I.ES ARACIIMDES
Pour tous les obsoi'vatoiirs, les Amchiiides coinjtteut au nonihre des êtres les plus intéressants du monde, animé. Chez les représentants les plus parfaits de cette classe de l'embranchement des Animaux articulés, il va une richesse d'organisation dans des corps réduits à de minimes proportions, qui est une des plus étonnantes merveilles que les anatomistes aient découvertes. Ces mêmes représentants de la classe des Arachnides, si admirablement organisés, fournissent le spectacle des plus curieux instincts, et souvent d'une intelligence qui se manifeste par les actes les mieux réfléchis. Dans la classe des Arachnides, cependant, le type se dégrade, et chez une foule de petites espèces ou ne trouve rien de plus remarquable que chez les Insectes les moins parfaits.
Dans leur ensemble, les Arachnides se distinguent d'une manière assez nette des autres Articulés, bien qu'il existe des différences profondes dans l'organisation des divers types qui composent cette classe; de là une impossibilité de formuler avec
précision une séi'ie de caractères convenant à la fois à tous les Arachnides, ù l'exclusion de tous les Crustacés et de tous les Insectes.
Ces animaux, qui naissent pour la plupart avec toutes les formes des adultes, n'ont jamais d'ailes. Ils ont la tête et le thorax confondus, de manière à former un tronc antérieur, que les zoologistes désignent sous le nom de céphalothorax ; les pattes ambulatoires, toujours au nombre de quatre paires chez Igs adultes; les pièces buccales ordinaires, nulles ou rudimentaires, et remplacées par une paire de pattes-mâchoires; des yeux simples dans tous les cas ; des antennes extrêmement variables sous le rapport de leur forme et appropriées à différents usages.
Les Arachnides sont tous conformés pour une respiration aérienne, s'effectuant, soit au moyen d'organes localisés, désignés généralement sous le nom de poumons ou de sacs pulmonaires, soit au moyen d'organes ramifiés dans les différentes parties du corps, c'est-à-dire de trachées plus ou moins semblables à celles des Insectes.
Avec la connaissance des faits que nous avons énoncés touchant l'oi'ganisation des Insectes, on parviendra aisément à saisir les rapports qui établissent un lien entre les Arachnides inférieurs et les Insectes, les particularités qui caractérisent au plus haut degré les Arachnides supérieurs.
Un des traits frappants de la conformation des Arachnides, c'est l'absence très-ordinaire des divisions annulaires. En effet, chez un Arachnide inférieur comme un Acarien, le corps ne présente pas d'anneaux distincts, là tête n'est pas nettement séparée du thorax, le thoi'ax et l'abdomen paraissent se confondre ; chez un Arachnide supérieur, une Araignée par exemple, le corps semble n'avoir que deux parties, le céphalothorax et l'abdomen. C'est une union intime des pièces tégumentaires qui s'opère de très-bonne heure. Des séparations annulaires existent chez les embryons des Araignées, ainsi qu'il a été constaté autrefois par Herold et Rathke, et récemment par M. Claparède.
LES AHACIINIDES. li'l
Dans quelques types, ccpendaut, les Scorpions i>ai' ex('ui[>lo, les auuiilatious persistent clans certaines parties du corps. Le système musculaire, dans les types les plus parfaits, est d'une puissance admirable ; les muscles des appendices de la locomotion se trouvent si heureusement partagés, ({u'il en résulte pour l'animal une précision et une siireté de mouvements qui dépassent ce i[uc l'o.n voit chez les autres Animaux articulés. Le système nerveux des Arachnides allecte les mêmes dispositions et, selon les groiqies, la même diversité de centi'alisation que chez les Insectes. S'il y a une différence, elle porte seulement snr le système nerveux de la vie organique, et consiste dans des détails dont la description ne saurait trouver ici sa place.
Les appareils de la vie de nutrition des Arachnides ont des caractères qu'il importe de considérer. Le tube digestif se porte presque toujours en droite ligne de l'extrémité antérieure à l'extrémité postérieure du corps. L'estomac offre, chez la plupart des ty[)es, des prolongements plus ou moins considérables, des diverliculum dans le langage des anatomistes, qui souvent s'étendent jusqu'à la base des appendices. Curieuse disposition organique ayant pour but de i^etenir et de faire circuler les matières ingérées, disposition fréquente chez les animaux qui vivent surtout de substances fluides. Les glandes salivaires, au moins chez les Arachnides les plus parfaits, demeurent sans connexion intime avec l'appareil alimentaire, et sont converties en organes vénénifiques s'ouvraut à l'extrémité des antennes, ici détournées des usages cpi'ou leur trouve dans les autres classes d'Articulés. L'organe hépatique, réduit à de simples canaux chez les Insectes, n'est pas dans une autre condition chez quelques Arachnides inférieurs; mais, chez les Arachnides les plus élevés en organisation, le foie forme une masse énorme enveloppant tout l'intestin. Il est constitué par une multitude d'utricules s'ouvrant dans d'étroits canaux et présentant l'apparence de grappes.
L'appareil respiratoire, dont le caractère général est d'une
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fixité absolue, avec les dispositk)iis particulières médiocromunt diversifiées chez les Insectes, est au contraire très-modifié entre les divers Arachnides. Dans les types inférieurs, c'est un système do trachées disséminées par tout le corps, s'ouvrant au dehors par des stigmates. Dans les types supérieurs, ce sont des organes localisés à la base de l'abdomen. Il peut y en avoir une paire, deux paires ou quatre paires, ce qui est rendu sensible à l'extérieur par le nombre des orifices. Chacun de ces oï'ganes semble, à un premier examen, être l'assemblage de lamelles fort minces empilées les unes contre les autres, et que Treviranus, le premier anatomiste qui s'est occupé avec un certain succès de l'organisation des Arachnides, a comparées aux feuillets d'un livre. Par un examen approfondi, on s'assure que ces lamelles ne sont autre chose que de petits sacs aplatis, recevant l'air dans leur intér-iour, ayant, comme les trachées des Insectes, des parois formées de deux tuniques, entre lesquelles se trouve interposé un tissu aréolaire répondant au fil spiral des trachées. Il faut ajouter que cet ensemble de petits sacs respiratoires est revêtu d'une membrane assez résistante, constituant une véritable poche. Ces organes respiratoires localisés des Arachnides supérieurs ont été appelés ordinairement des poumons ou des poches pulmonaires. Peut-être est-il préférable de ne pas chercher une autre désignation; seulement il importe de se convaincre que ces organes respiratoires des Arachnides n'ont de commun avec les poumons des Vertébrés que d'être localisés sur un point de l'économie, et qu'ils n'oiît aucun rapport de conformation ou de structure. Pendant longtemps, on a pu croire à une différence très-nette, très-considérable entre les Arachnides à poches pulmonaires et les Arachnides à trachées, en d'autres termes, à organes respiratoires localisés ou diffus. Une découverte du célèbre naturaliste de Montpellier, Dugès, apprit l'existence simultanée de ces deux sortes d'organes chez la même espèce : c'était montrer l'identité fondamentale de leur nature.
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l/;il.l>arL'il de la ciinilalidii du saii- allrclc ciitiv les lypcs (lAi'achiiidi's les iiiodilicalioiis les plus intrivssautcs. Clit'Z Il-s o-^pèces où les organes do la irspiralioii soiil dill'iis, le systèmo vnsculaiiv osl Irès-siiintlo, uu peu iiioius tuidel'ois (pic clicz les Insectes; les orgaues respiratoires sont-ils en partie localisés, en partie diffus, le système vasculaire se complique, et il devient d'une complication, d'une richesse incroyable dans les types où les organes rcs|»iratoires sont tout à fait localisés. Le creur occupe exactement la même position (jue chez les Insectes : c'est un vaisseau doi'sal. Dans les types les plus élevés seulement, ce tube, assez large, surtout en avant, a des parois épaisses et un péricarde résistant, en continuité de tissu avec des vaisseaux latéraux chargés de reporter le sang, des poches pulmonaires au cœur. Là, où il y a des trachées, il n'existe pour tout système artérieLju' une aorte et queUpies branches ; de même que chez les Insectes, le sang, pour se porter aux organes, emprunte la périphérie des trachées. Là, où il y a des poumons, une aorte naît de la chambre antérieure du cœur, pénètre dans le céphalothorax et s'y partage en grosses artères qui se ramifient à l'infini, et de la dernière chambre du cœur part une artère postérieure. Le sang, parvenu dans toutes les profondeurs de l'économie par une multitude d'artérioles, tombe alors dans des réseaux capillaires et des canaux veineux, sans parois propres, mais admirablement endigués par les tissus environnants et par une certaine quantité de tissu conjonctif. Le sang veineux conduit aux organes respiratoires, s'infiltre dans les sacs pulmonaires par des canaux particuliers, d'où il est ramené dans le cœur par les vaisseaux latéraux (pneumocardiaques)au moyen d'un mécanisme analogue à celui d'une pompe foulante.
La classe des Arachnides se partage de la manière la plus naturelle en cinq ordres : les Aranéides, les Pédipalpes, les Tétracères, les Holètres, les Acariens.
Les AuANÉiDES sont les animaux ([ue tout le monde appelle les
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Araignées. Animaux de grande utilité dans la natiirr. paru' (ju ils détruisent une foule d'Insectes nuisibles; animaux industrieux, pleins de ruse, il est vrai, mais aussi pleins d'habileté. Un préjugé insensé, cpii se transmet de génération en génération, ferait croire que les Araignées sont des êtres malpropres ou malfaisants. Jamais de toutesles erreurs accréditées par des personnes ignorantes, il n'y en eut de plus complètes. Les Araignées ne peuvent nuire; quant à leur propreté, nulle part ailleurs elle n'est plus grande. Leurs poils souvent barbelés comme des plumes, leurs fins duvets examinés même sous le microscope, se montrent toujours d'une netteté irréprochable, et, quant à leur régime, il n'est pas de nature à inspirer le dégoût. Qui ne sait que les Ai'aignées se nourrissent de proie vivante et se laisseraient périr de faim plut<jt que de toucher à un cadavre.
L'ordre des Aranéides, établi par Walckenaer en 18()."i, répond au genre Araignée (Ai'anea) de Linné, de tous les anciens auteurs, nous pourrions dire de tout le monde. Défini avec la précision qui convient à la science, il comprend les Arachnides, qui ont le corps revêtu ordinairement d'un tégument assez flexible ; toute la partie supérieure du céphalothorax d'une seule pièce; des yeux, au nombre de six ou de huit, diversement groupés suivant les genres, mais toujours situés sur le devant du céphalothorax ; des antennes-pinces pourvues d'un crochet ou doigt mobile replié en dessous, percé à son extrémité inférieure d'une très-petite fente destinée à livrer passage à un venin; des pattesmâcboires en forme de petites pattes, ayant dans les mâles le dernier article conformé pour servir d'organe copulateur; un abdomen pédicellé, sans annulations, portant autour de l'orifice anal des mamelons cylindriques ou coniques, percés de petits trous pour le passage de fils soyeux.
11 faut ajouter que les chélicères ou antennes-pinces de ces Arachnides renferment des glandes destinées à la sécrétion d'un venin ; que leur respiration s'effectue, tantôt au moyen exclusif de
LES AHACHMIIKS. (i?*,
SJK's [luliuùiiiiires, ;iii iioiiilu'c soil de deiiN, soit de (iiialrc, taiit(\l au moyen tout à la fois de sacs pulmonaires et de trachées.
W'alckenaor, et après lui les auteurs qui se sont occupes des Aranéides, se sont attachés à donner une représentation lidèle de la position des yeux dans cha([ue type : c'était un moyen de classilication (jui a été tort utile. La manière dont ces organes sont groupés suffit à nous éclairer sur le genre de vie des espèces. Les pattes se terminent par des crochets-, les crochets sont tantôt simples, tantôt garnis de dents régulières qui les font ressembler à de petits peignes, tantôt divisés dans le sens de la longueur, de fai^ion à constituer des fourches. Savigny avait ix^marqué ces curieuses modifications, et il a donné d'excellentes figures des crochets d'un certain nombre d'Aranéides. Ces petites pièces sont souvent préparées comme objets curieux à regarder au microsco}>e.
Très-curieux, on cllèt; mais ne nous bornons pas à une simple contemplation; l'étude comparative conduit à voir de quelle façon travaille telb; ou telle Araignée à la seule inspection des crochets de ses tarses ; instruments d'autant plus compli<|ués cpie le travail doit être plus parfait. Au nombre des particularités remarquables de l'organisation des Araignées, il faut noter la faculté de produire de la soie, qui a souvent valu à ces animaux l'épithète d'Aracbnides fdeuses. Les organes producteurs de soie sont des glandes ayant des conduits qui aboutissent à l'extrémité des petits tuyaux de l'abdomen, c'est-à-dire les filières. Certaines Araignées ne produisent qu'une sorte de soie; d'autres, de deux sortes; d'autres, de trois sortes. Chez les premières, toutes les glandes sont pareilles; chez les secondes, il y en a de deux sortes, et chez les dernièi'es, de trois sortes diflérentes. Quand on veut exprimer la ténuité, ou prend pour terme de comparaison le fd de l'Araignée; or, ce fil d'une admirable finesse est déjà formé d'une multitude de fds, car l'extrémité de la filière, percée de nondjreux petits trous, est un véritable crible.
Plusieurs volumes pourraient être employés à la narration des mœurs et des instincts des Aranéides. Nous disposons de quelques pages, c'est juste assez pour une mention touchant les types les plus curieux.
Les Aranéides de la famille des Mygai.inf.s ont des formes robustes et des pattes épaisses; des fdiôres au nombre de quatre; des orifices respiratoires et des poches pulmonaires au nombre de deux paires ; des yeux au nombre de huit, rassemblés sur nn mamelon et groupés de telle sorte que l'animal peut voir dans toutes les directions à la fois, en avant, en arrière, sur les côtés.
L'Araignée ainsi favorisée est chasseresse; elle ne saisit pas sa proie au piège, elle court le pays; elle avait donc besoin de voir partout autour d'elle, autant pour s'emparer d'une proie que pour n'être pas surprise par un ennemi redoutable. Les grandes Mygales de l'Amérique du Sud, les géants parmi les Araignées, produisent peu de soie; elles se cachent dans des creux d'arbres, derrière des écorces détachées; la nuit, sortant de leurs retraites, elles se jettent non-seulement sur des Insectes, mais aussi sur de petits Oiseaux et sur des Lézards.
Au midi de l'Exu'ope, il y a des Mygales. Bien [)etites à côté des grandes espèces velues de la Guyane et du Brésil, elles sont autrement intéressantes. Elles ne prennent point, comme les autres, une cachette de hasard. Chaque individu, ingénieur habile, ouvrier excellent, se construit une ravissante demeure. Examinons en particulier le logis d'une espèce de la Corse, la ^lygale pionnière (^Mygale fodiens) ; mais d'abord examinons xm peu le constructeur. Ses antennes-pinces sont garnies d'une rangée de pointes figurant une sorte de râteau : les crochets de ses tarses portent des dents qui les font ressendjler à de petits peignes. Râteaux des antennes-pinces, crochets des tarses, voilà les instruments dont notre Araignée fait un admirnble usage. Dans une terre argileuse rougeàtre, la Mygale creuse un [>uits profond, cylindrique, un peu évasé eu haut, dans lequel elle jjourra mon-
LES AIIACII.MIt
'lONNIERE 1;T SUN HAIUTA (ilygale foiliens).
ter et dcsceiulre bien à son aise. Il serait trop long de parler do' la patience nécessaire pour enlever une si grande masse de terre, à peu près, grain à grain. Pendant le travail, les parois du puits sont consolidées avec de la matière soyeuse ; mais encore l'Araignée ne se contente pas d'une muraille nue, elle la couvre d'une tenture de soie fine, plus douce que le satin. La demeure construite, une porte est nécessaire, et c'est ici que toutes les expressions admiratives seraient impuissantes à donner une juste idée de l'œuvre de notre Mygale. Cette porte, sorte de couvercle, est formée de couches de terre liée par de la matière soyeuse ; le disque, qui a une grande épaisseur, est élargi de bas en haut, de façon à emboîter exactement la partie évasée du trou. A l'extérieui", la porte est toute raboteuse, comme le sol environnant, pour que rien ne trahisse l'habitation; à l'intérieur, au contraire, elle est couverte d'un tissu de soie semblable à celui qui garnit la muraille du logis. C'est bien d'avoir une porte, seulement il faut pouvoir l'ouvrir et la fermer. Une charnière et une serrure sont donc indispensables. La charnière est construite avec une petite masse de soie épaisse et résistante ; du côté opposé, la serrure est x'eprésentée par un cercle de petits trous. La Mygale est dans son terrier ; entendant qu'on rôde près de sa demeure, que peut-être on cherche à y pénétrer, elle se porte aussitôt vers l'entrée ; enfonçant ses griffes dans les petits trous, se roidissant contre les pai'ois, elle s'efforce d'empêcher toute violation de son domicile. La nuit, pour sortir et aller en chasse, il lui suffit, comme aux habitants des caves de quelques villes du nord de la France, de soulever sa porte, et de la laisser retomber; au retour, elle la tire avec ses griffes et se glisse dans son réduit.
Malgré leurs habitudes solitaires, les Mygales pionnières s'établissent en certain nombre près les unes des autres.
Victor Audouin a décrit leurs nids en 1833. Mais, depuis 1758, on connaît l'habitation do la Mygale maçonne {Mygale cœiueH(aria), (ibservéo pour la prcniiôrc ibis par l'altbé de San-'
LES AliACllMDl-.S. <i7(i
va^vs, aux ciiviroiis de M(iiit|i('llie'i'. Li' nid de la Maronne ne ditfère do celui de la l'uiniiière <[ui; par ^a diuieusiou Ix-aucoui) [dus petite et par, sa couleur. La Maçonne, dont les habitudes ont été suivies en plusieurs circonstances, pond ses œufs vers la fin de l'été; elle garde lonf>lenips ses jeunes dans. sa demeure, et l'on a aftirnié (pi'à une époi[ue, elle cohabite avec le niàle, ce qui n'est pas dans les habitudes ordinaii'es des Araignées.
Les Araiii''i(les de la famille des Skiiksiuiiius iiiérileiil d'être connues. Coniuie les Alygalides, elles ont (jualre orifices respiratoires, mais les deux premiers seuls conduisent à des poches pulmonaires, les autres sont en rap[)ort avec des trachées. Elles n'ont que six yeux rangés sur le front, et les crochets pectines. Les principaux genres de cette famille sont les Ségestries et les Dysdères. La Ségestrie florentine [Segeslria /lorenlina), lune de nos plus belles Araignées, est noire avec des reflets violacés et des antennes-pinces d'une couleur verte, métallique, éclatante. Sous des rebords de murailles ou dans des trous, elle se construit un long tube de soie blanche et se tient à l'affût dans cette demeure. N'aperçoit-on pas aussitôt la co'incidence ([u'il y a entre cette habitude et la position des yeux de l'animal. L'Araignée n'a besoin que de voir en avant; les yeux postérieurs, nécessaires aux espèces ([ui vivent à découvert, lui étaient inutiles; ils n'existent [)as. Le type du genre Dysdère (Dysdera erylhrina), jolie; Araignée ayant le céphalothorax et les pattes rouges et l'abdomen d'un blanc laiteux, est fréquente dans les bois. Cette espèce étaldit son nid sous les pierres, souvent au voisinage des fourmilières, faisant une guerre acharnée aux Fourmis.
Les Drassides ont huit yeux, nn corps trapu, un abdomen lai peu déprimé. A cette famille on est tente de rattacher les Argyronètes; mais uos études sur l'organisation' de ce type ne sont pas encore suffisantes pour apprécier nettement sa parenté zoologique. Malgré tout, l'Arg-yronèle — on connaît une seule espèce du genre — est l'Araignée la plus exti-aordinaire par ses habitudes.
Los formes de l'animal ne trahissent aucune singularité. C'est une Araignée d'un brun noir, couverte d'une pubescence serrée, qui a les yeux disposés sur deux rangs. L'intérêt ne commeuce (piavec l'histoire des mœurs, de l'instinct, de l'industrie de notre Aranéide. Cette espèce vit dans l'eau, et, ne pouvant respirer que dans l'air, elle se construit une cloche, une véritable cloche à plongeur. On a bien raison de dire que les hommes n'ont à peu près rien invojité qui ne se trouve en modèle dans la nature. Prise pour la première fois en 174i dans une petite rivière près du Mans par l'abbé de Lignac, elle a été retrouvée dans l'Erdre, près de Nantes, quelques années plus tard, par cet observateur, qui a fait un charmant et naïf récit des mœurs de l'Araignée aquatique. L'Argyronète, rencontrée en Suède, en Allemagne, par divers naturalistes, avait été vue également aux environs de Paris à la fin du dernier siècle par Walckenaer. Personne en France n'avait pu se la procurer depuis cette époque. Un jour que nous venions de rappeler cette circonstance, un jeune savant de la Belgique, M. Félix Plateau, nous apprit que l'Argyronète n'était pas rare dans les fossés des environs de Gand, et qu'il nous en ferait parvenir des individus. Ce sont ces mêmes individus qui se sont mis au travail dans de petits vases dont nous donnons les portraits dans leurs différentes attitudes. Nous avons suivi le travail de l'Araignée comme h? fit le pèi'e de Lignac, cent vingt ans auparavant. L'Argyronète se tient fréquemment sur les feuilles des plantes aquatiques qui flottent à la surface de l'eau. Si sou domicile est à construire, elle plonge rapidement la tète en bas, entraînant avec le duvet <pii la recouvre une certaine quantité d'air attaché à la surface de son corps comme un vêtement d'argent. Se plaçant sous quelque enchevêtrement de tiges, et frottant rapidement son corps avec ses pattes, elle détache les petites bulles d'air, qui se réunissent en une masse retenue par les plantes. Elle remonte à la surface, et recommence la même manœuvre jusqu'à ce ([ue la masse d'air
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soit un peu consiclôrahle. Alors elle emprisonne cet air dans un réseau de lils cpii, peu à peu. devient un tissu fin et serré. Des cordages, fixés aux plantes oii aux pierres, maintiennent la cloclic. Uiinsdi' I cscondirhiiis. 1 Ar;iii;iiée lui donne la forme
L'AUGïnO.NÈTE AQUATIQL-I {Afguroncla aquatUa).
d'un dé à coudre, souvent un peu rétréci par en bas, de façon à se garantir contre les visites importunes. La cloche achevée, si elle n'est pas sufrisarameut remplie d'air, l'Argyronète s'y prend poiu- comhler la niesiu'c, comme elle l'avait fait au début de son
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travail. Le domicile bien établi, son propriétaire s'y blottit et guette les Insectes au passage. Le père de Lignac a vu le uiàle construire sa cloche près de celle d'une femelle, établir une galerie pour communiquer avec celle-ci après avoir l'ait une ouvertui'e dans la paroi.
Les Brasses, petites Aranéides brillantes, s'établissent dans l'herbe, sous des pierres et sous d'autres abris, et s'y construisent une petite tente soyeuse simple ou double. Les femelles enveloppent leurs œufs dans un cocon qu'elles veillent avec une constante sollicitude. Les Clubiones fabriquent leurs logements entre les feuilles des plantes, sous des écorces et même sous des pierres. Ici les logements sont des coques d'une soie bien blanche. Au mois de juillet, dans les champs de la Beauce , nous avons vu un grand nombre de jolies coques artistement installées entre les tiges d'Avoine; ici l'Araignée bien cachée dans son nid et veillant ses œufs, là l'Araignée sur sa coque, entourée^ de ses petits, qu'elle semblait garder avec inquiétude.
LesTHÉKiDiomDEs, qui sont une nombreuse famille d'Aranéides, fabriquent des toiles et demeurent sédentaires, prenant leur proie dans leurs filets. Leurs yeux, au nombre de huit, sont placés sur le front et disposés en trois groupes. Les Théridions sont de mignonnes Araignées, établissant entre les feuilles des plantes ou sur les murailles uu réseau lâche, mais régulier, et logeant leurs œufs dans un cocon formé de bourre de soie. On adonné le nom de Théridion bienfaisant (Tlieridion benignum) à une toute petite espèce qui installe son domicile sur les Vignes. Bienfaisant en vérité, il mange une foule d'Insectes nuisibles à la Vigne. Les Linyphies, aux formes assez sveltes, aux antennes-pinces longues dans les mâles, très-nombreuses eu espèces, très-répandues dans nos bois et dans nos campagnes, tissent des toiles en nappe. A Madagascar, rapporte M. A. Vinson, des Linyphies viennent s'établir sur les grandes toiles des Epéires pour y glaner les petites proies. l'^lli's chercliciit une protection contre les Oiseaux (jui