‹ Métamorphoses mours et instincts des insectesChapitre 48 sur 61 · LE PERCE-OREILLE COMMUN · texte numérisé non relu

LE PERCE-OREILLE COMMUN

{Forfiaila auricvlttria).

dérange pas, on ne les voit guère pendant le jour. Parfois ils se tiennent blottis sous les feuilles; plus souvent ils se cachent sous des [lierres ou sous de vieilles écorces plus ou moins détachées du tronc. C'est là que fréquemment on trouve une famille

entière : individus jeunes sans ailes, individus plus âgés ayant des rudiments d'ailes, vieux individus ailés : les pères et les mères savent s'envoler. Les Forficules n'ont aucune industrie, mais les femelles sont d'excellentes mères ; elles veillent sur leurs œufs, et si un danger les menace, comme dans le cas où la pierre qui les abritait a été enlevée, elles les transportent ailleurs. Ces Insectes attaquent indifféremment beaucoup de végétaux sur pied; mais le fait n'est pas douteux, ils se nourrissent volontiers de substances végétales ou animales en décomposition.

Les Blattides comptent, pour nous, au nombre des animaux les plus désagréables. Ils ne flattent point la vue; ils blessent l'odorat par leur odeur vraiment repoussante ; ils excitent l'antipathie par les dégâts qu'ils occasionnent. D'une remarquable agilité, courant avec une étonnante rapidité, les Blattides ont dans leur aspect, dans leurs allures, quelque chose de très-particulier. Chez presque tous, le corps est large, plat, revêtu de téguments coriaces, mais d'une extrême flexibilité; la tête en grande partie cachée sous le prothorax, les antennes longues et minces comme des fils; les pattes simples, avec les jambes garnies d'épines, les tarses formés de cinq articles ; l'abdomen terminé par des filets articulés. On voit peu de Blattes dans nos villes intérieures et dans'nos campagnes, mais il en est autrement dans les ports de mer, dans les colonies ou même à bord des navires. Vulgairement on les nomme Kakerlacs ou Cancrelats, et quelquefois Ravels, ou simplement Bêles noires. Ces Orthoptères, en effet, Insectes de la nuit, ont des couleurs ternes, sombres, grises, brunes, noires.

Les Blattides se dissimulent avec la plus grande facilité. A la faveur de l'aplatissement de leur corps et de l'élasticité de leurs téguments, ils s'introduisent par les fissures les plus étroites. Animaux omnivores, les Blattes s'attaquent à toutes les substances animales ou végétales desséchées; les denrées coloniales, les viandes conservées, les cuirs, tout leur est bon. Plusieurs Blattes

ainsi vivent dans les habitations, dans les magasins où séjournent des marchandises, dans les navires; partout où elles se multiplient, elles deviennent un fléau. Fréquemment des comestibles que l'on transporte dans des caisses ou des barils, atteints par ees Insectes, sont affreusement endommagés, quelquefois entièrement détruits. Les Blattes voyagent ainsi avec la plus parfaite commodité, et plusieurs espèces se sont tellement acclimatées sur des points du globe tout à fait opposés, que l'on ne saurait dire aujourd'hui de quel pays sont originaires certaines espèces. Celles-ci, il est vrai, sont devenues domestiques eu quelque sorte, car beaucoup de Blattides vivant dans les bois, se cachant sous les éeorces et les feuilles mortes, ne sont pas cosmopolites.

Les Blattides ne pondent pas leurs œufs isolément comme tant d'autres Insectes; ils les renferment dans une capsule de consistance coriace. Les Insectes sont pourvus d'un appareil glandulaire sérifique qui consiste en tubes nombreux, où se produit la matière destinée à former l'enveloppe des œufs. Cette capsule, qui affecte ordinairement la forme d'une fève ou d'un haricot, présente sur toute sa longueur une arête garnie de dentelures très-serrées. C'est le point par lequel a lieu la déhiscence au moment de l'éclosion des jeunes, car la capsule a deux valves partagées à l'intérieur en plusieurs compartiments contenant chacun un œuf. Les Blattes montrent une certaine sollicitude pour leur progéniture : on les voit porter leur coque ovigère appendue à l'extrémité de leur abdomen; on les a remarquées aidant leurs jeunes à sortir de la capsule ovigère et fendre cette enveloppe peut-être imparfaitement ramollie par la salive des nouveau-nés. Un auteur russe, Ilummel, est souvent cité pour une observation très-attentive des soins qu'une des petites Blattes européennes (Blalla germanica) donnait à ses larves sortant de l'œuf.

La famille des Blattides, très-nombreuse en espèces, a été partagée en une, longue suite de genres par les naturalistes mo—

demies. On peut prendre comme type la Blatte américaine, ou

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