamelle <lc cire, la prend avec les f^rilTes de ses pattes de devant pour la porter à ses mandibules. Suffisamment malaxée, convertie en un petit rouleau, l'Insecte rapplique à la voùt.< de la ruche. Ouand une certaine masse de cirt; se trouve accumulée, nos ouvrières y creusent des alvéoles; opérant à la luis des deux côtés, déterminant sans doute de toutes

PORTION TJ UN GATEAU D ABEILLE rois sorics tralvéoles.

parts des pressions extrêmement égales, les cellules prennent la forme la plus régulière. Chaque alvéole est un petit godet hexagonal, avec un fond pyramidal résultant de la réunion de trois rhombes. Le gâteau est composé ainsi de deux rangs de loges adossées, dételle sorte que le fond des unes est également le fond des autres, et que la base de chaque loge se trouve correspondre à trois loges du coté opposé. Les constructions géométriques des

Abeilles réalisent de la façon la plus complète le problème qui consiste à avoir des logements avec la plus faible quantité possible de matière. Sous ce rapport, nul mathématicien n'a rien trouvé à reprendre. On peut voir, à ce sujet, un mémoire de M. Léon Lalanne, publié en 1840. •

Dans une ruche dont les travaux sont avancés, parmi les gâteaux, les uns n'offrent que de petites cellules, d'autres sont formés en partie d'alvéoles plus grands, mais du même système de construction. En outre, quelques loges très-grandes, irrégulières, à parois épaisses, sont ordinairement appendues aux extrémités des gâteaux. Pour toutes les autres parties des gâteaux, la matière première est employée avec la plus stricte économie; pour les grandes cellules , toujours peu nombreuses dans la ruche, il est vrai, la cire est employée à profusion. Les petites loges hexagonales sont destinées aux larves d'ouvrières, les grandes loges hexagonales aux larves de mâles, et les grands alvéoles irréguhers aux larves de femelles fécondes ou de reines.

Les cellules de tout genre étant construites, la mère parcourt les gâteaux, et dépose un œuf dans chaque alvéole; des ouvrières lui font cortège pendant cette opération, veillant à ce que les choses se passent réguUèrement. La femelle a-t-elle laissé tomber deux œufs dans la même cellule, au plus vite des Abeilles retirent l'un d'eux et le détruisent. La ponte achevée, la mère n'a de préoccupation d'aucune sorte, car elle demeure étrangère à tous les actes des ouvrières ; aussi la comparaison d'une société d'Abeilles avec une monarchie, ou avec le gouvernement d'une société humaine quelconque, n'est-elle en rien justifiée.

Trois jours après la ponte, les jeunes larves éclosent, mais les Abeilles ne sont pas au dépourvu. Pendant que les unes poursuivaient leur travail de construction, d'autres allaient aux champs, recueillaient le miel et l'entassaient dans des cellules destinées à cet objet. On a cru qu'il y avait deux sortes d'Abeilles ouvrières, les cirières et les nourrices ; certainement toutes les Abeilles ont

LES HYMÉNOPTÈKKS. /,57

les mêmes aptitudes, mais il est possible que les vieilles ouvrières soient moins boimes cirières ((ue les jeunes et prennent surtout le rôle de nourrices. Les larves, le couvain, dans le langage des éducateurs d'Abeilles, croissent rapidement, et au bout de leur carrière, elles filent une petite coque soyeuse, pour se transformer en nymphes. Ces coques tissées, les alvéoles semblent avoir un couvercle. Les larves d'Abeilles ont les caractères généraux des larves des Hyménoptères nidifiants, avec une faiblesse phis grande que la plupart d'entre elles, car elles ne peuvent prendre leur nourriture qu'en la recevant de la bouche de leurs noiu'riees.

Un fait des plus étranges, qui n'est pas particuHer aux Abeilles, mais qui a été plus observé chez ces Insectes que chez «Vautres, c'est leur pouvoir de produire à volonté des femelles fécondes ou

LARVES ET NYMPHES DE I. ABEII.I.E OUVRIERE. 1 Cl 2. Larve en dessus el on dessous. — 3 cl 4. Nyniplie en dessus el en dessous.

des femelles infécondes, c'est-à-dire des ouvrières. On a les meilleures raisons du monde, à l'égard des Abeilles, pour attribuer à la nature de l'alimentation la stérilité ou la fécondité des individus, l'avortement ou le développement des organesde la reproduction. Il arrive fréquemment que des larves d'ouvrières, placées dans le voisinage d'une cellule de reine, reçoivent quelques parcelles de la nourriture destinée à la larve de la femelle féconde. La petite quantité de pâlée royale qui leur est tombée aura suffi pour rendre ces ouvrières un peu fécondes. Une ruche a-t-elle perdu ses larves de reines, les Abeilles en fabriquent avec des larves d'ouvrières. Une larve destinée à changer de condition est choi-

/i58 I.KS MKTAMOHPHOSKS DRS INSECTES.

sie ; son alvéole est agrandi et les larves du voisinage sacrifiées pour cet objet. La jeune larve d'ouvrière est désormais alimentée comme une larve de femelle féconde, et elle devient femelle féconde. Aucun doute n'est possible à ce sujet, l'expérience a été mille et mille fois répétée ; la transformation réussit toujoui's tant que la larve ouvrière est assez jeune, et des apiculteurs ont même constaté assez récemment que cette transformation pouvait s'effectuer à un Age des larves plus avancé que ne le croyait Huber. En quoi consiste la différence dans la nourriture donnée aux larves des ouvrières et des femelles fécondes? C'est ce qu'il a été impossible de découvrir jusqu'à présent.

Au moment de l'éclosion des adultes, ouvrières, mâles ou faux Bourdons, femelles fécondes ou reines, l'agitation est grande dans la ruche. Les ouvrières déchirent avec leurs mandibules les couvercles des cellules des nouveau-nés, aident ces individus, encore faibles, à sortir de leur prison. En un seul jour, la population a prodigieusement augmenté. Une émigration est nécessaire. Une nouvelle reine estéclose, quelques milliers d'ouvrières se groupent autour de la vieille reine, et voilà un essaim formé, quittant la demeure commune et allant chercher un autre établissement. La même ruche, si elle a beaucoup prospéré, donnera deux, trois, quatre essaims successifs. Si la ruche a souffert au contraire, si la population est peu nombreuse, alors pas d'essaims possibles. A unmoment, deux femelles fécondes, deux reines se trouvent dans l'habitation, où il ne doit jamais en rester qu'une seule; alors les reines se livrent un combat à coups d'aiguillon, combat à mort, dont les ouvrières restent simples spectatrices. Quand un. des deux champions a succombé, les ouvrières jettent son cadavre, et la société reprend sa physionomie ordinaire.

11 n'y a jamais plus de quelques femelles, et souvent il y a jusqu'à douze ou quinze cents mâles qui naissent à peu près en même temps. Lorsque les observations d' Il uber vinrent répandre la hmiière sur l'histoire des Abeilles, jamais personne n'ayant

LRS HYMliNOPTfcUKK. /i59

réussi à voir de rapprochement entre les individus des deux sexes, il existait pour les naturalistes an fait inexplicable. Huber fut le premier à s'apercevoir (juc chaque reine, peu de jours a[)rès sa naissance, sort de la ruche, s'envole suivie d'une foule (le mâles, et dispai'aît dans les airs à une grande hauteur. C'est alors que s'effectue le mariage de la reine, qui ne doit être mariée (pi'une fois en sa vie. Elle revient au logis, portant des signes certains que désormais elle sera une mère accomplie. A pai'tir de ce moment, elle vivra absolument sédentaire, et si elle doit sortir encore de la l'uche, ce ne sera que pour fonder une nouvelle colonie.

L(>s instincts, l'intelligence des Abeilles ont de tout temps préoccupé naturalistes et philosophes. Les instincts de ces êtres sont prodigieux ; ils dirigent seuls leurs opérations dans ce qu'elles ont d'essentiel, le fait nest pas douteux. L'Abeille bâtit des cellules régulières sans avoir appris comment elle doit les construire; son organisation suffit. Elle va recueillir le miel, en fait des provisions; elle prend soin des larves, connaissant la nourriture qui leur convient, guidée évidemment par l'instinct seul. Mais, nous l'avons dit au début de cet ouvrage, lexercice dé facultés instinctives très-développées n'est pas possible dans une foule de circonstances sans l'intervention d'une idée juste, de la situation, des obstacles à surmonter, des dangers à éviter. Le raisonnement intervient, il y a une intelligence en action. Les actes d'une foule d'Insectes, surtout parmi les Hyménoptères, nous ont déjà apporté bien des preuves irrécusables de cette vérité. Dans l'ensemble des phénomènes de la vie des Abeilles, nous avons en grand nombre des preuves manifestes que les Animaux ne sont pas de simples machines plus ou moins bien organisées. A ceux, s'il en est encore, qui s'imaginent tous les Animaux seulement pourvus d'instincts, et incapables d'aucun raisonnement, d'aucune idée, l'observation et l'expérience, s'ils sont assez éclairés pour savoir y recourir, les con-

duiront à reconnaître que la création animée est plus grande, plus belle qu'ils n'avaient voulu se le figurer.

Plusieurs fois on s'est aperçu que des Abeilles construisant des gâteaux, ayant mal travaillé, survenaient d'autres Abeilles détruisant l'ouvrage imparfait pour le recommencer. N'est-ce pas là la preuve d'une appréciation. Tout en conservant le caractère i^égulier de leurs constructions, ces Insectes en modifient l'arrangement d'après les exigences du local. Quand une ruche est largement approvisionnée, les Abeilles laissent vivre les mâles pendant longtemps, mais elles les exterminent bientôt si la disette est à craindj'e. Dans ce cas, l'intelligence de la situation n'est-ello pas évidente ? Souvent les ruches sont envahies par des Tinéides, les Galléries, dont les chenilles dévorent les gâteaux, enlaçant tout de leurs fils soyeux, détruisant le couvain : mais seulement dans les ruches ayant une population faible, les Abeilles se laissent ainsi maltraiter; lorsqu'elles sont en force, elles savent parfaitement se débarrasser de leurs ennemis. S'agit-il d'ennemis, un(> manifestation d'intelligence bien autrement concluante se pi'oduit chez les Abeilles. Dans certaines localités, les Sphinx tête-de-mort, dont il a été question dans une autre partie de cet ouvrage, se montrent quelquefois en assez grande abondance et s'introduisent, s'ils le peuvent, dans les ruches pour les piller. Les Abeilles ménagent d'ordinaire à leur demeure une entrée assez spacieuse, pour rendre la circulation facile aux nombreux individus qui entrent et sortent continuellement. Ont-elles reconnu le danger de recevoir les audacieux visiteurs, auxquels des téguments dui's et élastiques et une épaisse toison permettent de braver les coups d'aiguillon, elles rétrécissent leur porte de façon à interdire absolument le passage aux Sphinx. C'est une gêne qu'elles s'imposent. Mais la vie des Sphinx est de courte durée; les Abeilles s'aperçoivent de leur disparition, elles défont leur ouvrage, et rétablissent l'entrée de leur ruche dans sa première condition. Serait-il possible d'agir avec plus do discernement?

LKS IIYMKNOPTKIIES. 461

Après tous CCS signes ([iii attestent combien les Abeilles apprécient leur situation, ne IViut-il pas admirer plus encore la manière dont ces Insectes communi(iucnt entre eux. Une expérience bien simple permet de reconnaître la facilité de ces connnunications : nue Abeille est-elle apportée dans un endroit où il y a des substances de son goût, endroit qui n'était jamais visité auparavant par aucun individu de son espèce; bienlùt, ai)rès son départ, les Al)eilles arrivent en foule, paraissant avoii' été bien averties.

L'iiabitude de voir cliaipie société d'Ai)eilles dans une ruche srpiin-e a fait croire qu'un voisinage trop intime entre plusieurs colonies n'était pas du goût des Abeilles; c'est là une erreur. Enditlérentes contrées, eu Egypte notamment, on voitdes sociétés d'Abeilles établies si près les unes des autres, (juc les différentes sociétés paraissent confondues. Le spectacle d'une semblable communauté nous a été donué par M. Le Blon, à Vincennes. Dans luic chambre spacieuse, très-faiblement éclairée, plusieurs ruches avaient été placées primitivement sur des tablettes ; il y avait eu de nombreux essaimages, et les essaims, trouvant la place à leur gré, s'étaient établis dans cette même pièce et avaient fixé aux tablettes leurs gâteaux, qui pendaient de tous côtés comme des stalactites dans une grotte.

Ce ne serait point assez d'avoir considéré les Abeilles dans leur merveilleuse organisation, dans leurs mœurs si admirables, dans leurs sociétés constituées d'une manière si parfaite ; ces Insectes ont dans notre économie sociale un rôle d'une importance notable. Fournissant des produits utiles et toujours recherchés, leur culture est la source d'un revenu qui mérite d'être apprécié. 11 y a grande difficulté, pour ne pas dire impossibilité, à dresseï* la statistique exacte du nombre de ruches <|ui existent dans la France entièi'e, et plus encore à connaître sûrement le chiffre de la production en cire et en miel. Cependant, d'après les renseignements qui nous ont été fournis par les apiculteurs qui se sont particulièrement occupés de la question économi([ue, on estime

à environ deux millions le nombre des colonies ou des ruches après l'essaimage. On a cru pouvoir fixer la valeur du produit annuel à 1 5 millions de francs, 1 1 millions et demi pour le miel, et 3 millions et demi pour la cire. D'après d'autres évaluations, la pj'emière estimation serait au-dessous de la vérité, et devrait être portée à 20 millions. 11 n'est pas douteux qu'il seiviit i)0ssible d'élever au double cette production, si les gens des campagnes étaient tous éclairés sur les avantages que leur procurerait la possession de quelques ruches. Les soins que réclament six, huit, dix miches, n'étant pas très-considérables, ne peuvent distraire des travaux habituels. Pour bien peu de peine, on se procure du miel pour les besoins du ménage, à la grande joie des enfants, et, dans les bonnes années, il en reste encore à vendre, avec une petite quantité de cire. Encourager la culture des Abeilles pai-tout où les Abeilles trouvent à butiner, c'est donc faire chose utile. Ceux qui pratiquent l'apiculture sur une grande échelle et avec intelligence, tirent des profits considérables de leur industrie; mais ceux-là sont des gens expérimentés, n'ayant besoin des conseils de personne. On aura une idée des avantages que peut procurer l'éducation des Abeilles, quand nous rapporterons, d'après le dire des hommes pratiques, qu'une colonie du printemps, achetée au prix de 15 francs, aura rapporté, dès la fin de la saison, le capital engagé; et au printemps prochain, cette ruche, si elle est dans une bonne condition, donnera au moins un essaim, peut-être deux. Cependant il y a pour l'apiculteur de mauvaises années : c'est la sécheresse, qui arrête la floraison; ce sont les grandes pluies, qui empêchent les Abeilles d'aller aux champs. Dans diverses localités, le Sainfoin est la meilleure ressource des habitantes des ruches : le Sainfoin a disparu; les Abeilles ne trouvant guère à butiner aux alentours, on les transporte dans les bois, où elles ont les Bruyères en fleur.

Dans tous les pays d'Europe, on cultive les Abeilles, et en lliissie cette culture est faite dans d'énormes proportions. On a pu

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