BOMBYX NEUSTRIEN OU
( Bombyx neustria).
Une petite branche chargée d'eeufs. — Le Papillon mâle au repos. — La femelle
présence. Au moment de se transformer, elles filent une coque mince, saupoudrée d'une poussière jaune ressemblant à de la fleur de soufre.
Les chenilles d'une espèce qui vit sur les Pins (B. pilyocampa) sont souvent très-préjudiciables aux arbres des forets de l'Allemagne'. Ce Bombyx est aussi très-répandu dans les landes de
Le Bombyx processionnaire (B. processionea) est certes le
plus curieux parmi nos espèces européennes. Le Papillon, d'assez petite taille, ayant des ailes grises, très-pâles chez la femelle, traversées par trois bandes obscures, a une apparence bien modeste. 11 paraît dans les forêts vers les mois d'août et de septembre. Les femelles déposent leurs œufs en paquets sur le tronc ou sur les grosses branches des Chênes, couvrant leur ponte avec les poils laineux qui garnissent l'extrémité de leur abdomen. Au mois de mai éclosent les chenilles. Celles-ci se groupent au nombre de plusieurs centaines, et filent en commun sur les troncs une toile à mailles lâches et irrégulières, sous laquelle elles demeurent tranquilles pendant le jour. Le soir, elles grimpent dans le feuillage, mangent avidement, et le matin regagnent leur nid ou en contruisent un nouveau. Assez vagabondes dans leur jeune âge, elles conservent plus ordinairement une résidence fixe quand elles ont pris un assez grand développement, mais à chaque mue elles établissent une nouvelle demeure. Un nid couvre parfois une portion considérable d'un tronc, et il consiste alors en plusieurs toiles superposées , difficiles du reste à distinguer à cause de l'enchevêtrement des fils. Les chenilles processionnaires ont frappé d'étonnement tous les observateurs par l'ordre établi dans leurs pérégrinations, et qui justifie leur nom. Si l'on examine un de leurs nids au milieu du jour, tout y est calme, les chenilles sont pressées les unes sur les autres et presque immobiles. Dès que le soleil a passé, un mouvement se produit , puis une agitation générale se manifeste. Une chenille sort du nid et commence à grimper sur le tronc ; elle est suivie exactement par une autre clienille, celle-ci par une troisième ; cette troisième, par un rang de trois ou quatre individus, qui est suivi à son tour par un rang plus nombreux, et ainsi de suite. Les rangs vont d'abord en sélargissant d'une manière assez régulière, mais le gros de la colonne finit par former une masse plus ou moins confuse. Au lieu d'une seule chenille au second et au troisième rang, il peut y en avoir deux ou trois , mais invariablement un seul individu
■1!l!x LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
ouvre la marche. Après leur excursion nocturne dans le feuillage et après s' être repues, ces chenilles voulant regagner leur retraite, c'est dans le même ordre qu'elles effectuent la descente. Si après avoir épuisé le feuillage d'un arbre, elles se portent sur un autre arbre, c'est toujours dans le même ordre qu'a lieu leur déplacement. On croirait qu'un individu donne le signal du départ et devient le cbef reconnu de la troupe entière, mais rien ne distingue la chenille qui marche en tête de celles qui la suivent, et nous ne pouvons ici que constater un instinct assez singulier. Parvenues au terme de leur croissance, les Processionnaires, qui ont renforcé les parois de leur nid avec les dépouilles provenant de leurs mues, demeurent rapprochées, et chacune construit le cocon dans lequel elle va se transformer en chrysalide. Notre dessin montrant les Processionnaires en marebe, et attaquées par un gros Coléoptère, le Calosome sycopbante et sa larve, a été exécuté au bois de Boulogne avec la plus scrupuleuse fidélité. Le cadre restreint n'a pas permis cependant de représenter le nid dans son entier, ni la colonue de chenilles complètement développée.
Les Cbènes du bois de Boulogne ont été fort maltraités dans ces dernières années par les Processionnaires. Le conservateur du bois, M. Pissot, auteur de plusieurs observations intéressantes sur les Insectes, a réussi à détruire d'immenses quantités de ces chenilles au moyen de l'huile lourde de goudron ; mais les Chênes du voisinage étant abandonnés à leur sort, les Papillons se répandent partout, et vont déposer leurs œufs dans les endroits que l'on croyait le mieux purgés.
Les chenilles processionnaires ne sont pas dangereuses seulement par les dévastations qu'elles commettent ; leurs poils, qu'elles perdent continuellement, pénètrent dans l'épiderme avec une étonnante facilité, y produisent une sorte d'urtication et des démangeaisons insupportables, dont la persistance est fort longue. 11 ne faut donc jamais toucher ces chenilles avec les doigts, ni
MLTAMOlilMlOSLS Dl liOMIïYX PROCESSIONNAIRE ET DU CALObOME SYCOPHANTL
[Bombyx proceasionnea et Caluwna sycopkaniu).
observer leurs nids en se plaçant sous le vent, car le visage et les mains recevraient les atteintes de ces poils redoutables. M. Ratzéburg cite des circonstances où des bestiaux et des chevaux, en arrachant les feuilles des arbres, se sont trouvés fort maltraités par les poils des Processionnaires, qui avaient atteint ces animaux au voisinage des yeux, aux narines et à la bouche.
Divers Bombyx vivent en société et confectionnent des nids comme les Processionnaires, lorsqu'ils sont à l'état de chenilles. Il y en a une espèce au Mexique bien connue aujourd'hui (Bombyx madruno), qui a été signalée autrefois par Ilumboldt. Depuis une époque fort ancienne, le Muséum d'histoire naturelle possède des nids analogues provenant de Madagascar. Ce sont des poches à parois assez épaisses. M. Ch. Coquerel a étudié et décrit sous leurs différents états les Insectes qui les construisent (Bombyx Badama et B. Diego).
Des Bombycides que l'on distingue sous le nom de Lasiocampes se signalent à l'attention par leurs palpes très-longs figurant une sorte de bec. Le type du genre est la Feuille-morle (Lasiocampa quercifolia) , gros Papillon aux ailes festonnées, d'une couleur fauve, ferrugineuse, qui a valu à l'Insecte son nom vulgaire. Sa chenille, qui acquiert une longueur de 9 à 10 centimètres, est grise, velue et remarquable comme les autres espèces du genre par deux replis de la peau à la partie antérieure du corps, qui s'écartent par moments et laissent voir deux interstices bleus semblables à des colliers. Cette chenille se trouve souvent sur les arbres fruitiers.
Un petit Bombyx de Madagascar, caractérisé par ses ailes coupées obliquement (genre Borocera), est l'objet d'une culture particulière dans le pays, comme nous l'a appris M. Vinson. Les Ilovas élèvent ses chenilles, qui se nourrissent de l'Ambrevate, une sorte de Cytise, pour la soie de leurs cocons et poulies chrysalides dont ils font un aliment.
A côté des vrais Bombyx se placent les Liparites, ou les genres
Orgyia et Liparis. Ceux-ci ont un corps relativement assez mince, au moins les mâles. Les Orgyias sont des Lépidoptères de taille fort médiocre, où nous trouvons des exemples de femelles privées d'ailes, ou plutôt n'ayant que des moignons d'ailes.
Examinons l'espèce la plus commune du genre, l'Orgyia antique, ouï Etoilée de Geoffroy (Orgyia anliqua), sous ses diverses formes. Elle est d'autant plus facile à observer dans la nature. que ses générations se succèdent à peu près sans interruption pendant toute la belle saison.
Dès le mois de mai on rencontre sur le feuillage des Peupliers de petites chenilles tout à la fois bien jolies et bien bizarres.
Dans leur plus grande dimension, ces chenilles, garnies de brosses et d'aigrettes, n'ont guère plus de 2 centimètres de longueur; elles sont d'un gris bleuâtre qui passe souvent au brun ou au noir. Sur les deux côtés, leur premier anneau est orné d'un long faisceau de poils inégaux terminés chacun par un petit, renflement. Ce sont de charmantes aigrettes dirigées en avant, que l'Insecte agite avec une grâce particulière. Le onzième anneau porte un semblable faisceau de poils incliné en arrière, et sur le cinquième il y en a un de chaque côté, moins long que les autres. Nos chenilles de l'Orgyia étoilée ont encore bien d'autres ornements. Sur la portion dorsale de leurs quatrième, cinquième, sixième et septième anneaux , s'élève une brosse jaune ou blanche taillée avec une entière perfection; une rangée de tubercules rouges, surmontés de petites aigrettes, règne tout le long des flancs.
Pour se métamorphoser, ces chenilles se filent une coque ; mais n'ayant à leur disposition qu'une faible quantité de soie, elles y mélangent leurs poils, qui tombent avec facilité au moment de la transformation, et comme les parois de la coque sont encore fort minces, des feuilles maintenues à l'aide de quelques fils sont ordinairement employées à servir d'abri.
Le Papillon éclôt deux à trois semaines après la transforma-
tion de la chenille. Le mâle est un Papillon au corps mince, aux
MÉTAMORPHOSES DE L'ORGYIA ÉTOILÉE (Oi-ji/ia antiqua).
antennes pectinécs, aux ailes d'un brun fauve, avec quelques
raies plus sombres et une petite tache blanche; la femelle est un animal gris, privé d'ailes, n'eu ayant du moins que des rudiments, de véritables moignons. A l'aide de ses pattes, elle se traîne péniblement, car son ventre, très-gros, est alourdi par la quantité d'oeufs qu'il contient. Cette femelle, dépourvue de toute beauté, n'a nul besoin «le se déplacer pour rencontrer un mâle. Les mâles la recherchent, et avec l'instinct et l'aptitude ordinaires aux Bombycides,ils savent la trouver même dans l'endroit le plus caché'. Aussitôt fécondée, on la voit cheminer sur le tronc de l'arbre, où bientôt elle dépose ses œufs en un paquet. Ces œufs, petits, arrondis., sont agglutinés au moyen de la liqueur visqueuse dont ils sont imprégnés au moment de la ponte.
Les Liparis ont les antennes plus longues que lesOrgyies, trèspectiuées dans les mâles, mais assez faiblement dans les femelles. Chez ces dernières, l'abdomen est épais et laineux. Les chenilles des Liparis, un peu déprimées, portent des poils roides, souvent disposées en étoiles.
Dans le centre et le nord de l'Europe, ces Lépidoptères sont les plus communs des Bombycides : la plupart des espèces du genre sont fréquemment fort nuisibles à la végétation. Le Zigzag (Liparis dispar), le Zigzag à ventre rouge (Liparis monacha), Y Apparent ou le Bombyx du Saule (Liparis Salicis), le Bombyx cul-brun (Liparis chrysorrhœa), causent chaque année des dégâts considérables, et dans certaines circonstances, par suite delà plus impardonnable incurie et d'une législation qui contraste étrangement avec les lumières de la science de notre époque, ils deviennent de véritables fléaux pour l'agriculture.
La loi sur l'échenillagè, en date du 20 ventôse an IV', demeurée en vigueur jusqu'à présent, est ainsi conçue :
«Art. 1er. Dans la décade de la publication de la présente loi, »> tous propriétaires, fermiers, locataires ou autres faisant- valoir » leurs propres héritages ou ceux d'autrui, seront tenus, chacun » en droit soi, d'écheniller ou faire échenillér les arbres (Haut sur
» lesdits héritages, à peine d'amende, qui ne pourra être moindre » de trois journées de travail et plus forte que dix.
» Art. 2. Ils seront tenus, sous les mêmes peines, de brûler » sur-le-champ les bourses et toiles qui seraient tirées des arbres. » haies ou buissons, et ce, dans un lieu où il n'y aura aucun a danger de communication du feu, soit pour les bois, arbres et » bruyères, soit pour les maisons et bâtiments.
» Art. 3. Les administrations de département feront éche- » niller dans le même délai les arbres étant sur les domaines na- » tionaux non affermés.
» Art. i. Les agents et adjoints des communes sont tenus de » surveiller l'exécution de la présente loi dans leurs arrondisse- » ments respectifs; ils seront responsables des négligences qui y » seront découvertes.
» Art. 5. Les commissaires du Directoire exécutif près les » municipalités sont tenus, dans la deuxième décade de la publi- » cation, de visiter tous les terrains d'arbres, d'arbustes, haies ou » buissons, pour s'assurer que lechenillage aura été fait exac- » tement, et rendre compte au ministre chargé de cette partie.
» Art. 0. Dans les années suivantes, l'échenillage sera l'ait. » sous les peines portées par les articles ei-dessus, avant le » 1er ventôse (20 février).
» Art. 7. Dans le cas où quelques propriétaires ou fermiers » auraient négligé de le faire pour cette époque, les agents et les » adjoints le feront faire aux dépens de ceux qui l'auront négligé » par des ouvriei's qu'ils choisiront: l'exécution des dépenses leur » sera délivrée par le juge de paix, sur les quittances des ou- » vriers, contre lesdits propriétaires et locataires, et sans que ce » payement puisse les dispenser de l'amende.
» Art. 8. La présente lui sera publiée le 1er pluviôse (20 jan- » vier) de chaque année, à la diligence des agents des communes, » sur la réquisitiuu du commissaire du Directoire exécutif. »
En vertu de cette b.i. «les affiches sont fréquemment apposées
dans la plupart des départements de la France, afin d'engager les populations à ne pas trop négliger leurs intérêts.
De temps à autre, même à Paris et dans le département de la Seine, des affiches rappellent les prescriptions de la loi relative à l'échenillage. Ainsi a été placardé à la fin de janvier 1867 :
« Un arrêté du Préfet de- police, en date du 14 de ce mois, pris en conformité de la loi du 26 ventôse an IV et de l'article 47 1 du Code pénal, qui prescrit la publication à nouveau d'une ordonnance du 25 février 1859, concernant l'échenillage des arbres, bois, haies et buissons d'ici le 20 février prochain.
» On devra, disait cet arrêté, brûler soigneusement les fourreaux à chenilles.
» Cette opération, par suite de la multiplication extraordinaire des chenilles dans les environs de Paris, est devenue d'une nécessité absolue.
» La multiplication des chenilles, véritable fléau de l'agriculture, est due à la destruction des oiseaux, destruction à laquelle les propriétaires se livrent avec tant de plaisir et de cruauté, sans en prévoir les tristes résultats pour les récoltes. »
Tous ceux qui ne sont pas absolument étrangers aux plus simples notions d'histoire naturelle s'étonnent à bon droit des termes vagues de la loi du 26 ventôse de l'an IV, qui ne marque aucun progrès sur les prescriptions antérieures.
Nous voyons que cette loi a été édictée uniquement en vue des dégâts qu'occasionne souvent le Liparis cul-brun (Liparis chrysorrhœa) dans le nord et le centre de la France, puisqu'il s'agit de nids que l'on peut et que l'on doit détruire pendant l'hiver. Mais cette espèce n'est pas toujours la plus nuisible ; elle ne se trouve pas dans toutes les parties de la France. Il y a beaucoup de chenilles aussi redoutables ou plus redoutables pour la végétation, qui n'éclosent qu'au printemps, et dont la loi ne s'occupe en aucune manière. Celles-là ne font pas de nids; ce n'est donc pas
par les moyens prescrits qu'il est possible d'en opérer la destruction. D'un autre côté, si le but de l'article 2 ne laisse aucun doute, que faut-il penser de l'article 1er, ordonnant Xéchenillage avant le 20 février. 11 n'y a guère de chenilles courant sur les arbres pendant l'hiver.
«L'échenillage, dit M. Merlin, est l'action de détruire les che- » nilles, ou plutôt les nids et enveloppes qui renferment les œufs » de ces Insectes. Ce soin, qui est d'une si grande importance » dans l'intérêt des fruits et récoltes, semble avoir dû être de tout » temps l'un des principaux objets de la police rurale; on cite '-> cependant, comme ayant introduit en France l'obligation de » l'échenillage, l'arrêt du règlement du Parlement de Paris du » 4 février 1732. On n'avait eu recours jusque-là qu'aux exor- » cismes et aux réquisitoires. »
Un historien du Dauphiné, Cborier, raconte que, vers le commencement du xvi° siècle, les chenilles s'étaient tellement multipliées dans cette province, que le procureur général crut devoir faire un réquisitoire pour leur enjoindre de déguerpir et vider les lieux. En 1543, un membre de la municipalité de Grenoble exposait au conseil que les limaces et chenilles commettaient de grands ravages ; il demandait en conséquence « qu'on priât M. l'offîcïal de vouloir excommunier lesdites bêtes, et procéder contre elles par voie de censure, pour obvier aux dommages qu'elles faisaient journellement et qu'elles feraient à l'avenir » . Le conseil prit un arrêté conforme à cette demande. On pourrait citer beaucoup d'autres documents du même genre1.
A l'époque à laquelle se rapporte l'arrêt du règlement que nous avons cité, les ravages causés par les chenilles avaient été tels, plusieurs années de suite, qu'il avait été jugé urgent d'y
1 M. Millet, inspecteur des forêts, a réuni sur ce sujet beaucoup d'informations curieuses, qu'il a bien voulu nous communiquer, mais les limites de notre cadre ne nous permettent pas de les rapporter.
remédier par des mesures générales et plus efficaces. « L'année » 1731, dit Fournel, fut si favorable à la germination des œufs, » qu'on vit se renouveler le fléau des sauterelles d'Egypte. » Les feuilles, les fleurs, les boutons des arbres, étaient dévorés » aussitôt leur apparition: en sorte qu'au mois d'août, les bois et » les forêts offraient la même apparence qu'au mois de janvier. » L'exemple d'un pareil malheur provoqua la sollicitude des ma- » gistrats sur les moyens de le prévenir par la suite; et c'esl à » cette époque que fut introduite l'obligation de l'éehenillage. »
Partout, on le voit, des expressions vagues, générales, qui dénotent l'absence des notions les plus élémentaires sur le sujet.
Le Liparis cul-brun est ce petit Papillon toutblanc dont l'extrémité du corps est garnie de poils d'un brun doré, que tout le monde connaît. 11 se montre à la fin de juin et au commencement de juillet. La femelle pond ses œufs en paquets à la face inférieure des feuilles ou sur les branches, et les recouvre de ses longs poils laineux en frottant son abdomen, de manière à les protéger et à les masquer complètement. Les petites chenilles naissent à la fin d'août ou en septembre, et tout aussitôt elles se fabriquent en commun, sur les hautes tiges, une tente soyeuse qui les met à l'abri des dangers extérieurs. Elles passent ainsi l'hiver. Dès que le feuillage commence à pousser, elles se répandent partout et causent la dévastation parmi les arbres fruitiers et quelquefois sur les arbres des forêts. Elles sont d'un brun noir, garnies de tubercules portant des poils roussàtres en aigrettes, avec des taches rouges sur le dos et deux rangées de taches blanches. Elles se métamorphosent au mois de juin dans une coque à parois minces, entremêlées de poils. Toutes les habitudes de l'Insecte indiquent qu'on peut le détruire facilement pendant l'hiver en enlevant les bourses ou en les arrosant avec des huiles communes.
Le Liparis du Saule, ou Y Apparent (Liparis Salicis), un peu plus grand que le précédent, a les ailes d'un blanc argenté el le
corps tout blanc. La femelle pond ses œufs sur les troncs des Saules et des Peupliers. Ceux-ci, de couleur verdàtre, sont disposés en rosaces et recouverts d'un enduit blanc. Les chenilles éclosent au printemps et dépouillent souvent les arbres de toutes leurs feuilles. D'une couleur grise noire, avec des tubercules surmontés de poils roux, une série de grandes taches dorsales blanches ou d'un jaune très-pâle et deux lignes de la même teinte, elles sont faciles à reconnaître. Pour détruire cette espèce, il y a un moyen fort simple : c'est de barbouiller avec de l'huile, du goudron, ou toute autre substance, les plaques d'œufs que l'on aperçoit sans peine, surtout lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles.
Le Zigzag (Liparis dispar) abonde presque partout, dans les jardins, sur les routes, dans les forêts. Le Papillon mâle a des ailes grises traversées par des raies sinueuses très-foncées; la femelle, beaucoup plus grosse, a des ailes blanches avec des lignes noires. Elle dépose ses œufs en paquets sur les troncs d'arbres et les recouvre avec les poils laineux roussâtres de son abdomen. Lescbenilles éclosent au mois de mai et acquièrent vite une assez forte taille ; leur peau est noire réticulée de gris et garnie de tubercules, les premiers bleuâtres, les autres ferrugineux, tous surmontés de longs poils roides qui pénètrent aisément l'épidémie et causent d'assez vives démangeaisons. Elles se transforment dans un réseau extrêmement lâche.
Une espèce voisine, le Zigzag à ven Ire rouge (Liparis monacha), ayant les mêmes mœurs, est peu répandue en France, mais fort commune en Allemagne , où elle exerce souvent d'immenses ravages dans les forêts. M. Ratzeburg a donné, sur cet Insecte comme sur beaucoup d'autres, d'intéressants détails dans son grand ouvrage sur les Insectes nuisibles aux forêts.
On comprend que ce n'est pas par l'échenillage qu'on peut détruire ces divers Liparis. Ce sont les pontes seules qui peuvent être anéanties pendant l'hiver, sans qu'il en coûte de grands efforts.
Des Lépidoptères ayant d'intimes rapports de conformation avec les Orgyies et les Liparis, mais presque tous parés de vives et fraîches nuances, sont les Arctiites. Les espèces du genre Écaille proprement dit (Arctia) peuvent être citées comme des plus jolies parmi les Lépidoptères nocturnes. L'Écaillé martre (Arclia caja) est commune par l'Europe entière. Sa chenille est connue de presque tout le monde ; car vivant sur une infinité de plantes basses, elle court continuellement à terre par les chemins et les allées des jardins avec une étonnante rapidité. Assez grosse, de couleur noire, portant des tubercules surmontés de longs poils soyeux, noirs sur le dos, d'un roux vif sur les cotés, elle attire aisément l'attention. Pour se transformer en chrysalide, elle s'établit sous des pierres ou sous des feuilles, et se construit une coque à parois faibles, dans laquelle elle fait entrer une partie de ses poils qu'elle perd au moment où elle commence à filer. Le Papillon éclôt quinze à vingt jours après la métamorphose de la chenille. Ses ailes antérieures, d'une envergure de (i à 7 centimètres, sont brunes, avec des lignes blanches semblables à des rigoles dirigées dans tous les sens; ses ailes postérieures, d'un beau rouge relevé par six ou sept taches d'un bleu foncé, cerclées de noir.
Les autres Ecailles les plus remarquables de notre pays sont Y Écaille rose (Arclia Hebe), la Grande-Écaille brune (Arclia malronula) de nos départements de l'Est, YEcaille marbrée (A. illica), X Écaille mouchetée (A. purpurea), la Bordure ensanglantée (A. russula), etc. Certaines espèces de ce genre (Arclia pudica) et de quelques genres voisins font entendre une stridulation au moyen d'une petite capsule qu'elles portent de chaque côté du thorax. M. Guénée a publié d'intéressantes observations sur ce sujet.
Les Callimorphes, charmants Lépidoptères dont les formes sont plus grêles, plus élégantes que celles des Ecailles, possèdent une trompe assez développée. L'une, V Ecaille marbrée rouge (Calli-
morpha dominula), a les ailes antérieures d'un vert bronzé, avec douze à quatorze taches blanches, les ailes de la seconde paire d'un rouge magnifique relevé par trois taches noires; l'autre, la Phalène chinée de Geoffroy [C. hera), en diffère surtout par ses ailes antérieures traversées par des raies blanches. Chez ces Insectes comme chez diverses Ecailles, il arrive parfois que les couleurs rouges des ailes passent au jaune. Certains amateurs sont arrivés, à l'aide d'une évaporation acide, à produire artificiellement un changement de couleur analogue, en se gardant bien d'avertir de leur fraude. Des auteurs ont décrit ces individus dénaturés comme de curieuses variétés, ou, suivant leur langage, comme des aberrations. Le mot aberration n'est-il pas ici en effet bien choisi ?
On distingue sous le nom de Lithosiites de petites espèces d'une texture frêle, ayant des ailes qui enveloppent le corps pendant Le repos et souvent des antennes très-minces. Les Lithosies ont des ailes fort étroites et des antennes en forme de soies. La plupart de leurs chenilles se nourrissent des Lichens qui croissent sur les troncs d'arbres. Les Euchélics ont des ailes plus larges et agréablement colorées, et l'une d'elles, bien jolie et bien abondante, est remarquée dans toutes les campagnes d'une grande partie de l'Europe. C'est le Carmin du Séneçon (E. Jacobeœ), comme l'appelait Geoffroy , le Papillon délicat qui vole et se pose avec les Zygènes, dont il a les couleurs. Ses ailes antérieures, d'une teinte bronzée, ont deux raies et deux taches du carmin le plus vif; ses ailes postérieures, de cette dernière nuance, ont une frange noirâtre. La chenille de cette charmante espèce, noire et annelée de jaune, vit sur les Séneçons qui croissent dans les champs incultes et au bord des chemins.. Dans le Midi de la France, et dans les pays dont la .Méditerranée baigne les côtes, vole l'été une Euchélie plus gracieuse encore (E. pulchella) ; celle-ci a les premières ailes blanches, parsemées de points noirs et ornées de seize ou dix-sept petites taches d'un rouge écarlate.
Dans cette intéressante famille «les Bombycides, il est un
grand genre de venu le type d'une tribu particulière. C'est le genre des Psychés. Psyché, tout le monde connaît l'origine de ce mot gracieux ; avant d'être le nom de la ravissante princesse antique aux ailes de Papillon, il signifiait l'âme, le souffle. Qu'il convient donc à merveille, ee joli nom de Psyché, aux Papillons auxquels il a été attribué! Une taille toute mignonne; un corps minée couvert de longues soies; des ailes à peine revêtues d'écaillés, grises, brunes, noirâtres, et en même temps presque diaphanes ; de petites antennes plumeuses, sont les signes extérieurs des Psychés. Ces Lépidoptères, qui réalisent ce que l'on peut imaginer de plus délicat, ont comme les autres Bombycides une trompe toute rudimentaire. Ils n'ont besoin d'aucune nourriture pendant les jours comptés de leur existence.
Mais les Psychés n'appellent point l'attention seulement par le charme et la grâce de leurs formes, elles offrent un intérêt exceptionnel par le genre de vie de leurs larves, par la dissemblance des individus des deux sexes. Les mâles seuls ont toutes les perfections que nous avons indiquées; les femelles sont dans