HANNETON FOULON
Mclolontha lu'lo).
n'était sans doute pas en rapport avec les frais, et nous croyons qu'il n'a pas été donné de suite à cette industrie.
/,y0 LES METAMORPHOSES DES INSECTES.
Les espèces voisines du Hanneton commun sont assez peu répandues pour que leurs dégâts ne soient guère à redouter. Seulement, il en est une à citer, à raison de sa grande taille et de son séjour de prédilection : le Hanneton foulon (Melolontha fullo), bel Insecte de couleur brune, avec de petites écailles blanchâtres sur toutes les parties du corps, et notamment sur les élytres, où, devenant serrées par places, elles forment, de capricieux dessins. Les mâles de cette espèce se font admirer par l'énorme dimension des lamelles de leurs antennes, semblables à de magnifiques panaches. Le Hanneton foulon affectionne le voisinage de la mer. 11 n'est pas rare dans les dunes de Dunkerque et des environs d'Ostende; on le trouve sur divers points des cotes de l'Océan et de la Baltique et sur presque toutes les côtes de la Méditerranée. Produisant au vol un très-fort bourdonnement, il exécute, au repos, une stridulation intense par le frottement de son abdomen contre les élytres.
Des Mélolonthes de médiocre dimension, ayant une grande ressemblance avec les Hannetons, sout les Rhizotrogucs, chez lesquels les trois derniers articles seuls des antennes constituent la massue. Adultes, ces Coléoptères dévorent les feuilles des arbres; larves, ils rongent les racines comme les Hannetons. Sur les routes plantées d'Ormes, on voit souvent voler, le soir, le Rhizotroguc d'automne (Rhizotrogiis solslilialis) ou le Rhizotrogue du printemps (R. œslivus).
Les Rutélines sont de beaux Coléoptères intermédiaires aux Mélolontbines et aux Scarabéines. Les espèces de certains genres de cette tribu ont des couleurs magnifiques, annonçant la vie au soleil, et encore, sous les climats les plus favorisés, comme les liutèles, les Pélidnotes, les Cbrysophores, etc., des régions chaudes de l'Amérique, les Anoplognathes de l'Australie. En Europe, nous n'avons rien d'aussi brillant. Les plus jolis sontles Euchlores, petits Coléoptères ayant la forme générale des Hannetons, et ordinairement une belle couleur verte, des antennes formées de neuf
articles. L'une des espèces les plus répandues, estl'Euchlorede la Vigne (Euchlora Vitis), tout entier d'un beau vert métallique, avec les élytres striées et ponctuées, qui, assez fréquemment, occasionne des dégâts dans les vignobles. Un autre Insecte du même groupe, devenu le type du genre Pbylloperthe, est une sorte de petit Hanneton de la longueur de 8 à 10 millimètres, d'un vert foncé, avec les stries d'un brun vif. C'est le Phyllopertbe des jardins (Pkyllopertha horlicola), que chacun, pendant l'été, remarque sur les arbres et les arbustes.
Les Scarabéiues, parmi lesquels nous comptons des géants de l'ordre des Coléoptères, se signalent par leur corps lourd, massif, solidement cuirassé, par leur labre imperceptible, leurs mandibules puissantes, leur tète et leur prothorax presque toujours pourvus chez les mâles de prolongements en forme de cornes. Les espèces du genre Scarabée ont des mâchoires garnies de dents, et tout nous montre cbez ces Insectes un appareil buccal construit pour la trituration de feuillages durs et même de tissu ligneux. Les cornes que portent les mâles de ces Coléoptères leur donnent une pbysionomie étrange. Dans l'état actuel, on cherche en vain quel peut être le rôle de ces prolongements, qui présentent une grande diversité selon les espèces. Rien dans la vie de ces animaux ne faisant soupçonner leur usage, on est conduit à les regarder comme des ornements, comme des parures. Les grandes espèces de Scarabées habitent exclusivement les contrées du monde favorisées de la plus luxuriante végétation, les Antilles, l'Amérique du Sud, les Moluques. En effet, les larves de ces énormes Insectes vivent dans les vieux troncs, et l'on s'imagine quelle consommation elles doivent faire pendant le cours de leur existence. Parmi les gros Scarabées, les plus remarquables sont : le Scarabée hercule (Scarabœus hercules), au corps noir, avec des élytres olivâtres, brillantes, tachetées de noir, avec le front et le prothorax portant l'un et l'autre, chez le mâle, une corne prodigieusement longue ; une espèce voisine de la Nou-
velle-Grenade, le Scarabée Jupiter, aux élytres uoires comme les autres parties du corps ; le Scarabée Actéoii du Brésil, tout couvert d'une fine pubescence; le Scarabée Atlas de l'île d'Amboine, ayant la teinte et le brillant du bronze, etc.
Les Scarabées de notre pays sont les Oryctes, distingués des vrais Scarabées par l'absence de dents aux mâchoires. Le type est ce gros Insecte brun luisant, pourvu sur le front d'une corne relevée, et si connu sous les noms vulgaires de Rhinocéros et de Nasicorne (Oryctes nasicornis). Sa larve, plus grosse que celle du Hanneton, avec les pattes plus courtes, vit dans les vieux troncs de Chênes pourris; mais aujourd'hui on la rencontre rarement dans cette condition, tandis qu'on peut être presque assuré de la trouver dans tous les endroits où il y a des dépôts de tan.
D'autres Scarabéides composent les tribus des Géotrupines et des Coprines. Ce sont les Insectes des fumiers, des bouses et de toutes les matières stercoraires. Les Géotrupines ont les mandibules et les mâchoires faibles, mais encore les mandibules de consistance coriace, et les antennes de dix ou onze articles. Les Coprines ont les antennes de neuf articles, les mandibules et les mâchoires petites et membraneuses, ce qui indique chez ces derniers que l'alimentation consiste en matières fluides. Le principal genre de la tribu des Géotrupines est celui des Géotrupes, qui, avec les Coprines, partagent l'appellation vulgaire de Bousiers. Durant les belles soirées de la fin de l'été et de l'automne, sur les chemins, au voisinage des murailles près desquelles sont habituellement déposées des immondices , vole , en produisant un fort bourdonnement, le Géotrupe stercoraire (Géotrupes slercorarius) , gros Coléoptère d'un noir luisant, passant au vert, au bleuâtre, au violacé, avec des élytres fortement striées. La femelle de cet Insecte prend des soins particuliers pour le dépôt de ses œufs. Pratiquant dans la terre une sorte île puits profond, elle façonne une loge; dans cette loge, elle dépose un œuf et introduit dans ce berceau une certaine «pian-
LES COLÉOPTÈRES. m
tité do matière stercoraire destinée à l'alimentation de sa larve.
Les espèces d'un autre groupe de la même tribu (Trogites), ayant les mandibules saillantes, composent principalement le genre Trox. Les Trox, d'une dimension très-médiocre, ont une physionomie caractéristique, due à leur couleur grise et aux aspérités que présentent leurs élytres. Ces Insectes aiment la poussière, ils en ont la teinte : sur nos chemins poudreux, on rencontre le Trox des sables (Trox sabulosus), petit Coléoptère long de 8 à 10 millimètres, ayant les élytres cannelées et garnies de petites touffes de poils. L'adulte et la larve se repais^ sent de cadavres d'animaux.
Parmi les Coprines (Coprophages des anciens auteurs), les Insectes auxquels est échue clans la nature la mission de fumer la terre, on distingue quelques types parfaitement caractérisés. Les Aphodies, au corps oblong (groupe des Aphodites), sont nombreux en espèces, et ces espèces, disséminées dans presque toutes les parties du monde, comptent parmi les plus petits Scarabéides. On aperçoit sur toutes les bouses l'Aphodie du fumier (Aphodius fimetarius), Insecte long de 6 à 8 millimètres, d'un noir luisant, avec les élytres d'un beau rouge. L'Aphodie fossoyeur (Aphodius fossor), d'une taille un peu plus forte et entièrement d'un noir brillant, se trouve dans les mômes lieux.
Les Onitis (groupe des Onitites), avec des dimensions plus considérables, sont surtout caractérisées par des pattes postérieures massives et par un écartement considérable des pattes intermédiaires, donnant à ces Insectes une démarche bizarre. Les Onitis, habiles à fouir, vivent seulement dans les parties les plus ebaudes de l'Europe, en Orient, en Afrique.
Les Coprites, qui leur ressemblent à beaucoup d'égards, s'eu distinguent aisément par l'absence d'écusson; les mâles en général portent des éminences sur le prothorax et des cornes sur la tète. Il y a dans ce groupe plusieurs genres remarquables, les Onthophages, les Copris, les Phanées. Les premiers, toujours
ftM LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
d'assez petite taille, sont abondamment répandus dans le monde. L'un d'eux, l'Onthophage taureau (Onlhophagus taurus), est tout noir, finement ponctué, le mâle portant sur la tète deux longues cornes arquées. Les Copris, assez gros Insectes noirs, habitent les régions chaudes et tempérées des deux hémisphères. Une seule espèce du genre se trouve dans l'Europe centrale [Copris lunaris), le mâle cornu, la femelle, autrefois regardée comme une espèce particulière, ayant une éminenec frontale échancrée. Les plus grandes espèces sont africaines, comme le Copris d'Isis (Copris Isidis), de l'Egypte. Les Phanées, bien distincts des précédents par leurs tarses dépourvus de crochets, appartiennent aux régions chaudes de l'Amérique. Ce sont dé magnifiques Coléoptères ayant des couleurs métalliques, dorées, vertes, bleues, violettes. Un dernier groupe de cette tribu des Coprines est celui des Ateuchites, les Pilulaires de quelques auteurs, qui ont, comme les précédents, l'écusson caché, mais la tète, toujours dépourvue de protubérance, large, déprimée, avec son bord antérieur, ou le chaperon, plus ou moins denté, les pattes postérieures beaucoup plus longues que les autres. Dans ce groupe, les formes sont multipliées, et les genres de l'ancien continent sont représentés par d'autres genres sur le nouveau continent. Les Ateuchus, qui donnent leur nom au groupe tout entier, sont de gros insectes noirs, particulièrement répandus sur les terres qui avoisinent la Méditerranée. Leur corps large et aplati les désigne aux yeux les moins attentifs. Chez ces Coléoptères, les jambes de devant, élargies, garnies de plusieurs dents trèsfortes, ne portent aucun vestige de tarse à leur extrémité. Il serait difficile de n'y pas reconnaître des instruments de travail. En considérant la tète des Ateuchus, on songe également à une adaptation à certaine condition d'existence. Tous les Ateuchus ont les mêmes habitudes ; arrêtons notre attention sur l'une des plus grandes espèces, l'une des plus abondantes, le type du genre, l' Ateuchus sacré (Âleuchus sacer).
Cet Insecte est commun en Provence , dans toute l'Europe méridionale, en Orient, dans le nord de l'Afrique, jusqu'en Egypte. Représenté sur les monuments de la terre des Pharaons et des Ptolémées, figuré en amulettes, placé dans les sarcophages , réputé sacré chez le peuple antique qui avait
LES ATEUCHL'S SACRES (Ateuchus saccr).
le culte des animaux, on a dans ce fait l'explication du nom spécifique adopté pour notre Scarabéide. L' Ateuchus sacré, tout noir, avec la tète bituberculée , les élytres très-finement striées, les jambes antérieures quadridentées , n'a guère moins de 3 centimètres de longueur. Ce Coléoptère est doué d'in-
stincts fort curieux. Ou le voit s'eufoncer dans les bouses; souvent aussi on le trouve par les chemins, roulant une grosse boule qu'il tient entre ses pattes de derrière. Quelle est cette boule? Dans quel but a lieu le travail de notre Insecte? Le besoin de mettre sa progéniture en un lieu convenable est le mobile de son activité. Une femelle pond un œuf, et au lieu de se contenter, comme les autres Coprophages, de le cacher au milieu d'une bouse ou dans une cavité, elle l'entoure d'une petite masse de fumier. Roulant cette masse sur le sol avec ses longues pattes postérieures, la boule est bientôt formée. L'Ateuchus doit alors l'enfouir; mais, pour trouver l'endroit où sa larve pourra vivre, il a parfois un assez long trajet à parcourir : avec le temps, il arrive à son but. Y a-t-il un accident de terrain; sur sa large tête il soulève la boule, et la vue de cette manœuvre fait comprendre aussitôt la raison de cette forme de tète assez étrange. Cependant, notre Insecte se trouve parfois arrêté par un obstacle insurmontable, la boule est tombée dans un trou; c'est ici qu'apparaît chez l'Ateuchus une intelligence de la situation vraiment étonnante, et une facilité de communication entre les individus de la même espèce, plus surprenante encore. L'impossibilité de franchir l'obstacle avec la boule étant reconnue, l'Ateuchus semble l'abandonner, il s'envole au loin. Si vous êtes suffisamment doué de cette grande et noble vertu qu'on appelle la oatience, demeurez près de cette boule laissée à l'abandon : au bout de quelque temps, l'Ateuchus reviendra à cette place, et il n'y reviendra pas seul; il sera suivi de deux, trois, quatre, cinq compagnons qui, s' abattant tous à l'endroit désigné, mettent leurs efforts en commun pour enlever le fardeau. L'Ateuchus a été chercher du renfort, et voilà comment, au milieu des champs arides, il est si ordinaire de voir plusieurs Ateuchus réunis pour le transport d'une seule boule. Enfin, le but est atteint, il n'y a plus qu'à procéder à l'enfouissement. Il s'agit de creuser une fosse : les jambes de l'Insecte,
avec leurs larges dents, ne sont-elles pas des bêches? et, si le tarse manque, c'est qu'une tige mince eût gêné les mouvements des jambes entamant un sol dur. Avec d'aussi bons instruments, la fosse est rapidement creusée; devenue suffisamment spacieuse, la boule y est placée; il faut la recouvrir, et alors les longues jambes postérieures, garnies d'une brosse, balayent le terrain et comblent la cavité.
On avait vu des amulettes et des peintures égyptiennes représentant un Ateuchus très-semblable de forme à l'Atcuchus sacré, mais avec une belle couleur dorée, et l'on avait cru à un embellissement de la part des artistes du pays des pyramides. On se trompait : l' Ateuchus doré des Égyptiens [Ateuchus /Egyptîorum) , retrouvé pour la première fois en 1819 par M. Cailliaùd, n'est pas rare au Sennaar.
Des Scarabéides d'Europe plus petits que les Ateuchus ont des habitudes analogues : comme les Gymnopleures, bien reconnaissables à une forte échancrure des élytres en arrière des angles huméraux, une espèce (Gymnopleurus pilularius) est fort commune en France; comme les Sisyphes, qui ont le corps épais et les pattes postérieures très-longues : le type (Sisyphus Schœfferi) se rencontre quelquefois aux environs de Paris.
Notre dernière tribu de la famille des Scarabéides , les Passalines, formée essentiellement du genre Passale, renferme des espèces de grande taille, au corps long, aplati, avec le prothorax séparé du tronc par un étranglement, aux antennes arquées, aux pattes antérieures dentées. Les Passales, tous de couleur noire brillante, habitent les deux Amériques, les Indes orientales, l'Australie. Ils vivent dans les vieux troncs et se cachent sous les écorces, comme l'indique, au moins chez la plupart des espèces, l'aplatissement du corps. Leurs larves, qui se nourrissent de bois pourri, ressemblent aux autres larves de Scarabéides, tout en offrant une curieuse particularité, caractéristique d'un degré de développement moins avancé. Leurs pattes
de la première et de la seconde paire ont une longueur ordinaire , celles de la troisième paire ne sont représentées que par deux petits tubercules.
Les Lucanides constituent une petite famille parfaitement délimitée, que, longtemps, on ne sépara point des Scarabéides. Des antennes plus longues que cbez ces derniers et terminées par des articles en feuillets perpendiculaires à l'axe, ce qui fait paraître la massue plutôt pectinée que lamelleuse, donnent à ces Insectes une pbysionomie assez différente. Pour ceiiains auteurs, ce caractère avait suffi pour motiver une séparation. D'un autre côté, de Ilaan ayant reconnu chez les larves des Lucanides, très-semblables d'aspect à celles des Scarabéides, quelques différences caractéristiques, notamment la position de l'orifice anal, on eut une nouvelle indication. Plus tard il fut démontré que le système nerveux, invariablement très-eentralisé chez tous les Scarabéides, était fort éloigné de cette centralisation dans les Lucanides. Aucune incertitude ne pouvait persister à l'égard de l'importance du type.
Les Lucanides sont, en général, des Insectes de grande taille, qui se font remarquer par un énorme développement des mandibules cbez les mâles. Ces pièces de la bouche, diversement courbées et diversement dentées selon les espèces, affectent l'apparence de grandes pinces, du reste fort peu redoutables. 11 a été impossible jusqu'à présent de se rendre compte de l'utilité de ces grandes mandibules, dont le développement est très-variable entre les individus de la même espèce. Chez les femelles, ces pièces sont de proportions ordinaires et garnies de dents qui les rendent propres à couper le feuillage des arbres.
Les Lucanides sont disséminés dans les différentes parties du monde, mais leurs espèces sont surtout abondantes aux Indes orientales, dans les îles de la Sonde, des Moluques, etc., d'où elles sont encore assez rarement apportées en Europe. Ces Insectes, qui habitent les bois, ne se montrant et ne volant que