‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 68 sur 102 · I.KS IIVMK.MIPTKIŒS. ?i · texte numérisé non relu

I.KS IIVMK.MIPTKIŒS. ?i

vdii-, ù 1 Exposition universelle de 1807, des ruches de ce pays d'une dimension inconnue à nos apiculteurs, ayant des parois de gnmde épaisseur pour parer aux atteintes du froid. Sous le climat de la Russie, pendant la saison chaude, la végétation se développe avec une extrême rapidité, les Abeilles travaillent alors activement, et les grandes ruches s'emplissent. Nulle part, nous assure-t-on, la consommation du miel n'est aussi considérable que dans certains districts de la Russie. Les jours d'abstinence sont nombreux dans le cours de l'année, le thé est en usage, et le peuple estime que le miel doit être préféré au sucre, parce que du sang de bœuf étant employé au raffinage du sucre, on ne serait pas assuré de faire maigre.

Avant l'introduction de notre espèce d'Europe, l'Amérique n'avait point d'Abeilles; mais comme si dans l'ordre de la nature, il avait été établi que partout l'Homme pourrait se procurer le miel et la cire, cette partie du monde est en possession de nombreux Apines que l'on nomme les Mélipones. Le sauvage Guarani, le iMoxo, le Chiquito, le Rotocude, rencontrent dans la savane inculte le nid de la Mélipone, dont ils extraient le miel pour le savourer, la cire pour se procurer un peu de lumière.

Les Mélipones, plus petites que nos Abeilles, sont courtes, trapues, souvent de couleurs variées; elles ont des pattes proportionnellement plus longues que celles de nos Abeilles, et le peigne ou le râteau devant servir à prendre sous l'abdomen lestâmes de cire n'est pas au premier article du tarse, mais plus haut, au côté interne de la jambe. Seules, entre tous les 1 lyménoptères nidifiants, les Mélipones n'ontpasd'aiguillon. L'absence d'armedoit créer, à quehiues égards <ui moins, des habitudes différentes de celles de nos Abeilles; plusieurs femelles fécondes vivent certainement en bonne inteUigence, puisqu'elles n'ont pas la possibilité de se tuer. Cependant le fait n'a pu être constaté directement ; il y a peu d'observateurs dans l'Amérique du Sud, et ici la recherche est difficile, parce que la ressemblance est grande entre les femelles fécondes et les ouvrières:

Les Mélipoues sont nombreuses en espèces. Nous prendrons comme exemple l'une d'elles, que nous avons eue vivante à Pai'is, la Mélipone écussonnée (Melipona sculellaris), une des plus grosses du genre, ayant son prothorax couvert d'une pubescence fauve et les anneaux de son abdomen ceinturés de jaune. Les Mélipones, comme les Abeilles, s'établissent dans les creux des troncs d'arbres, mais elles acceptent ]>arfaitement aussi une boite, un panier. Ces inoffensives et industrieuses créatures deviennent domestiques. Admirable nid ([ue celui de la Mélipone, dont nous n'avons pu représenter qu'une portion, à cause de son étendue ! Les Abeilles sont économes de la cire, les Mélipoues en sont prodigues. Au centre de leur demeure, elles établissent les logements des larves; ce sont aussi des gâteaux de cellules hexagones, seulement ces gâteaux n'ont qu'un seul rang d'alvéoles. Tandis que les Abeilles mettent leurs provisions de miel dans des cellules pareilles à celles des larves, les Mélipoues bâtissent, de chaque côté des logements deleursjeunes, des vases d'une énorme dimension, dans lesquels elles entassent leurs provisions de miel et de pollen. Ces vases, à parois épaisses, ces amphores,forment des magasins, des docks à part. C'est là un degré de perfection dans le mode de construction qui dépasse ce que nous connaissons partout ailleurs.

Plusieurs fois nous avons conçu l'espoir de conserver et de propager les MéUpones dans notre pays. En 1864, deux ruches de la Mélipone écussonnée du Brésil avaient été apportées au Jardin des plantes : tant que la température resta douce, les jolis Hyménoptères, pleins d'activité, allaient à la picorée comme nos Abeilles, et revenaient aussi sûrement à leur habitation; mais, aux premières atteintes du froid, malgré le soin de les logei" chaudement et de mettre du miel à leur portée, tous les individus périrent dans l'espace de deux ou trois jours.

Les Coléoptères sont les Insectes que l'on nommait autrefois d'une manière très-générale : les Scarabées. Répandus à l'infini dans la nature, les Coléoptères ont été les plus étudiés des Insectes sous le rapport de la caractérisation des espèces. Depuis longtemps, sur toutes les terres explorées, on les a recherchés avec prédilection, avec un soin qui n'a pas été accordé aux représentants des autres ordres. Des collections spéciales de Coléoptères ont été formées par un grand nombre d'amateurs, et ceci a engagé beaucoup de voyageurs visitant des contrées lointaines à recueillir de ces Insectes, assurés d'en tirer lui profit que ne leur donneraient pas des collections d'Hyménoptères, de Diptères, etc. Des ouvrages purement descriptifs sur les Coléoptères paraissent chaque année dans les diverses parties de l'Europe comme aux États-Unis; les uns relatifs aux espèces d'une

famille ou d'un genre, les autres aux espèces d'une contrée. La faune de notre pays, même pour cette partie limitée, n'est pas achevée encore, mais un entomologiste de Lyon fait de vaillants efforts pour atteindre le but. Depuis vingt-cinq ans, M. Mulsant met au jour une suite de travaux destinés à faire connaître avec une l'igoureuse exactitude les Coléoptères de la France.

Combien y a-t-il d'espèces de Coléoptères dans le monde entier? C'est ce que nous ne pouvons dire, ce que nous n'oserions même estimer d'une façon approximative; seulement il nous est permis d'en faire soupçonner le nombre prodigieux d'après le simple énoncé de ce fait : que si toutes les collections existantes pouvaient être l'éunies en une seule, on aurait sous les yeux un ensemble de plus de cent mille espèces.

En présence d'un tel chiffre, on pourrait croire à une difficulté presque insurmontable d'arriver à apprendre dans quels livres et par quels auteurs ont été nommés et décrits les Coléoptères de tous les groupes et de tous les pays. La difficulté se trouve en réalité fort amoindrie par les travaux bibliographiques. Un naturaliste plein d'érudition et doué d'un jugement sûr, M. le professeur Lacordaire, publie un ouvrage dans lequel, à la suite de la caractérisation de chaque genre, sont énumérées toutes les espèces conmies, avec l'indication des livres où il en a été donné une description et une figure.

En voyant à quel degré les Coléoptères ont charmé une foule de personnes, on serait peut-être tenté de ci'oire que ces Insectes présentent un intérêt exceptionnel. On se tromperait. Les Coléoptères n'ont guère d'industrie; ils ne possèdent que des instincts assez bornés. Dans leur histoire, on ne rencontre point, comme dans celle des Hyménoptères, de ces actes qui comptent au nombre des phénomènes les plus remarquables, les plus saisissants, les plus instructifs de la nature animée. Tout, dans la prédilection dont les Coléoptères sont l'objet, est du à la beauté de beaucoiq) d'entre eux, à la solidité de leurs tégumenls, ({ui en

rend la couservation facile, à la nature de leurs oi-f^aues du vol, qui eu rend la prépai'atiou fort simple.

Les Coléoptères ont une physionomie tellemeut particulière, (ju'il n'est difficile à personne de distinguer un représentant quelconque de cet ordre de tous les autres Insectes. Les ailes fournissent leur caractère extérieur le plus important. Les ailes antérieures, toujours de consistance coriace, c'est-à-dire de la même consistance que les autres parties du corps, ne se croisent jamais l'une sur l'auti'e pendant le repos, et elles emboîtent plus ou moins exactement le corps; ce sont, comme l'indique le nom de Coléoptères lui-même (y-ohb^, étui; ntapa, ailes), des étuis, que l'on désigne sous le nom à'éhjtres. Les ailes postérieures, presque toujours plus amples, sont mend)raneuses et pai'coui^ues par des nervures ramifiées. Les principales nervures offrant, vers le milieu, une division transversale, les ailes, ramenées sur le corps, se plient sans effort et viennent se loger sous les élytres. Les pièces buccales sont généralement fortes et, dans tous les cas, conformées pour la mastication.

Les Coléoptèi'es ont des métamorphoses complètes: comme les Lépidoptères et lés Hyménoptères, ils naissent sous la foi'me de larves, et ces larves se transforment en nymphes immobiles; ces dernières, analogues a celles des Hyménoptères, semblent être le moule exact des Insectes adultes.

La diversité est grande parmi les Coléoptères ; elle est trèsnotable sous le rapport de la conformation générale, très-considérable sous le rapport du degré de perfection organique, trèsremarquable sous le rapport des conditions biologiques.

Dans beaucoup de types, les antennes filiformes, les pattes simples, c'est-à-dire sans dilatations, sans échancrures, sans épines, dénotent une infériorité relative. Chez certains types, les antennes, d'une structure moins uniforme, indiquent un degré d'organisation plus élevé. Chez quelques-uns, les antennes présentant une grande inégalité dans le développement de leurs

articles, les pattes offrant des pointes, des élargissements, des dentelures qui les convertissent plus ou moins en instruments de travail, attestent la plus haute perfection qui existe dans l'ordre des Coléoptères. Les différences les plus caractéristiques que l'on observe dans l'oi^ganisation interne de ces animaux coïncident avec ces différences frappantes de la conformation extérieure. Là, où les appendices dénotent une grande supériorité relative, le système nerveux est très-centi-alisé ; il l'est beaucoup moins chez les espèces dont les appendices sont plus simples.

Parmi les Coléoptères, le régime alimentaire est aussi varié qu'il est possible de l'imaginer; le tube digestif otïre ainsi entre les types des différents groupes des modifications très-notfibles, en rapport avec la nature de l'alimentation. Les Coléoptères, cependant pour le grand nombre, sont phytophages. Aussi certaines espèces, venant à se multiplier à l'excès, causent souvent de gi'aves préjudices à tous les genres de cultures aussi bien qu'aux arbres des forêts.

L'étude des premiers états des Coléoptères est d'un extrême intérêt. Dans les familles où se manifeste une grande diversité parmi les adultes, il existe une ressemblance frappante entre les larves. Dans certaines familles, les larves représentent un degré de développement très-peu avancé; elles sont dépourvues de pattes; leur aspect est celui de Vers. Dans d'autres familles, les larves, mieux partagées, ont des appendices locomoteurs, mais ces appendices sont faibles et ne permettent qu'une locomotion fort imparfaite. Ailleurs, les larves naissent dans un état qui les rapproche davantage des adultes; celles-ci sont plus ou moins agiles. Ailleurs, encore , les larves, au sortir de l'œuf, déjà remarquablement bien constituées, rappellent les allures, les attitudes des adultes. Néanmoins tous ces Insectes, plus ou moins bien organisés, doivent également achever leur évolution pendant une période d'immobilité, leur état de nymphes.

Des efforts persévérants ont été nécessaires pour conduire à

LES COLÉOPTÈRES. û69

la connaissance des premiers états des Coléoptères. Beaucoup de larves sont difficiles à découvrir, surtout difficiles à nourrir en captivité. Les résultats aisément obtenus avec les Lépidoptères n'ont pu être atteints, ici, qu'avec infiniment pins de l'ccherches et plus de patience. 11 y a trente ans, on connaissait seulement ([ueltpies larves de Coléoptères; à partir de cette époque, plusieurs naturalistes, attachant à ce sujet toute l'importance qu'il mérite, se sont appliqués à diriger leurs observations de ce côté, et bientôt ils ont pu donner et descriptions et figures des larves d'une longue suite d'espèces: MIM. Westwood, en Angleterre; Ileer, en Suisse; Ratzeburg, Erichson, en Allemagne, etc. Nous avons apporté aussi notre contingent à cette étude, et en 1853 deux jeunes naturalistes de la Belgique : MM. Chapuis et Candèze, ont dressé le catalogue de toutes les larves connues. Depuis, il y a eu foule de nouvelles observations à ce sujet, de la part de MM. Coureau, Perris, Laboulbène, etc., et, aujourd'hui, le professeur Schiodte, de Copenhague, publie un magnifique ouvrage sur les Coléoptères, qui approche autant de la perfection qu'on peut espérer l'obtenir ^ L'auteur donne des figures d'ensemble d'une rare précision, et des figures de tous les détails, où l'on reconnaît l'étude la plus savante.

Les métamorphoses, les habitudes, les instincts des Coléoptères nous sont connus actuellement pour un nombre déjà considérable d'espèces de chaque groupe.

Les Coléoptères se répartissent dans vingt et quelques familles très-naturelles, très-bien caractérisées, mais il est impossible d'admettre des groupes d'un ordre plus élevé, réunissant plusieurs familles. Auti'efois, on s'était cru assuré d'un caractère permettant de partager tous les Coléoptères en quatre divisions primaires; c'était le nombre des articles des tarses. Geoffroy, l'entomologiste du dernier siècle, fut l'inventeur de cette clas-

• Une première partie a paru en 1862, une seconde en 186/i, une troisième est sur le point d'être publiée.

sillcation, longtemps fort goûtée, à cause de sa simplicité. 11 y avait : les Coléoptères qui ont cinq articles à tous les tarses, les Pentamères; ceux qui ont cinq articles aux tarses antérieurs et intermédiaires, et quatre seulement aux tarses postérieurs, les Hétéromères; ceux qui ont quatre articles à tous les tarses, les Télramères; ceux qui n'en ont pas plus de trois à tous les tarses, les Trimères. C'était charmant, en vérité; il suffisait d'avoir compté, pour être en mesure de placer svirement l'espèce à déterminer dans sa division. Mais, si l'on trouve d'ordinaire une remarquable fixité dans le nombre des articles des tarses chez tous les représentants de certains groupes, il existe néanmoins des familles où règne, sous ce rapport, une extrême diversité. Les observations précises s'étant beaucoup multipliées, il a été constaté qu'une différence dans le nombre des articles des tarses se montrait souvent entre des espèces fort voisines, et ainsi, que la parité ou la diversité dans ce nombre ne coïncidait en aucune façon avec les affinités naturelles. C'est donc à l'ensemble des caractères qu'il faut recourir pour prendre luie idée nette des formes typiques des Coléoptères.

La famille des Scarabéides est peut-être la plus intéressante en même temps qu'elle est l'une des plus nombreuses de l'ordi'e des Coléoptères. Les Scarabéides présentent de remarquables différences dans les habitudes, dans le régime, dans les conditions d'existence, dans les formes générales. Néanmoins ces Insectes, variés sous beaucoup de rapports, constituent un ensemble des plus naturels et des mieux caractérisés.

Des antennes courtes, insérées dans une cavité sous les bords latéraux de la tête, et terminées par une massue composée de plusieurs lamelles, fournissent le caractère frappant des Scarabéides. Aussi Duméril, qui ne se préoccupait point de la simplification de la nomenclature, avait-il appelé ces Coléoptères, les Lamellicornes. A ce caractère tout à fait prédominant, on doit ajouter que les tarses sont invariablement composés de cinq articles ; que le corps

LES CÙLÉ0PTI':RES. ù71

est loujoiu's plus ou moins lourd, épais, massif; ([ue chez hcaucoup de représentants de la famille; les pièces buccales, même les mandibules, demeurent membraneuses, soit en partie, soit en totalité. Cet atlaiblissement des appendices de la bouche est expliqué par la nature du régime.

F^es Scarabéides, en g('méral, sont d'tissez foi'te taille, et quel- ((ucs-uns parmi eux atteignent les plus grandes dimensions connues parmi les Insectes. Les principaux types de cette famille ne sont absolument étrangers à personne : ce sont les Scarabées, les Hannetons, les Cétoines, les Bousiers. A l'état adulte, les Scarabéides offrent entre eux des différences très-notables dans les caractères cxtéi'ieurs, dans les habitudes; à l'état de lai'ves, ils se ressemblent au contraire d'une manière étonnante. Ce sont toujours de gros Vers blancs, ainsi que l'on appelle vulgairement les larves des Hannetons, dont le coi'ps, épais, cylindrique, recourl)é en arc, est revêtu en entier d'un tégument mince, blanchâtre, garni de poils épars assez roides, servant à donner à l'animal une grande sensibilité et peut-être à favoriser sa marche. Ces larves ont une tête arrondie revêtue d'un tégument fauve ou brunâtre très-dur, des mandibules fortes, des antennes foi'mées de quatre ou cinq articles.

Les larves des Scarabéides, étudiées pour la première fois en 1836 par un naturaliste hollandais, de Haan, ont été dans ces derniers temps l'objet d'assez nombreuses observations. Ces larves vivent toujours cachées, soit dans la terre, aux racines des plantes ou au milieu de détritus, soit dans les bois pourris. Fuyant la lumière, elles sont décolorées et assez molles; demeurant toujours dans l'ombre, elles n'ont pas d'yeux ; absorbant une quantité énorme d'aliments, leur canal digestif, et surtout leur intestin, est très-volumineux. Elles marchent avec une extrême difficulté, d'autant plus que la courbure de leur corps les oblige à se tenir sur le flanc. Dans leur premier âge, elles ont encore une certaine agilité, mais elles la perdent rapide-

472 LES iMÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

ment. Les larves des Scarabéides, arrivées au terme de leur croissance, après une vie plus ou moins longue suivant les types, s'emprisonnent, pour subir leur transformation en nymphes, dans une coque arrondie ou ovalaire. Elles emploient, selon les stations qu'elles habitent, des grains de teri'e, des parcelles de bois, des détritus, en les agglutinant avec leur salive.

Les principaux types de la famille des Scarabéides sont autant de tribus : lés Cétoniines, les Glaphyrines, les Mélolonthines, les Scai'abéines, les Géotrupines, les Coprines et les Passalines.

Les Cétoniines sont de beaux Insectes, qui aiment le miel des fleurs et que l'on distingue des autres Scarabéides à leurs pièces buccales membraneuses, à leurs antennes composées de dix articles, dont les trois derniers forment la massue, aux crochets de leurs tarses simples et égaux.

Une distinction reste à faire, il y a deux groupes parmi les Cétoniines : chez l'un (Cétoniites), une pièce du mésothorax, dite axillaire, reste toujours visible entre les élytres et la base du prothorax; chez l'autre (Trichiites), cette pièce demeure cachée sous les élytres comme dans tous les autres Coléoptères.

Les Cétoines proprement dites (Celonia) ont le front droit, sans aucune saillie. Le type est l'un des Insectes les plus communs de l'Europe entière et l'un des plus connus de tout le monde. Pendant l'été, et surtout pendant les mois de mai et de juin, on voit en abondance, dans les jardins, la Cétoine dorée (Cetonia auralà), beau Coléoptèrc d'un veii doré, avec de petites lignes blanches irrégulières traversant les élytres. Quand la Cétoine vole au soleil, tout son corps prend un superbe éclat métallique et des reflets chatoyants. Elle ne vole pas comme le Hanneton, comme la plupart des autres Coléoptères, en écartant les élytres en même temps que les ailes ; pour étendre ses ailes, la Cétoine soulève seulement un peu ses élytres, sans jamais les écarter.

Ce beau Coléoptère aime les plus Ijellcs fleurs : il s'enfonce

LKS (;()Lh:ul'Th:RES.

dans le cœur des Roses, des Pivoines; il se pose sur les Chèvrefeuilles, etc., et il en ronpo los pétales, il en suce le miel. Les

L'ii individu au vol, un iridi\

MEÏAMORVIiOSES DE I..\ CliTOINE niiRKK ( Celonia aurata).

,1 posé. — Des larves de diiTérenles grosseurs. — Une

yniiibo dont la coque a élé ouverle.

femelles vont pondre dans les bois i)Ourris. Leurs larves vivent de débris ligneux aii pied des arbres morts, quelquefois dans les

Itl'i LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

fourmilières. Elles ont l'aspect des larves de Hannetons, mais leur tète est beaucoup plus petite, leurs pattes plus courtes et le dernier anneau de leur corps porte une petite pointe qui n'existe pas chez ces dei-nières. Au terme de leur croissance, dont la durée, croyons-nous, est assez longue, les larves de la Cétoine se construisent une coque ovalaire à parois épaisses au moyen d'une foule de détritus agglutinés.

D'autres Cétoines de petite taille sont encore plus abondantes dans notre pays que la Cétoine dorée. Elles paraissent beaucou[) aimer les Ombellifères : telles la Cétoine hérissée (C. hirtella), d'une teinte noirâtre sale, vêtue de longs poils d'un gris fauve, et la Cétoine piquetée (C slictica), noire, à reflets cuivreux, pointillée de blanc sur les élytres et le prothorax.

Des représentants du groupe des Cétoniites, bien remarquables par leurs belles couleurs, par leur gi'ande taille, par les saillies ouïes prolongements en forme de cornes que présente la tête des mâles, sont les Goliaths. Plusieurs espèces superbes de ce gem-e habitent l'Inde, les Moluques, les îles de la Sonde, mais la plupart sont propres aux contrées les plus chaudes de l'Afrique. An Ga])on, ou prend le Goliath cacique [Golialhus cacicus) et le Goliath de Drury (G. Druryi), qui comptent au nombre des plus gros Coléoptères. Autrefois ces Insectes, rarement apportés en Europe, avaient une valeur énorme ; mais les voyages à la cote occidentale d'Afrique étant devenus plus fréquents, on se procure aujourd'hui ces magnifiques Insectes pour un prix assez modique.

Les Trichiites ont les mêmes mœurs que les Cétoines. C'est le genre Trichie [Trichius) des anciens entomologistes qui a été subdivisé d'après quelques différences dans la configuration des mâchoires et dans les dentelures des jambes. Ou voit partout sur les fleurs le Trichie abdominal (Trichius abdominalis) , joli Insecte noir il duvet cendré, ayant les élytres d'un jaune vif, traversées par trois bandes noires interrompues à lu suture. Ses larves

Li:s COI.l'Ul'lf'IUES. 'i7.>

vivmit dans le bois mort. Une espèce voisine, le Trichie à bandes (T. fasciatus), dont les bandes noires des élytres ne sont pas interi'oinpniis, est moins commune dans notre pays. Une espèce d'un vei't brillant et de plus grande taille (pie les précédentes est devenue le type d'un genre particulier, le Gnorime noble (Gnorimus tiobilis). Un jictit ïricbiitc noirâtre (Valgus hemipterus), • [lie l'on rencontre so\ivent à terre, appartient au genre Valgc, caractérisé parla présence de cinq épines aux jambes. La femelle est ponrvue d'un«^ longue tarière droite, qui lui permet d'introduire ses œufs dans les fissures des vieux bois fendillés.

Les Glaphyrines, qui ont des mandibules foxies, une lèvre inférieure divisée en deux languettes flexibles, des élytres faibles, un peu écartées à l'extrémité, ne nous sont pas connues dans leurs métamorphoses. La solidité des mandibules indique que ces Insectes rongent le feuillage; la contexture de leur lèvre, qu'ils sont capables de lécher sur les fleurs. Certains d'entre eux, les (llapbyres et les Amphicomes, sont de jolis Coléoptères plus ou moins velus, très-abondants daus le midi de l'Europe, en < >rient, dans le nord de l'Afrique.

Les Mélolonthines ont des mandibules fortes, conformées pour ronger le feuillage, une lèvre inférieure très-courte, les crochets des tarses construits d'une manière assez variable, selon les espèces, et dénotant des aptitudes diverses. Les Hannetons [Melolontha) sont les représentants typiques de cette tribu. Chez les espèces pour lesquelles a été réservé, par les naturalistes de l'époque actuelle, le nom générique de Hanneton, les antennes ont dix articles, les sept derniers dans les mâles, les six derniers seulement dans les femelles formant la massue. On connaît plusieurs espèces du genre; mais c'est le Hanneton commun (Melolontha vulgaris), qui, à raison de son abondance extrême dans une grande partie de l'Europe, réclame attention. Les Hannetons, qui se montrent en quantité prodigieuse en certaines années, sont rares dans d'autres années, ce qui s'explique par la durée de leur

développement. Quand la saison printanière est douce, ces Insectes paraissent dès le mois d'avril; mais c'est toujours dans le mois de mai qu'on les voit en grandes masses, et c'est seulement dans le mois de juin qu'ils disparaissent. Ces Insectes rongent le feuillage des arbres, des Chênes, des Hêtres, des Érables, des Peupliers, des Bouleaux, et, dans notre pays, plus encore celui des Ormes que de tous les autres. Souvent des arbres sont complètement dépouillés par les Hannetons, c'est ce que chacun constate sans peine. Insectes presque nocturnes, les Hannetons s'abritent do la chaleur du jour, et surtout du soleil, en se tenant sur les arbres touffus, cachés à la face inférieure des branches. Ils ne sont actifs que le matin, et particulièrement le soir, où ils volent en faisant entendre un bourdonnement sonore. Ces Insectes pesants, malhabiles à se diriger, se heurtent facilement contre les corps qui se trouvent siu^ leur passage, et pendant les belles soirées du printemps, les promeneurs, conmie chacun le sait par expérience, éprouvent souvent l'ennui d'être frappés en plein visage par ces Insectes incapables d'éviter les obstacles.

Les Hannetons, à l'état adulte, commettent des dégâts considérables, mais encore leurs dégâts, qui se réduisent à la destruction momentanée du feuillage des arbres, sont-ils médiocrement graves, comparativement aux ravages que ces Coléoptères exercent dans leur état de larves.

Vers la fin de mai s'effectue, chez les Hannetons, le rapprochement des individus des deux sexes ; il est ordinaire de voir les mâles et les femelles accrochés aux feuilles, demeurant unis pendant des journées entières. Après la fécondation, les femelles s'enfoncent dans les terres légères ou fréquemment remuées par la charrue, et y font leur ponte, consistant en une quarantaine d'œufs. Au bout de quatre ou cinq semaines, les larves éclosent, et au milieu des champs cultivés elles ne sont pas en peine pour trouver leur nourriture, car toutes les racines leur conviennent. Ces larves, si connues sous le nom de Vers blancs, dans certaines

MÊTAMOlU'IlOSliS DU HANNETOJi COMMUN

i,Melol<j,il/M md'jarisj.

LKS COLÉOPTÈRES. 'i77

localités sous lu iioiii de Mans, croissent avec lenteur. Elles n'ont pris leur croissance entière ([u'à la troisième année de leur existence. Au mois de mars ou d'avril, s'etl'ectue leur transformation en nymphes , et quelciues semaines plus tard éclosent les Hannetons. La durée du déveloi)i)ement explique parfaitement comment ces Coléoptères ne se montrent en abondance que tous les trois ans. Mais, selon les circonstances atmosphéri(iues, la croissance des larves [teut sans doute être accélérée ou ralentie. (Juelquefois il n'est pas rare (jue des larves se métamoi'phosent dès la lin de leur seconde année d'existence, et même que les Hannetons éclosent à l'automne, mais la saison froide se faisant déjà sentir, ils demeurent engourdis dans leur cellule et ne sortent de terre qu'au printemps de la troisième année.

Les larves du Hanneton, avec la forme ordinaire à toutes les larves des Scarabées, se font remarquer par leurs fortes mandibules munies d'une dent taillée en biseau, c'est-à-dire pourvues d'un instrument très-propre à couper les racines.

Les Hannetons, ou plutôt leurs larves, les Vers blancs, sont considérées à trop juste titre comme l'un des plus grands fléaux de l'agriculture. Ces Insectes, aujourd'hui si répandus dans la plus grande partie de l'Europe, étaient certainement fort rares à une époque ancienne. Ils se sont multipliés en même temps que la culture s'est étendue et perfectionnée. Les conditions d'existence des Vers blancs ne laissent, à cet égard, aucun doute possible. Jamais on ne trouve de larves de Hannetons dans des terres en friche ; ces larves ne peuvent vivre se frayer des passages que dans des terres meubles; dans les temps anciens, il y avait peu de terres remuées, suffisamment légères pour convenir aux Vers blancs, les Hannetons ne pouvaient être communs; le développement de l'agriculture, en leur fournissant les conditions qui leur permettaient de se multiplier à l'excès, a créé le fléau qu'on laisse s'étendre et s'accroître avec une incurie digne d'un autre âge.

Les Vers blancs ne peuvent être atteints et détruits qu'au mo-

meut des labours, et eucoro avec une maiu-d'œuvre assez considérable. Il est beaucoup plus facile de recueillir les Hannetons eux-mêmes, et si cette chasse était faite et bien exécutée siinultanément sur tous les points du territoii'e, on amènerait rapidement une diminution du mal; mais, toutes les fois que des hommes éclairés se sont occupés de la destruction des Hannetons, leurs efforts ne portant que sur un espace restreint, l'amélioration n'a pas été très-sensible. Il y a trente ans, un préfet de la Saiihe, dont le nom mérite d'être cité, M. de Romieu, avec une intelligence des intérêts du pays qu'on ne rencontre pas tous les jours chez les administrateurs, avait pris des mesures propres, avec de la persévérance, à faire disparaître une calamité dont tous les agriculteurs s'affligent, au lieu de travailler résolument à la conjurer. Dans ces dernières années, un de nos agronomes les plus instruits, M. Jules Reiset, membi'e du conseil général de la Seine-Inférieure, s'est préoccupé sérieusement de cette question. Par ses soins, à l'automne de 1866, il a été recueilli 160 000 kilogrammes de Vers blancs dans deux arrondissements de la Seine-Inférieure, et le poids de chaque Ver ne dépasse guère 2 grammes. S'il était possible d'apprécier exactement sur tous les points de la France les pertes subies par le fait des Vers blancs, on serait stupéfié en présence du chiffre total, et cependant, combien de fois n'a-t-on pas plaisanté ceux qui songeaient à détruire cette cause d'amoindrissement de nos récoltes !

Avec l'incurie, le mal ne peut qu'augmenter d'année eu année. Or, pour la destruction des Hannetons, nous ne connaissons que deux moyens : l'un consiste dans la chasse des Insectes faite avec soin en tout pays ; l'autre même consiste à laisser vivre et à propager les oiseaux : Corbeaux, Corneilles, Pies, Étourneaux, etc., qui mangent en grande quantité les larves des Hannetons, comme l'ont démontré de nombreuses observations de ÎM. Florent Prévost.

r.KS COLKOPTKUKS. 'i79

On ;i eu l'iilée de chcrchei' à tirer parti des Hannetons. Ou en a extrait une huile bonne à divers usaaes, mais le l>énéfice

HANiNKTUN I'UL-|.OiN Melolonlha tu'lo).

n'était sans doute pas en rapport avec les trais, et nous croyons qu'il n'a pas été donné de suite à cette industrie.

/jSO LES MCTAMOHPHÛSES DES INSECTES.

Los espèces voisines du Hanneton commun sont assez peu répandues pour que leurs dégâts ne soient guère à redouter. Seulement, il eu est ime à citer, à raison de sa grande taille et de son séjour de prédilection : le Hanneton foulon (Melolontha fullo), bel Insecte de couleur brune, avec de petites écailles blancbàtres sur toutes les parties du corps, et notamment sur les élytres, où, devenant serrées par places, elles forment de capricieux dessins. Les mâles de cette espèce se font admii-cr par l'énorme dimension des lamelles de leurs antennes, semblables à de magnifiques panaches. Le Hanneton foulon affectionne le voisinage de la mer. Il n'est pas rare dans les dunes de Dunkerque et des environs d'Ostendc; on le trouve sur divers points des côtes de l'Océan et de la Baltique et sur presque toutes les côtes de la Méditerranée. Produisant au vol un très-fort bourdonnement, il exécute, au repos, une stridulation intense par le frottement de son abdomen contre les élytres.

Des Mélolonthes de raédioci-e dimension, ayant une grande ressemblance avec les Hannetons, sont les Rhizotrogues, chez lesquels les trois derniers articles seuls des antennes constituent la massue. Adultes, ces Coléoptères dévorent les feuilles des arbres; larves, ils rongent les racines comme les Hannetons. Sur les routes plantées d'Ormes, on voit souvent voler, le soir, le Rhizotroguc d'automne (Rhizolrogus solslilialis) ou le Rhizotrogue du printemps [R. œslivus).

Les Rutélines sont de beaux Coléoptères intermédiaires aux Mélolonlhines et aux Scarabéines. Les espèces de certains genres de cette tribu ont des couleurs magnifiques, annonçant la vie'au soleil, et encore, sous les climats les plus favorisés, comme les Rutèles, les Pélidnotes, les Chrysophores, etc., des régions chaudes de l'Amérique, les Anoplognathes de l'Australie. En Europe, nous n'avons rien d'aussi brillant. Les plus jolis sontles Euchlores, petits Coléoptères ayant la forme généi^ale des Hannetons, et ordinairement une belle couleur verte, des antennes formées de neuf

LES COlj:(n>TKHES. 481

articles. L'une des espèces les plus répandues, est l'Euchloredc la Vigne [Euchlora Vilis), tout entier d'un beau vert métallique, avec les élytres striées et ponctuées, (jui, assez fréqueninicnl, occasionne des dégâts dans les vignobles. Un autre Insecte du même groupe, devenu le type du genre Phylloperthc, est une sorte de petit Hanneton de la longueur de 8 à 10 millimètres, d'un vert foncé, avec les stries d'un brun vif. C'est le Pliylloperllie des jardins (Phylloperlha horlicola), que chacun, pendant l'été, remai'que sur les arbres et les arbustes.

Les Scarabéines, parmi lesquels nous comptons des géants de l'ordre des Coléoptères, se signalent par leur corps lourd, massif, solidement cuirassé, par leur labre imperceptible, leurs mandibules puissantes, leur tète et leur protliorax presque toujours pourvus chez les mâles de prolongements en forme de cornes. Les espèces du genre Scarabée ont des mâchoires garnies de dents, et tout nous montre chez ces Insectes un appareil buccal construit pour la trituration de feuillages durs et même de tissu ligneux. Les cornes que portent les mâles de ces Coléoptères leur donnent une physionomie étrange. Dans l'état actuel, on cherche en vain quel peut être le rôle de ces prolongements, qui présentent une grande divei'sité selon les espèces. Rien dans la vie de ces animaux ne faisant soupçonner leur usage, on est conduit à les regarder comme des ornements, comme des parures. Les grandes espèces de Scarabées habitent exclusivement les contrées du monde favorisées de la plus luxuriante végétation, les Antilles, l'Amérique du Sud, les Moluques. En effet, les larves de ces énormes Insectes vivent dans les vieux troncs, et l'on s'imagine quelle consommation elles doivent faire pendant le cours de leur existence. Parmi les gros Scarabées, les plus remarqiuibles sont : le Scarabée hercule (Scarabœus hercules), au corps noir, avec des élytres olivâtres, brillantes, tachetées de noir, avec le front et le protliorax portant l'un et l'autre, chez le mâle, une corne prodigieusement longue ; une espèce voisine de la Non-

velle-Grenade, le Scarabée Jupiter, aux élytres noires comme les autres parties du corps; le Scarabée Actéon du Brésil, tout couvert d'une fine pubcscence; le Scarabée Atlas de l'île d'Amboine, ayant la teinte et le brillant du bronze, etc.

Les Scarabées de notre pays sont les Oryctes, distingués des vrais Scarabées par l'absence de dents aux mâchoires. Le type est ce gros Insecte brun luisant, pourvu sur le front d'une corne relevée, et si connu sous les noms vulgaires de Rhinocéros et de Nasicorne (Orydes nasicornis). Sa larve, plus grosse que celle du Hanneton, avec les pattes plus courtes, vit dans les vieux troncs de Chênes pourris ; mais aujourd'hui on la rencontre rarement dans cette condition, tandis qu'on peut être presque assuré de la trouver dans tous les endroits où il y a des dépôts de tan.

D'autres Scarabéidcs composent les tribus des Géotrupines et des Coprines. Ce sont les Insectes des fumiers, des bouses et de toutes les matières stercoraires. Les Géotrupines ont les mandibules et les mâchoires faibles, mais "encore les mandibules de consistance coriace, et les antennes de dix ou onze articles. Les Coprines ont les antennes de neuf articles, les mandibules et les mâchoires petites et membraneuses, ce qui indique chez ces derniers que l'alimentation consiste eu matièi^es fluides. Le principal genre de la tribu des Géotrupines est celui des Géotrupes, qui, avec les Coprines, partagent l'appellation vulgaire de Bousiers. Durant les belles soirées de la fin de l'été et de l'automne, sur les chemins, au voisinage des mui'ailles près desquelles sont habituellement déposées des immondices , vole , en produisant un fort bourdonnement, le Géotrupe stercoraire {Géotrupes slercorarius), gros Coléoptère d'un noir luisant, passant au vert, au bleuâtre, au violacé, avec des élytres fortement striées. La femelle de cet Insecte prend des soins particuliers pour le dépôt de ses œufs. Pratiquant dans la terre une sorte de puits profond, elle façonne une loge; dans cette loge, elle dépose un œuf et introduit dans ce berceau luie certaine (pian-

LES COLÉOPTÈRES. ;i83

lité do matière stercoraire destinée à l'alimentation de sa larve.

Les espèces d'un autre groupe de la même trilni (Trogites), ayant les mandibules saillantes, composent principalement le genre Trox. Les Trox, d'une dimension très-médiocre, ont une physionomie caractéristique , due à leur couleur grise et aux aspérités que présentent leurs élytres. Ces Insectes aiment la poussière, ils en ont la teinte : sur nos chemins poudreux, on l'encontre le Trox des sables {Trox sabuloms), petit Coléoptère long de 8 à 10 millimètres, ayant les élytres cannelées et garnies de petites touffes de poils. L'adulte et la larve se repaissent de cadavres d'animaux.

Parmi les Coprines (Coprophages des anciens auteurs), les Insectes auxquels est échue dans la nature la mission de fumer la terre, on distingue quelques types parfaitement caractérisés. Les Aphodies, au corps oblong (groupe des Aphodites), sont nombreux en espèces, et ces espèces, disséminées dans presque toutes les parties du monde, comptent parmi les plus petits Scarabéides. Ou aperçoit sui' toutes les bouses l'Aphodie du fumier (Aphodius fime(ariiis), Insecte long de 6 à 8 millimètres, d'un noir luisant, avec les élytres d'un beau rouge. L'Aphodie fossoyeur (Aphodius fossor), d'une taille un peu plus forte et entièrement d'un noir brillant, se trouve dans les mêmes lieux.

Les Onitis (groupe des Onitites), avec des dimensions plus considérables, sont surtout caractérisées par des pattes postél'ieures massives et par un écartement considérable des pattes intermédiaires, donnant à ces Insectes une démarche bizarre. Les Onitis, habiles à fouir, vivent seulement dans les parties les pbis chaudes de l'Europe, eu Orient, eu Afrique.

Les Coprites, qui leur ressemblent à beaucoup d'égards, s'en distinguent aisément par l'absence d'écusson; les mâles en général portent des éminences sur le prothorax et des cornes sur la tête. Il y a dans ce groupe plusieurs genres remarquables, les Onthopbages, les Copris, les Phanées. Les premiers, toujours

d'assez petite taille, sont aboudamment répandus dans le monde. L'un d'eux, l'Ontliophage taureau {Onthophagus taurns), est tout noii% finement ponctué, le mâle portant sur la tète deux longues cornes arquées. Les Copris, assez gros Insectes noirs, habitent les régions chaudes et tempérées des deux hémisphères. Une seule espèce du genre se trouve dans l'Europe centrale {Copris lunaris), le mule cornu, la femelle, autrefois regardée comme une espèce particulière, ayant une cmiuence frontale échancrée. Les plus grandes espèces sont africaines, comme le Copris d'Isis [Copris Isidis), de l'Egypte. Les Phanées, bien distincts des précédents par leurs tarses dépourvus de crochets, appartiennent aux régions chaudes de l'Aiaérique. Ce sont dé magnifiques Coléoptères ayant des couleurs métaUiques, dorées, vertes, bleues, violettes. Un dernier gi'oupe de cette tribu des Coprines est celui des Ateuchites, les Pilulaires de quelques auteurs, qui ont, comme les précédents, l'écusson caché, mais la tête, toujours dépourvue de protubérance, large, déprimée, avec son bord antérieur, ou le chaperon, plus ou moins denté, les pattes postérieures beaucoup plus longues que les autres. Dans ce groupe, les formes sont multipliées, et les genres de l'ancien continent sont représentés par d'autres genres sur le nouveau continent. Les Ateuchus, qui donnent leur nom au groupe tout entier, sont de gros insectes noirs, particulièrement répandus sur les terres qui avoisinent la Méditerranée. Leur corps large et aplati les désigne aux yeux les moins attentifs. Chez ces Coléoptères, les jambes de devant, élargies, garnies de plusieurs dents trèsfortes, ne portent aucun vestige de tarse à leur extrémité. Il serait difficile de n'y pas reconnaître des instruments de travail. En considérant la tète des Ateuchus, on songe également à une adaptation à certaine condition d'existence. Tous les Ateuchus ont les mêmes habitudes; arrêtons notre attention sur l'une des plus grandes espèces, l'une des plus abondantes, le type du genre, l'Ateuchus sacré (Ateuchus sacer).

LES C;(^LÉ0PT1>UKS. /iSf)

Cot Iiisoc'to est ooiimuiii eu Provoiicc , dans IuuIl' l'iiuropo méruUonalL' , en Orient, dans le nord de l'Afriiinc, jusqu'en Egypte. Représenté sur les monuments de la terre des Pharaons et des Ptolémées, figuré en amulettes, placé dans les sarcophages , réputé sacré chez le peuple antique qui avait

LES ATEUCHUS SACRES [Atetichus sacer).

le culte des animaux, ou a dans ce fait l'explication du nom spécifique adopté pour notre Scarabéide. L'Ateuchus sacré, tout noir, avec la tète bituberculée , les élytres très-finement striées, les jambes antérieures quadridentées , n'a guère moins de 3 centimètres de longueur. Ce Coléoptère est doué d'in-

usa LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

stincts fort envieux. On le voit s'enfoncer dans les bouses; souvent aussi on le trouve par les chemins, roulant une grosse boule qu'il tient entre ses pattes de derrière. Quelle est cette boule? Dans quel but a lieu le travail de notre Insecte? Le besoin de mettre sa progéniture en un lieu convenable est le mobile de son activité. Une femelle pond un œuf, et au lieu de se contenter, comme les autres Coprophages, de le cacher au milieu d'une bouse ou dans une cavité, elle l'entoure d'une petite masse de fumier. Roulant cette masse sur le sol avec ses longues pattes postérieures, la boule est bientôt formée. L'Ateuchus doit alors l'enfouir; mais, pour trouver l'endroit où sa larve pourra vivre, il a parfois un assez long trajet à parcourir : avec le temps, il arrive à son but. Y a-t-il un accident de terrain; sur sa large tête il soulève la boule, et la vue de cette manœuvre fait comprendre aussitôt la raison de cette forme de tête assez étrange. Cependant, notre Insecte se trouve parfois arrêté par un obstacle insurmontable, la boide est tombée dans un trou; c'est ici qu'appai'aît chez l'Ateuchus une intelligence de la situation vraiment étonnante, et une facilité de communication entre les individus de la même espèce, plus surprenante encore. L'impossibilité do franchir l'obstacle avec la boule étant reconnue, l'Ateuchus semble l'abandonner, il s'envole au loin. Si vous êtes suffisamment doué de cette givande et noble vertu qu'on appelle la patience, demeurez près de cette boule laissée à l'abandon : au bout de quelque temps, l'Ateuchus reviendra à cette place, et il n'y reviendra pas seid; il sera suivi de deux, trois, quatre, cinq compagnons qui, s'abattant tous à l'endroit désigné, mettent leurs efforts en commun pour enlever le fardeau. L'Ateuchus a été chercher du renfort, et voilà comment, au milieu des champs arides, il est si ordinaire de voir plusieurs Ateuchus réunis pour le transport d'une seule boule. Enfin, le but est atteint, il n'y a plus qu'à procéder à l'enfouissement. Il s'agit de creuser une fosse : les jambes de l'Insecte,

LES COLÉOPTÈRES. 'i87

avec leurs larges dents, ne sont-elles pas des bêches? et, si le tarse manque, c'est ([u'une tige mince eût gêné les mouvements des jambes entamant un sol dur. Avec d'aussi bons instruments, la fosse est rapidement creusée; devenue suffisamment spacieuse, la boule y est placée; il faut la recouvrir, et alors les longues jambes postérieures, garnies d'une brosse, balayent le terrain et comblent la cavité.

On avait vu des amulettes et des peintures égyptiennes représentant un Ateuchus très-semblable de forme à l'Atcuchus sacré, mais avec une belle couleur dorée, et l'on avait cru à un embellissement de la part des artistes du pays des pyramides. On se trompait : l'Ateucbus doré des Égyptiens (Ateuchus Juilipliorum) , retrouvé pour la première fois en ISIO ]»ai' M. Cailliaud, n'est pas rare au Sennaar.

Des Scarabéides d'Europe plus petits ([ue les Ateuchus ont des habitudes analogues: comme les (îymnoplcures, bien reconuaissables à une forte échancrure des élytrcs en arrièr(î des angles huméraux, une espèce (Gymnopleurus pilularius) est fort commune en France; comme les Sisyphes, qui ont le corps épais et les pattes postérieures très-longues : le type (Sisyphus Schœfferi) se l'encontre quelquefois aux environs de Paris.

Notre dernière tribu de la famille des Scarabéides , les Passalines, formée essentiellement du genre Passale, renferme des espèces de grande taille, au coi'ps long, aplati, avec le prothorax séparé du tronc par un étranglement, aux antennes arquées, aux pattes antéi'ieures dentées. Les Passales, tous de couleur noirc-brillante, habitent les deux Amériques, les Indes orientales, l'Australie. Ils vivent dans les vieux troncs et se cachent sous les écorces, comme l'indique, au moins chez la plupart des espèces, l'aplatissement du corps. Leurs lai'ves, qui se nourrissent de bois pourri, ressemblent aux autres larves de Scarabéides, tout en offrant une curieuse particularité, caractéristique d'un degré de développement moins avancé. Leurs pattes

de la première et de la seconde paire ont une longueur ordinaire , celles de la troisième paire ne sont représentées que par deux petits tubercules.

Les LucANiDEs constituent une petite famille parfaitement délimitée, que, longtemps, on ne sépara point des Scarabéides. Des antennes plus longues que chez ces dexniiers et terminées par des articles en feuillets perpendiculaires à l'axe, ce qui fait paraître la massue plutôt pectinée que lamelleuse, donnent à ces Insectes une physionomie assez différente. Pour certains auteui-s, ce caractère avait suffi pour motiver une séparation. D'un autre côté, de llaan ayant reconnu chez les larves des Lucanides, très-semblables d'aspect à celles des Scarabéides, quelques différences caractéristiques, notamment la position de l'orifice anal, on eut une nouvelle indication. Plus tard il fut démontré que le système nerveux, invariablement très-centralisé chez tous les Scarabéides, était fort éloigné de cette centralisation dans les Lucanides. Aucune incertitude ne pouvait pei'sister à l'égard de l'importance du type.

Les Lucanides sont, en général, des Insectes de grande taille, qui se font remarquer par un énorme développement des mandilndes chez les mâles. Ces pièces de la bouche, divei'semcnt courbées et diversement dentées selon les espèces, affectent l'apparence de grandes pinces, du reste fort peu redoutables. 11 a été impossible jusqu'à présent de se rendre compte de l'utilité de ces grandes mandibules, dont le développement est très-vainable entre les individus de la même espèce. Chez les femelles, ces pièces sont de proportions ordinaires et garnies de dents qui les rendent propres à couper le feuillage des ailn^es.

Les Lucanides sont disséminés dans les différentes parties du monde, mais leurs espèces sont surtout abondantes aux Indes orientales, dans les lies de la Sonde, des Moluques, etc., d'où elles sont encore assez rarement apportées en Europe. Ces Insectes, qui habitent les bois, ne se montrant et ne volant que

Page 1