‹ Métamorphoses mours et instincts des insectesChapitre 18 sur 61 · MÉTAMORPHOSES DU THÉCLA « BLA · texte numérisé non relu

MÉTAMORPHOSES DU THÉCLA « BLA

(Thecla W album)

agissant à la manière d'une ventouse : c'est un indice que la chenille marche sur mie surface d'ordinaire plane comme une feuille,

qu'elle ne grimpe guère après les tiges. En effet, toutes les chenilles des Lycénites, très-lentes clans leurs mouvements, se déplacent fort peu. Après avoir rongé une feuille, elle se porte sur la feuille voisine, et c'est là leur plus grand voyage. De la couleur du feuillage au printemps et blotties habituellement à la face inférieure des feuilles, ces chenilles sont difficiles à apercevoir. C'est une sauvegarde contre leurs ennemis, tous les insectivores, qui volontiers en feraient leurs délices.

Les chenilles du Thécla W blanc se trouvent communément sur les Ormes de nos routes, des parcs, de la lisière des bois; elles se transforment eu s'attachant aux feuilles sur lesquelles elles ont vécu. Les chrysalides, légèrement pubescentes, sont d'un gris brun, avec une rangée latérale de points noirs. Comme chez toutes les espèces du groupe, les anneaux de leur abdomen sont immobiles. Le papillon éclot une quinzaine de jours après la métamorphose de la chenille, et on le voit voler pendant tout le mois de juin. On n'a pas encore observé où il dépose ses œufs, ni sous quelle forme l'Insecte passe l'hiver.

Tous les autres Théclas ressemblent à celui-ci par leur genre de vie comme par leur transformation. Le Thécla du Prunellier (Thecla Spini) se montre souvent dans les jardins. Le Thécla du V.hèno (Thecla Quercûs), dont les ailes sont glacées de bleu violacé, n'est pas rare dans les bois. Le Thécla de la Ronce (Thecla Rubi) est commun dans la plupart des taillis où croit la plante (|iii nourrit sa chenille. 11 offre une coloration exceptionnelle chez les Lépidoptères; ses ailes, brunes en dessus, sont en dessous d'un vert clair uniforme. Une espèce de la Californie (Thecla dumetorum, Boisd.) en est toute voisine, ayant ses ailes absolument de la même couleur. 11 est du reste très-remarquable de voir combien une foule d'espèces de la partie occidentale de l'Amérique du Nord ressemblent aux espèces de l'Europe tempéi'ée.

Le geni'e des Polyommates se distingue des Théclas par les antennes, dont la massue est plus courte et plus épaisse, et par

•jo'i LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

les ailes postérieures sans prolongement. Le nom de Polyommates, qui signifie beaucoup d'yeux, fait allusion aux petites tacbes cerclées, assez semblables à des yeux, qui ornent la face inférieure des ailes de ces jolis Lépidoptères. En dessus, les ailes des Polyommates sout en général d'un fauve doré et d'un éclat métallique produit à peu près de la même manière que cbez les Morphos. Toujours cbez les femelles, quelquefois chez les mâles également, ces ailes brillantes sont tachetées de noir.

Pendant leur premier âge, les Polyommates ressemblent extrêmement aux Théclas. L'espèce la plus commune du genre est le. Bronzé de Geoffroy (Polyommalus phlœas). Comme quelques Vanesses, elle a une grande partie du monde pour patrie; elle vole partout sur les chemins, dans les champs rocailleux, dans tous les endroits découverts. Le Polyommate de la Verge-d'or (Polyommalus virgaureœ) est le plus étincelant : les ailes du mâle sont d'un rouge doré uniforme. C'est une espèce qui habite les Alpes et qui ne se trouve jamais que dans les pays de montagnes. Le Polyommate chryseis (Polyommalus chryseis), ou YArgus-saliné-changeant d'Engramelle , presque aussi beau, mais d'un ton un peu violacé et chatoyant, est parfois abondant dans les grandes forets. C'est charmant, au mois de juin, de le voir briller au soleil, dans les petites avenues de la forêt de Chantilly.

Sous le nom de Lycéna, on a distingué des Polyommates toutes les petites espèces aux ailes bleues en dessus, quelquefois brunes cbez les femelles, et généralement ornées en dessous d'une multitude de tacbes ocellées. Ce sont de vrais Argus, comme les appelaient les anciens entomologistes, et comme nous voudrions les appeler encore, si le nom d Argus ne désignait, depuis Linné, une espèce en particulier.

A ce genre se rattache le Porte-queue bleu slriê de Geoflroy (Lycœna bœlica), d'un bleu grisâtre en dessus, tout strié en dessous, et orné à l'angle des ailes postérieures de quelques points

LES LEPIDOPTERES. 205

ocellés, ayant une pupille d'or. C'est un joli petit papillon, auquel la petite queue de ses ailes donne infiniment d'élégance. 11 est fort répandu dans l'Europe méridionale, en Afrique et en Asie, et il est devenu commun dans une grande partie de là France, depuis que le Baguenaudier a été propagé dans les parcs et les jardins. Sa chenille vit dans les siliques de cet arbrisseau et en ronge les graines.

La plupart des Lycenas n'ont pas de rayures à la face inférieure de leurs ailes, mais seulement des taches ocellées. Partout, dans les plaines, au milieu des champs de Trèfle, de Sainfoin, de Luzerne, voltige l'Argus bleu (Lycœna alexis). Le mâle a les ailes du plus beau bleu de ciel, avec des reflets chatoyants; la femelle a les ailes brunes. Sa chenille vit sur les Légumineuses les plus répandues. L'Argus bleu céleste (L. adonis), un peu moins abondant que le précédent, est peut-être encore plus joli. L Argus bleu nacré {L. corydon) se plaît dans les avenues des bois et dans les plaines arides. Les chenilles de ces espèces vivent sur différentes Légumineuses.

Les Eryciuites, dont les variétés de formes sont extrêmes, habitent les régions chaudes du monde. Par leurs premiers états, par leurs métamorphoses, d'après les observations de plusieurs voyageurs, elles diffèrent fort peu des Lycénites. Une seule espèce de ce groupe se trouve en Europe, et cette espèce a la coloration et toute l'apparence d'une petite Mélitée : des ailes fauves quadrillées de noir. C'est la Lutine ou le Fauve à lâches blanches d'Engramelle (Nemeobhts lutina), Lépidoptère très-commun au mois de mai, dans les clairières des forêts et des grands bois. Sa chenille possède la physionomie des Cloportes, comme celle des autres Eryciuides, et sa chrysalide, ramassée, obtuse, est couverte d'une fine pubescence.

Les Hespémides, qui forment notre quatrième famille de l'ordre des Lépidoptères, s'éloignent d'une manière très-notable des types précédents. Ce sont des Diurnes qui déjà se rapprochent

des Nocturnes d'une façon saisissante. Ils ont un corps épais; une tête forte, élargie; des antennes renflées eu une massue allongée comme un fuseau, et souvent courbée à l'extrémité, à la façon d'un crochet ou d'un hameçon. Leurs pattes sont bien développées, et les postérieures en particulier sont fortes, avec leurs jambes munies de deux paires d'épines. Les ailes de ces Lépidoptères ont une ampleur très-médiocre, relativement au volume du corps; elles ont très-généralement des couleurs grises, brunâtres, fauves.

Les Hespériides étaient mises par Linné au nombre des Plébéiens; cette classification était justifiée par une taille petite, par des couleurs ternes, par un vol saccadé, lent, humble en quelque sorte. En considération de leur allure incertaine, Geoffroy les nommait les Estropiés.

Ces Lépidoptères voltigent dans les endroits couverts, les étroites allées des bois, les taillis sombres; ils semblent presque confus de se montrer à la lumière. Les Hespériides sont parfaitement des Diurnes, et elles affectent une analogie d'allure surprenante avec certains Nocturnes.

Si les Hespériides, à l'état adulte, diffèrent beaucoup des familles précédentes, elles s'en éloignent aussi sous leur première forme. Leurs chenilles, par leur aspect, par leurs mouvements brusques, rappellent la démarche des Pyrales. Elles ont un corps mince, allongé, une tête grosse, arrondie. Pour dissimuler leur présence, elles se cachent souvent dans les rigoles d'une feuille dont elles retiennent les bords au moyen de quelques fds. Au moment de subir leur transformation, elles établissent avec plus de soin leur retraite, puis elles s'attachent par l'extrémité de leur corps comme tous les autres Diurnes, et s'enlacent en outre avec un certain nombre de fds entrecroisés : c'est une sorte de réseau très-léger. Les chrysalides sont minces, longues, anguleuses.

Les Hespériides ne sont, à proprement parler, qu'un grand

LES LEPIDOPTERES. 207

genre; mais, d'après des particularités ou des détails de faible importance, elles ont été réparties en plusieurs genres. Les espèces étrangères à' l'Europe ont une taille moyenne. Ce sont les Eudaines, surtout abondants dans l'Amérique du Sud. Quelques-uns d'entre eux se trouvent dans les régions méridionales de l'Amérique du Nord. Leurs premiers états ont été représentés dans le grand ouvrage de Smith et Abbot, et M. Agassiz a étudié les métamorphoses de l'Eudame tityre (Eudamus lilijnis), dont la

IMORPHOSES DE l'HESPÉRTE UIROI1

[l'miqilitln aracynlhus).

chenille vit sur le Robinier faux-Acacia. Les llespéries de notre pays sont toutes fort petites. On a donné le nom de Pamphiles à celles qui se plaisent dans les bois couverts. Leur corps est plus mince «pie celui des autres Hespéries, et leurs antennes, ayant une massue ovalaire, ne se terminent point par un crochet.

Tous les amateurs connaissent et recherchent l'Hespérie miroir (Pamphila aracynthus). Le papillon est en dessus d'un

brun imiràlre, le mâle presque sans taches, la femelle un peu tachetée de jaunâtre. Dans les deux sexes, les ailes postérieures sont ornées en dessous de taches blanchâtres cerclées de brun, que l'on prendrait volontiers pour autant de miroirs. C'est ce qui a valu à l'Insecte son nom vulgaire, partout en usage. Le Miroir vole parfois très-communément dans les grandes forêts, pendant les mois de juin et de juillet. Sa chenille se trouve au printemps sur les Graminées. D'une couleur verte, bien pareille à celle de l'herbe qui la nourrit, se tenant au pied de la plante, elle est difficile à découvrir. Elle se transforme comme nous l'avons dit des llespériides en général.

Une autre espèce de même genre, plus répandue que la précédente, est appelée Y Echiquier par les vieux entomologistes du dernier siècle [Pamphila paniscus). Elle a des ailes fauves, avec un treillis noir, figurant assez bien un damier ou un échiquier.

Les llespéries proprement dites ont un corps robuste et des antennes terminées par un petit crochet. Toutes les espèces ont des ailes d'une teinte fauve uniforme, présentant parfois quelques lignes noires. On les voit voler pendant tout l'été dans les broussailles et à la lisière des bois, comme l'Hespérie bande-noire de Geoffroy (Hesperia linea), comme l'Hespérie Sylvain (Hesperia sylvanus).

Les espèces qui ont des ailes festonnées de couleur grise cl marquetées de brun ou de noir composent un genre particulier (Syrichlus). La [dus répandue dans les endroits où croissent des Mauves, des Altlueas, est la Griselte (S. malvarum). On la voit souvent dans les jardins. Sa chenille, pour se mettre à l'abri, roule une partie d'une feuille de la plante dont elle se nourrit.

Le Poinl-de-Honqric d'Engramelle (Hesperia loges — Gre Erynnis), une de nos plus petites llespéries, dont les antennes sont peu renflées, se montre partout au printemps et à la fin de l'été.

LES LEPIDOPTERES AUX AILES RETENUES PAR UN FREIN [Uhalinoptères).

Les Lépidoptères dont les ailes sont ordinairement pourvues d'un frein forment une division infiniment plus considérable que la précédente. C'est un ensemble de types plus nombreux, en général mieux caractérisés, parfois représentés par des multitudes d'espèces à peine distinctes les unes des autres par quelques détails de coloration ou quelques autres particularités de fort peu d'importance. Dans cette vaste division, ou observe aussi des habitudes plus diversifiées, des mœurs souvent plus curieuses que chez les Diurnes (Achalinoptères).

Tous ces Lépidoptères étaient appelés autrefois les Crépusculaires et les Nocturnes. Encore employés dans le langage vulgaire, ces noms méritent d'être conservés comme des expressions agréables à toutes les oreilles, à raison de leur simplicité et de l'idée générale qu'ils laissent dans l'esprit. Ces noms, cependant, ont dû être abandonnés des naturalistes : aucun caractère précis ne séparait les Crépusculaires des Nocturnes, aucune distinction n'était possible entre les espèces qui volent au crépuscule et les espèces qui volent dans lafDuit. Tout dort quand la nuit est complète.

Mais en confondant dans une même grande division les Crépusculaires et les Nocturnes, le nom de Nocturnes ne pouvait-il être conservé pour désigner l'ensemble? Les entomologistes de l'époque actuelle ne l'ont pas pensé. Parmi les Nocturnes, il est beaucoup d'espèces qui volent au grand jour, qui ne volent même que dans le temps où le soleil est dans son éclat. Le nom était capable d'induire en erreur; c'était assez pour le condamner.

Les Lépidoptères crépusculaires et nocturnes ne possèdent en

commun aucun caractère aussi général que la présence du frein servant à maintenir les ailes postérieures fixées aux ailes anté-

ANTENNES DE QUELQUES LÉPIDOPTÈRES CHALINOPTÈRES. Sphinx du Trocne. — 2. Bombyx cecropia. — 3. Fidonie à plumels.

rieures; néanmoins le caractère disparaît dans quelques genres. Les antennes, conservant chez tous les Diurnes une configuration peu différente, varient ici, au contraire, dans les plus larges limites. Ces appendices affectent très-ordinairement la forme de

fils ou de soies, mais souvent aussi ils sont garnis de crénelures, de barbes, de longs rameaux, et dans plusieurs groupes ils sont renflés vers le bout, offrant les formes de massues les plus diverses.

Dans la division des Lépidoptères aux ailes pourvues d'un frein, Crépusculaires et Nocturnes, dominent les teintes grises et brunâtres, teintes de murailles et de troncs d'arbres, teintes tristes de la nuit. Mais il est de ces Nocturnes dont les ailes ont de délicates nuances claires d'une certaine vivacité, seulement elles sont dépourvues du brillant, du chatoyant des ailes des Diurnes. Les Nocturnes qui recherchent le grand jour, qui se plaisent au soleil, qui vivent, en un mot, de la vie des Diurnes, oui aussi parfois les couleurs éclatantes de ces derniers, mais le ton est pins mat : c'est le mat des plus belles couleurs que présentent parfois les animaux de la nuit, ou des animaux qui, pendant le jour, préfèrent les endroits les plus sombres des forêts, comme certains oiseaux des mieux parés. Un œil profondément exercé saisit la différence entre les écailles de l'aile d'un Papillon de jour et celle du Papillon de nuit le plus richement coloré ; la différence est impossible à définir, elle échappe presque à toute description.

Chez les Crépusculaires et les Nocturnes, les ailes ne se redressent jamais. Pendant le repos, elles se rabattent sur le corps.

Des Lépidoptères, singuliei's par leur aspect sous la forme de papillons, remarquables par leurs habitudes sous la forme de chenilles, constituent le genre des Sésies (Sesia), genre qui, à lui seul, est presque une petite famille entière (famille des Sésiides).

Les personnes dont l'œil est peu habitué aux distinctions entre des objets ayant entre eux une vague analogie, prennent aisément les Sésies pour des espèces d'Hyménoptères assez voisiues des Guêpes. Un corps élancé, et surtout une coloration particu-

lièrc, fond noir avec des bandes jaunes, contribuenl beaucoup à leur donner l'apparence de ces derniers Insectes. Leurs ailes semblent n'être plus des ailes de Papillons; étroites, en grande partie nues et transparentes, elles n'ont d'écaillés que sur les nervures, sur les bords, sur quelques espaces très-limités. Couservant le caractère essentiel des ailes de Lépidoptères, elles offrent presque la pbysionomie d'ailes d'Hyménoptères.

Il est assez étrange de voir ici des Insectes d'un ordre, revêtant la livrée des Insectes d'un autre ordre, avec lesquels ils semblent n'avoir aucune relation. On s'explique des analogies de cette nature entre certaines espèces vivant aux dépens d' autrui et les espèces destinées à être les victimes de ces dernières. C'est l'uniforme emprunté pour tromper sur sa qualité. Mais entre les Sésies et les Guêpes, les Crabrons, etc., il n'y a rien de pareil.

Les Sésies, aux antennes en fuseau, crénelées surtout chez les mâles, aux jambes de derrière fortement éperonnées, volent en plein jour, d'un vol horizontal et rapide. Souvent elles se posent sur des arbres ou des arbustes; elles viennent y déposer leurs œufs, œufs très-petits et de forme arrondie. Leurs chenilles, au corps allongé, presque cylindrique, vivent dans l'intérieur des troncs d'arbres, des branches, des racines, même de certains fruits. Pâles, décolorées, comme des êtres qui ne s'exposent jamais à la lumière, on les reconnaît aisément pour des larves lignivores. La plupart des Sésies sont de petite taille, mais la plus commune dans notre pays est aussi la plus grosse.

C'est la Sésie apiforme (Sesia apiformis) que l'on voit souvent au mois de juin et au commencement de juillet, volant près des Peupliers qui bordent les rivières et les canaux, ou courant avec agilité sur les troncs. Peut-être vient-elle d'écloreou cberche-t-elle à opérer sa ponte. Ses œufs sont déposés sur l'écorce, à peu de distance du pied; les petites chenilles éclosent, et, rongeant le bois, elles pénètrent à l'intérieur, chacune creusant sa galerie. La vie

MÉTAMORPHOSES DE LA SÊSIE APIFORME (s« 'Pirormù).

LES LEPIDOPTERES. 213

de ces chenilles paraît être assez longue, deux aimées; elles deviennent assez fortes et finissent par établir dans un tronc des loges très-spacieuses, au grand dommage de l'arbre. Cependant ces larves semblent s'attaquer exclusivement à des Peupliers qui ont déjà souffert; l'abondance de la sève d'un arbre sain leur serait sans doute nuisible.

Il est curieux d'observer la chenille de la Sésie apiforme dans ses caractères, de remarquer combien tout en elle est admirablement adapté à son genre de vie, de constater combien il lui serait impossible d'être soumise à d'autres conditions d'existence. Ses pattes écailleuses sont plus petites que chez la plupart des autres chenilles; un peu grandes, elles eussent été fort gênantes pour circuler dans une étroite galerie. Ses pattes membraneuses sont également très-courtes et ne sont nullement conformées pour saisir, mais bien pour prendre la plus forte adhérence possible sur une large surface ; leurs épines très-acérées forment une couronne complète. La tête de cette Chenille est revêtue d'un tégument rougeâtre fort dur, car elle doit faire un effort considérable lorsque ses mandibules puissantes entaillent le bois. Le labre, n'ayant rien à maintenir, ne présente aucune échanerure. Le corps tout entier de l'Insecte a une peau molle avec de petits tubercules et des poils rares propres à rendre l'animal très-sensible à tous les contacts.

La chenille de la Sésie apiforme sécrète un peu de soie, mais pas en quantité suffisante pour constituer à la chrysalide un abri capable de la bien protéger. Pour que sa coque ait toute la résistance désirable, elle agglutine de la poudre de bois. La coque, rugueuse à l'extérieur, est parfaitement lisse à l'intérieur.

La chrysalide a la forme géuérale des chrysalides des Nocturnes, mais elle est tout autrement armée que la plupart d'entre elles, et cette armature n'est pas un vain ornement; elle lui permet d'exécuter un mouvement de progression. Le Papillon, à sa naissance, ne saurait traverser à nu une galerie, sans lacérer son

corps et ses ailes aux rudes parois. A peine a-t-il dégagé ses pattes, qu'il entraîne avec lui sa dépouille de chrysalide, comme l'escargot emporte sa coquille. Cette enveloppe, garnie d'une rangée d'épines sur chaque anneau de l'abdomen, et de fortes pointes à l'extrémité, ne glisse pas aisément sur le bois ; l'Insecte arrive ainsi protégé jusqu'à l'issue de la galerie. Parvenu au dehors, il se dégage complètement, le voilà libre : la dépouille de la chrysalide, fendue par le dos, reste d'ordinaire accrochée à l'endroit même où elle est devenue inutile. Notre dessin raconte bien mieux, au reste, l'histoire de la Sésie apiforme qu'un long discours.

Les Zygénides, les Lépidoptères qui ressemblent le plus aux Sésies, n'ont pas cependant une parenté fort étroite avec ces dernières. Il y a un certain rapport dans la forme du corps, mais les Zygénides ont des antennes épaissies vers l'extrémité, des jambes postérieures sans ergots, portant tout au plus de trèspetites pointes à l'extrémité. Le genre principal de cette famille, qui a beaucoup de représentants étrangers à l'Europe, est le genre Zygène (Zxjgœna). Quels charmants Lépidoptères que les Zygènes. Une taille assez petite ; un abdomen cylindrique ; des ailes étroites, d'un vert ou d'un bleu très-foncé, métallique comme le corps lui-même , ayant de plus des taches ou des bandes d'un rouge carmin; des antennes grandes, contournées en dehors et renflées en une longue massue, signalent ces Insectes à l'attention. Ils volent en plein jour, en plein soleil, butinant sur les fleurs des plantes basses les plus communes. Le mois de juillet les voit éclore en grand nombre dans toutes les parties centrales et méridionales de l'Europe. On s'étonne de la dimension de leurs antennes sur leur petite tête. C'est ce qui avait le plus frappé les anciens naturalistes, qui appelèrent nos Zygènes les Sphinx-Béliers.

Toutes les Zygènes connues ont entre elles les plus grands rapports par l'aspect général, par les proportions et même par

MÉTAMORPHOSES DE LA ZYCÉNE DE LA FILIPENDULE (''.'» Filipcndulv).

les couleurs, les reflets et l'apparence soyeuse du corps et des ailes, comme par les habitudes. A leur état de larves, elles se ressemblent davantage encore par leurs caractères extérieurs comme par leur genre de vie.

L'espèce la plus répandue dans une grande partie de l'Europe est la Zygène de la Filipendule (Ztjgœna Filipendidœ). Le Papillon, d'une couleur bleu d'acier, orné de taches du plus beau carmin sur les ailes de la première paire, ayant les ailes postérieures rouges, avec une simple bordure presque noire, se montre souvent en abondance vers le milieu de l'été. Rien de plus charmant que de voir de ces jolis Papillons réunis en assez grand nombre, accrochés aux fleurs des Pissenlits, des Chardons, des Scabieuses et autres fleurs des champs.

La Chenille de la Zygène de la Filipendule, un peu boursouflée, garnie de petits faisceaux de poils fins, d'un jaune pâle avec des rangées de taches noires, a une tète fort petite et des mandibules faibles comme la plupart des espèces qui se nourrissent de feuilles tendres. Elle vit non-seulement sur la Filipendule, mais sur beaucoup de Légumineuses. Près de se métamorphoser, elle construit sur les tiges une coque allongée, couleur jaune-paille, d'un tissu mince et ferme comme du parchemin, la soie étant enduite d'une grande quantité de vernis. Les jeunes chenilles éclosent à la fin de l'été, et demeurent engourdies pendant l'automne et l'hiver; elles se réveillent au printemps, et grimpent après les plantes dont elles doivent se nourrir.

Les Procris, Lépidoptères très-apparentés aux Zygènes, ont des antennes grêles, doublement pectinées chez les mules, un peu denticulées chez les femelles, et des ailes d'une teinte uniforme. Pour se transformer en chrysalides, les chenilles des Procris, peu différentes de celles des Zygènes, filent entre des feuilles une coque à parois peu résistantes. Le type du genre est la Turquoise {Procris Stalices), bien reconnaissable à

scs ailes de la première paire, entièrement d'un beau vert soyeux. Dans quelques parties de l'Europe méridionale, en Italie, aux îles Baléares, etc., les vignobles sont fréquemment dévastés par le Procris de la Vigne (Procris ampelophaga). Un naturaliste de Florence, Carlo Passerini, a publié, il y a près de quarante ans, de curieux détails sur cet Insecte.

Nulle famille de l'ordre des Lépidoptères n'est mieux caractérisée que celle des Sphingides. Un corps très-volumineux; des antennes épaisses, prismatiques, crénelées en dessous, particulièrement dans les mâles et terminées dans les deux sexes par une petite pointe ; des ailes longues, étroites, très-fortes, donnent aux Sphingides un aspect tout particulier qu'où ne retrouve dans aucun autre groupe du même ordre. Ces Lépidoptères, pour la plupart de grande taille, étonnent par la vivacité de leurs allures. Dans les chaudes soirées de l'été, on peut les apercevoir fendant l'air avec une incroyable rapidité. Leurs ailes robustes, solidement maintenues, leur permettent de planer, de se maintenir sur place par une sorte de frémissement. C'est ainsi que les Sphinx, qui presque tous ont une trompe fort longue, puisent le miel dans le nectaire des fleurs sans jamais se poser. Ils rappellent les mouvements des oiseaux-mouches tant de fois décrits par les voyageurs en Amérique, et c'est aux oiseaux-mouches que plusieurs auteurs ont comparé quelques-uns de nos Sphingides. Ces beaux Lépidoptères aux ailes mates, souvent teintées de fraîches et suaves nuances, sont répandus dans une grande partie du monde; ils disparaissent seulement dans les contrées très- froides. Les Sphingides ont été fort recherchés, et il en existe dans les diverses collections plusieurs centaines d'espèces. Le docteur Boisduval en énumère 341 dans une étude spéciale qui n'a pas encore été mise au jour. En Europe, nous n'en comptons pas moins de trente et quelques espèces.

Les Sphinx, si remarquables à l'état de papillons, sont peutêtre plus curieux encore à l'état de larves ou de chenilles. Ce sont

de grosses chenilles qui, au repos, prennent fréquemment une attitude des plus singulières. Solidement fixées sur la tige d'une plante au moyen de leurs pattes membraneuses, elles redressent toute la partie antérieure de leur corps, inclinant un peu leur tête enfoncée dans le premier anneau, et conservant, des heures entières, une immobilité absolue. Dès longtemps les observateurs mit été frappés de cette attitude. En imagination, ils ont pu se trouver transportés à Thèbes, ety voir le Sphinx jetant au passant sa terrible énigme. Le nom du monstre fabuleux est devenu le nom des Insectes qui rappelaient une pose étrange. Mais l'homme est en réalité si peu inventif, qu'il est bien à croire aussi que les anciens avaient puisé l'idée dans la nature, ayant remarqué sans doute l'attitude des chenilles de Sphingides, pour la domier au monstre auquel ils attribuaient la tète d'une femme et le corps d'un lion.

Les chenilles des Sphingides ont la peau lisse, presque toujours luisante, le plus souvent ornée de couleurs vives et de charmants dessins. En général, elles sont un peu amincies en avant, et elles portent au-dessus du dernier anneau de leur corps un appendice courbé à la manière d'une corne, mais qui figure parfaitement une sorte de queue. Nous n'avons aucune idée de l'usage d'un semblable appendice qui existe chez des chenilles faciles à observer, fuyant peu la lumière, comme l'indiquent leurs vives et fraîches nuances. Sur le point de se transformer en chrysalides, les chenilles des Sphingides s'enfoncent plus ou moins dans la terre, s'y forment une loge, qu'elles tapissent soigneusement avec la petite quantité de soie dont elles disposent. C'est merveille ici, comme pour toutes les espèces de Lépidoptères qui se métamorphosent en terre, où très-ordinairement elles doivent passer la mauvaise saison entière, de voir de quelle façon l'Insecte, qui produit très-peu de matière soyeuse, réussit à se former un abri. Une chrysalide est dans la terre, enfermée dans une loge dont les parois sont cimentées simplement par un peu de soie ou

même par une matière qui, n'étant pas véritablement étirée en

fils, ressemble à de la bave. Pour vivre, pour se développer, cette chrysalide a besoin de n'être point pressée par la terre, de n'être point continuellement mouillée. On se demande par quel miracle les parois de sa loge ne vont pas s'affaisser lorsque surviennent les interminables pluies de l'automne, de l'hiver et du commencement du printemps. L'observation et l'expérience apprennent que c'est un miracle bien simple. La matière soyeuse qui retient les molécules terreuses est inattaquable par l'eau. Si mince que soit la couche, elle résiste admirablement à toute pénétration du liquide.

Certaines chenilles de Sphingides se transforment au ras du sol; produisant un peu plus de soie que les autres et agglutinant des corps étrangers, fragments de feuilles, débris d'herbes, elles s'emprisonnent ainsi dans une sorte de coque. Les chrysalides n'offrent aucune particularité notable. De la forme générale des chrysalides de Nocturnes, elles se terminent par une petite pointe, et leur couleur uniforme est d'un brun ou sombre ou un peu rougeàtre.

Pour les Sphingides, si nombreux en espèces, on a admis quelques distinctions génériques. Le nom de Sphinx a été réservé spécialement pour des espèces dont la trompe est plus longue que le corps entier de l'Insecte, et l'abdomen de forme cyliudro-conique. Deux espèces du genre sont assez communes dans notre pays : le Sphinx du Troène (Sphinx Liguslri) et le Sphinx du Liseron, ou Sphinx à cornes de bœuf (Sphinx Convolvuli).

Sur les Troènes aux petites fleurs blanches qui forment les haies des parcs, sur les Lilas de nos jardins, on aperçoit assez communément une magnifique chenille longue de 8 à 1(1 centimètres, d'un vert tendre, avec des bandes latérales obliques d'une teinte violet clair.

A la fin de juillet ou vers le commencement du mois d'août, la

belle chenille descend au pied de l'arbrisseau dont elle a rongé le feuillage, et tout aussitôt s'enfouce dans la terre, y établit sa loge, se transforme en chrysalide, et demeure en cet état jusqu'au mois de juin de l'année suivante. C'est à cette époque que se montre le Papillon.

Le Sphinx à cornes de bœuf, comme l'appelle l'entomologiste Geoffroy (S. Convolvuli), vit sur les Liserons. Moins commun en France que le précédent, il est d'une taille un peu supérieure, et sa trompe est d'une extrême longueur.

Sous le nom de Deiléphiles (Deilephila), on a distingué des Sphinx dont la trompe n'excède pas la moitié de la longueur du corps et dont l'abdomen a une forme très-conique : ce sont les plus nombreux et les plus beaux entre tous les Sphingides de l'Europe. Les chenilles, pour la plupart, ne le cèdent guère aux Papillons par la variété de leurs couleurs, par la fraîcheur de leurs nuances. L'une des espèces les plus répandues dans notre pays est le Sphinx du Tithymale ou de l'Euphorbe (Deilephila Euphorbiœ), qui se montre deux fois chaque année, en juin et en septembre. Sur les Euphorbes, ces plantes élégantes au suc laiteux, que l'on appelle de leur nom vulgaire Réveil-malin, plantes des terrains rocailleux, vivent les chenilles de l'un de nos plus jolis Sphinx. Sur une seule tige de l'Euphorbe il n'est pas rare de voir plusieurs chenilles, surtout quand elles sont encore jeunes. Grosses, elles ont besoin de s'éparpiller davantage, car alors elles consomment beaucoup de nourriture. Ces chenilles sont singulièrement parées. Sur leur corps, ordinairement d'un noir profond, courent dans toute la longueur trois lignes rouges comme le carmin, l'une sur le dos, les autres au-dessus des pattes; des points jaunes très-serrés sont disposés sur les anneaux connue des rangées de perles; puis des taches rondes, tantôt jaunes, tantôt rouges, tantôt blanches et rouges, se répètent sur deux fdes le long des flancs.

Par exception, quelques-unes de ces chenilles, avec les mêmes

ligues, les mêmes taches, les mêmes points, ont un fond vert brillant.

C'est à la fin de juillet qu'elles ont pris tout leur accroissement. S'enfonçant en terre, elles se transforment en chrysalides après s'être constitué une loge. Mais c'est pour un temps bien court. Quelques semaines plus tard, éclôt le Sphinx du Tithymale; nous le verrons voler au crépuscule du matin et du soir, butinant parfois sur les fleurs de l'Euphorbe. C'est un charmant Insecte aux ailes antérieures d'un gris rose avec trois taches et une bande ondulée d'un vert foncé, aux ailes postérieures d'un rouge rose avec deux bandes noires.

Les chenilles du Sphinx du Tithymale reparaissent une seconde fois sur les Euphorbes ; celles-ci descendent en terre vers la fin de septembre ; les chrysalides passent l'hiver.

Presque toujours le voyageur qui, au printemps, parcourt la Calabre, la Sicile, le nord de l'Afrique, s'arrête ravi àl'approche d'un torrent. En certains lieux, le spectacle est magnifique sous un ciel splendide, les montagnes apparaissent éblouissantes: dans un lit rocailleux, raviné, l'eau se précipite avec fracas, et de chaque coté de la rive s'élèvent en masses touffues les Lauriers-roses tout chargés de fleurs. Le naturaliste promène-t-il ses yeux sur les tiges flexibles du charmant arbrisseau qui remplace dans l'Europe méridionale les Saules et les Osiers de l'Europe centrale, il aperçoit, solidement cramponnées aux tiges qui se courbent sous l'effort du vent et se redressent avec force, de grandes chenilles vertes, ornées de chaque côté d'une belle tache bleue. Ce sont les chenilles du Sphinx du Laurier-rose (Sphinx Nerii). 11 suffit de connaître la nature du végétal sur lequel vivent ces superbes Insectes pour être persuadé qu'on doit leur trouver certaines particularités de conformation. La chenille, destinée à vivre sur des tiges dures souvent secouées avec violence par les vents des cotes de la Méditerranée, a nécessairement des pattes membraneuses pourvues de griffes puissantes. Il est peu de chenilles, en

MÉTAMORPHOSES DU SPHINX DE L'EUPHORBE [Sphinx Euphorbia),

oifet, dont les pattes possèdent une pins belle armature. La dureté et l'épaisseur du feuillage que ronge la chenille du Sphinx du Laurier-rose nous disent que cette chenille a une tête forte, une lèvre supérieure très-dure et très-largement échancrée pour être en état de maintenir la feuille épaisse, des mandibules extrêmement fortes et denticulées de façon à pouvoir couper cette feuille sans difficulté.

Au milieu de l'été, la chenille du Sphinx du Laurier-rose a pris toute sa croissance; elle se construit sur la terre une coque composée d'un peu de soie et de débris de végétaux en la protégeant avec des feuilles mortes ; le papillon éclôt en septembre et même en octobre. Le papillon est un des plus beaux Lépidoptères. Une envergure de 10 à 12 centimètres-, des ailes antérieures admirablement nuancées de rose et de vert tendre, avec une tache blanche et un point noir près de leur origine ; des ailes postérieures d'un beau noir dans leur première moitié, d'un vert clair nuancé dans leur seconde moitié, donnent à ce Lépidoptère un aspect ravissant.

Parfois il arrive que le Sphinx du Laurier-rose se montre dans le centre et même dans le nord de la France. En 1839, ou en trouva un assez grand nombre de chenilles sur les arbustes en caisse qui décorent les jardins de Paris. Ce fut une joie immense parmi les amateurs qui avaient été assez heureux pour les découvrir. Des Papillons égarés sous notre climat avaient sans doute effectué leur ponte sur les pauvres Lauriers-roses végétant loin de leur beau ciel de la Méditerranée. Cette introduction fortuite, dont on a déjà eu plusieurs exemples, ne s'est pas perpétuée.

Dans les contrées où vit le Sphinx du Laurier-rose, se trouve une espèce voisine plus petite, mais également fort belle : c'est de son nom vulgaire, le Phénix, et de son nom scientifique, le Sphinx celerio. Sa chenille se nourrit des feuilles de la Vigne ; elle se transforme au ras du sol, en réunissant pour s'abriter plusieurs feuilles au moyen de quelques iils de soie.

D'autres Sphingides de notre pays, appartenant au genre Deiléphile, sont fort remarquables et forl connus, comme le Sphinx de la Vigne, on le Grand-Pourceau (Deilephila elpenor), et le Petit-Sphinx delà Vigne, on le Petil-Pourceau (Deilephila porcellus).Le Sphinx de la Vigne a nn corps rosé rayé de vert tendre : des ailes de cette dernière nuance, avec des bandes dn rose le pins Irais et le plus velouté; des ailes postérieures de la même teinte, rose, avec leur base noire et leur frange blanche. Cette ravissante espèce se montre deux fois chaque année. Sa chenille épaisse, avec ses trois premiers anneaux amincis et rétractiles, ordinairement brune, quelquefois verte, striée de noir, ornée de deux taches orbiculaires noires, encadrant chacune un cercle d'un blanc violacé, a une apparence boursouflée qui lui a fait donner le nom de Grand-Pourceau. Elle a été trouvée sur la Vigne, mais il est plus ordinaire de la rencontrer dans les endroits humides, sur des Epilobes. Ayant la faculté de produire un peu de soie, elle ne s'enfonce jamais dans la terre, mais elle se construit, à la surface du sol, une coque légère en réunissant de la mousse ou des feuilles sèches.

Le Sphinx Petil-Pourceau semble être une réduction du Sphinx de la Vigne, mais ses couleurs sout moins vives et ses ailes ont leurs bords sinueux. Sa chenille, véritable pourceau, à en juger par l'aspect, a la forme et à peu près la coloration de l'espèce précédente ; privée d'appendice caudal, elle porte à la place une sorte de verrue. Elle vit ordinairement sur cette plante basse à fleurs jaunes que l'on nomme le Caille-lait (Galium verum) .

On distingue sous le nom de Macroglosses quelques-uns des plus petits Sphingides, ayant une trompe extrêmement longue, des antennes en massue, l'abdomen large terminé par une brosse de poils. Ces Lépidoptères se montrent habituellement en plein jour en produisant un fort bourdonnement. Ils ont un vol d'une rapidité étonnante; ils pompent le miel des fleurs en planant.

Le plus commun des Maeroglosses , le Sphinx du Caille-lait (Macroglossa Stellaiarum), est brun, avec des raies noires sur les ailes antérieures et les ailes postérieures d'un jaune fauve. C'est le Sphinx qui a été le plus souvent comparé pour son vol aux oiseaux-mouches. D'autres Maeroglosses ont les ailes transparentes comme les Sésies (Macroglossa bombyliformis et M. fucîformis).

Tout le inonde a vu ou au moins entendu parler du Sphinx (Tèle-cle-morl) , un très-gros Lépidoptère dont la trompe est courte et épaisse, les antennes sans renflement et terminées par un petit crochet. C'est pour les naturalistes modernes le type du genre Aeheroutia (Àcheronlia atropos). Son corps est noirâtre avec une grande tache pâle sur le prothorax, où se dessinent deux gros points noirs et deux petites lignes figurant à peu près, si l'on y met un peu de bonne volonté, un crâne humain. Ses ailes antérieures, d'un brun noir, sont nuancées de gris et de roux; ses ailes postérieures, d'un jaune fauve, sont traversées par deux bandes noires.

Le Sphinx Tête-de-mort a la facilité d'émettre un son aigu (pie l'on a comparé à un cri. Ce fait presque unique chez les Lépidoptères a prodigieusement intrigué les observateurs longtemps inhabiles à découvrir l'organe mis en jeu pour la production du bruit. On s'est livré à toutes les suppositions imaginables, et ainsi le sujet a fourni matière à une foule d'écrits. Aujourd'hui, on croit être assuré que cette stridulation est déterminée au moyen d'une petite capsule membraneuse située de chaque côté du corps à la base de l'abdomen, et recouverte par un faisceau de poils susceptibles d'entrer en vibration.

Dans quelques parties de la France, on a vu parfois le Sphinx Tète-de-mort se montrer en assez grande abondance. Le volume considérable de l'Insecte, ses couleurs sombres, le dessin de son thorax, où l'on voulait reconnaître l'image d'une tête de mort, son cri aigu, son apparition nocturne, ont pu frapper l'imagination

22Zi LES MÉTAMORPHOSES DES [NSECTES.

de persoimes ignorantes. L'inofifensif Lépidoptère a été, en certains lieux, considéré comme un présage du pins mauvais augure. On assure qu'en Bretagne, il n'en a pas fallu davantage en plusieurs circonstances pour semer la terreur parmi des populations superstitieuses. Le Sphinx Tète-de-mort n'a qu'un défaut; il aime trop le miel, et son avidité se porte souvent à s'introduire dans les ruches où il cause les pins graves désordres.

La chenille de ce Lépidoptère, la plus grande de toutes les chenilles que l'on rencontre en Europe, est aussi l'une des plus helles, étant d'une teinte verte très-fraiche, avec tous les anneaux, à partir du quatrième, ornés d'une sorte de chevron d'un bleu vif ou d'un violet plus ou moins foncé. Elle vit sur des plantes de la famille des Solanées; on la trouve quelquefois dans les champs de Pommes de terre , ou dans les haies, sur la Douceamère, sur le Lyciet, etc. Elle s'enfonce dans la terre pour se transformer.

Le Sphinx Tête-de-mort est plus commun en Asie et en Afrique qu'en Europe. M. Boisduval pense que les individus que l'on prend dans notre pays uous viennent des cotes d'Afrique, car, sous notre climat, dit -il, toutes les chrysalides de cette espèce périssent en hiver. Nous avons peine à croire, cependant, (pie le fait soit général; le Sphinx Tète-de-mort étant surtout fréquent dans nos départements de l'Est et de l'Ouest les plus éloignés des cotes méditerranéennes.

Les plus grands Sphingides connus (genre Brachyglossaj habitent l'Australie. Leurs chenilles vivent sur ces jolis arbrisseaux du genre Banksia, au feuillage plein d'élégance, dont on trouve des échantillons dans nos serres.

Quelques Sphingides de l'Europe et de l'Amérique septentrionale ont une trompe rudimentaire, des antennes flexueuses crénelées en dessous dans les mâles, des ailes dentelées. Ce sont les Smérinthes, que leurs caractères rapprochent manifestement des Bombyx. Leurs chenilles sont remarquables par leur tête

de forme conique et par leur peau chagrinée. Le Sphinx Demi- Paon (Smermlhus ocellata), le Sphinx du Tilleul (S. Tiliœ), le Sphinx du Peuplier (S. Popult), ne sont pas rares dans notre pays. On trouve leurs chenilles particulièrement sur les Peupliers, mais fréquemment encore sur les Saules, les Bouleaux ou d'autres arbres. Dans le midi de la France, ou rencontre le [dus grand de nos Smérinthes, le Sphinx du Chêne (S. Quercûs).

De toutes les familles de Lépidoptères, il n'en est pas de plus intéressantes que celle des Bombycides. Dans cette famille, le nombre considérable des représentants, les grandes dimensions d'une foule d'espèces, la beauté de beaucoup d'entre elles, les formes étranges de quelques-unes, les curieux instincts de la plupart de ces Insectes, et par-dessus tout les services exceptionnels que le produit de diverses espèces, de l'une en particulier, rend chez tous les peuples civilisés, sont autant de motifs d'attrait ou d'intérêt.

A l'état de papillons, les Bombycides ont généralement un corps épais, massif, sans être robuste comme celui des Sphingides; des ailes d'ordinaire fort amples; des antennes pectinées, souvent semblables à des panaches dans les mâles ; une trompe rudimentaire ne pouvant servir à aucun usage ; des palpes fort courts.

Chez le plus grand nombre des Bombyx, on constate toujours avec surprise une étrange faculté dont on a peu d'exemples. Les mâles sont attirés par des femelles de leur espèce à d'énormes distances. Une femelle est-elle emportée dans une maison, à l'intérieur d'une ville, loin de toute végétation et placée sur une fenêtre, même à un étage élevé, il est ordinaire que dans la soirée, des mâles arrivent en grand nombre autour de cette femelle, souvent après s'être heurtés aux murailles, aux fenêtres, à tous les obstacles, car la vue ne les dirige en aucune façon. M. Jules Verreaux, dont les voyages ont été extrêmement profitables aux sciences naturelles, nous a rapporté qu'étant en

Australie, il lui arriva un jour de saisir une femelle d'une petite espèce de Bombyx, et de l'emprisonner dans une boite. La boîte mise dans la poche, il continua son excursion ; des mâles de la même espèce ne cessèrent de voltiger autour de lui, el quand il rentra dans sa demeure, deux cents Papillons l'y suivirent. On a cherché à expliquer cette faculté des Bombycides par la subtilité de l'odorat, mais il nous est difficile de comprendre qu'une odeur insaisissable pour nos sens puisse être reconnue à la distance de plusieurs kilomètres. Nous remarquons seulement ce qui semble n'avoir jamais été remarqué, que les Lépidoptères mâles attirés de loin par leurs femelles, Bombycides et Phalénides, ont tous des antennes rameuses. || y a au moins un indice dans cette coïncidence ; peut-être une étude approfondie de la structure des antennes de ces Insectes fournira-t-elle une révélation.

Cette grande famille se partage d'une manière naturelle eu plusieurs tribus et en une longue suite de groupes secondaires.

La tribu des Bombycines comprend les espèces les plus remarquables ; toutes ayant une trompe presque imperceptible et des palpes très-petits. Ce sont d'abord les Endromites, aux ailes étendues, marquées d'une tache sur leur disque. C'est à ce petit groupe qu'appartient le Bombyx du Mûrier, ou, en d'autres termes, le Ver à soie. Le genre Bombyx ayant été infiniment divisé, le Bombyx du Mûrier est devenu le type du genre Séricaire (Sericaria). Là l'histoire du genre est l'histoire d'une seule espèce. histoire si souvent faite, si souvent reproduite avec plus ou moins d'agrément, que nous avons peule désir de la recommencer. A qui il plairait de lire ce que nous savons de l'origine du Bombyx du Mûrier et de son introduction en Europe, nous pourrions renvoyer à une conférence sur la production de la soie que nous avons publiée il n'y a guère plus de deux années ' .

1 Voyez Revue dès cours scientifiques, 2 année, page 274.

Nous nous bornons ici à la simple mention des faits qui intéressent notre histoire générale des Lépidoptères. Toute description de l'Insecte adulte, delà larve, du cocon, de la chrysalide, serait superflue ; il n'est personne qui ne possède une notion exacte du Bombyx du Mûrier sous ses divers états. Mais comment ne pas rappeler l'étonnant contraste qui nous est offert par cet Insecte ? Le Ver à soie, le Bombyx du Mûrier, dont le produit est sans pareil, n'arien de séduisant, ni par les formes, ni par les couleurs, et il appartient à cet ordre des Lépidoptères où chacun admire les formes les plus gracieuses et toutes les magnificences du coloris. 11 y a des chenilles de Bombyx qui ont sur les anneaux de leur corps des perles rouges comme du corail ou des rubis, d'autres qui portent des globules verts comme des émeraudes ou bleus comme des saphirs. Celles-ci fournissent une soie qui n'a ni la finesse ni l'éclat de la soie en usage en Europe. Notre humble Ver à soie, le Bombyx du Mûrier, qui donne au monde tant de belles parures, n'en a aucune lui-même. Par cet exemple, nous l'avons dit ailleurs, la nature montre que le plus beau trésor peut se trouver là où l'apparence est la plus modeste.

La comparaison du Ver à soie avec les autres chenilles nous permet d'apprécier les rapports naturels des Bombycides avec les Sphingides. Par sa forme, par la présence d'un tubercule à l'avant-dernier anneau du corps , la chenille du Bombyx du Mûrier ressemble manifestement à certaines chenilles de Sphinx; elle en diffère beaucoup, il est vrai, par l'énorme développement de ses glandes séricigènes. Quand on vient à ouvrir un Ver à soie parvenu au terme de sa croissance , le canal intestinal remplit la plus grande partie de la cavité du corps, et sur les côtés débordent deux gros tubes fort contournés sur eux-mêmes, tant leur longueur est considérable1. Ce sont les glandes qui sécrètent la soie, ou du moins la matière visqueuse, qui sera

1 Voyez page 123.

étirée île façon à constituer des fils soyeux. Ces glandes passent sous le canal alimentaire, et chacune se continue en un tuyau trèsgrêle, une iilière. Les deux filières se réunissent à peu de distance de la tête; il n'y a plus alors qu'un seul canal traversé par deux lils d'une extrême finesse, canal où aboutissent les conduits de deux petites glandes dont le produit est une sorte de vernis qui réunit les deux fils en un seul, donne à ce fil le brillant de la soie et la propriété de résister à l'action de l'eau, c'est-à-dire ses propriétés physiques et chimiques. Le canal dans lequel se constitue le lil soyeus s'engage dans la lèvre inférieure, et se termine à sou extrémité dans une petite papille percée d'un trou. Le Ver à soie, comme toute autre chenille, conduit ainsi son fil avec sa tète en contournant son corps de manière à décrire des tours réguliers. Ce qui donne une qualité précieuse à la soie du Bombyx du Mûrier, c'est la facilité avec laquelle son vernis peut être ramolli par l'eau bouillante sans être altéré, et la facilité avec laquelle peuvent être intimement réunis les fils de plusieurs cocons dévidés simultanément pour constituer la soie grége.

Les Papillons du Bombyx du Mûrier éclosent environ trois semaines après la transformation en chrysalide. La ponte a lieu, et les œufs n'éclosent qu'au printemps suivant. Il est cependant des races qui donnent deux ou trois générations par an.

Tout le monde sait aujourd'hui comment le Bombyx du Mûrier, originaire de la Chine, a été introduit et s'est répandu en Europe; comment il a été propagé en France par Henri IV, sous l'inspiration du célèbre agronome Olivier de Serres; comment il est devenu la source de l'une des plus immenses industries et du luxe des vêtements et des ameublements que l'on admire chez les nations civilisées.

A diverses époques, l'industrie de la soie a été plus ou moins compromise par des maladies qui ont atteint le Bombyx du Mûrier. 11 y a vingt-cinq à trente ans, c'était la muscardine, maladie singulière causée par une Mueédiuée qui se développait

dans le corps dos Vers à soie. Depuis longtemps cette affection est devenue rare, mais voilà une suite d'années que les précieux Bombyx sont attaqués par une maladie terrible qui a reçu les noms de pébrine et de gatline. Un naturaliste de l'Italie. M. Emilio Cornalia, a constaté le premier que l'organisme de tous les individus atteints était rempli de corpuscules d'une forme déterminée. Du reste, la manière dont s'engendrent ces corpuscules n'a pas encore été reconnue, et les altérations successives qu'éprouvent les organes des Insectes malades n'ont été étudiées en aucune façon. En l'absence de minutieuses investigations anatomiques, on est resté dans l'ignorance au sujet de la marche de la maladie, chez les individus affectés. Pour échapper au mal, on recommande les soins hygiéniques dans les éducations, et le choix d'individus sains pour la reproduction. Peut-être ces moyens, à la portée de tous les éducateurs, suffiront-ils à faire disparaître une calamité dont l'industrie a déjà tant souffert.

Le genre Endromis, qui donne son nom au groupe dans lequel nous plaçons le Bombyx du Mûrier, a pour type une espèce d'Europe, le Versicolor (Endromis versicolora). A l'état de chenille, cet Insecte, qui rappelle beaucoup l'aspect des Sphingides, vit sur les arbres de nos forêts.

Les Bombyx plus particulièrement doués des beautés et des formes curieuses que nous avons signalées, sont du genre des Allacus de Linné (groupe des Attaches, genre Saturnia de beaucoup d'auteurs). Presque tous de grande taille, avecdesailes d'une ampleur magnifique, ces Insectes ont des antennes effilées vers le bout, portant sur les côtés des rameaux régulièrement disposés qui atteignent une longueur considérable chez les mâles1. La tète de ces Papillons se trouve ainsi merveilleusement empanachée. Chez la plupart des Attacus, les ailes sont arrondies sur les bords, mais chez diverses espèces du genre elles ont des bords fes-

1 Voyez page 210, l'anlenne de Y Attacus cecropia.

tonnés, et parfois les ailes postérieures ont un prolongement on forme de queue ou de traîne qui autoriserait à dire, si l'on employait le langage de Linné, que ces Lépidoptères sont les Chevaliers parmi les Nocturnes, comme les Papillons proprement dits sont les Chevaliers parmi les Diurnes. Dans plusieurs Attacus de l'Afrique australe et de l'île de Madagascar, la queue des ailes postérieures est d'une longueur sans pareille et vraiment surprenante. Chez ces Insectes, les ailes aux formes tant diversifiées, avec des teintes douces, comme il convient à des êtres de la nuit ou au moins du crépuscule, ont souvent de fraîches nuances, et presque toujours, sur leur disque, une tache figurant avec plus ou moins d'exactitude les caractères d'un œil, ou un espace transparent, entièrement privé d'écaillés et semblable à un miroir.

Les chenilles des Attacus, massives et de forte dimension, sont des plus belles que l'on puisse imaginer. Les unes portent des tubei'cules vivement colorés surmontés de poils; les autres portent des épines rameuses ou verticillées d'une extrême élégance. Ces chenilles produisent une soie abondante, et pour subir leur métamorphose, elles se construisent entre les feuilles des arbres de volumineux cocons. La soie de plusieurs Attacus est utilisée à la Chine, et dans l'Inde de temps immémorial, et depuis un certain nombre d'années on fait de grands efforts pour introduire et acclimater en Europe plusieurs de ces beaux Insectes.

Les Attacus sont disséminés à peu près par le monde entier.

Le plus commun dans notre pays est le Grand-Paon de nuit {Attacus Pavonia-major). Le Papillon a des ailes d'un gris nébuleux, parées vers le centre d'une tache ocellée noire, où la prunelle consiste en un espace presque diaphane de la forme d'un croissant, où l'iris est fauve et cerclé de blanc.

La chenille, d'un vert-pomme de la plus grande fraîcheur, a des tubercules d'un bleu d'azur surmontés chacun de sept poils roides, quelques-uns élargis à l'extrémité, comme de

petites massues. Elle a des pattes membraneuses, larges, conformées pour saisir les tiges avec force, et garnies d'un cercle d'épines propres à accrocher solidement.

PATTES DE QUELQUES CHENILLES DE NOCTURNES. I . Séaie npiforme. — 2. Grand-Paon de nuil. — 3. Cucullie du Bouillon-blanc. — 1. Nocluelle des moissons.

La chenille du Grand-Paon de nuit vit sur la plupart des arbres fruitiers ; mais elle se trouve en abondance particulièrement sur les Ormes de nos routes. Vers le mois d'août, elle se prépare à subir sa transformation, et quitte l'arbre dont le feuillage l'a nourrie. Sa belle couleur verte a jauni alors; on la voit fréquemment traverser les chemins, et gagner une corniche de muraille ou un endroit quelconque, bien abrité, pour y tisser son cocon. Ce cocon, très-volumineux, dur, fortement imprégné de matière agglutinante, affecte la forme d'une poire. Ouvert par le petit bout, qui est disposé à peu près comme l'entonnoir d'une nasse, le Papillon peut sortir sans grand effort, taudis que l'accès du cocon, de dehors en dedans, demeure impossible pour les Insectes qui voudraient y pénétrer. Cette disposition est expliquée par ce fait, que la chenille du Grand-Paon de nuit, après avoir conduit son fil jusqu'à l'extrémité de sa coque, le

replie sur lui-même, au lieu «le le tendre sur le côté opposé en décrivant des cercles continus, comme le fait notre Ver à soie et tant d'autres chenilles.

Les autres représentants européens de ce beau genre des Attacus sont le Petit-Paon de nuit (.4. Pavonia-minor), dont la chenille vit indifféremment sur la plupart de nos arbres; le Moyen-Paon (A. Pavoma-media), qui est propre à la Hongrie; le Cêciqène (A. cœcigena), une remarquable espèce de la Dalmatie, et l' Attacus d'Isabelle (.4. lsabellœ), magnifique Bombyx aux ailes d'un vert tendre, avec des rayures pâles, découvert en Espagne par le professeur Graëlls, de Madrid.

Les tentatives faites pourintroduire en France de nouveaux Bombyx producteurs de soie sont de date assez récente. Ce fut seulement en 1831 qu'un naturaliste français, au retour d'une exploration dans l'Inde, M. Lamare-Picquot, rapporta des chrysalides d'un magnifique Attacus dont la soie est employée par les Indous pour la confection d'étoffes fort estimées pour leur solidité (Attacus mylitla). On eut à Paris l'éclosion des Papillons; on en obtint des œufs, et bientôt des chenilles, qu'on ne. réussit pas à élever.

Du reste, à cette époque, personne ne voulut voir autre chose qu'un objet de curiosité dans l'essai que M. Lamare-Picquot se proposait de tenter. Se procurer un nouveau Ver à soie quand déjà on en possédait un, semblait une singularité, une rêverie.

Cependant, en 1840, une caisse remplie de cocons provenant de la Louisiane arrive au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Les cocons, formés d'une soie brune d'apparence assez grossière, sont examinés; tous contenaient une chrysalide vivante. 11 s'agissait d'attendre l'éclosion des Papillons; elle ne se fit pas attendre. Dans le cours du mois de mai, on vit naître plus d'une centaine d'individus de Y Attacus cecropia, magnifique Papillon d'une dimension supérieure à celle de notre Grand-Paon de

LES LEPIDOPTERES. 233

nuit. Beaucoup de femelles effectuèrent leur ponte, et quelques jours après on était en possession d'une multitude de petites chenilles. Rien de plus curieux que les changements que ces chenilles éprouvent à chaque mue. A leur naissance, elles sont presque noires, garnies d'épines verticillées qui les font ressemhler à de petits Hérissons; au bout de quelques jours, leur teinte générale est un peu éclaircie, les tubercules portant les épines sont devenus plus saillants. Un premier changement de peau étant survenu, le corps est d'un gris verdàtre ou roussâtre, avec tous les tubercules et leurs épines d'un noir brillant. Après une nouvelle mue, l'animal est d'un vert tendre avec cinq rangées de taches noires, deux magnifiques tubercules d'un rouge carmin sur le second et le troisième anneau, et deux tubercules d'un jaune clair sur la partie dorsale de tous les autres anneaux; chaque tubercule porte plusieurs épines verticillées entièrement noires. Une troisième mue a lieu : le corps entier de la chenille, ainsi que la tète, estd'un vert plus vif, passant au bleu azuré sur le dos, avec quelques points noirs sur les parties latérales et sur la tète; les tubercules formant deux rangées dorsales, sont plus gros proportionnellement, surtout les tubercules rouges; tous les autres tubercules se terminent par une seule épine. Enfin, la dernière mue s'est effectuée : l'Insecte est d'un vert pâle, avec tous les tubercules latéraux d'un bleu clair ; les tubercules rouges sont devenus orangés, et, comme les autres, ils ne portent plus qu'une seule épine. Chez nulle autre larve, à ses divers âges, on n'a observé de changements de coloration aussi notables.

Plusieurs centaines des chenilles de 1 Attacus cecropia, élevées au Muséum d'histoire naturelle en 1840, filèrent leur cocon vers la fin de l'été. Le cocon de cette espèce est double, en quelque sorte; il a une enveloppe dure, sèche, parcheminée, facile à isoler du véritable cocon intérieur. Celui-ci est composé d'une soie que l'on parvint à dévider, non pas comme les cocons

du Bombyx du Mûrier, au moyen d'une simple immersion dans l'eau bouillante, mais à l'aide d'une eau un peu alcaline. Les résultats de cette expérience et de l'éducation de l'espèce américaine furent signalés la même année à l'Académie des sciences par- M. Victor Audouin. Tout semblait annoncer que l'Insecte américain ne périrait pas en France. En 1811 , on eut en effet l'éclosion des Papillons dont les chenilles avaient été élevées l'année précédente, puis des œufs et de nouvelles chenilles. Depuis cette époque on a fait, à plusieurs reprises, soit au Muséum , soit ailleurs, des éducations de Y Attacus cecropia, mais la soie fournie par cette espèce étant d'une qualité inférieure à celle de plusieurs autres Attacus, on n'a pas persisté.

Quelques années après la tentative faite dans notre Muséum d'histoire" naturelle, M. Guérin-Méneville s'efforça d'appeler l'attention sur «quelques Insectes fîleurs ou Bombyx dont les pro- » duits, pour être inférieurs en qualité à la soie (du Bombyx » du Mûrier), n'en seraient pas moins susceptibles d'un emploi utile» (1847).

En 1 849, nous signalions, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences, la possibilité d'introduire et d'acclimater en France divers Bombyx, ou plutôt divers Attacus producteurs de soies pouvant donner lieu à de nouvelles branches d'industrie. Nous pensions devoir recommander plusieurs espèces de l'Inde et de l'Australie, et surtout les espèces de l'Amérique du Nord, dont les chenilles se nourrissent volontiers de nos végétaux indigènes. Deux d'entre elles avaient déjà vécu et s'étaient reproduites en France . les Attacus cecropia et polypbème. Le Polypbème (Attacus polyphemus) donne une soie brillante, à peine colorée. Une autre espèce, Y Attacus lima, paraissait encore devoir être préférée à raison de la finesse de la soie de son cocon. Cette espèce avait vécu et s'était transformée autrefois chez un naturaliste d'Altona. Depuis, onena fait à plusieurs reprises des éducations au Muséum. Le Lnna, que nous présentons ici comme un exemple

Page 1