TÊTE DE L'ABEILLE DOMESTIQUE, AVEC LES PIECES BUCCALES ÉCARTÉES
une surface plane, avec un rebord en saillie, elles se rapprochent l'une del' autre parleur boutenne laissant entre elles qu'un espace étroit, suffisant pour contenir la quantité de cire destinée à être pétrie. Les mâchoires et la lèvre inférieure, longues, flexibles, constituent, mieux encore que chez beaucoup d'autres Mellifères, l'appareille plus parfait pourlécher et humer le miel. Les femelles et les ouvrières de presque tous les Hyménoptères nidifiants sont armées pour la défense. L'arme variant à peine d'un type à l'autre, nous avons préféré en montrer la disposition chez l'Abeille. C'est
l'aiguillon, dont personne n'ignore le pouvoir redoutable. L'aiguillon se compose de deux stylets bien acérés, soutenus par des supports attachés à des écailles maintenues dans le dernier anneau de l'abdomen : deux valves protectrices constituent le fourreau. Les glandes à venin sont deux tubes contournés débouchant dans un vaste réservoir, capsule ovalaire pourvue d'un conduit s'ouvrant entre les deux stylets. Par un effort musculaire, l'Insecte fait saillir son aiguillon retiré dans l'abdomen pendant le repos; l'aiguillon pique, et en même temps une pression des parois abdominales sur la glande détermine une petite éjaculation <lu venin dans la piqûre.
UGDILLON ET GLANDES VÉNÉNIFIQDKS DE l/ ABEILLE.
Lorsqu'un essaim a pris possession d'une cavité quelconque, d'une ruche par exemple, le premier soin des ouvrières est de boucher exactement tous les interstices. C'est une substance résineuse très-bonne pour cet usage que les Abeilles emploient. Elles vont la chercher sur les bourgeons des Peupliers ou d'autres arbres. Cette matière, toujours désignée sous le nom de propolis, est souvent appliquée en assez grande masse au sommet de l'édifice, à l'endroit où doivent être fixés les gâteaux. Ce premier travail exécuté, des Abeilles se réunissent en groupes dans le but de construire les alvéoles. Chaque individu saisit avec la
pince de sa patte postérieure une lamelle de cire, la prend avec les griffes de ses pattes de devant pour la porter à ses mandibules. Suffisamment malaxée, convertie en un petit rouleau, l'Insecte l'applique à la voûte de la ruche. Quand une certaine masse de cire se trouve accumulée, nos ouvrières y creusent des alvéoles; opérant à la fois des deux côtés, déterminant sans doute de toutes
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PORTION d;uN GATEAU D ABEILLE
présentant !<■> i roi - >«»M<'S dVilvéoles.
parts des pressions extrêmement égales, les cellules prennent la forme la plus régulière. Chaque alvéole est un petit godet hexagonal, avec un fond pyramidal résultant de la réunion de trois rhombes. Le gâteau est composé ainsi de deux rangs de loges adossées, dételle sorte que le fond des unes est également le fond des autres, et que la base de chaque loge se trouve correspondre à trois loges du coté opposé. Les constructions géométriques des
Abeilles réalisent de la façon la pins complète le problème qui consiste à avoir des logements avec la pins faible quantité possible de matière. Sous ce rapport, nul mathématicien n'a rien trouvé à reprendre. On peut voir, à ce sujet, un mémoire de M. Léon Lalanne, publié en 1840.
Dans une ruche dont les travaux sont avancés, parmi les gâteaux, les uns n'offrent que de petites cellules, d'autres sont formés en partie d'alvéoles plus grands, mais du même système de construction. En outre, quelques loges très-grandes, irrégulières, à parois épaisses, sont ordinairement appendues aux extrémités des gâteaux. Pour toutes les autres parties des gâteaux, la matière première est employée avec la plus stricte économie; pour les grandes cellules , toujours peu nombreuses dans la ruche, il est vrai, la cire est employée à profusion. Les petites loges hexagonales sont destinées aux larves d'ouvrières, les grandes loges hexagonales aux larves de mâles, et les grands alvéoles irréguliers aux larves de femelles fécondes ou de reines.
Les cellules de tout genre étant construites, la mère parcourt les gâteaux, et dépose un œuf dans chaque alvéole ; des ouvrières lui font cortège pendant cette opération, veillant à ce que les choses se passent régulièrement. La femelle a-t-elle laissé tomber deux œufs dans la même cellule, au plus vite des Abeilles retirent l'un d'eux et le détruisent. La ponte achevée, la mère n'a de préoccupation d'aucune sorte, car elle demeui'e étrangère à tous les actes des ouvrières ; aussi la comparaison d'une société d'Abeilles avec une monarchie, ou avec le gouvernement d'une société humaine quelconque, n'est-elle en rien justifiée.
Trois jours après la ponte, les jeunes larves éclosent, mais les Abeilles ne sont pas au dépourvu. Pendant que les unes poursuivaient leur travail de construction, d'autres allaient aux champs, recueillaient le miel et l'entassaient dans des cellules destinées à cet objet. On a cru qu'il y avait deux sortes d'Abeilles ouvrières, les cirières et les nourrices; certainement toutes les Abeilles ont
les mêmes aptitudes, mais il est possible que les vieilles ouvrières soient moins bonnes cirières que les jeunes et prennent surtout le rôle de nourrices. Les larves, le couvain, daus le langage des éducateurs d'Abeilles, croissent rapidement, et au bout de leur carrière, elles filent une petite coque soyeuse, pour se transformer en nymphes. Ces coques tissées, les alvéoles semblent avoir un couvercle. Les larves d'Abeilles ont les caractères généraux des larves des Hyménoptères nidifiants, avec une faiblesse plus grande que la plupart d'entre elles, car elles ne peuvent prendre leur nourriture qu'en la recevant de la bouche de leurs nourrices.
Un fait des plus étranges, qui n'est pas particulier aux Abeilles, mais qui a été plus observé chez ces Insectes que chez d'autres, c'est leur pouvoir de produire à volonté des femelles fécondes ou
Vil •
LARVES ET NYMPHES DE L'ABEILLE OUVRIÈRE. 1 et 2. Larve en dessus cl en dessous. — 3 et 4. Nymphe en dessus et en dessous.
des femelles infécondes, c'est-à-dire des ouvrières. On a les meilleures raisons du monde, à l'égard des Abeilles, pour attribuer à la nature de l'alimentation la stérilité ou la fécondité des individus, l'avortement ou le développement des organesde la reproduction. Il arrive fréquemment que des larves d'ouvrières, placées dans le voisinage d'une cellule de reine, reçoivent quelques parcelles de la nourriture destinée à la larve de la femelle féconde. La petite quantité de pâtée royale qui leur est tombée aura suffi pour rendre ces ouvrières un peu fécondes. Une ruche a-t-elle perdu ses larves de reines, les Abeilles en fabriquent avec des larves d'ouvrières. Une larve destinée à changer de condition est choi-
£158 l>l?'S MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
sie ; son alvéole est agrandi et les larves du voisinage sacrifiées pour cet objet. La jeune larve d'ouvrière est désormais alimentée comme une larve de femelle féconde, et elle devient femelle féconde. Aucun doute n'est possible à ce sujet, l'expérience a été mille et mille fois répétée ; la transformation réussit toujours tant que la larve ouvrière est assez jeune, et des apiculteurs ont même constaté assez récomment que cette transformation pouvait s'effectuer à un Age des larves plus avancé que ne le croyait lluber. En quoi consiste la différence dans la nourriture donnée aux larves des ouvrières et des femelles fécondes? C'est ce qu'il a été impossible de découvrir jusqu'à présent.
Au moment de l'éclosion des adultes, ouvrières, mâles ou faux Bourdons, femelles fécondes ou reines, l'agitation est grande dans la ruche. Les . ouvrières déchirent avec leurs mandibules les couvercles des cellules des nouveau-nés, aident ces individus, encore faibles, à sortir de leur prison. En un seul jour, la population a prodigieusement augmenté. Une émigration est nécessaire. Une nouvelle reine estéclose, quelques milliers d'ouvrières se groupent autour de la vieille reine, et voilà un essaim formé, quittant la demeure commune et allant chercher un autre établissement. La même ruche, si elle a beaucoup prospéré, donnera deux, trois, quatre essaims successifs. Si la ruche a souffert au contraire, si la population est peu nombreuse, alors pas d'essaims possibles. A un moment, deux femelles fécondes, deux reines se trouvent dans l'habitation, où il ne doit jamais en rester qu'une seule; alors les reines se livrent un combat à coups d'aiguillon, combat à mort, dont les ouvrières restent simples spectatrices. Quand un des deux champions a succombé, les ouvrières jettent son cadavre, et la société reprend sa physionomie ordinaire.
11 n'y a jamais plus de quelques femelles, et souvent il y a jusqu'à douze ou quinze cents mâles qui naissent à peu près en même temps. Lorsque les observations d'Iluber vinrent répandre la lumière sur l'histoire des Abeilles, jamais personne n'ayant
réussi à voir de rapprochement entre les individus des deux sexes, il existait pour les naturalistes un fait inexplicable. Huber fut le premier à s'apercevoir que chaque reine, peu de jours après sa naissance, sort de la ruche, s'envole suivie d'une foule de mâles, et disparaît dans les airs à une grande hauteur. C'est alors que s'effectue le mariage de la reine, qui ne doit être mariée qu'une fois en sa vie. Elle revient au logis, portant des signes certains que désormais elle sera une mère accomplie. A partir de ce moment, elle vivra absolument sédentaire, et si elle doit sortir encore de la ruche, ce ne sera que pour fonder une nouvelle colonie.
Les instincts, l'intelligence des Abeilles ont de tout temps préoccupé naturalistes et philosophes. Les instincts de ces êtres sont prodigieux; ils dirigent seuls leurs opérations dans ce qu'elles ont d'essentiel, le fait n'est pas douteux. L'Abeille bâtit des cellules régulières sans avoir appris comment elle doit les construire; son organisation suffit. Elle va recueillir le miel, en fait des provisions; elle prend soin des larves, connaissant la nourriture qui leur convient, guidée évidemment par l'instinct seul. Mais, nous l'avons dit au début de cet ouvrage, l'exercice de facultés instinctives très-développées n'est pas possible dans une foule de circonstances sans l'intervention d'une idée juste, de la situation, des obstacles à surmonter, des dangers à éviter. Le raisonnement intervient, il y a une intelligence en action. Les actes d'une foule d'Insectes, surtout parmi les Hyménoptères, nous ont déjà apporté bien des preuves irrécusables de cette vérité. Dans l'ensemble des phénomènes de la vie des Abeilles, nous avons en grand nombre des preuves manifestes que les Animaux ne sont pas de simples machines plus ou moins bien organisées. A ceux, s'il en est encore, qui s'imaginent tous les Animaux seulement pourvus d'instincts, et incapables d'aucun raisonnement, d'aucune idée, l'observation et l'expérience, s'ils sont assez éclairés pour savoir y recourir, les con-
m) LUS MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
(luiront à reconnaître que la création animée rst plus grande,
plus belle qu'ils n'avaient voulu se le figurer.
Plusieurs fois on s'est aperçu que des Abeilles construisant des gâteaux, ayant mal travaillé, survenaient d'autres Abeilles détruisant l'ouvrage imparfait pour le recommencer. N'est-ce pas là la preuve d'une appréciation. Tout en conservant le caractère régulier de leurs constructions, ces Insectes en modifient l'arrangement d'après les exigences du local. Quand une ruche est largement approvisionnée, les Abeilles laissent vivre les mâles pendant longtemps, mais elles les exterminent bientôt si la disette est à craindre. Dans ce cas, l'intelligence de la situation n'est-ellc pas évidente ? Souvent les ruches sont envahies par des Tinéides, les Galléries, dont les chenilles dévorent les gâteaux, enlaçant tout de leurs fils soyeux, détruisant le couvain : mais seulement dans les ruches ayant une population faible, les Abeilles se laissent ainsi maltraiter; lorsqu'elles sont en force, elles savent parfaitement se débarrasser de leurs ennemis. S'agit-il d'ennemis, une manifestation d'intelligence bien autrement concluante se produit chez les Abeilles. Dans certaines localités, les Sphinx tète-de-mort, dont il a été question dans une autre partie de cet ouvrage, se montrent quelquefois en assez grande abondance et s'introduisent, s'ils le peuvent, dans les ruches pour les piller. Les Abeilles ménagent d'ordinaire à leur demeure une entrée assez spacieuse, pour rendre la circulation facile aux nombreux individus qui entrent et sortent continuellement. Ont-elles reconnu le danger de recevoir les audacieux visiteurs, auxquels des téguments durs et élastiques et une épaisse toison permettent de braver les coups d'aiguillon, elles rétrécissent leur porte de façon à interdire absolument le passage aux Sphinx. C'est une gène qu'elles s'imposent. Mais la vie des Sphinx est de courte durée; les Abeilles s'aperçoivent de leur disparition, elles défont leur ouvrage, et rétablissent l'entrée de leur ruche dans sa première condition. Serait-il possible d'agir avec plus de discernement?
LUS HYMENOPTERES. Mil
Après tous ces signes qui attestent combieu les Abeilles apprécient leur situation, ne faut-il pas admirer plus encore la manière dont ces Insectes communiquent entre eux. Une expérience bien simple permet de reconnaître la facilité de ces communications : une Abeille est-elle apportée dans un endroit où il y a des substances de son goût, endroit qui n'était jamais visité auparavant par aucun individu de son espèce; bientôt, après son départ, les Abeilles arrivent en foule, paraissant avoir été bien averties.
L'habitude de voir chaque société d'Abeilles dans une ruche séparée a fait croire qu'un voisinage trop intime entre plusieurs colonies n'était pas du goût des Abeilles; c'est là une erreur. En différentes contrées, en Egypte notamment, on voit des sociétés d'Abeilles établies si près les unes des autres, que les différentes sociétés paraissent confondues. Le spectacle d'une semblable communauté nous a été donné par M. Le Blon, à Vincennes. Dans une chambre spacieuse, très-faiblement éclairée, plusieurs ruches avaient été placées primitivement sur des tablettes ; il y avait eu de nombreux essaimages, et les essaims, trouvant la place à leur gré, s'étaient établis dans cette même pièce et avaient fixé aux tablettes leurs gâteaux, qui pendaient de tous côtés comme des stalactites dans une grotte.
Ce ne serait point assez d'avoir considéré les Abeilles dans leur merveilleuse organisation, dans leurs mœurs si admirables, clans leurs sociétés constituées d'une manière si parfaite ; ces Insectes ont dans notre économie sociale un rôle d'une importance notable. Fournissant des produits utiles et toujours recherchés, leur culture est la source d'un revenu qui mérite d'être apprécié. Il y a grande difficulté, pour ne pas dire impossibilité, à dresser la statistique exacte du nombre île ruches qui existent dans la France entière, et plus encore à connaître sûrement le chiffre de la production en cire et en miel. Cependant, d'après les renseignements qui nous ont été fournis par les apiculteurs qui se sont particulièrement occupés de la question économique, on estime
,,,;■> LES MÉTAMUtU'HUSES DES INSECTES.
à environ deux millions le nombre des colonies ou des ruches après l'essaimage. On a cru pouvoir fixer la valeur du produit annuel à 15 millions de francs, 1 1 millions et demi pour le miel, et il millions et demi pour la cire. D'après d'autres évaluations, la première estimation serait au-dessous de la vérité, et devrait être portée à 20 millions. 11 n'est pas, douteux qu'il serait possible d'élever au double cette production, si les gens des campagnes étaient tous éclairés sur les avantages que leur procurerait la possession de quelques ruches. Les soins que réclament six. huit, dix ruches, n'étant pas très-considérables, ne peuvent distraire des travaux habituels. Pour bien peu de peine, on se procure du miel pour les besoins du ménage, à la grande joie des enfants, et, dans les bonnes années, il en reste encore à vendre, avec une petite quantité de cire. Encourager la culture des Abeilles partout où les Abeilles trouvent à butiner, c'est donc faire chose utile. Ceux qui pratiquent l'apiculture sur une grande échelle et avec intelligence, tirent des profits considérables de leur industrie; mais ceux-là sont des gens expérimentés, n'ayant besoin des conseils de personne. On aura une idée des avantages que peut procurer l'éducation des Abeilles, quand nous rapporterons, d'après le dire des hommes pratiques, qu'une colonie du printemps, achetée au prix de 15 francs, aura l'apporté, dès la fin de la saison, le capital engagé; et au printemps prochain, cette ruche, si elle est dans une bonne condition, donnera au moins un essaim, peut-être deux. Cependant il y a pour l'apiculteur de mauvaises années : c'est la sécheresse, qui arrête la floraison; ce sont les grandes pluies, qui empêchent les Abeilles d'aller aux champs. Dans diverses localités, le Sainfoin est la meilleure ressource des habitantes des ruches : le Sainfoin a disparu; les Abeilles ne trouvant guère à butiner aux alentours, on les transporte dans les bois, où elles ont les Bruyères en fleur.
Dans tous les pays d'Europe, on cultive les Abeilles, et eu Russie cette culture est faite dans d'énormes proportions. On a pu
voir, à l'Exposition universelle de 1867, des ruches de ce pays d'une dimension inconnue à nos apiculteurs, ayant des parois de grande épaisseur pour parer aux atteintes du froid. Sous le climat de la Russie, pendant la saison chaude, la végétation se développe avec une extrême rapidité, les Abeilles travaillent alors activement, et les grandes ruches s'emplissent. Nulle part, nous assure-t-on, la consommation du miel n'est aussi considérable que dans certains districts de la Russie. Les jours d'abstinence sont nombreux dans le cours de l'année, le thé est en usage, et le peuple estime que le miel doit être préféré au sucre, parce que du sang de bœuf étant employé au raffinage du sucre, on ne serait pas assuré de faire maigre.
Avant l'introduction de notre espèce d'Europe, l'Amérique n'avait point d'Abeilles; mais comme si dans l'ordre de la nature, il avait été établi que partout l' Homme pourrait se procurer le miel et la cire, cette partie du monde est en possession de nombreux Apines que l'on nomme les Mélipones. Le sauvage Guarani, le Moxo, le Chiquito, le Botocude, rencontrent dans la savane inculte le nid de la Mélipone, dont ils extraient le miel pour le savourer, la cire pour se procurer un peu de lumière.
Les Mélipones, plus petites que nos Abeilles, sont courtes, trapues, souvent de couleurs variées; elles ont des pattes proportionnellement plus longues que celles de nos Abeilles, et le peigne ou le râteau devant servira prendre sous l'abdomen les lames de ciren'est pas au premier article du tarse, mais plus haut, au coté interne de la jambe. Seules, entre tous les 1 1 yménoptères nidifiants, les Mélipones n'ontpasd' aiguillon. L'absence d'armedoit créer, à quelqueségards au moins, des habitudes différentes de celles de nos Abeilles; plusieurs femelles fécondes vivent certainement en bonne intelligence, puisqu'elles n'ont pas la possibilité de se tuer. Cependant le fait n'a pu être constaté directement ; il y a peu d'observateurs dans l'Amérique du Sud, et ici la recherche est difficile, parce que la ressemblance est grande entre les femelles fécondes et les ouvrières.
m LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
Les Mélipones sont nombreuses en espèces. Nous prendrons comme exemple l'une d'elles, que nous avons eue vivante à Paris, la Mélipone écussonnée (Melipona scutellaris), une des plus grosses du genre, ayant son prothorax couvert d'une pubescence fauve et les anneaux de son abdomen ceinturés de jaune. Les Mélipones, comme les Abeilles, s'établissent dans les creux des troncs d'arbres, mais elles acceptent parfaitement aussi une boîte, un panier. Ces iuoffensives et industrieuses créatures deviennent domestiques. Admirable nid que celui de la Mélipone, dont nous n'avons pu représenter qu'une portion, à cause de son étendue ! Les Abeilles sont économes de la cire, les Mélipones en sont prodigues. Au centre de leur demeure, elles établissent les logements des larves ; ce sont aussi des gâteaux de cellules hexagones, seulement ces gâteaux n'ont qu'un seul rang d'alvéoles. Tandis que les Abeilles mettent leurs provisions de miel dans des cellules pareilles à celles des larves, les Mélipones bâtissent, de chaque côté des logements de leurs jeunes, des vases d'une énorme dimension, dans lesquels elles entassent leurs provisions de miel et de pollen. Ces vases, à parois épaisses, ces amphores,forment des magasins, des docks à part. C'est là un degré de perfection dans le mode de construction qui dépasse ce que nous connaissons partout ailleurs.
Plusieurs fois nous avons conçu l'espoir de conserver et de propager les Mélipones dans notre pays. En 1864, deux ruches de la Mélipone écussonnée du Brésil avaient été apportées au Jardin des plantes : tant que la température resta douce, les jolis Hyménoptères, pleins d'activité, allaient à la picorée comme nos Abeilles, et revenaient aussi sûrement à leur habitation; mais, aux premières atteintes du froid, malgré le soin de les loger chaudement et de mettre du miel à leur portée, tous les individus périrent dans l'espace de deux ou trois jours.
Les Coléoptères sont les Insectes que l'on nommait autrefois d'une manière très-générale : les Scarabées. Répandus à l'infini dans la nature , les Coléoptères ont été les plus étudiés des Insectes sous le rapport de la caractérisation des espèces. Depuis longtemps, sur toutes les terres explorées, on les a recherchés avec prédilection, avec un soin qui n'a pas été accordé aux représentants des autres ordres. Des collections spéciales de Coléoptères ont été formées par un grand nombre d'amateurs, et ceci a engagé beaucoup de voyageurs visitant des contrées lointaines à recueillir de ces Insectes, assurés d'en tirer un profit que ne leur donneraient pas des collections d'Hyménoptères, de Diptères, etc. Des ouvrages purement descriptifs sur les Coléoptères paraissent chaque année dans les diverses parties de l'Europe comme aux Etats-Unis; les uns relatifs aux espèces d'une
famille ou d'un gence, les autres aux espèces d'une contrée. La faune de mitre pays, même pour cette partie limitée, n'est pas achevée encore, mais un entomologiste de Lyon fait de vaillants efforts pour atteindre le but. Depuis vingt-cinq ans, M. Mulsant met au jour une suite de travaux destinés à faire connaître avec une rigoureuse exactitude les Coléoptères de la Fiance.
Combien y a-t-il d'espèces de Coléoptères dans le monde entier? C'est ce que nous ne pouvons dire, ce que nous n'oserions même estimer d'une façon approximative; seulement il nous est permis d'en faire soupçonner le nombre prodigieux d'après le simple énoncé de ce fait : que si toutes les collections existantes pouvaient être réunies en une seule, on aurait sous les yeux un ensemble de plus de cent mille espèces.
En présence d'un tel chiffre, on pourrait croire à une difficulté presque insurmontable d'arriver à apprendre dans quels livres et par quels auteurs ont été nommés et décrits les Coléoptères de tous les groupes et de tous les pays. La difficulté se trouve en réalité fort amoindrie par les travaux bibliographiques. Un naturaliste plein d'érudition et doué d'un jugement sûr, M. le professeur Lacordaire, publie un ouvrage dans lequel, à la suite de la caractérisation de chaque genre, sont énumérées toutes les espèces connues, avec l'indication des livres où il en a été donné une description et une figure.
En voyant à quel degré les Coléoptères ont charmé une foule de personnes, on serait peut-être tenté de croire que ces Insectes présentent un intérêt exceptionnel. On se tromperait. Les Coléoptères n'ont guère d'indu strie; ils ne possèdent que des instincts assez bornés. Dans leur histoire, on ne rencontre point, comme dans celle des Hyménoptères, de ces actes qui comptent au nombre des phénomènes les plus remarquables, les plus saisissants, les pins instructifs de la nature animée. Tout, dans la prédilection dont les Coléoptères sont l'objet, est dû à la beauté de beaucoup d'entre eux, à la solidité de leurs téguments, qui en
rond la conservation facile, à la nature de leurs organes du vol, qui en rend la préparation fort simple.
Les Coléoptères ont une physionomie tellement particulière, qu'il n'est difficile à personne de distinguer un représentant quelconque de cet ordre de tous les autres Insectes. Les ailes fournissent leur caractère extérieur le plus important. Les ailes antérieures, toujours de consistance coiàace, c'est-à-dire de la même consistance que les autres parties du corps, ne se croisent jamais l'une sur l'autre pendant le repos, et elles emboîtent plus ou moins exactement le corps; ce sont, comme l'indique le nom de Coléoptères lui-même (xoXeôç, étui; nxzpu, ailes), des étuis, que l'on désigne sous le nom d'élylres. Les ailes postérieures, presque toujours plus amples, sont membraneuses et parcourues par des nervures ramifiées. Les principales nervures offrant, vers le milieu, une division transversale, les ailes, ramenées sur le corps, se plient sans effort et viennent se loger sous les élytres. Les pièces buccales sont généralement fortes et, dans tous les cas, conformées pour la mastication.
Les Coléoptères ont des métamorphoses complètes: comme les Lépidoptères et les Hyménoptères, ils naissent sous la forme de larves, et ces larves se transforment en nymphes immobiles; ces dernières, analogues à celles des Hyménoptères, semblent être le moule exact des Insectes adultes.
La diversité est grande parmi les Coléoptères; elle est trèsnotable sous le rapport de la conformation générale, très-considérable sous le rapport du degré de perfection organique, trèsremarquable sous le rapport des conditions biologiques.
Dans beaucoup de types, les antennes filiformes, les pattes simples, c'est-à-dire sans dilatations, sans échancrures, sans épines, dénotent une infériorité relative. Chez certains types, les antennes, d'une structure moins uniforme, indiquent un degré d'organisation plus élevé. Chez quelques-uns, les antennes présentant une grande inégalité dans le développement de leurs
articles, les pattes offrant des pointes, des élargissements, des dentelures qui les convertissent plus ou moins en instruments de travail, attestent la plus haute perfection qui existe dans l'ordre des Coléoptères. Les différences les plus caractéristiques que l'on observe dans l'organisation interne de ces animaux coïncident avec ces différences frappantes de la conformation extérieure. Là, où les appendices dénotent une grande supériorité relative, le système nerveux est très-centralisé ; il l'est beaucoup moins chez les espèces dont les appendices sont plus simples.
Parmi les Coléoptères, le régime alimentaire est aussi varié qu'il est possible de l'imaginer; le tube digestif offre ainsi entre les types des différents groupes des modifications très-notables, en rapport avec la nature de l'alimentation. Les Coléoptères, cependant pour le grand nombre, sont phytophages. Aussi certaines espèces, venant à se multiplier à l'excès, causent souvent de graves préjudices à tous les genres de cultures aussi bien qu'aux arbres des forêts.
L'étude des premiers états des Coléoptères est d'un extrême intérêt. Dans les familles où se manifeste une grande diversité parmi les adultes, il existe une ressemblance frappante entre les larves. Dans certaines familles, les larves représentent un degré de développement très-peu avancé; elles sont dépourvues de pattes; leur aspect est celui de Vers. Dans d'autres familles, les larves, mieux partagées, ont des appendices locomoteurs, mais ces appendices sont faibles et ne permettent qu'une locomotion fort imparfaite. Ailleurs, les larves naissent dans un état qui les rapproche davantage des adultes; celles-ci sont plus ou moins agiles. Ailleurs, encore, les larves, au sortir de l'œuf, déjà remarquablement bien constituées, rappellent les allures, les attitudes des adultes. Néanmoins tous ces Insectes, plus ou moins bien organisés, doivent également achever leur évolution pendant une période d'immobilité, leur état de nymphes.
Des efforts persévérants ont été nécessaires pour conduire à
la connaissance des premiers états des Coléoptères. Beaucoup de larves sont difficiles à découvrir, surtout difficiles à nourrir en captivité. Les résultats aisément obtenus avec les Lépidoptères n'ont pu être atteints, ici, qu'avec infiniment plus de recherches et plus de patience. 11 y a trente ans, on connaissait seulement quelques larves de Coléoptères; à partir de cette époque, plusieurs naturalistes, attachant à ce sujet toute l'importance qu'il mérite, se sont appliqués à diriger leurs observations de ce côté, et bientôt ils ont pu donner et descriptions et figures des larves d'une longue suite d'espèces: MM. Westwood, en Angleterre; Heer, en Suisse; Ratzeburg, Erichson, en Allemagne, etc. Nous avons apporté aussi notre contingent à cette étude, et en 1853 deux jeunes naturalistes de la Belgique : MM. Chapuis et Candèze, ont dressé le catalogue de toutes les larves connues. Depuis, il y a eu foule de nouvelles observations à ce sujet, de la part de MM. Goureau, Perris, Laboulbène, etc., et, aujourd'hui, le professeur Schiodte, de Copenhague, publie un magnifique ouvrage sur les Coléoptères, qui approche autant de la perfection qu'on peut espérer l'obtenir1. L'auteur donne des figures d'ensemble d'une rare précision, et des figures de tous les détails, où l'on reconnaît l'étude la plus savante.
Les métamorphoses, les habitudes, les instincts des Coléoptères nous sont connus actuellement pour un nombre déjà considérable d'espèces de chaque groupe.
Les Coléoptères se répartissent dans vingt et quelques familles très-naturelles, très-bien caractérisées, mais il est impossible d'admettre des groupes d'un ordre plus élevé, réunissant plusieurs familles. Autrefois, on s'était cru assuré d'un caractère permettant de partager tous les Coléoptères en quatre divisions primaires; c'était le nombre des articles des tarses. Geoffroy, l'entomologiste du dernier siècle, fut l'inventeur de cette clas-
1 Une première partie a paru en 18G2, une seconde en 1864, une troisième est sur le point d'Ôtre publiée.
/(7(i LES METAMORPHOSES DES INSECTES.
sification, longtemps fort goûtée, à cause de sa simplicité. 11 y avait : les Coléoptères qui ont cinq articles à tous les tarses, les Pentamères; ceux qui ont cinq articles aux tarses antérieurs et intermédiaires, et quatre seulement aux tarses postérieurs, les Héléromères; ceux qui ont quatre articles à tous les tarses, les Télramères; ceux qui n'en ont pas plus de trois à tous les tarses, les Trimères. C'était charmant, en vérité; il suffisait d'avoir compté, pour être en mesure de placer sûrement l'espèce à déterminer dans sa division. Mais, si l'on trouve d'ordinaire une remarquable fixité dans le nombre des articles des tarses chez tous les représentants de certains groupes, il existe néanmoins des familles où règne, sous ce rapport, une extrême diversité. Les observations précises s'étant beaucoup multipliées, il a été constaté qu'une différence dans le nombre des articles des tarses se montrait souvent entre des espèces fort voisines, et ainsi, que la parité ou la diversité dans ce nombre ne coïncidait en aucune façon avec les affinités naturelles. C'est donc à l'ensemble des caractères qu'il faut recourir pour prendre une idée nette des formes typiques des Coléoptères.
La famille des Scarabéides est peut-être la plus intéressante en même temps qu'elle est l'une des plus nombreuses de l'ordre des Coléoptères. Les Scarabéides présentent de remarquables différences dans les habitudes, dans le régime, dans les conditions d'existence, dans les formes générales. Néanmoins ces Insectes, variés sous beaucoup de rapports, constituent un ensemble des plus naturels et des mieux caractérisés.
Des antennes courtes, insérées dans une cavité sous les bords latéraux de la tête, et terminées par une massue composée de plusieurs lamelles, fournissent le caractère frappant des Scarabéides. Aussi Duméril, qui ne se préoccupait point de la simplification de la nomenclature, avait-il appelé ces Coléoptères, les Lamellicornes. A ce caractère tout à fait prédominant, on doit ajouter que les tarses sont invariablement composés de cinq articles; que le corps
LES GOLÉOP'TÈRES. 671
est toujours plus ou moins lourd, épais, massif; que chez beaucoup de représentants de la famille, les pièces buccales, même les mandibules, demeurent membraneuses, soit en partie, soit en totalité. Cet affaiblissement des appendices de la bouche est expliqué par la nature du régime.
Les Scarabéides, en général, sont d'assez forte taille, et quelques-uns parmi eux atteignent les plus grandes dimensions connues parmi les Insectes. Les principaux types de cette famille ne sont absolument étrangers à personne : ce sont les Scarabées, les Hannetons, les Cétoines, les Bousiers. A l'état adulte, les Scarabéides offrent entre eux des différences très-notables dans les caractères extérieurs, dans les habitudes; à l'état de larves, ils se ressemblent au contraire d'une manière étonnante. Ce sont toujours de gros Vers blancs, ainsi que l'on appelle vulgairement les larves des Hannetons, dont le corps, épais, cylindrique, recourbé en arc, est revêtu en entier d'un tégument mince, blanchâtre, garni de poils épars assez rqides, servant à donner à l'animal une grande sensibilité et peut-être à favoriser sa marche. Ces larves ont une tête arrondie revêtue d'un tégument fauve ou brunâtre très-dur, des mandibules fortes, des antennes formées de quatre ou cinq articles.
Les larves des Scarabéides, étudiées pour la première fois en 1836 par un naturaliste hollandais, de lïaan, ont été dans ces derniers temps l'objet d'assez nombreuses observations. Ces larves vivent toujours cachées, soit dans la terre, aux racines des plantes ou au milieu de détritus, soit dans les bois pourris. Fuyant la lumière, elles sont décolorées et assez molles; demeurant toujours dans l'ombre, elles n'ont pas d'yeux ; absorbant une quantité énorme d'aliments, leur canal digestif, et surtout leur intestin, est très-volumineux. Elles marchent avec une extrême difficulté, d'autant plus que la courbure de leur corps les oblige à se tenir sur le flanc. Dans leur premier âge, elles ont encore une certaine agilité, mais elles la perdent rapide-
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ment. Les larves des Scarabéides, arrivées au ternie de leur croissance, après une vie plus ou moins longue suivant les types, s'emprisonnent, pour subir leur transformation en nymphes, dans une coque arrondie ou ovalaire. Elles emploient, selon les stations qu'elles habitent, des grains de terre, des parcelles de bois. des détritus, en les agglutinant avec leur salive.
Les principaux types de la famille des Scarabéides sont autant de tribus : les Cétoniines, les Glaphyrines, les Mélolonthines, les Scarabéines, les Géotrupines, les Coprines et les Passalines.
Les Cétoniines sont de beaux Insectes, qui aiment le miel des fleurs et que l'on distingue des autres Scarabéides à leurs pièces buccales membraneuses, à leurs antennes composées de dix articles, dont les trois derniers forment la massue, aux crochets de leurs tarses simples et égaux.
Une distinction reste à faire, il y a deux groupes parmi les Cétoniines : chez l'un (Cétoniites), une pièce du mésothorax, dite axillaire, reste toujours visible entre les élytres et la base du prothorax ; chez l'autre (Trichiites), cette pièce demeure cachée sous les élytres comme dans tous les autres Coléoptères.
Les Cétoines proprement dites (Cclonia) ont le front droit, sans aucune saillie. Le type est l'un des Insectes les plus communs de l'Europe entière et l'un des plus connus de tout le monde. Pendant l'été, et surtout pendant les mois de mai et de juin, on voit en abondance, dans les jardins, la Cétoine dorée (Celonia aurala), beau Coléoptère d'un vert doré, avec de petites lignes blanches irrégulières traversant les élytres. Quand la Cétoine vole au soleil, tout son corps prend un superbe éclat métallique et des reflets chatoyants. Elle ne vole pas comme le Hanneton, comme la plupart des autres Coléoptères, en écartant les élytres en même temps que les ailes ; pour étendre ses ailes, la Cétoine soulève seulement un peu ses élytres, sans jamais les écarter.
Ce beau Coléoptère aime les plus belles fleurs : il s'enfonce
dans le cœur des Roses, des Pivoines ; il se pose sur les Chèvrefeuilles, etc., et il en ronge les pétales, il en suce le miel. Les