‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 77 sur 102 · LA BLATTE AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

LA BLATTE AMÉRICAINE

[Dtalla americana).

Larve et adultes.

Kakerlac crAnK'riqne [Blalla americana)^ (jue l'on voit coni'ii

bien fréquemment sur les quais des poiis de mer, après s'être échappée des caisses et des ballots déchargés des navires. Dans nos villes et plus encore dans nos campagnes, se trouve la Blatte orientale [Blalla orienlalis), moins grande que, la précédente, avec les organes du vol peu développés. Cette espèce se cache dans les fissures des vieilles cheminées.

Parmi les Orthoptères, il est une grande famille composée d'espèces absolument carnassières, la famille des Mantides. Insectes vraiment singuliers que les Mantides. Des formes bizarres, des attitudes étranges, des armes puissantes, une lenteur de mouvements peu ordinaire aux animaux carnassiers, sont autant de traits qui les signalent d'une façon toute ]iarticulière.

Ces Orthoptères ont un coi'ps élancé, un prothorax d'une longueur énorme; une tète dégagée, d'une extrême mobilité, portant de gros yeux; des mandibules aiguës et tranchantes; ils ont des ailes amples, des pattes de devant conformées pour saisir une proie, des pattes intermédiaires et postérieures grêles; un abdomen terminé par des filets articulés. Il faut examiner leurs pattes antérieures, détournées de l'usage ordinaire. Ces appendices ont pris un volume considérable dans presque toutes leui's parties : la hanche, devenue énorme, a une grande mobilité; la cuisse est très-épaisse, et la jambe, garnie d'un rang d'épines, se replie sous la cuisse jusque dans une gouttière formée par deux rangées de pointes que porte cette dernière. S'imaginet-on l'effet d'une- pareille pince saisissant une proie qu'elle transpei-ce de toutes parts. Jamais pince préhensile ne fut plus redoutable.

Les Mantides ont généralement une assez grande taille, de fraîches nuances, et quelquefois de jolis dessins de couleurs variées sur les ailes postérieures, toujours plus ou moins transparentes. Ces Orthoptères se traînent sur les broussailles, où, pendant des heures entières, ils demeurent dans un état d'immobilité absolue, la partie antérieure d(; leur corps dressée, les

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pattes (le dcvaiil rcpliôi's. Cotte allitiule ealiiie n'éveille point l'attention dos Insoctosiiui volent dans le voisinage. Une Monche s'approche; par \u\ mouvement briis(pie, la Mante étend sa patte ravissensc etla Mouche est saisie. Les Mantidos enveloi)pentlcui's œufs dans une capsule d'un tissu peu résistant, et attachent cette

COQOE OYIFÈRE DE LA MANTE IlELIGIEUSE. L^ic coque attachée ù une tige. — Une coque coupée par le milieu.

coque ovifère par une sorte d'anneau autour des tiges des plantes. La ponte a lieu vers la fin de l'été; les jeunes larves éclosent et s'accroissent comme tous les autres Orthoptères. Les espèces de cette famille habitent les contrées chaudes de l'Europe et des autres parties du monde, et dans tous les pays ces Insectes, par leur attitude posée, comme méditative, ont inspiré le respect, la vénération et siuiout des idées superstitieuses. Le type du genre Mante, caractérisé par le prothorax très-long, les antennes fines comme des soies, les cuisses simples, la Mante religieuse {Manlis

religiosa), élégant Insecte d'un vert tendre, abonde en Provence, surtout au voisinage de la mer, et on la nomme Prega-Dtou, Prie-Dieu en France comme en Italie. Ces idées sur les Mantes sont bien répandues, et à une époque plus ancienne elles étaient fort accréditées : Mouffet, le vieil auteur anglais que nous avons déjà cité, rapporte comme un fait tout naturel que si un enfant, s'adressant à une Mante, lui demande sou chemin, elle le lui indique en étendant la patte, et le trop crédule naturaliste ajoute qu'elle se trompe rarement ou jamais. Voyez plutôt les paroles mêmes de Thomas Mouffet : « Tarn divina cemetur hes- » liola, id puero inlerroganli de via, exlenlo reclam momlrel, alque » raro vel nunqiiam fallut. »

Bien plus élégantes encore qu(! les Mantes i»roprcment dites sont les Empuses, avec leur tète surmontée d'un long appendice foliacé, leurs antennes courtes, doublement pectinées dans les mâles, leur thorax grêle, leurs cuisses garnies de folioles; expansions bizarres qui semblent être plutôt des ornements que des parties d'un usage quelconque. Dans la région du Var et des Alpes-Maritimes habite une charmante Empuse (Empusa paiiperala) que nous avons représentée ici sous ses diverses formes, d'après des individus vivants que M. Milliers nous a fait parvenir des environs de Cannes, Sur le corps de l'Empuse, c'est un mélange de teintes grises, verdàtres, blanchâtres, violacées, d'une incomparable délicatesse, et sur les ailes des adultes une teinte vert d'eau semi-transparente, avec un bord et des nervures lilas.

Les plus étranges par les formes, entre tous les Orthoptères et même entre tous les Insectes, sont les Phasmides, que l'on nomme aussi les Spectres, et auxquels les noms vulgaires ne manquent pas dans les pays où ils sont abondants. Ce sont les Feuilles ambulantes, les Bâtons ambulants, le Cheval du diable, le Grand Soldai de Caycnne, et bien d'autres sans doute que nous ignorons.

LES nUTIlOPTKHES.

Paisibles crcatures, iiiotlousivcs, se traînant avec lenteur, grimpant avec peine après les branches, les IMiasmidos ne man-

MÉTAUORPflOSES DE L'eMI'USE APPAUVRI {Empusa pauperala).

geut que le feuillage. Ces Insectes ont le prothorax moins long (pie les autres parties du thorax, qui, chez beaucoup d'espèces, sont fort longues; ils ont une tète dégagée, assez mobile, des

mandil>ules courtes, des pattes longues, seulement propres à la marche, toujours faibles, souvent garnies d'expansions foliacées. 11 est un grand nombre de Phasmides qui n'acquièrent jamais d'organes de vol; leur développement s'arrête de bonne heure, ils restent dans la condition des larves ou des nymphes. Ceux-là ont tellement l'aspect de tiges vertes ou de petites branches grises d'arbustes, qu'il est facile de s'y tromper. Ces Orthoptères acquièrent-ils des ailes, une singularité dans ces organes se fait remarquer : les ailes antérieures demeurent très- petites et généralement en forme de caillerons, tandis que les ailes postérieures ont une ampleur considérable.

Les Phasmides atteignent souvent une très-grande taille : chez certaines espèces, le corps a une longueur de 25 à 30 centimètres elles ailes une envergure de 20 à 25 centimètres. Ces Insectes, incapables d'échapper au danger par la fuite, ont dans leur couleur et dans leur forme un moyen de se dissimuler ; ils possèdent un moyen de défense dans l'émission d'un liquide d'apparence laiteuse, d'une odeur pénétrante et désagréable : l'Insecte inquiété, l'éjaculation a lieu par deux pores ouverts sur les côtés du thorax. Les Phasmides déposent leurs oeufs isolément, en les attachant aux végétaux à l'aide de la matière visqueuse dont ils sont enduits. Les œufs de certaines espèces sont ovalaires; ceux d'autres espèces ont des côtes, des arêtes, et ressemblent, à s'y méprendre, à des graines.

]^es Phasmides sont inconnus dans l'Europe centrale et boréale. Dans nos départements méridionaux et dans tous les pays que baigne la Méditerranée, on- rencontre seulement deux ou trois espèces grêles, toujours privées d'ailes, ayant des antennes courtes et en grains de chapelet. Elles composent le genre Bacille [Bacillus Rossii, etc.). Aux îles Mascareignes, à Madagascar, dans l'Inde, vivent des Phasmides de moyenne taille, mais trèsbizarrement construits. On les appelle des Phyllies, tant ils ressemblent à des feuilles. Les mâles ont les antennes assez Ion-

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gues et les ailes postérieures fort amples; les femelles ont les antennes très-courtes et les ailes antérieures seules très-développées ; dans les deux sexes, les pattes offrent des dilatations foliacées et épineuses tout à fait i)izarres. IMusieurs fois la Phyllie l'euille-sèchede V\nde{PlujUium sicclfolhim) aété apportée vivante en Europe. Nous avons fait re})résenter le jeune et la femelle d'après des individus qui ont excité la curiosité des visiteurs du •Jardin d'acclimatation du Bois de Boulogne, et que le directeur de cet établissement a bien voulu mettre à notre disposition. Les Pliasmides sont nombreux dans toutes les régions intertropieales, mais leurs espèces sont surtout multipliées en Australie. Sur cette terre, habitent les espèces les plus grandes que l'on connaisse, les plus joliment colorées, les plus étranges par les formes.

Tous les Orthoptères que nous venons de signaler étaient autrefois réputés les, Marcheurs, et ceux dont nous allons nous occuper, les Sauteurs. Il y a, en effet, peu d'exceptions de part et d'autre.

Les Loci'STiDEs, ce sont les Sauterelles, mais seulement, qu'on y fasse attention, les vraies Sauterelles, c'est-à-dire les Orthoptères ayant les cuisses postérieures renflées, propres au saut, l(^s tarses composés de quatre articles, les antennes très-longues, l'abdomenterminépar une paire d'appendices articulés et pourvu, chez les femelles, d'une grande et robuste tarière dont la forme rappelle un sabre ou un yatagan.

Chez la plupart des Sauterelles, les organes du vol sont bien développés, les ailes antérieures ou élytres sont longues, les ailes postérieures fort amples. 11 est des espèces où ces organes demeurent toujours à l'état rudimeutaire. Mais, dans tous les cas, les ailes de la première paire, chez les mâles, offrent une disposition des plus curieuses, qui les convertit en instruments de musique. A la base des élytres, les nervures, diversement contournées et toujours très-élevées , laissent entre elles un espace plus ou moins grand, occupé par une mince membrane transparente bien tendue, que l'on nomme le miroir. L'animal, soulevant m\ peu ses

ailes, les frotte-t-il avec force et rapidité, l'une sur l'autre, qu'un sou se manifeste, rendu intense par la membrane mise en vibration. Ainsi est produite la stridulation aiguë, pénétrante, des mâles qui, le soir, appellent leurs femelles, et sans doute les charment par leur chant.

Les Locustides, qui volent assez facilement, malgré Icnr corps lourd, marchent péniblement à cause de la disproportion qui existe entre leui-s pattes de devant et leurs pattes de derrière. C'est par des sauts répétés qu'ils se portent d'un point à un autre. Le mode d'exécution est simple : les jambes, mues par des muscles très-volumineux logés dans les cuisses, forment avec ces dernières arc-boutant pendant la contraction musculaire ; la contraction venant à cesser, les cuisses se redressent subitement sur les jambes, et le corps de l'animal est projeté en l'air. 11 faut ajouter que des rangs d'épines garnissant les jambes assurent encore la fixité du point d'appui.

Les Locustides font usage de leur tarière, ou oviscapte, pour entailler le sol et y enfouir leurs œufs. Cette ponte a été plusieurs fois observée pour nos espèces indigènes, et de vieux auteurs ont représenté des Sauterelles dans l'attitude qu'elles prennent en accomplissant cet acte important de leur vie. Tous les Locustides vivent à peu près dans les mômes conditions, mais pour effectuer leur ponte, ils n'agissent pas tous de la même façon; si l'observation directe manque, les formes et les dimensions variées de la tarière, selon les espèces, nous en fournissent la certitude, bien (pie personne ne paraisse y avoir encore songé.

Les vraies Sauterelles [Locusta) portent sur le front une éminence tuberculiforme et possèdent des élytres plus longues que les ailes postérieures. Le type du genre, la grande Sauterelle verte [Locusla viridissima), que les habitants du centre et du noi'd de l'Europe qualifient si improprement de Cigale, est bien connue de tout le monde.

On distingue, sous le nom do Decti<[ues, des Sautei'oUes cliez

'^:»-~=s; rs.

MÉTAMORPHOSES DE LA SAIJTKRELLE VEIVIE

los(|iiellos le front, large et bombé, n'offre ancunc éniinence. Plusieurs espèces de ce genre sont communes dans notre pays; files ont leurs ailes taobetées de brun : tel le Dectique ronge- \erriies (Declicus verrucivorus), ainsi nommé parce ([ue>cet Insecte, qui mord volontiers ciî (ju'on lui présente avec ses fortes mandibules, était souvent pris par les gens de la campagne pour mordre et détniii-e les verrues (ju'ils avaient aux mains.

liABUlTlSTE rORTE-SEI.I.K, MALE ET FEMELLl ( Barbilislcs cphippiger).

Sous le nom de Barbitistes, les naturalistes désignent lesLocustides dont les ailes rudimentaires affectent la forme d'écaillés. L'espèce la plus répandue, le Barbitiste porte-selle (Barbitistes ephippiger), est quelquefois nuisible aux vignobles.

Qui n'a vu le Grillon des cliamps, le Grillon domestique? qui ne connaît aussi le Taupe-GA'illon ? Les Grillons et les Taupes- Grillons ou Courtilières sont les types de la famille des Grvllides.

Ces Insectes ont de grands rapports avec les Sauterelles, et et;pendant leur aspect est bien différent. Les Gryllides sont des Insectes noctux'nes, de couleurs sombres, brunes, grises; les Locustides, des Insectes qui aiment la lumière, tout en se plaisant à faire entendre leur cri d'amour pendant les chaudes soirées.

Comme les Sauterelles, les Gryllides portent de longues antennes minces ; ils ont de môme des pattes propi'cs au saut, seu-

jSO LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

loinoiit il n'y a d'ordinaire que trois articles à tous les tarses. Les élytres des mâles ont un très-large appareil musical ; chez les femelles, il existe une tarière longue, mais très-frêle.

Dans cette famille, nous comptons deux types principaux : les Gryllines, où les pattes de devant sont simples, et les Gryllotalpines, où les jambes antérieures sont palmées. Pour une foule de gens, les Grillons sont tout simplement les Cri-cris, car ces Insectes, que l'on ne voit pas dans le jour, s'annoncent la nuit dans les champs et dans les maisons par la stridulation des mâles. Les Grillons sont, au reste, en tout autre temps que celui de la pariade, de véritables solitaires. Chaque individu creuse un trou, se cache dans son terrier , ne sort de sa retraite que pour des excursions nocturnes. Il en est ainsi de notre Grillon des champs [Grijllus campeslris), que les enfants de la campagne réussissent à prendre dans son trou en lui faisant mordre un fétu de paille. Le Grillon domestique {Grijllus domeslicus), plus petit, d'un jaune gris, avec quelques marques brunes, se tient dans les crevasses des vieilles murailles ou des vieilles cheminées. 11 est frileux, il cherche les endroits chauds et les endroits où il trouvera de la nourriture. Dans les villes, c'est dans les boulangeries qu'on l'entend, là où il peut trouver du pain à discrétion; dans la campagne, il affectionne les cuisines des humbles maisonnettes, où des débris de toute nature lui fournissent de copieux repas.

Le genre Taupe-Grillon (Gryllotalpa) a une espèce européenne, la Courtilière (Gryllotalpa vulgaris). Ici le type Grillon est notablement modifié, il y a des adaptations à un genre de vie particulier. Les Taupes-Grillons demem^ent dans la terre, et sortent peu de leurs retraites. Leur corps presque cylindrique, leurs pattes trapues, les jambes de devant courtes, étonnamment larges, digitécs en quelque sorte, sont des instruments des plus parfaits pour fouir le sol. Aussi, comme s'en acquittent les Taupes-Grillons! les véritables Taupes de la classe des Insectes, Ces Orthoptères, cependant, choisissent des terres meubles

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