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V IP

ÉCAILLES DE l.i.l'lDOITKliKS DE H] Il HI1ENTS GENRES.

1 , '2. Papillon Machaon. — 3, i. Morplio Ménélas. — 5. Hcspcrie miroir. — 11. Sùsie apifonne. — 7. Zy^ciu de la Filipendulc. — 8, 0, 10. Sphinx du Troène. — 11. l'ic'ropliorc penladaclyle.

Tous les Lépidoptères ont pour caractère, comme l'exprime leur nom (XemSoi, écailles; mtça,, ailes), d'avoir les ailes revêtues d'écaillés à la face supérieure et à la lace inférieure. Parfois cependant le caractère se dégrade. 11 y a des Papillons dont les ailes sont en grande partie transparentes. Les ailes sont transitarentes parce qu'elles sont nues ; mais encore, chez ces Insectes, les écailles existent toujours sur les bords, sur les nervures, sur quelques espaces. Le caractère ne manque donc jamais.

Quand il s'agit des particularités extérieures des Lépidoptères, il ne l'an I pas s'arrêter à la seule considération des ailes.

LES LÉPIIXtPTÈKES. 159

Les pattes sont presque toujours très-frêles, relativement à l;i masse et au poids du corps. Ces Insectes, en effet, marchent peu pour la plupart, surtout les espèces diurnes. Ils ne font guère usage de leurs pattes que pour se poser. En général, les trois paires de pattes sont également développées, mais dans quelques groupes de Papillons de jour celles de la première [taire sont atrophiées. Plus petites que les autres, dépourvues de crochets à leur extrémité, mais très-velues, elles demeurent sans usage, appliquées contre la poitrine.

Les pattes des Lépidoptères sont couvertes de poils et d'écaillés; les postérieures portant parfois des faisceaux de longs poils, et dans

EXTRÉMITÉ DES TARSES DE DIVERS LEPIDOPTERES. Papillon Machaon. — -. Ilclu'uilic a;»>eii'h:s, — o. Vauesse Paon-Je-jour. — i. Sphinx ilu Troène.

la plupart des espèces nocturnes, des pointes auxquelles on donne le nom d'éperons. Le rôle de ces pointes, dont le développement est très-variable suivant les genres, n'a pu encore être décou-

vert. Les tarses se terminent par des crochets qui ont toujours la même configuration chez les Nocturnes, mais qui se modifient au contraire d'une façon très-remarquable parmi les Diurnes. Chez certains types, les crochets sont simples et très-longs ; chez d'autres, ils sont divisés; chez d'autres encore, ils sont complètement partagés jusqu'à leur origine, et dans leur intervalle il existe une sorte de pelote ou de semelle flexible. Cette curieuse variabilité des crochets dans les Lépidoptères a été signalée par M. Doyère, il y a environ vingt-cinq ans. On s'imagina que l'on pourrait employer les caractères fournis par ces parties à la distinction des genres ou des groupes. On se trompa. Dans le même genre, des espèces voisines peuvent avoir, les unes des crochets simples, les autres des crochets bifides. C'est une simple adaptation à des conditions biologiques. Chaque espèce a des crochets conformés pour se poser sur des fleurs, sur des feuilles, sur des troncs, où il est plus ou moins facile de se maintenir.

La tête des Lépidoptères n'est jamais très-grosse. Les antennes, composées d'une longue suite d'articles, offrent toutes les formes imaginables. Les yeux sont presque toujours assez gros et velus, et souvent il existe sur le front des ocelles dont on s'explique d'autant moius la présence, qu'ils sont ordinairement recouverts par les poils et les écailles de la tête.

Les Lépidoptères ont une bouche conformée d'une façon particulière et adaptée à un genre de vie spécial. La lèvre supérieure et les mandibules n'ont plus aucun usage; ces pièces, nous avons déjà constaté le fait, sont réduites à l'état de vestiges. Des précautions infinies sont nécessaires pour les trouver cachées sous les poils et les écailles qui garnissent la tète. Les mâchoires, au contraire, ont en général un remarquable développement. Minces, étroites, flexibles, extrêmement allongées, intimement rapprochées l'une de l'autre sans être soudées, mais excavées à leur côté interne de manière à former un canal, elles constituent une trompe. Cette trompe a souvent la longueur du corps de l'animal et

parfois bien davantage. Son allongement était indispensable au Papillon puisant sa nourriture dans le fond de la corolle des fleurs. Mais la trompe varie beaucoup sous le rapport de sa dimension, selon les espèces. De là un indice certain de la nature des Heurs de prédilection pour l'espèce. Le Papillon butinant sur les fleurs à corolle étalée n'a besoin que d'une petite trompe; il en faut une longue à l'espèce qui préfère les fleurs à corolle en cornet. Il est des Lépidoptères dont la trompe est rudimentaire ; ce sont ceux qui ne prennent aucune nourriture. Tout le monde sait que le papillon du Ver à soie ne mange jamais. Des Insectes de divers groupes n'arrivent à l'état adulte que pour se reproduire. Le but étant rempli, ils meurent.

Cette trompe, grande ou petite, si elle n'est pas absolument rudimentaire, est toujours roulée en spirale pendant le repos. De la sorte elle occupe peu de place; elle ne peut en rien gêner les mouvements de l'animal. L'Insecte est-il pris de la tentation de humer le nectar d'une fleur, soudain, par un effort des muscles maxillaires, la trompe se déroule.

Les palpes des mâchoires, si développées chez les Insectes broyeurs, sont ici tout à fait rudimentaires; organes réduits à l'état de vestiges, ils existent comme simples témoins d'organes ayant un rôle important chez une foule de représentants du monde des Insectes. Les palpes de la lèvre inférieure conservent presque toujours, au contraire, des proportions notables; suivant toute probabilité, ils agissent comme organes de tact.

Les Lépidoptères, parmi lesquels nous comptons les Insectes les [tins magnifiques entre tous les Insectes, offrent peu de faits remarquables dans leurs habitudes. A l'état de larves ou de chenilles, ils ont encore parfois des instincts curieux; mais à l'état de papillons, ils vivent quelques jours, paraissant n'avoir d'autre rôle à remplir que d'embellir la nature. Ils satisfont à la loi de la reproduction; les femelles pondent leurs œufs dans l'endroit convenable, prenant les soins nécessaires à leur pro-

tection avec un instinct qui n'est jamais en défaut, puis tous 1rs individus adultes disparaissent.

On ne saurait, dans l'état actuel, expliquer comment se produit la coloration chez les Lépidoptères des différents groupes. A ce sujet, des faits seulement peuvent être notés. Toutes les espèces de certains genres se trouvent avoir les mêmes nuances. Les espèces les plus brillantes appartiennent aux régions les plus chaudes et les plus humides : l'Amérique du Sud, les îles de la Sonde et les Moluques et certaines parties de l'Inde. La plupart des groupes du Règne animal offrent des exemples analogues qui ont été partout signalés.

Dans le grand genre pour lequel on a réservé le nom de Papillon (Papilio), on voit des groupes entiers composés d'espèces dont le système de coloration est uniforme. Des espèces de ce genre, répandues aux Moluques, aux îles de la Sonde, dans l'Inde, dans la Chine méridionale, ont des ailes d'un noir de velours, sablées de bleii ou de vert métallique et ornées de taches ou de bandes de la même nuance. D'autres espèces du genre, propres à l'Amérique du Sud, aux Antilles, au Mexique, se distinguent par des ailes postérieures parées d'une grande tache ou d'une bande d'un rouge écaidate à reflets d'opale sur un fond noir. D'autres encore, et en très-grand nombre, ont les ailes bigarrées de jaune et de noir.

Les Piérides, le grand Papillon du Chou en est le type, onl généralement les ailes blanches; les Coliades. les ailes jaunes: les Argus, de couleur bleu de ciel chez les mâles, brune chez les femelles. Les Danaïdes ont la tète et la poitrine ponctuées de blanc; les splendides Morphos de l'Amérique méridionale ont la plupart les ailes d'un bleu métallique chatoyant.

11 existe ainsi très-souvent une sorte d'uniformité dans le système de coloration d'espèces appartenant à des groupes naturels plus ou moins étendus. Ceci s'applique aux représentants de beaucoup de divisions du Règne animal, maison en

est surtout frappé à l'égard des Lépidoptères et des Oiseaux.

Cherchons-nous les causes de la coloration des Lépidoptères, le but de la nature en attribuant certaines nuances à des espèces, nous demeurons dans l'ignorance. Les causes déterminantes de la coloration d'un animal nous échappent encore d'une manière à peu près complète ; c'est l'action seule de la lumière [dus ou moins intense dont nous apercevons parfois les effets. Le but de la nature au contraire nous apparaît clairement dans diverses circonstances.

Tel animal vit sur les branches ou sur le feuillage d'un arbre, il aura les teintes sombres du bois ou les nuances vertes des feuilles; c'est une livrée qui dissimule sa présence et le fait échapper à des ennemis. Une infinité de Chenilles en offrent l'exemple. Pour les Lépidoptères diurnes qui recherchent la lumière, paraissant destinés à être l'ornement des campagnes, les couleurs ne sont pas des moyens de dissimulation.

Le docteur Boisduval a cité de nombreux exemples remarquables de Lépidoptères pareillement colorés appartenant à différentes familles. Dans nos campagnes, volent au bord des sentiers les Zygènes et l'Euchélie du Séneçon, ayant également des ailes d'un vert bronzé, ornées de taches routes comme le plus beau carmin. Dans nos bois, se mêlent les Mélitées ou les Damiers avec la Lucine, espèces de genres très-dissemblables, si pareilles par leur coloration, que de loin on ne les distingue pas entre elles. Dans les mêmes lieux, c'est une Phalène toute blanche (Geometra dealbata) qui semble vouloir se confondre avec un Papillon de jour, une Piéride (Pieris Napi). A la Chine, le voyageur, trompé par la couleur, peut prendre pour des frères, une Phalène (Phalœna papilionaris) et des Danaïdes aux ailes tachetées de vert. Dans l'Amérique du Sud, les faits du même genre sont nombreux. A Surinam, une Phalène (Phalœna osiris) et un Papillon (Papilio artimon) vivent ensemble, portant la même livrée. Au Brésil comme à la

16ft LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

Guyane, ce sont d'élégants diurnes, des Héliconies et des Castnies appartenant à cette division que les anciens naturalistes appelaient les Crépusculaires, d'un aspect tellement semblable, que les yeux les confondent en les voyant voler dans les sombres forêts du nouveau monde.

Les Piérides ont la plupart les ailes blanches, mais quelquesunes sont parées des couleurs jaunes, rouges, noires des Lépidoptères d'une autre famille, les Héliconies. Et ces Lépidoptères. Piérides par tous leurs caractères de chenille, de chrysalide, de papillon, Héliconies par leurs couleurs, voltigent aux mêmes lieux. Un voyageur anglais, habile entomologiste, M. H. Bâtes, qui a recueilli d'intéressantes observations sur les Lépidoptères de la vallée de l'Amazone, a vu, parmi les Héliconies vivant en immenses troupes, les Piérides qui leur ont emprunté leurs nuances, des espèces de plusieurs autres genres de Diurnes et même des Phalènes toutes si pareilles aux Héliconies par leur coloration, par leurs habitudes, par leur vol, qu'il devient impossible dans cette foule de distinguer les unes des autres. L'auteur anglais pense que la nature, en donnant à la Piéride ou à la Phalène l'aspect des Héliconies, lui a fourni un moyen d'échapper aux animaux insectivores. L'explication ne semble pas heureuse. L'oiseau chasseur aurait-il donc une préférence pour la Piéride sur riléliconie?

Parmi les Lépidoptères, les individus des deux sexes sont souvent tout pareils, mais très-fréquemment aussi ils présentent dans leur coloration des dissemblances extrêmes et parfois de très-grandes inégalités dans leur développement. 11 est des femelles privées d'ailes; il en est de si imparfaites, qu'on les prendrait aisément pour des larves.

11 n'estpas d'ordre, dans la classe des Insectes, dont les métamorphoses aient été autant observées que celles des Lépidoptères.

Les larves , les chenilles, comme on les appelle habituellement, de la plupart de nos espèces européennes, ont été décrites

et figurées. Les chenilles d'un assez grand nombre d'espèces des autres parties du monde ont également été l'objet de représentations plus ou moins fidèles. 11 y a une séduction pour l'artiste, pour le peintre, à faire le tableau de l'Insecte aux couleurs ou aux formes étranges, et de la plante qui le nourrit. C'esl l'animal et le végétal unis par la puissance créatrice, un poëme de la nature qui attire volontiers un esprit observateur.

Les chenilles, à bien peu d'exceptions près, se nourrissant de végétaux, il est facile et amusant de les élever en captivité, de les voir grossir, puis se métamorphoser. Cette éducation est pleine d'attrait pour les amateurs de Papillons. Ils épient le moment de l'éclosion, et se trouvent posséder des individus qui u'ont pas secoué leurs ailes, qui n'ont pas perdu une écaille, qui enfin sont d'une ravissante fraîcheur.

C'est un but plus sérieux cependant qui a conduit beaucoup de naturalistes à s'occuper des chenilles. Sous leur première forme, les Lépidoptères offrent plus d'intérêt à certains égards que pendant la dernière période de leur existence, où ils se montrent dans tout leur éclat. Les chenilles, «lu reste, ont aussi leur beauté, et parfois une beauté singulière. 11 est impossible de comprendre le sot préjugé, répandu parmi les personnes ignorantes, qui leur fait regarder ces Insectes comme dangereux ou répugnants. En comptant bien, nous ne trouverons guère, eu Europe, plus de trois ou quatre espèces dont on doive se méfier, et encore n'y en a-t-il qu'une seule vraiment redoutable. Celles-ci ont des poils aigus qui se détachent avec facilité, pénètrent l'épiderme et causent une démangeaison. Mais tontes les autres chenilles sont des animaux que Ton peut toucher sans le moindre inconvénient, des animaux qui se nourrissent exclusivement des plantes sur lesquelles on les rencontre , et qui ne justifient le dégoût sous aucun rapport.

Dès le moment où l'on commença à observer les larves des

Lépidoptères, l'intérêt s'attacha à leur étude. Tous les Papillons semblent vivre à peu près .de la même manière; les chenilles offrent de nombreuses différences dans leurs conditions d'existence. Des espèces de Lépidoptères, assez dissemblables à l'étal de papillons, se ressemblent à L'état de chenilles. Des espèces si voisines à l'état de papillons, que leur caractérisation ('•tait des plus difficiles, ont des chenilles faciles à distinguer par leur coloration, par la nature de leur régime, par leur séjour de prédilection.

Des rapports manifestes entre les espèces d'un même type pendant leur premier âge s'obscurcissent chez les adultes, comme on en a des exemples frappants aujourd'hui dans toutes les grandes divisions du Règne animal. Le sentiment de cette vérité avait déjà conduit, en 1775, deux amateurs de Vienne, Denis et Schiffermiïller, à classer les Lépidoptères d'après les caractères des chenilles.

Les ouvrages spécialement destinés à faire connaître les Lépidoptères sous leurs formes de chenilles et de chrysalides sont nombreux. Même en ne s'occupant pas des anciens livres, dont les figures étaient grossières, on peut énumérer une série de belles publications sur ce sujet. Dans le siècle dernier, un observateur américain, John Abbot, avait décrit et représenté avec une remarquable perfection les chenilles, les chrysalides. les cocons d'un grand nombre d'espèces des Etats-Unis. Son ouvrage a été publié avec luxe à Londres, en 1797, par Smith. Pour les métamorphoses des Lépidoptères d'Europe, on consulte toujours les planches d'un peintre d'Augsbourg, Jacob llùbner, qui ont paru de 1806 à 1818. En 1832, le continuateur de l'ouvrage bien connu de Godart sur les Papillons de France, Duponchel, commença une publication sur les chenilles des espèces européennes. Dans le même temps, trois entomologistes, MM. Boisduval, Rambur et Graslin, s'associèrent pour un travail du même genre. Ces ouvrages, recommandai des à

plus d'un titre, n'onl pas été achevés. Certaines chenilles se trouvent partout, mais d'autres sont difficiles à rencontrer, et les recherches infructueuses découragent les investigateurs.

Les métamorphoses des plus petits Lépidoptères occupent aujourd'hui plusieurs observateurs. L'ouvrage le plus considérable et le plus complet qui ait paru sur ce sujet, est celui d'un auteur anglais, M. Stainton.

Depuis quelques aimées, un entomologiste de Lyon, M. Millière, l'ait connaître; les premiers états encore inobservés de beaucoup d'espèces rares, accompagnant ses descriptions de charmantes figures, dont le naturaliste ne laisse à personne le soin de l'exécution.

Les Lépidoptères étant si bien connus dans leurs métamorphoses, n'aurons-nous donc à présenter à leur sujet que les observations des auteurs spéciaux? Non, certes. Dans ce champ si exploré, mille petites découvertes restent à faire. On a décrit les formes générales et les couleurs des chenilles, les conditions de leur existence, les caractères des chrysalides, les particularités que présentent les cocons. C'est déjà beaucoup, mais il y a davantage à considérer.

Toutes les chenilles ont une tête bien distincte, un corps plus ou moins allongé, composé de douze anneaux, une bouche pourvue de pièces propres à la mastication, avec une filière pratiquée dans la lèvre inférieure, trois paires de petites pattes attachées aux trois premiers anneaux, et que l'on nomme habituellement les pattes écailleuses, eu outre des pattes membraneuses, le plus ordinairement au nombre de cinq paires. Les premières sont les vraies pattes; elles deviendront les pattes du papillon. Les autres sont les fausses pattes; constituées par de simples prolongements de la peau garnis de crochets à l'extrémité, elles sont absolument transitoires : l'Insecte adulte n'en conserve aucune trace.

Les pattes et les pièces de la bouche ayant presque la même

configuration chez toutes les espèces, aucun observateur n'a songé à les regarder de bien près. Or, l'examen de ces parties nous conduira à des aperçus d'un réel intérêt. Une vue nouvelle nous montrera l'existence des Lépidoptères dans leur premier âge, sous un aspect qui n'a même pas encore été entrevu. Nous verrons alors combien sont admirables, chez ces êtres, les adaptations des appendices aux conditions d'existence de chaque espèce. L'examen d'une patte suffira à nous apprendre si cette patte appartient à une chenille qui grimpe après les tiges ou <pii se tient sur les feuilles, ou qui vit à l'intérieur du bois, ou qui séjourne dans la terre, à la racine des végétaux, ou qui demeure cachée dans l'intérieur des feuilles. L'observation du labre ou lèvre supérieure, cette petite pièce avancée au-dessus des mandibules, nous dira comment l'Insecte prend sa nourriture. En poussant notre investigation à l'intérieur de l'animal, la considération des glandes qui produisent la soie nous permettra de décider sans autre information si nous avons affaire à une chenille devant subir à découvert sa transformation en chrysalide, ou à une espèce qui s'enferme dans un cocon faible ou solide.

Les chenilles, arrivées au terme de la croissance, cessent de prendre de la nourriture ; les unes choisissent un endroit convenable pour se fixer par une partie de leur corps ou pour s'enfermer dans une coque soyeuse, les autres s'enfoncent dans la terre. En cet état, la chenille se raccourcit, sa peau se fend, et alors se montre la chrysalide, un être emmaillotté. presque immobile, où se dessinent déjà à l'extérieur les formes générales du papillon.

Les formes des chrysalides sont souvent très-caractéristiques; aussi les classificateurs y ont donné la plus grande attention. Affectant presque toujours des formes anguleuses chez les

(1) Voyez page \\!\.

espèces diurnes, elles sont oblongues, arrondies et de couleur brunâtre chez les espèces nocturnes.

11 est presque toujours assez facile de distinguer les unes des autres les espèces de Lépidoptères. Les contours des ailes, les détails de leur coloration surtout, fournissent des signes qui n'échappent pas à des yeux attentifs. Mais vient-on à s'efforcer d'établir de grandes divisions, des familles, des genres, dans cette multitude si attrayante, la difficulté se trouve plus grande que dans la plupart des autres ordres. La raison en est simple : l'organisation générale des Lépidoptères varie dans les limites les plus étroites entre les espèces de l'aspect le plus différent. Aussi les classificateurs se sont donné, sinon beaucoup de peine, au moins beaucoup de tracas, pour grouper ces Insectes de la manière la plus naturelle.

Les appendices ne subissent que des modifications assez minimes. Le régime étant partout le même, les organes de la digestion conservent un grand caractère d'uniformité. Le système nerveux n'offre pas cette diversité de degrés de centralisation, si remarquables dans plusieurs des autres ordres. Tous les Lépidoptères ont, à peu de chose près, le même degré de perfection organique. Les Nocturnes, et surtout les Bombyx, ont, sous ce rapport, un léger avantage sur les Diurnes et les Phalènes, mais l'avantage est faible.

Linné n'avait distingué que trois grands genres dans l'ordre entier des Lépidoptères: les Papillons, les Sphinx et les Phalènes. Les trois genres constituèrent, dans la classification de Latreille , les familles des Diurnes, des Crépusculaires, des Nocturnes. Quand le nombre des subdivisions admises commença à être considérable, les trois familles devinrent des sections ou des divisions supérieures aux familles. Puis on s'aperçut que les noms de Diurnes, de Crépusculaires et de Nocturnes ne répondaient pas dans tous les cas à l'idée que l'on devait s'en former et que les trois sections n'étaient pas différenciées par des caractères précis. Tout le

monde reconnut qu'il n'y avait que deux grands types dans l'ordre, l'un représenté par les Diurnes, l'autre par l'ensemble des Crépusculaires et des Nocturnes. Les premiers ont tous des antennes terminées en massue; pour eux le nom de Rhopalocères fut inventé par Duméril. Pour les autres, le docteur Boisduval imaginale nom d'Hétérocères, appellation assez peu satisfaisante,

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