MÉTAMORPHOSES DE L'ATTACUS LINA
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des Attacus étrangers à l'Europe, est un très-bel Insecte. Le Papillon a des ailes d'un vert tendre, avec une petite tache ocellée vers le centre et une frange blanche ; ses ailes postérieures sont prolongées en forme de queues. La chenille, d'un vert-pomme, avec des tubercules rosés, se trouve habituellement sur le bel arbre do la Floride et de la Caroline que l'on nomme le Liquidambar, mais elle mange aussi volontiers du Saule, du Prunier, du Bouleau, etc. Son cocon est ovalaire et d'une teinte blonde extrêmement pâle.
En songeant à un moyen d'augmenter le bien-être au sein des populations de certaines parties de la France, nous résumions dans les termes suivants les facilités et les avantages que l'on trouverait dans l'introduction de divers Attacus. « Les chenilles de ces Lépidoptères se nourrissent de plantes très-semblables à celles de notre pays, et vivent parfaitement sur les espèces qui croissent en France...., c'est-à-dire que ces animaux peuvent être élevés dans notre pays sans qu'on soit obligé de leur consacrer aucune culture. Dans le voisinage des bois, on leur trouverait sans frais une nourriture abondante. Les Aubépines qui servent de clôture seraient également utilisées pour la nourriture de ces Bombyx. Les gens les plus pauvres de nos campagnes, auxquels il serait impossible de se procurer des feuilles de Mûrier, trouveraient autour d'eux la nourriture de leurs nouveaux Vers à soie, et ils obtiendraient ainsi un produit d'une assez grande valeur. Les femmes, les enfants, toutes les personnes incapables de se livrer à un labeur pénible, suffiraient pour s'occuper un peu chaque jour, pendant quelques semaines seulement, des soins à donner à ces chenilles. »
Ces paroles devaient-elles engager les personnes en situation de favoriser l'introduction en France d'une nouvelle branche d'industrie, à faire quelques efforts dans ce but? Nous aimerions pouvoir l'affirmer, mais la vérité est que l'indifférence demeura complète.
En 1 85 i, se fondait la Société d'acclimatation. Nul, plus que son président, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, ne s'était occupé de l'introduction et de la domestication des Animaux utiles ; nul plus que lui n'était capable pour ces questions de faire naître l'intérêt dans l'esprit des plus indifférents.
L'introduction d'Insectes producteurs de soie fut à l'ordre du jour. On songea de nouveau aux Attacus de l'Amérique, mais l'attention se portait bien davantage vers l'Inde et la Chine. M. E. Tastet, qui avait visité la Chine, y avait appris l'existence, dans la province de Su-Tchuen, de Vers à soie sauvages se nourrissant de feuilles de Chêne ou de Frêne et donnant un beau produit fort utilisé dans le pays. Au siècle dernier, le père d'Incarville en avait parlé, en notant que leurs cocons étaient gros comme des œufs. La Société d'acclimatation s'empressa de se mettre en rapp< >rl avec quelques-uns de nos missionnaires pour obtenir les précieux Vers à soie du Chêne sauvage.
D'un autre côté, deux espèces signalées cinquante années auparavant (1804) par un auteur anglais, le docteur Roxburgh, comme domestiquées dans l'Inde de temps immémorial, les Versa soie Tusseh et Arrindy , étaient mises, d'après les rapports récents, au nombre des animaux dont il fallait tenter la naturalisation en France. La première espèce est celle-là même qui fut rapportée en 1 83 1 par M. Lamare-Picquot (A Itacus mylilla) ; la seconde, une espèce [Attacus arrindia) que les entomologistes confondaient avec un Bombyx de la Chine, mais qui fut de suite exactement déterminée au Muséum d'histoire naturelle. On avait appris du reste que, depuis plusieurs années, on cherchait en Italie à se procurer
Y Arrindia de l'Inde qui vit sur le Ricin. MM. Bergonzi et Baruffi faisaient les plus énergiques efforts pour avoir un heureux résultat. Une difficulté inattendue se présentait. Presque tous les Attacus connus dans leurs métamorphoses n'ont qu'une génération par an ; ils demeurent en chrysalides durant huit à neuf mois. Chez
Y Arrindia ou Attacus du Bicin. au contraire, les générations se
succèdent avec rapidité en toute saison. Envoyait-on des œufs, à l'arrivée les chenilles étaient écloses et trouvées mortes, faute de nourriture. Envoyait-on des cocons, les Papillons naissaient immanquablement pendant le voyage, et lorsqu'on ouvrait leur boite, on les voyait desséchés et les ailes déchirées pour s'être débattus dans leur prison. Le seul moyen de parer à un semblable inconvénient était de ne faire accomplir aux chrysalides qu'une partie du voyage à la fois. L'île de Malte fut choisie comme station intermédiaire, et avec l'assistance du gouverneur, Sir William Reid,une éducation ayant été faite avec succès dans cette localité, l'introduction du Bombyx du Ricin s'effectua bientôt en Italie, en France et sur quelques autres points de l'Europe. Au Muséum, les nouveaux Vers à soie prospérèrent sans difficulté avec les soins intelligents d'un employé de la Ménagerie, M. Vallée, sous la direction de M. Milne Edwards. M. Guérin-Méneville eut de son côté les plus heureux résultats, ainsi que M. Hardy, à Alger. Les éducations du Bombyx du Ricin ne tardèrent pas à se multiplier de tous côtés. L'Insecte était acclimaté ; il pouvait être propagé en Europe sans difficulté, malheureusement il n'était pas toujours facile de lui procurer sa nourriture de prédilection ; on eut recours à d'autres végétaux que les chenilles mangeaient sans trop de peine, mais il y avait là néanmoins une source de graves embarras.
Quelquesannées plus tard, une espècede la Chine très-voisine du Rombyx du Ricin et depuis fort longtemps connue des entomologistes, le Rombyx de l'Ailante (Allacus cynlhia), fut introduite en Italie par le P. Annibale Fantoni. En 1858, M. Guérin-Méneville, mis en possession de cet Insecte par des savants italiens, a réussi à le propager très -rapidement. Depuis longtemps il l'élève sur une grande échelle au bois de Vincennes, et il s'est attaché, dans une suite de notes et de mémoires, à montrer tout le parti qu'on pourrait tirer de son cocon, évidemment préférable à celui du Rombyx du Ricin. Une foule de personnes ont fait des éducations du Rombyx
de I Allante. M. Givelet, entre autres, dans un domaine situé à quelques lieues de Paris, a obtenu pendant ces dernières années des quantités si considérables de cocons, qu'on peut concevoir l'espérance d'avoir prochainement un produit assez abondant pour devenir l'objet d'une industrie spéciale1. La facilité avec laquelle se cultive l' Allante dans d'assez mauvais terrains est de nature sans doute à encourager la propagation du Bombyx qui se nourrit du feuillage de cet arbre.
Le Ver à soie sauvage du Chêne, dont s'était occupée tout d'abord la Société d'acclimatation, était aussi parvenu en France, grâce au concours de quelques-uns de nos missionnaires, et surtout de monseigneur Perny. A Lyon, il était arrivé des cocons en 1855. M. Jordan obtint des Papillons, puis des œufs et des chenilles, mais là se borna le succès. Peu après, M. Guérin- Méneville, se trouvant en possession de cette espèce, la fit connaître (Àtlacus Perny i), et réussit à en faire des éducations avec le Chêne de notre pays. Il obtint également l'espèce du Japon (Atlacus yama-maï), qui n'avait pas encore été observée. Ces deux Bombyx, très-voisins du Bombyx tusseh (Allacus mylilla), ont de volumineux cocons formés d'une soie offrant de remarquables qualités comme matière textile. Le Yama-maï semble du reste mériter la préférence sur son congénère. Aussi, depuis quelques années, plusieurs personnes font de grands efforts pour le multiplier. Elles ont eu plus ou moins de succès dans leur entreprise, mais nous n'oserions faire de citations particulières à ce sujet, n'ayant pas la possibilité de tout énumérer 2.
On a parlé souvent des Bombyx de l'Inde et de la Chine comme capables de remplacer, jusqu'à un certain point, le Bombyx du Mûrier. C'est une faute grave. Aucune soie n'est vraiment comparable à la soie ordinaire. Pour dévider les cocons des Attacus,
1 Un ouvrage de M. Givelet, l'Atlante et soii Bombyx, a été publié en 18G6.
2 l'ne publication de M. Personnat (de Laval) sur le Yama-maï a été faite en
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les fils ne se détachant pas par l'action seule de l'eau bouillante, ou y ajoute de la cendre ou une autre substance alcaline qui permet le dé vidage. De la sorte, le vernis de la soie est attaqué et les brins de plusieurs cocons ne s'unissent point comme cela a lieu dans le dévidage des cocons du Bombyx du Mûrier. Rien ne prouve, il est vrai, qu'un moyen d'opérer, conduisant au résultat que l'on obtient dans le dévidage de la soie ordinaire, soit introuvable, mais jusqu'ici, à notre connaissance, il n'est pas trouvé. Du reste, en admettant que le même avantage soit réalisable avec les cocons du Bombyx de 1'Ailante et du Yama-maï, on n'aurait pas encore une soie comparable, pour l'éclat, à la soie du Bombyx du Mûrier. Il s'agit donc en réalité d'une autre matière textile, très-bonne pour la confection de tissus d'une grande solidité et d'un aspect fort agréable, comme on a pu en juger par des échantillons fabriqués et soumis à diverses teintures.
De nouvelles matières textiles, faciles à produire dans les régions où n'existe pas l'industrie de la soie, rendraient, pensonsnous, d'assez grands services pour que. l'on puisse s'en contenter.
Une belle espèce de nos forêts, la Hachette d'Engramelle, constitue un genre particulier du groupe des Attaches (Aglia tau). Le Papillon a les ailes fauves avec une tache bleue.
Le nom de Bombyx a été plus particulièrement réservé pour les espèces qui, avec des antennes très-pectinées dans les mâles et un corps massif, ont des ailes d'une étendue médiocre, comparativement à celles des Attacus. Leurs chenilles ne sont pas tuberculeuses, mais très-velues.
Plusieurs Bombyx fort communs dans notre pays sont intéressants à plus d'un titre; il en est de si nuisibles à la végétation, qu'il faut plaindre le cultivateur assez malavisé pour ne point s'en préoccuper.
Le Bombyx connu sous le nom vulgaire de Minime à bande (Bombyx Quercûs), peut être pris pour le type du genre. Le mâle aies ailes d'un brun ferrugineux, avec un point central blanc et
une bande transversale jaune ; la femelle, les ailes d'un jaune pâle avec le point blanc et une bande très-claire à la même place. 11 y a donc une grande dissemblance dans la couleur des individus des deux sexes ; il y a également dissemblance dans la taille, car la femelle est beaucoup plus grande que le mâle. Le Minime à bande est répandu à peu près partout, dans les jardins aussi bien tjue dans les bois. Lorsqu'on possède une femelle nouvellement éclose, si L'on veut attirer une foule de mâles, il suffit de la placer le soir sur une fenêtre ou sur un balcon. Aucune espèce n'est plus favorable pour répéter l'expérience si souvent faite, dont le résultat cause toujours la surprise, tant l'étrange faculté des Bombyx est demeurée inexplicable.
Les Minimes à bande se montrent au mois de juillet ; au mois d'août, les femelles pondent leurs œufs sur les feuilles. L'éclosion des cbeuilles a lieu au bout de peu de jours; mais après leur naissance, elles ne prennent aucune nourriture, elles vont hiverner; niverner avec la température du mois d'août. C'est un fait singulier dont les Lépidoptères nous offrent plus d'un exemple. A peine écloses, ces chenilles se mettent en quête d'une retraite ; chacune va se loger dans une cavité dans la tissure d'une écorce, et elle attendra ainsi le printemps pour sortir de son réduit et aller gagner le feuillage dont elle doit se nourrir. Pendant neuf mois, elle se passera de tout aliment ; elle demeurera dans un engourdissement complet, dans une sorte de léthargie, jusqu'à ce que les chaleurs de la saison nouvelle amènent son réveil.
Les chenilles du Minime à bande, d'un gris cendré, avec des raies latérales noires, quelques marques rougeàtres et une ligne jaune de chaque côté, sont couvertes de longs poils soyeux qui ondulent gracieusement quand elles marchent. Dans les bois, elles dévorent les feuilles des Chênes, des Ronces, des Genêts; dans les champs, elles rongent les Groseilliers, les Prunelliers, etc.; dans les jardins, elles mangent les Lilas et les Troènes. Pour se transformer, elles s'établissent, soit entre les branches, soit sous des
rebords de murailles, suit dans des excavations, et lilent un cocon ovalaire de couleur brûïie, à parois épaisses, d'un tissu serré et très-tenace.
Les champs de Trèfle sont quelquefois maltraités sur certains points par la chenille d'une espèce voisine , le Petit-Minime à bande d'Engramelle (Bombyx Trifolii). A l'automne, on rencontre, courant à travers tous les chemins, une belle et grande chenille couverte de longs poils d'un roux châtain, ayant des incisions annulaires d'un noir de velours. Alors au terme de sa croissance, elle cherche un refuge pour hiverner, ne devant filer son cocon que l'année suivante. C'est la chenille d'un Bombyx (B. Bubi) que l'on appelle vulgairement la Polyphage, à raison de son indifférence dans le choix de sa nourriture.
Un Bombyx de petite taille (B. neustria), dont le nom commun s'applique à la chenille, la Livrée, est le plus répandu en Europe. Le Papillon aies ailes d'un jaune fauve ou roussàtre, avec deux* raies plus ou moins foncées sur celles de la première paire ; il se montre en juillet, un peu partout, mais surtout dans les vergers. La femelle fait sa ponte d'une manière très-singulière. Les œufs, fortement agglutinés, sont disposés tout autour de petites branches comme des anneaux ou de longs bracelets. Les petites chenilles n'éclosent qu'au printemps; lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, ces bracelets s'aperçoivent sans la moindre difficulté, et peuvent être aisément détruits. On ne devrait jamais y manquer, car le Bombyx neustrien n'esl pas moins nuisible aux arbres fruitiers que les Liparis, mais le fait n'était sans doute pas à la connaissance des auteurs de la loi sur l'échenillage. Dès leur naissance, les chenilles se réunissent en groupes nombreux, et s'enveloppent d'une toile soyeuse retenue aux branches et au feuillage; c'est seulement lorsqu'elles ont acquis toute leur taille qu'elles s'isolent. On a conseillé, pour les détruire, de couper les branches qui portent les bourses; mais il est facile de concevoir combien serait énorme le travail nécessaire pour
une semblable opération. Los Livrées sont velues, presque noires, avec une raie blanche sur le dos, trois raies fauves et une raie bleue de chaque côté. Elles vivent sur différents arbres, mais ce sont les Poiriers et les Pommiers qui ont le plus à souffrir de leur