L BLATTE AMÉRICAINE
(Dlatla amerkana).
Larve et adultes.
Kakerlac d'Amérique (Blatta americanà), que l'on voit courir
57o LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
bien fréquemment sur les quais des ports de mer, après s'être échappée des caisses et des ballots déchargés des navires. Dans nos villes et plus encore dans nos campagnes, se trouve la Blatte orientale [Blatta orientalis), moins grande que la précédente, avec les organes du vol peu développés. Cette espèce se cache dans les fissures des vieilles cheminées.
Parmi les Orthoptères, il est une grande famille composée1 d'espèces absolument carnassières, la famille des Mantides. Insectes vraiment singuliers que les Mantides. Des formes bizarres, des attitudes étranges, des armes puissantes, une lenteur de mouvements peu ordinaire aux animaux carnassiers, sont autant de traits qui les signalent d'une façon toute particulière.
Ces Orthoptères ont un corps élancé, un prothorax d'une longueur énorme; une tête dégagée, d'une extrême mobilité, portant de gros yeux; des mandibules aiguës et tranchantes; ils ont des ailes amples, des pattes de devant conformées pour saisir une proie, des pattes intermédiaires et postérieures grêles; un abdomen terminé par des filets articulés. Il faut examiner leurs pattes antérieures, détournées de l'usage ordinaire. Ces appendices ont pris un volume considérable dans presque toutes leurs parties : la hanche, devenue énorme, a une grande mobilité ; la cuisse est très-épaisse, et la jambe, garnie d'un rang d'épines, se replie sous la cuisse jusque dans une gouttière formée par deux rangées de pointes que porte cette dernière. S'imaginet-on l'effet d'une pareille pince saisissant une proie qu'elle transperce de toutes parts. Jamais pince préhensile ne fut plus redoutable.
Les Mantides ont généralement une assez grande taille, de fraîches nuances, et quelquefois de jolis dessins de couleurs variées sur les ailes postérieures, toujours plus ou moins transparentes. Ces Orthoptères se traînent sur les broussailles, où, pendant des heures entières, ils demeurent dans un état d'immobilité absolue, la partie antérieure de leur corps dressée, les
pattes de devant repliées. Cette attitude calme n'éveille point l'attention des Insectes qui volent dans le voisinage. Une Mouche s'approche; par un mouvement brusque, la Mante étend sa patte ravisseuse etla Mouche est saisie. Les Mantides enveloppent leurs œufs dans une capsule d'un tissu peu résistant, et attachent cette
COQUE OVIFERE DE LA MANTE RELIGIEUSE, jue attachée à une tige. — Une coque coupée par le milieu.
coque ovifère par une sorte d'anneau autour des tiges des plantes. La ponte a lieu vers la fin de l'été; les jeunes larves éclosent et s'accroissent comme tous les autres Orthoptères. Les espèces de cette famille habitent les contrées chaudes de l'Europe et des autres parties du monde, et dans tous les pays ces Insectes, par leur attitude posée, comme méditative, ont inspiré le respect, la vénération et surtout des idées superstitieuses. Le type du genre Mante, caractérisé par le prothorax très-long, les antennes fines comme des soies, les cuisses simples, la Mante religieuse (Mantis
religiosa), élégant Insecte d'un vert tendre, abonde en Provence. surtout au voisinage de la mer, et on la nomme Prega-Diou,
Prie-Dieu en France comme en Italie. Ces idées sur les .Mantes sont bien répandues, et à une époque [dus ancienne elles étaient fort accréditées : Mouffet, le vieil auteur anglais que nous avons déjà cité, rapporte comme un fait tout naturel que si un entant, s'adressant à une Mante, lui demande son chemin, elle le lui indique en étendant la patte, et le trop crédule naturaliste ajoute qu'elle se trompe rarement ou jamais. Voyez plutôt les paroles mêmes de Thomas Mouffet : « Tarn divina censelur bes- » liola, ul puero inlerroganti de via, exlenlo reelam monslret, alque » raro vel nunquam fallut. »
Bien plus élégantes encore (pie les Mantes proprement dites sont les Empuses, avec leur tète surmontée d'un long appendice foliacé, leurs antennes courtes, doublement pectinées dans les mâles, leur thorax grêle, leurs cuisses garnies de folioles; expansions bizarres qui semblent être plutôt des ornements que des parties d'un usage quelconque. Dans la région du Var et des Alpes-Maritimes habite une charmante Empuse (Empusa pauperala) que nous avons représentée ici sous ses diverses formes, d'après des individus vivants que M. Millière nous a fait parvenir des environs de Cannes. Sur le corps de l'Empuse, c'est un mélange de teintes grises, verdàtres, blanchâtres, violacées, d'une incomparable délicatesse, et sur les ailes des adultes une teinte vert d'eau semi-transparente, avec un bord et des nervures lilas.
Les plus étranges par les formes, entre tous les Orthoptères et même entre tous les Insectes, sont les Piiasmides, que l'on nomme aussi les Spectres, et auxquels les noms vulgaires ne manquent pas dans les pays où ils sont abondants. Ce sont les Feuilles ambulantes, les Bâtons ambulants, le Cheval du diable, le Grand Soldai de Cayenne, et bien d'autres sans doute que nous ignorons.
Paisibles créatures, inoffensives, se traînant avec lenteur, grimpant avec peine après les branches, les Phasmides ne man-
METAMOEPHOSES DE L EMPUSE APPAUVRIE [Empnsa pauperata).
gent que le feuillage. Ces insectes ont le prothorax moins long que les autres parties du thorax, qui, chez beaucoup d'espèces, sont fort longues; ils ont une tète dégagée, assez mobile, des
mandibules courtes, des pattes longues, seulement propres à la marche, toujours faibles, souvent garnies d'expansions foliacées. 11 est un grand nombre de Pbasmides qui n'acquièrent jamais d'organes de vol; leur développement s'arrête de bonne heure, ils restent dans la condition des larves ou des nymphes. Ceux-là ont tellement l'aspect de tiges vertes ou de petites branches grises d'arbustes, qu'il est facile de s'y tromper. Ces Orthoptères acquièrent-ils des ailes, une singularité dans ces organes se fait remarquer : les ailes antérieures demeurent très- petites et généralement en forme de cuillerons, tandis que les ailes postérieures ont une ampleur considérable.
Les Phasmides atteignent souvent une très-grande taille : chez certaines espèces, le corps a une longueur de 25 à 30 centimètres et les ailes une envergure de 20 à 25 centimètres. Ces Insectes, incapables d'échapper au danger par la fuite, ont dans leur couleur et dans leur forme un moyen de se dissimuler ; ils possèdent un moyen de défense dans l'émission d'un liquide d'apparence laiteuse, d'une odeur pénétrante et désagréable : l'Insecte inquiété, l'éjaculation a lieu par deux pores ouverts sur les côtés du thorax. Les Phasmides déposent leurs œufs isolément, en les attachant aux végétaux à l'aide de la matière visqueuse dont ils sont enduits. Les œufs de certaines espèces sont ovalaires; ceux d'autres espèces ont des côtes, des arêtes, et ressemblent, à s'y méprendre, à des graines.
Les Phasmides sont inconnus dans l'Europe centrale et boréale. Dans nos départements méridionaux et dans tous les pays que baigne la Méditerranée, on rencontre seulement deux ou trois espèces grêles, toujours privées d'ailes, ayant des antennes courtes et en grains de chapelet. Elles composent le genre Bacille (Bacillus Rossiï, etc.). Aux îles Mascareignes, à Madagascar, dans l'Inde, vivent des Phasmides de moyenne taille, mais trèsbizarrement construits. On les appelle des Phyllies, tant ils ressemblent à des feuilles. Les mâles ont les antennes assez Ion-