‹ Métamorphoses mours et instincts des insectesChapitre 36 sur 61 · METAMORPHOSES DU LUCANE CERF-VOLANT · texte numérisé non relu

METAMORPHOSES DU LUCANE CERF-VOLANT

le soir, sont difficiles à recueillir dans les contrées où l'on n'ose guère s'aventurer la nuit au milieu des forêts. Véritablement beaux et curieux de forme, ces Coléoptères sont fort recherchés des collecteurs. Un entomologiste anglais, M. Parry, a publié récemment une liste de tous ceux que l'on connaît.

Le genre Lucane a été très-subdivisé, mais le type n'en reste pas moins l'Insecte si connu sous le nom vulgaire de Grand Cerf-volant (Lucanus cervus), le plus grand Coléoptère de notre pays, pour lequel une description est inutile.

A l'état de larve, il vit dans les vieux troncs de Chênes pourris. Autrefois très-répandu en France, abondant aux environs de Paris, où les amateurs allaient le prendre sur les vieux Chênes de la mare d'Auteuil, pendant les chaudes soirées du mois de juillet, il est aujourd'hui assez rare.

Un petit Lucane noir à mandibules courtes (JDorcus paralle.lipipedus), assez commun en Europe, était appelé par Geoffroy, par comparaison avec le Cerf-volant, la Petite Biche. Le même auteur nommait : la Chevrette bleue (Plahjcerus caraboides), un très-petit Lucanide que l'on trouve dans les taillis, aux premiers jours du printemps, rongeant les pousses nouvelles.

Des affinités naturelles bien manifestes rapprochent des Scarabéideset des Lucanides, les Histérides, Insectes au corps court, assez large, aux antennes terminées en une petite massue solide, ayant un degré de centralisation du système nerveux moindre que chez les Scarabéides, et cependant encore très-prononcé. Les principaux types de cette famille sont les Ilistérines et les Nitidulines.

Les Ilistérines sont de petits Coléoptères lisses, avec des élytres tronquées, ne recouvrant pas la totalité de l'abdomen, des antennes coudées, des pattes contractiles, assez courtes. Leurs jambes de devant, aplaties, anguleuses ou denticulées, indiquent leur aptitude à fouir.

Tous les Histérines, généralement d'assez petite taille, for-

niaient autrefois le genre Escarbot (Hisler), très-subdivisé depuis que les espèces recueillies dans le monde entier sont devenues fort nombreuses dans les collections. En effet, les Escarbots ont été récemment, de la part de M. l'abbé de Marseul, l'objet d'une monographie purement descriptive, et plus de mille espèces s'y trouvent enregistrées.

Les vrais Escarbots (I/isler), de couleur noire et très-brillants, parfois tachetés de rouge, fouillent les bouses et les autres matières stercoraires, ou se repaissent de la chair corrompue des cadavres. Leurs larves ,- qui vivent dans les mêmes conditions, sont molles, blanchâtres, de forme longue et déprimée, pourvues de pattes courtes, et munies à l'extrémité de l'abdomen de deux filets Inarticulés, et d'un long tubercule servant à la marche.

Sous le nom de Saprincs (Saprinus), on distingue de petits Escarbots ordinairement de couleur bronzée, vcrdàtre ou bleuâtre, dont la tête est remarquablement enfoncée dans le prothorax; sous le nom de Hololeptes, d'autres Escarbots fortement aplatis, à mandibules très-saillantes. Ces derniers se nourrissent de bois pourri et se tiennent habituellement sous les écorces.

Les Nitidulines n'ont ni les antennes coudées, ni les pattes contractiles. Elles vivent sur les cadavres, dans les Champignons, dans les bois pourris et quelques-unes fréquentent les fleurs. Ces Insectes, pour la plupart très-petits, sont encore peu connus dans leurs métamorphoses. L'espèce la plus commune du genre est un Coléoptère d'un vert bronzé, long de 2 millimètres, que l'on rencontre sur les fleurs, la Nitidule bronzée (Nilidula œnea).

Les Silphides ont les tarses toujours composés de cinq articles, et les antennes terminées en une massue perfoliéc de quatre ou cinq articles, les mandibules saillantes. Cette famille ne compte qu'un nombre très-limité de représentants, qui appartiennent principalement à l'Europe et à l'Amérique du Nord. Deux genres sollicitent notre attention, les Nécrophores et les Silphes.

Les Nécrophores ont un corps épais, des pattes robustes, avec les cuisses postérieures plus ou moins renflées. Une espèce de ce genre est particulièrement intéressante par ses habitudes, le Nécrophore fossoyeur (Necrophorus vespillo), commun dans une grande partie de l'Europe. Sa coloration le fait reconnaître aisé-

M1ÏTA1IOHPHOSES Dr NEiT.OPIIORE FOSSOYErll (Necrophorus vespillo).

ment : il est noir, garni de poils jaunes sur les côtés du corps, avec la massue des antennes rougeâtre, et les élytres traversées par deux larges bandes dentelées d'un rouge vif.

Dans les champs, un cadavre de Taupe, de Musaraigne, ou de Mulot se trouve-t-il gisant sur le sol, les Nécrophores fossoyeurs

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arrivent bientôt en nombre pins ou moins considérable. Est-ce pour dévorer le cadavre? Point. Ils sont amenés par le besoin de déposer leurs œufs. Si le cadavre restait exposé à l'air, il se dessécherait ou il serait dévoré par les animaux ; les larves seraient détruites, ou périraient, faute de subsistance. Les Nécrophores ont un instinct qui les mettra à l'abri de semblables dangers; ils enterrent le cadavre, et, de la sorte, leurs larves peuvent s'en repaître sans être inquiétées. Avec leurs grosses pattes, ils creusent le sol sous le cadavre, et la fosse devenue assez profonde, ils rejettent la terre et en recouvrent ranimai. C'est un enterrement complet. Les larves du Nécrophore fossoyeur, qui dévorent cette chair corrompue, sont oblongues, jaunâtres, avec des plaques coriaces sur les anneaux du thorax et de l'abdomen, celles de l'abdomen quadridentées. Elles ont de très-petites antennes, des mandibules massives, dentelées comme une scie, des mâchoires garnies de petites pointes, comme une sorte de peigne , des pattes courtes, propres à fouir. Tous les détails de leur conformation extérieure ont été bien représentés par le professeur Schiodte. Les larves du Nécrophore fossoyeur, qui vivent clans l'obscurité, sont pourvues néanmoins de deux yeux, mais ces yeux, distincts sur les jeunes individus, semblent s'atrophier chez les individus approchant du terme de leur croissance. Ces larves façonnent une loge pour se transformer en nymphes.

Les Silpb.es (Silpha), ou vulgairement les Boucliers, à raison delà forme aplatie de leur corps, et surtout de leur large prothorax avancé au-dessus de la tête, ont des antennes de dix articles, dont les quatre derniers constituent la massue, des élytres comme bordées, des pattes grêles et assez longues. Les Silphes, Insectes de moyenne taille , courent avec rapidité. De même que les Nécrophores, ils manifestent un odorat très-subtil, car à peine le cadavre d'un animal se trouve-t-il abandonné dans la campagne, qu'ils arrivent de tous côtés. Plusieurs Silphes, en

effet, sous leurs différents états, recherchent les corps en putréfaction; mais quelques-uns d'entre eux vivent de proie vivante, et d'autres encore rongent des végétaux. Ce genre de Coléoptères fournit un remarquable exemple de conditions biologiques fort diverses chez des espèces très- voisines.

MÉTAMORPHOSES DD SILPHE A QUATRE POINTS [Silpha quadripunclata).

Les larves des Boucliers ont un degré de développement fort avancé, et, dans leur aspect comme dans leurs caractères, il est impossible de ne pas reconnaître déjà le type des adultes. Aplaties, avec tous les anneaux du thorax et de l'abdomen parfaitement cuirassés, les yeux au nombre de six de chaque côté, les

pattes longues et fortes, les jambes garnies d'épines, ces larves sont agiles à la course.

Le Silphe obscui1 (Silpha obscurci), l'espèce la plus commune, se rencontre continuellement courant à travers les chemins. C'est un Insecte long de 15 à 20 millimètres, d'un noir terne , ayant trois côtes sur les élytres. Sa lai've, qui vit sur les cadavres d'animaux, est brunâtre, avec des lignes noires. Le Silphe rugueux (Silpha rugosa) est également très-répandu, et il est ordinaire de voir ses larves, entièrement noires, réunies en groupes nombreux sur des charognes. Une espèce plus petite, le Silphe opaque (Silpha opaca), se trouve dans les champs cultivés, et au printemps; sa larve dévore les pousses des jeunes Betteraves. Le Silphe à quatre points (Silpha quaclripunctata) habite les bois, les forêts, grimpant sur les Chênes, courant sur le feuillage, où il fait aux chenilles une chasse des plus actives. Nul Insecte n'est plus aisément reconnaissable : avec le corps tout noir, il a des élytres d'un jaune-paille, ornées de quatre points noirs. Sa larve se tient à terre, et, carnassière comme l'adulte, elle s'attaque aux Insectes qu'elle rencontre entre les herbes ou sous les feuilles tombées. Enfin, le plus grand de nos Boucliers, le Silphe thoracique (Silpha thoracica), que son prothorax d'un roux vif signale particulièrement, est également un Coléoptère carnassier, fréquentant les taillis, surtout dans les endroits humides.

Les Staphylinides composent une grande famille : c'est une multitude d'espèces, quelques-unes de moyenne taille, la plupart d'une dimension fort exiguë. Entre tous les Coléoptères, les Staphylinides se reconnaissent à leurs élytres très-courtes, ne couvrant qu'une partie de l'abdomen. Si les élytres des autres Coléoptères figurent un habit complet, celles des Staphylinides ressemblent à une veste. Cependant, chez ces Insectes, les ailes demeurent d'une ampleur ordinaire, et, comme pendant le repus elles se cachent entièrement sous les élytres,

elles sont repliées au moins deux fois sur elles-mêmes. Les antennes, chez tous les représentants de cette famille, sont assez longues, filiformes ou plutôt moniliformes. Le nombre des articles des tarses est extrêmement variable.

Les Staphylinides, Insectes agiles, vivent dans les conditions les plus diverses : les uns, absolument carnassiers, ne se nourrissent que de proie vivante, ils chassent; d'autres fréquentent les bouses, les fumiers ; d'autres recherchent la chair corrompue, on les trouve sur les cadavres. Les Champignons sont la pâture d'une foule de petites espèces. Les bois pourris et tous les détritus végétaux et animaux sont également du goût d'un grand nombre de ces Coléoptères.

Les Staphylinides, avec leurs pattes et leurs antennes simples, sont manifestement inférieurs aux Silphides et surtout aux Scarabéides, sous le l'apport de leur organisation ; mais leurs larves naissent à un degré de développement bien plus avancé que celles de ces derniers. En effet, les larves des Staphylinides, en partie cuirassées, agiles, rappellent déjà les adultes non-seulement par les formes, mais aussi par les attitudes.

11 y a vingt-cinq ans, un entomologiste de Berlin, Erichson, décrivit1, dans un ouvrage spécial très-recommaudable , tous les Staphylinides connus à cette époque, environ seize cents; depuis on en a ajouté un nombre peut-être plus considérable.

Les Staphylinides dont le labre est corné, le dernier anneau de l'abdomen rétractile, les élytres très-courtes, sont les plus grands. Dans le genre Staphylin nous comptons plusieurs espèces remarquables à divers titres. C'est d'abord le Staphylin odorant (Staphijlinus olens) , un Insecte tout noir, que l'on rencontre continuellement par les chemins. Animal carnassier, vivant uniquement de rapine, il a la hardiesse des êtres accoutumés à la lutte. Lorsqu'on l'inquiète, loin de chercher à fuir, très-souvent il s'arrête et prend une attitude menaçante. Bien campé sur srs pattes, il se redresse à la fois en avant et arrière, ouvre ses

mandibules courbées et acérées, pour mordre, en même temps qu'il exhale par l'extrémité de son abdomen une odeur trèspénétrante. La larve, également carnassière, ayant la tète et les

1ÉTAMORPHOSES DU fcTAl'iiïLIN ODORANT (Slaphyhims oient).

anneaux thoraciques cuirassés, les pattes longues, l'abdomen atténué vers le bout et muni d'un long appendice servant à la marche, est fort agile, rappelant d'une façon remarquable la démarche et les attitudes de l'adulte. Néanmoins elle se tient sous les pierres, dans les endroits cachés, et ne sort que la nuit. Elle hiverne, et, s'établissant au retour de la belle saison dans une cavité, elle

se transforme en nymphe. Celle-ci, en entier d'un jaune luisant, porte une couronne de poils au bord antérieur du prothorax.

D'autres Staphylins recherchent les charognes, comme le Staphylin à grandes mâchoires (Slaphylinus maxillosus) , d'un noir brillant, et en partie couvert d'un duvet cendré, comme le Staphylin bourdon (Staphylimis hirtus), le plus grand de tous, qui est vêtu d'une pubescence noire, jaune, rousse, offrant une certaine ressemblance de coloration avec plusieurs de nos Bourdons.

Des Staphylinines, dont le corps est mince, presque linéaire, les Xantholins, fort abondants dans les bois humides, sous les feuilles tombées, les vieilles écorces, se nourrissent de proie vivante. La larve d'une espèce de ce genre, observée par M. Schiodte, vit sous les écorces et attaque des larves lignivores. Dans l'Amérique du Sud, on rencontre dans les mêmes conditions des Insectes voisins des Xantholins, les Sterculies, remarquables par leur grande tête et surtout par leurs couleurs éclatantes : bleues, violettes, vertes, dorées.

Un petit groupe de la même tribu (Oxyporites), caractérisé par des antennes un peu élargies et comprimées vers le bout, se compose de plusieurs genres qui méritent d'être signalés. Les Oxypores, à l'état de larves comme à l'état adulte, vivent dans les végétaux pourris, et surtout dans les Champignons. L'Oxypore roux (Oxyporus rufus) est d'une jolie teinte rougeâtre. Les Quédies se plaisent dans le fumier; on y trouve aussi leurs larves, qui, assurent quelques observateurs, dévorent des larves de Diptères. Une espèce de plus grande taille que les précédentes, toute noire, avec le prothorax très-élargi, présentant du reste les caractères des Quédies, le Velléie dilaté (Velleius di latalus), habite constamment les nids de Frelons (Vespa crabro), où, sans doute, elle mange les larves des grosses Guêpes.

Les Tachyporines constituent une immense légion. Les Tachines et les Tachypores, au corps très-atténué vers le bout,

rappellent la forme des Poissons. Ils se trouvent eu abondance parmi les détritus végétaux humides, et dans les matières stercoraires. Les Aléochares, caractérisées par leurs antennes insérées au devant du front, ont les mêmes mœurs, tandis que les Loméchuses sont les hôtes respectés des Fourmiliers.

Des Staphylinides, appartenant à la même division, découverts dans des nids de Termites du Brésil, se signalent par l'énorme développement de leur abdomen qu'ils portent relevé et recourbé au-dessus du thorax. Cette énorme distension de l'abdomen est due à un mode de gestation unique parmi les Coléoptères. Ces Insectes ne pondent pas d'œufs; vivipares, ils donnent naissance à des larves. Nous devons la connaissance de ce fait à M. Schiodte, qui a publié, en 1864, une très-intéressante étude de ces curieux Coléoptères. Ces Insectes, de la longueur de 2 à 3 millimètres, avec leur abdomen mou, doivent demeurer cachés. Il est à supposer que les poils de leur abdomen, comme ceux des Loméchuses, sont le siège d'une sécrétion qui est recherchée des Termites.

Citons encore, parmi les types de la famille des Staphylinides, les Pœdérines, dont le corps est allongé et le dernier anneau de l'abdomen extrêmement petit. Les Pœdères vivent seulement au bord des eaux , courant dans les endroits les plus mouillés. Ils ont des couleurs rouges et bleues très-vives. L'un des plus communs, le Pœdère des rivages (Pœderus riparius), a les élytres bleues, le prothorax rouge, ainsi que les pattes et les quatre premiers anneaux de l'abdomeu.

Les Psélaphides, tout petits Coléoptères, lisses, luisants, fort apparentés aux Staphylinides, ont aussi des élytres courtes qui ne protègent pas l'abdomen en entier. Remarquables par leurs antennes renflées à l'extrémité et leurs longs palpes, les Psélaphes et les Clavigères sont généralement les hôtes des fourmilières. Les premiers, très-agiles, se voient aussi sous les [lierres.

«huis la mousse, etc., mais les seconds, observés eu 1818, par P. L. Mûller, un professeur d'Eriangen, ont absolument besoin

des soins des Fourmis.

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