‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 9 sur 102 · LA SCIENCK AUX PRISES A\'KC LE MONDE DES INSECTES · texte numérisé non relu

LA SCIENCK AUX PRISES A\'KC LE MONDE DES INSECTES

de rorgauisatioii des animaux adultes eût été suffisante i)Oui' montrer cond)ieu ces vues de l'esprit, dans leur f^éuéralité, s'aeeordaient mal avec l,i réalili'; les rcclicrclies sur le déveld]!pement des prineii)au.\ ty[)es du lîè^ne animal ont uhli^é à les regarder comme des rêves de l'imagination, et à certains égai'ds comme des résultats d'observations superficielles.

Depuis trente-cinq ans, les zoologistes se sont beauc(uip appliqués à observer les Animaux articulés dès le moment de leur naissance, et parfois à les étudier dans l'œuf. Les lumières qMc ces recherches ont jetées sur les affinités naturelles de plusieurs types sont Sciisissantcs. Les affinités et la condition d'un assez grand nombre de types étudiés seulement dans la foi'me adulte, ou dans une période de leur existence, avaient été entièrement méconnues. L'observation de ces mêmes animaux au sortir de l'œuf et dans les diverses phases de leur vie a amené souvent inie véritable révélation. Les exemples en seront rapportés dans le cours de cet ouvrage ; ce sera l'occasion de mentionner les auteurs de nombreuses découvertes dont nous ne pouvons faire l'énumération dans un simple aperçu historic£ue.

En présence de résultats concluants souvent obtenus par la considération des caractères de l'animal dans son premier âge, d'éminents zoologistes se sont aisément persuadé que l'on était désormais en possession du moyen d'apprécier dans toutes les circonstances, et avec une parfaite certitude, la nature des êtres, les rapports naturels de chaque type. Aussi les classifications présentées d'après cet ordre d'idées ont été nombreuses : MM. Agassiz et vanBeneden, entre autres, ont eu d'heureuses inspirations. Nulle part encore l'idéal n'a été atteint. Le développement embryonnaire n'est point connu jusqu'ici d'une manière suffisante dans tous les types du Règne animal, pour fournir les lumières qu'à la A'érité nous sommes en droit d'attendre du progrès de la science.

Les phénomènes les plus apparents ne pouvant manquer de fixer tout de suite l'attention des observateurs, les phénomènes

(lilfieiles à saisir sont souvent considérés comme étant relativement (le peu d'importance. C'est là une cause d'erreur assez fréquente.

11 existe des animaux qui subissent des métamorphoses complètes, d'autres qui n'éprouvent que des changements peu considérables, depuis leur naissance jusqu'à leur état adulte. La différence est frappante ; souvent, néanmoins, elle existe entre des types liés entre eux jiar les plus grandes ressemblances dans l'ensemble de l'organisation.

L'Insecte de l'ordre des Coléoptères, le Hanneton, le Capricorne, naît dans un état embryonnaire très-peu avancé ; en naissant, il a l'aspect d'une sorte de ver.

L'Insecte de l'ordre des Orthoptères, la Sauterelle, le Perceoreille, au sortir de l'œuf, ressemble aux adultes, il ne subit point de véritables métamorphoses. Cependant, par tous les détails de leur organisation, le Coléoptère et l'Orthoptère n'offrent que (les différences d'orch'e secondaire. Le Coléoptère a des relations bien plus étroites avec l'Orthoptère qu'avec le Lépidoptère, auquel il ressemble par son mode de développement.

Parmi les Crustacés, il y a des exemples de différences analogues dans la marche du développement, et ces exemples sont encore bien plus saisissants.

Certains Crabes, observés vers le moment de leur naissance, s'étaient montrés presque semblables à leurs parents ; on avait conclu de ce fait que les Crabes en général ne subissaient pas de métamorphoses. On savait, d'autre part, que l'Ecrevisse naît avec les formes de l'adulte; de ce fait, ajouté au précédent, on avait conclu que les Crustacés, au moins les plus élevés en organisation, n'éprouvent aucun changement notable dans le cours de leur existence. C'est le contraire qui est la vérité pour le très -grand nombre des représentants de ce groupe /oologique. Un naturaHste de 1 Ecosse, John 'V^aughan Thompson, a le premier apporté une suite d'observations intéressantes sur ce sujet. Des recherches récentes nous ont fait connaître

LA SCIENCE AUX PRISES AVEC LE MONDE DES INSECTES. /il les transfonnatidus dans une l'onlc de genres de la classe des Crustacés.

Ces animaux. |ionr la pliiiiai't. passent d(inc par des formes successives, tandis (|ne (inel(|ues-nns d'enti'c eux |>résentent à jieiiie de légères niodifioations dans leurs appendices. Une différence aussi considérable n'est uullenienl l'indice d'orp,anisations })articulières.

I^a Langouste, dans son premier âge, est un être tout différent de l'adulte ; au coutriùre, le Homard, en sortant de l'œuf, est un animal [)res([ue pareil à ses parents. Néanmoins la Langouste et le Homard, ayant la même organisation générale, diniieurent les représentants de deux familles voisines.

Ces faits sont loin de diminuer l'importance que les zoologistes de nos jours attachent à la connaissance des phases du développement des animaux. Ils attestent une chose, la nécessité de se rendre compte exactement de la nature des phénomènes observés. Tous les animaux d'une même classe, d'un même ordre, quel- (piefois d'une même famille, ne naissent pas ayant un semblable degré de développement. Chez les uns, le développement s'effectue prest[ue en entier dans l'œuf. Ici il n'y a pas de métamor- ])hoses, pas de transformations, mais seulement un accroissement, et à une époque déterminée l'apparition des organes de la reproduction. Chez les autres, le développement qui s'effectue dans l'œuf s'arrête de bonne heure ; l'animal nait à l'état d'embryon, à l'état de larve, et là, suivant que l'état embryonnaire est plus ou moins avancé, il y a des changements successifs plus ou moins considérables, de véritables métamorphoses. Dans l'étude de deux types, il est donc toujours nécessaii'e de faire porter les comparaisons sur des individus qui sont dans la même l»ériode de leur développement organique, et non pas, d'après leur âge calculé, de l'instant de leur naissance. Ces vues, poui' n'avoir encore été nulle part très-clairement exposées, n'en sont pas moins senties de nos jours par divers naturalistes.

Si (U^piiis une ({uaraiitaine d'années les études sur le développement des Animaux articulés ont enrichi la science d'un grand nombre de faits d'un haut intérêt, les recherches sur l'organisation de ces mêmes animaux ont fourni des résultats encore plus considérables.

MM. Victor Audouin et Milne Edwards, par leurs travaux sur le système nerveux et la circulation du sang chez les Crustacés, ont apporté, les premiers, des connaissances exactes sur un sujet où les notions précédemment acquises étaient fort imparfaites et souvent entachées d'erreurs.

Un anatoniiste consciencieux, patient, et habile à représenter par le dessin les objets qu'il avait étudiés, Straus-Durckheim, né à Strasbourg en 1790, mort à Paris en 1865, l'auteur ])ien connu d'une magnifique monographie anatoniifpie du Hanneton, publiée en 1828, a découvert la structure du cœur ou vaisseau dorsal des Insectes, et il a donné les plus belles figures que nous possédions encore des muscles et de l'appareil respiratoire d'un Insecte.

Dans le même temps, un professeur de Dresde, M. Carus, a démontré l'existence de la circidation du sang chez les Insectes.

Un savant, reconHuandable par ses nomJjreux travaux sur l'anatomie, sur les mœurs et les métamorphoses des animaux de la même classe, Léon Dufour, né à Saint-Sever (Landes) en 1782, mort le 18 avril 1865, a fourni à la science pendant une période de plus de cintpuinte années une multitude d"ol)servations intéressantes.

Un des naturalistes de l'époque moderne, dont les recherches ont contribué particulièrement aux progrès récents de nos connaissances sur les Articulés, est George Newport. Les travaux de ce savant portent le cachet d'une finesse d'observation et d'une sagacité rares, d'une justesse d'appréciation saisissante, d'une habileté consommée dans l'art des dissections, d'un amour de la vérité entière élevé à sa plus haute expression.

LA SCIENCK AIX l'IilSES AVEC LE MrtNDE DES INSECTES. /|3

(je(ti'<j,(' Xcwiinil, iK- le 1 i IV'vricr |S()3 à Çîiiitei'hnry, est mort à Londres le S ;i\iil iS.'ii. .Mc'dcciii par iK-ci'ssité, iijitiir;iliste piir g-oùL il est l'aiilciir d uni- adiniralilc Etude du développoinent du système nerveux clie/. un Insecte (le S[)liinx deTroëne). C'est JNe\vi)orl .|ui a i'i''V('l(' les |.rin<'iiianx lails l'elatil's à la slrueturc de cet apiiareil or^ani(|iie chez les Articidi'S.

On lui ddil une s(>rie de mémoires sur l'analonne, la pliysiol(i,i;ie et les ni('laiii(ir|>li(ises des Insectes; sui' plusieiu's siijels. des décciuvertes d un int('i'èf exceptionnel ipu' nous aui'oiis pins taid ruccisioii de rapi»eler, ainsi ipinne inipoi'Ianle (■Inde du d(''vel()p- [leiiient des MyriaiMtdes.

(ieorp' Newport est certes un des grands savants (pi'ait eus 1 Angleterre ; mais l'Angleterre s'en est peu doutée, surtout tant (pi il a vécu. Aux prises avec les dures nécessités de l'existence, l'homme digne d'occuper une haute position, l'homme auquel auraient dû être procurées toutes les facilités pour l'exécution de ses hrillants travaux, n'a pu consacrer qu'une partie de son temps à ses icclierches scientiPupies. Dans les dernières aimées de sa vie, ([ui n'a pas été hien longue, Nevvport avait reçu de la ninniticence royale une petite pension. Cette faveur, nous sonnnes heureux de le dire, était vernie à la suite des clialéureiises niaripies d'estime souvent données aux o;uvres du naturaliste anglais par un de nos zoologistes, un des savants les plus illustres de notre époque.

N'ayant guère le droit de parler des résultats des plus récentes investigations entreprises sur le système nerveux et le mode de circulation du sang chez les Insectes, ou des dernières recherches sur l'organisation des Arachnides ; ne pouvant, d'autre part, mentionner des centaines de mémoires relatifs à des sujets spéciaux, nous terminerons ici notre aperçu historique. Dans 1(> cours de cet (mvrage, on verra ce que les travaux delà période scienti(i([ue actuelle ont apporté de faits intéressants.

Cependant, après avoir jeté un ra[>ide coup d'cil sur les

travaux qui ont particulièrement contribué à élever nos connaissances sur les Animaux articulés au degré c|u'elles ont atteint de nos jours; après avoir montré comment ont été découverts successivement les principaux phénomènes de l'organisation et de la vie de ces êtres ; après avoir dit comment la classification ou la méthode en zoologie a conduit à comprench'e le plan de la nature et à formuler les généralisations qui sont le triomphe de la science, il n'est peut-être pas inutile d'exprimer en peu de mots de quelle façon on est arrivé à enregistrer tous ces Insectes, Arachnides, Crustacés du monde entier, qui forment d'immenses collections.

Tant que les obsem^ateurs n'eurent sous les yeux que les espèces de leur pays, ils songèrent peu à donner des descriptions et des figures des espèces indigènes. Mais, après la découverte de l'Amérique, alors que le goût des explorations lointaines gagna les peuples de l'Europe, les navigateurs rapportèrent do leurs expéditions des animaux c[ui frappaient leur imagination par leur beauté ou leur étrangeté. Les Hollandais et les Anglais recueillirent beaucoup d'Insectes, d'Arachnides, de Cralies remarquables par leur taille, par leurs formes, par leurs couleurs. On commença à former des collections de ces Insectes exotiques. Ces collections eurent bientôt des admirateurs, des enthousiastes. Le désir de peindre et de faire des descriptions des magnifiques Papillons de Java et d'Amboine, on des Antilles et de l'Amérique du Sud, des énormes Scarabées, des splendides Buprestes, des Araignées géantes des régions tropicales, ne tarda pas à se .manifester. Pendant le cours du xvni° siècle, on vit ainsi paraître les recueils très-généraux de Seba, de Sloane, de Petiver, le recueil de Drury, spécial aux Insectes, celui de Pierre Cramer, consacré exclusivement aux Lépidoptères, etc.

La zoologie descriptive prit son véritable caractère quand Linné s'appliqua à donner le signalement exact de toutes les espèces qu'il put connaître, et à imposer à ces espèces une nomen-

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c'iatiire fixe et in-écise. Le chemin était tracé, les collections se ninlti[>liérent : cha«|ne jorn- l'onrnissait l'occasion d'observer des animaux ([iie Iciii voyait ponr la ju'cmière fois. 11 y ent nn grand zèle de la [tait des collectionnenrs ponr décx'irc les espèces nouvelles. Un professeur de l'université de Kiel, Jean Christian Fahricius, pendant plus de trente années (177;)-! 808), s'est occupé uni(piement de nommer, de décrire et d'enregistrer les Insectes de tous les pays, et les ouvrages de cet auteur sont devenus en (piehpie sorte le point de déi)art de l'entomologie descriptive.

Depuis 1815, les voyages s'étant multipliés dans toutes les parties du monde, beaucoup de ces voyages ayant été effectués dans le seid but de recueillir les objets d'histoire naturelle d'une conti'ée, les collections des musées de l'Europe, et même les collections spéciales de certains amateurs, ont pris d'immenses l)roportions. 11 n'était plus possible à un homme de faire un nouvel inventaire des représentants connus de la classe des Insectes, ou même des représentants d'un seul ordi'e de cette classe ; alors les uns se sont livrés particulièrement à l'étude d'une famille, les autres à l'étude d'un genre. On a eu des monographies descriptives.

L'étude des espèces dune famille est encore un travail long, minutieux. Beaucoup d'amateurs possédant un, deux ou trois Insectes nouvellement obtenus, brûlaient souvent du désir de les faire connaître, de leur domier un nom : des recueils périodiques destinés à recevoir les descriptions et les images des espèces nouvelles furent fondés en Angleterre et en France ; des sociétés se sont constituées dans le but de faciliter la publication de mémoires descriptifs. Et voici comment il existe par le monde des centaines d'entomologistes qui récoltent, classent, déterminent, décrivent des Insectes, et seraient presque désolés d'apprendre quelque chose de l'organisation ou des conditions d'existence de ces êtres qui, placés dans leur collection, sont à leurs yeux autant de joyaux.

/,(i LES MÉTAM(iHPIIOSi;S DES lA'SECTES.

On se tromperait beaucoup, du reste, en estimant de peu d'importance ces collections où chaque espèce est soigneusement étiquetée et placée à côté des espèces qui lui ressem])lent le plus; on se tromperait encore en n'attachant pas une valeur sérieuse à ces ouvrages, mémoires, notices, consacrés à de pures descrij»tions. Ces collections et ces publications nombi*euses nous ont conduit à connaître les animaux qui peuplent le monde, et à pouvoir désigner ces animaux d'une manière précise. Aujourd'hui on est fort avancé à cet égard. Les explorations lointaines nous fournissent chaque aimée des espèces nouvelles, mais il est bien rare que ces espèces n'appartiennent pas à des foi-mes déjà parfaitement connues.

Le besoin de déterminer exactement les êtres que l'on étudie dans les manifestations de leiu* existence est de première nécessité. Des observations de Réaumur et de quelques autres naturalistes ont perdu une grande partie de leur intérêt, par suite de la façon vague dont les espèces ont été désignées. Une connaissance rigoureuse des groupes zoologiques et des plus légères modifications dans les formes extérieures des animaux domie à l'anatomiste et au physiologiste les idées de comparaison sans lesquelles toute généralisation est impossible. Ce sera l'éternel honneur de Georges CuA^er d'avoir montré que le véritable zoologiste, dans l'étude des animaux, ne saurait parfaitement comprendre son sujet, s'il vient à se désintéresser de l'élude de certaines parties.

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