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LA COCHENILLE FINE

[Coccus Cacti).

Individus femelles. — D'après îles cc!i:iuiilLiii< l'ioveiunt dos p- 1. i ji i ■ i ■ - l'Al^ur, envoyés par M. Hardy.

Les Coccides femelles, en naissant, ont une certaine agilité, mais bientôt elles se fixent sur les feuilles et les tiges en enfonçant leur bec dans le tissu de la plante pour ne plus l'en détacher. Elles gros-

sisseut alors, et prennent une forme lenticulaire ou globuleuse; leurs nattes ne prenant aucun accroissement, il est permis au premier abord de reconnaître difficilement des Insectes dans les petits corps dont les appendices sont atrophiés, dont les annulations ont presque disparu. Ces femelles pondent, sans se déplacer; après leur ponte, elles meurent, elles se dessèchent : leur corps devient

DE LA COCHENILLE, ÏRÈS-GROSS1 (Coccus Cacti).

nu abri pour leurs œufs et pour les nouveau-nés. D'après quelques observations de M. Leuckart, elles engendrent seules comme les Pucerons, au moins [tendant une période de leur existence. Les mâles, toujours très-petits relativement au volume des femelles, ne paraissent qu'à un moment de l'année. Les Coccides femelles sécrètent par la peau en plus ou moins grande abondance une matière cireuse, qui a pour but de les garantir de la pluie et de les protéger contre une foule d'ennemis.

Le genre important de cette famille est celui des Cochenilles

(Coccus). La Cochenille fine (Coccus Cactï) est celle qui donne la plus belle matière tinctoriale. Originaire du Mexique, elle a été transportée avec succès dans plusieurs des Antilles, dans diverses parties de l'Amérique du Sud, en Espagne, plus récemment aux îles Canaries, et enfin en Algérie. La femelle est un Insecte globuleux, rougeàtre, se montrant toujours saupoudré de matière cireuse, et portant en arrière deux petits filets très-courts. Le mâle, long de 1 à 2 millimètres, a des antennes assez longues. un abdomen muni de deux longs filets, un bec rudimentaire ; il ne prend aucune nourriture.

La Cochenille est devenue une source de richesse pour diverses contrées. Aux Antilles et sur plusieurs points du continent américain, on cultive les Nopals sur de vastes étendues, pour nourrir le précieux Insecte. La récolte en est faite à des époques fixes. Un traité sur cette culture a été publié en 1787 par Thierry de Ménonville.

Beaucoup d'espèces fournissent une couleur plus ou moins belle : la Cochenille de Pologne (Coccus polonicus), objet autrefois d'un commerce considérable, devenue le type du genre Porphyrophore ; la Cochenille du Chêne vert (Coccus Ilicis), employée pour les teintures en cramoisi. Une] espèce d'Algérie a été signalée comme capable de fournir un beau produit; une espèce observée sur les Fèves par M. Guérin-Méneville donne également une matière tinctoriale. La laque qui nous vient de l'Inde est fournie par une espèce du même genre (Coccus lacca).

Divers Coccides, habituellement désignés sous le nom de Kermès, fournissent de la cire. Dernièrement, MM. Targioni-Toz-r zetti et Sestrini ont montré qu'on pouvait tirer un excellent produit du Kermès du Figuier (Chermes Ficus), qui est trèsrépandu dans l'Europe méridionale. Depuis quelques années, l'Angleterre achète sur le marché de Shang-Haï une sorte de cire d'un blanc d'albâtre qui provient d'une espèce de Kermès vivant sur des Frênes (Chenues sinensis).

LES APHANIPTÈRES — LES STREPSIPTÈRES

Les Aphaniptères sont des Insectes que tout le monde connaît ; les Strepsiptères, des Insectes que personne n'a vus, si ce n'est un petit nombre de naturalistes. Les Aphaniptères, ce sont les Puces, Insectes des plus intéressants par leur conformation, et des plus curieux par leurs habitudes, par leurs instincts, par leurs métamorphoses. Les Puces sont des suceurs comme les Hémiptères, et cependant leur appareil buccal est construit d'une manière assez différente. Le labre est une tige acérée; les mandibules, de longues lames aplaties, finement denticulées sur leurs bords ; les mâchoires, de petites pièces triangulaires, avec des palpes avancés sur le rostre, de façon à offrir l'aspect d'antennes; la lèvre inférieure, une lame membraneuse supportant de grands palpes. Chez les Aphaniptères, les yeux, situés sur les côtés de la tête, paraissent être simples; les antennes sont fort petites; les ailes n'existent qu'à l'état de vestiges sous forme d'écaillés : de là le nom d' Aphaniptères. Les pattes sont robustes et épineuses

LES APHANIPTERES. — LES STREPSIPTÈRES. 631

les postérieures, plus longues que les autres, avec les cuisses renflées, sont propres au saut.

Les Aphaniptères ont des métamorphoses complètes ; des larves vermiformes, des nymphes inactives. L'unique famille de cet ordre, les Pulicides, se compose du genre des Puces (Pulex). Chaque espèce est propre à un Mammifère, une espèce partîcu-

MKTAMOnPHOSES DE I.A PUCE DE I.'HOMMF (Pulex irritans).

lière à l'Homme. Celle-ci est bien reconnaissable à sa tète lisse, à ses anneaux du thorax et de l'abdomen ne portant sur leurs bords que des cils roides. On n'apprendrait rien à personne en rapportant de quelle façon vivent les Puces. Ces Insectes multiplient prodigieusement dans les pays chauds, et dans certaines conditions, ils acquièrent un volume qui n'est pas ordinaire. Sur les plages fréquentées par des baigneurs, on observe des Puces d'une dimension double ou triple de celles que l'on voit partout ailleurs, cependant elles sont bien de la même espèce.

Si tout le monde sait comment les Puces sucent le sang, avec quelle vigueur elles sautent, tout le monde ne se doute pas combien ces petits êtres se montrent intelligents pour soigner leur progéniture. Les Puces vont déposer leurs œufs dans les interstices des carreaux et des planchers , au milieu de la poussière. Leurs larves, privées de pattes, condamnées à demeurer où elles sont nées, ne peuvent vivre que de la nourriture des adultes. Abandonnées, elles périraient; mais elles ont des mères qui ne les

abandonnent pas, et dont la mort seule peut amener leur perte. Après s'être gorgée de votre sang, la Puce, si c'est une mère, va trouver ses jeunes, et leur dégorge une partie de la nourriture qu'elle a puisée. Au terme de leur croissance, les larves s'enferment dans une petite coque soyeuse et subissent leur transformation en nymphe. Les naturalistes des xvir et xvnr siècles. Leeuwenhoek, Rôsel, de Geer, ont observé les Puces dans leurs soins maternels et dans leurs métamorphoses. De nos jours, un amateur ayant peine à croire à des instincts remarquables chez des êtres qu'il estimait stupides, lorsqu'il lui arrivaitde sentir leur piqûre, eut recours à l'expérience. Des œufs de Puces furent mis dans de petites boîtes ouvertes, suffisamment garnies de poussière, les mères furent respectées, on observa les manœuvres que nous avons rapportées.

La Puce du Chien (Pulex Canis), plus petite que la Puce de l'Homme, en est très-distincte : elle porte au front et au thorax une rangée de fortes pointes. Accidentellement, les Puces du Chien attaquent l'Homme ; il est donc vrai de dire que les Chiens donnent des Puces.

Il est une Puce des chaudes contrées de l'Amérique, bien connue sous le nom de Chique (Pulex pénétrons). Très-petite à sa naissance, effilée, roussàtre, elle s'introduit sous la peau, où elle demeure en prenant un volume inusité. Ce volume est dû à une surprenante dilatation de l'abdomen causée par l'abondance des œufs. Ainsi cette Puce toute gonflée a l'apparence d'une vésicule de la grosseur d'un pois. Le mâle conserve toujours sa taille exiguë et sa liberté. Les Chiques déterminent des ulcérations extrêmement graves, et les personnes atteintes n'ont pas de meilleure ressource pour s'en débarrasser que la main de vieilles négresses fort habiles à extraire les dangereux Insectes.

Les Strepsiptères sont des Insectes fort singuliers, aussi bien par leurs caractères que par leur genre de vie et leur mode de développement. A la fin du siècle dernier, un professeur de Pise.

LES APHANIPTÈRES. — LES STREPSIPTÈRES. 633

Rossi, en fit connaître nue espèce parasite des Guêpes (Xenos Vesparum), qu'il crut voisine des lchneumons. Quelques années plus tard, Kirby découvrit en Angleterre un Insecte du même type. L'ordre des Strepsiptères fut établi. Des caractères très-frappants signalaient en effet ces parasites d'un nouveau genre. Les Strepsiptères ont les ailes antérieures rudimentaires, affectant la forme de petits balanciers longs et étroits ; les ailes postérieures.

STYLOPS NOIR, MALE I Slulops alernmus). - Grossi el île grandeur naturelle.

au contraire, très-développées, membraneuses, susceptibles de se plier en éventail; les yeux globuleux et grenus, les antennes courtes, les pièces buccales libres.

On s'aperçut que l'on connaissait seulement les mâles, et en 1843 M. Siebold, qui avait déjà trouvé des œufs, put observer les larves et apprendre que les femelles des Strepsiptères sont des êtres aveugles, privés de pattes; conservant l'apparence de larves, ne quittant jamais le corps des Insectes sur lesquels ils ont vécu en parasites. George Newport compléta l'histoire de ces curieux Insectes par l'étude d'une espèce parasite d'un Apide du genre Andrène, le Stylops noir (Slylops aterrimus).

Nulle part il n'existe de différence aussi prononcée entre les individus des deux sexes que chez les Strepsiptères : les mâles sont libres, ils volent, ils vivent de la vie des autres Insectes; les femelles sont condamnées à l'immobilité. Chez elles, la tète et les

anneaux thoraciques s'unissent complètement, et l'abdomen, trèsgrand, reste fort mollasse : tout le corps semble n'être formé que de deux parties, un céphalothorax et un abdomen. Ces Insectes sont vivipares. Les jeunes larves, agiles, allongées, munies de longues pattes, grimpent sur les poils de l'Hyménoptère. Elles se

LE STÏI.OPS NOIR l.La larve (très-grossie) à sa naissance, grimpant sur un poil d'Hyménoptèrc. — 2. La femelle, très-grossie

dans son abdomen les embryons. — 3. La larve, de grandeur naturelle. (D'après lieorge Newport.)

comportent comme les larves des Méloés et des Sitaris; transportées dans le nid de la Guêpe ou de l'Andrène, elles attaquent sa larve, et une fois fixées, après un changement de peau, leur forme devient toute différente, leurs pattes sont atrophiées. Mais ces parasites, ayant une taille très-exiguë, ne tuent pas la larve de l'Hyménoptère : ils la sucent à la manière des Ichneumons et lui laissent accomplir toutes ses métamorphoses.

Peut-être y a-t-il dans le monde presque autant de Diptères que d'Tnsectes de tous les autres ordres réunis. Les Diptères qui, généralement, abondent sous toutes les latitudes, même dans les contrées les plus froides, pullulent avec une étonnante rapidité. Les Diptères sont les Mouches, les Mouchesàdeux ailes, ainsi qu'on les désigne vulgairement, ainsi que les naturalistes nomment les représentants de la famille la plus considérable de l'ordre. Ces Insectes, si nombreux, sont unis par des caractères communs qui les isolent de tous les autres, et cependant, dans leur ensemble , ils paraissent constituer une division plus importante qu'un ordre. Dans leur organisation, dans leur mode de développement, dans leurs métamorphoses, les principaux types présentent entre eux des différences plus pronoucées que celles qui existent entre les familles de Coléoptères ou d'Hyménoptères. Aussi a-t-il été possible de penser que les Insectes à deux ailes, ou les Diptères, formaient en quelque sorte une réunion compa-

ràble à l'ensemble des Insectes à quatre ailes; mais il y a de ce côté une exagération évidente.

Lés organes du vol fournissent le caractère le plus général, le plus frappant, peut-être le plus important des Diptères. Il n'existe que deux ailes bien développées, nues et membraneuses : celles de la première paire offrent en arrière, chez beaucoup d'espèces, un appendice en forme de coquille, appelé \ecuilleron; les ailes de la seconde paire, tout à fait rudimentaires, ayant la forme de petites tiges terminées par un élargissement, sont désignées sous le nom de balanciers. Les Diptères sont des Insectes suceurs ; mais leur suçoir, construit d'une façon assez différente de celui des Hémiptères ou des Aphaniptères, présente des modifications remarquables dont on n'avait pu comprendre la nature avanl certaines recherches qui datent de moins de vingt mis. Dans quelques groupes de Diptères, les six pièces ordinaires de la bouche sont faciles à reconnaître: le labre lancéolé; les mandibules en forme de glaives ; les mâchoires plus ou moins aiguës, portant un palpe; la lèvre inférieure, large, très-flexible, n'ayant aucune ressemblance avec la lèvre engainante et articulée des Hémiptères. Savigny avait choisi ces exemples pour mettre en évidence la parfaite identité du plan fondamental de la bouche dans tous les ordres de la classe des Insectes. Il avait gardé un silence absolu à l'égard de tous les Diptères où l'on trouve moins de six pièces distinctes. Les classificateurs n'avaient rien trouvé de mieux que de distinguer les Diptères à G soies, à 4 soies, à 2 soies, désignant de la sorte les pièces buccales. Par suite de recherches anatomiques délicates, il a été établi, contrairement à tout ce que l'on savait d'ailleurs, que les mandibules et les mâchoires peuvent se souder. On ne trouve alors que des pièces impaires.

Les Diptères ont des métamorphoses complètes. Les larves, ordinairement vermiformes, toujours placées dans des conditions où elles peuvent vivre sans aucun secours étranger, sqnj douées pour la plupart d'une assez grande agilité, qu'elles doivent

LUS DIPTERES. 637

à la faculté d'avancer et de reculer par un mouvement de reptation. Suivant les types, les Diptères présentent de curieuses différences dans leur condition de nymphes. Ici les nymphes sont actives, hien qu'elles ne prennent aucune nourriture ; là elles sont inactives au même degré que les chrysalides des Lépidoptères, que les nymphes des Coléoptères ; ailleurs, parfaitement immobiles, elles sont devenues nymphes sans se dépouiller de la peau de larve : ces sortes de nymphes, comme les Mouches proprement dites en offrent le grand exemple, sont habituellement désignées sous le nom de pupes.

Un caractère très-apparent permet de partager l'ordre des Diptères en deux grandes sectious : les Némocères et les Brachocères. Les premiers ont des antennes en fils ; les seconds, de très-courtes antennes, ayant seulement trois articles bien distincts et une soie grêle, que l'on nomme le style.

Les ISémocères se font remarquer par leur corps long et frêle, par leurs ailes longues, par leurs grandes pattes d'une extrême ténuité. Ce sont les Cousins et les Tipules, ou les familles des Culicides et des ïipulides.

Les Culicides, les Cousins, terrible famille qui effraye les plus courageux. Chacun connaît l'avidité de ces petits Insectes pour le sang de l'Homme, l'effet douloureux de leur piqûre ; chacun a entendu parler des supplices que font éprouver aux voyageurs visitant les pays chauds ou les régions circumpolaires, les Cousins ou Moustiques, en abondance prodigieuse dans ces contrées. Aussi n'est-ce pas à ces faits qu'il convient de s'arrêter. L'histoire des Cousins est pleine d'intérêt; examinons en particulier la vie de notre espèce commune, le Cousiu piquant (Culex pipiens). En observant cet Insecte, on est frappé de la délicatesse de ses formes, et l'on s'étonne de trouver un être malfaisant dans un corps si fragile. Le Cousin possède une armature buccale des mieux déliées et néanmoins fort résistante ; toutes les pièces sont libres, les mandibules eu forme de lames acérées et denti-

culées sur leurs bords. Les Cousins abondent dans les endroits marécageux; leurs larves sont aquatiques et ne vivent que dans

iMOKPUOSES DU COUSIN ( Culex pipiens).

les eaux stagnantes : les tonneaux des jardins, dont l'eau destinée à l'arrosage est plus ou moins altérée , sinon corrompue, leur conviennent à merveille.

Les Cousins mâles ont Je jolies antennes ciliées, ressemblant à de petites plumes ; les femelles ont des antennes presque nues ; et comme il est facile, d'après cette différence, de reconnaître les individus des deux sexes, on s'assure que les femelles surtout

riiKS-i.HOîHli;- DU COUSIN {Culex pipiens).

sont avides de sang. Ces Insectes, s'aidant de leurs pattes postérieures, déposent leurs œufs à la surface des eaux, tous agglutinés les uns aux autres et formant de petites masses flottantes. Les larves éclosent bientôt et grandissent avec une extrême rapidité. Elles nagent avec toute l'agilité imaginable, montant et descendant d'une manière continuelle. La souplesse, les ondula-

tions de leur corps, la transparence de leurs tissus, la délicatesse des cils qui les garnissent, leur donnent un charme incroyable. Ces Insectes demeurent presque constamment la tète en bas et l'extrémité du corps en liant. La tête est pourvue de deux antennes et garnie de cils servant à amener les aliments vers la bouche: le premier anneau du thorax est large: les anneaux du corps vont en diminuant jusqu'au dernier, qui porte des touffes de cils natateurs, tandis que lavant-dernier est pourvu d'une sorte de tube percé à l'extrémité d'un orifice respiratoire. Survient pour ces larves un dernier changement de peau, et les voilà devenues nymphes. Ces dernières sont actives, et cependant elles sont emmaillottées et incapables de prendre aucune nourriture. On voit qu'il existe chez les Insectes tous les intermédiaires possibles entre les nymphes absolument inactives et les nymphes qui vivent comme les adultes. Les nymphes des Cousins nagent au moyen de deux grandes lamelles qu'elles portent en manière de queue. Souvent ces nymphes viennent à la surface de l'eau présenter une partie de leur dos, sur laquelle s'élèvent deux petits tubes respiratoires. Le moment arrive où doit avoir lieu l'éclosion des Cousins. Une scène des plus curieuses va réjouir l'observateur. Les petites nymphes flottent en foule à la surface de l'eau ; demeurant à peu près immobiles, le tégument de leur région dorsale exposée à l'air se dessèche et se fend au milieu, comme cela arrive aux nymphes des Libellules, des Ephémères, des Cigales, etc. Alors se montre le Cousin. 11 dégage sa tête, puis une parti»1 <le son thorax; il se soulève lentement sur ses longues pattes; son enveloppe de nymphe est devenue pour lui une nacelle, il parait prendre d'infinies précautions pour ne pas faire chavirer son frêle esquif. Peu à peu il se dresse, ses ailes s'étendent, et quand il est raffermi, ce qui arrive vite si la température est chaude, il s'envole : le voilà sauvé. Tout se passe sans accident, si l'air est calme ; mais qu'un jour d'éclosions, l'air soit un peu agité, les

naufrages sont nombreux: les Cousins, encore mal affermis, sont renversés ; les trop légères nacelles formées des dépouilles de nymphes sont chavirées, et l'Insecte qui a mouillé ses ailes est perdu.

LA TIPULE DU CHOU ( Tipula oleracea).

Les Tii'ulides sont des Diptères qui, par les formes générales, diffèrent à peine des Cousins. Certaines Tipulides seraient même prises immanquablement pour des Culicides, si l'on ne portait

kl

attention sur les caractères qui distinguent les deux types. Il ne faut donc pas s'étonner que beaucoup de naturalistes aient rattaché ces Insectes à la même famille. Mais, tandis que les Cousins, pourvus d'une armature buccale terrible, sont des êtres avides de sang, les Tipulides, n'ayant à leur bouche que îles pièces molles, lèchent les parties fluides sur les végétaux et sur les matières en décomposition. Chez ces Insectes, la lèvre supérieure et les mandibules sont avortées; les mâchoires et la lèvre inférieure, réunies, constituent une petite trompe accompagnée des palpes maxillaires longs et pendants. Cette famille des Tipulides est immense, et l'on y reconnaît quatre types principaux, quatre gEoupes, les Chironomites, les Tipulites, les Mycétophilites et les Cécidomyites.

Les premiers, ornés de jolies antennes plumeuses, sont ceux qui ressemblent surtout aux Cousins par la taille et par l'aspect. Le Chironome plumeux (Chironomus plumosus) est des plus abondants au voisinage des eaux stagnantes. Dans ees mêmes eaux, vit sa larve, sorte de Ver d'un rouge de sang, fort estimée des pécheurs à la ligue pour séduire certains poissons. Celte larve porte à l'extrémité du corps une houppe de filaments locomoteurs et respirateurs.

Les Tipulites, Insectes des prairies et des endroits marécageux, ont des antennes filiformes garnies de poils verticillés, des pattes d'une longueur et d'une ténuité extrêmes. Ces femelles, pourvues d'une assez longue tarière, introduisent leurs œufs dans la terre; les larves rongent les racines. Parmi les vraies Tipules, qui sont nombreuses en Europe, nous citerons la Tipule du Chou (Tipula olerucea). L'Insecte adulte est d'une couleur tannée, avec des raies obscures sur le dos et les ailes enfumées. La larve, d'une teinte terreuse avec la tète noire, a le dérider anneau du corps tronqué, percé dans son milieu des orifices respiratoires, et les bords de la troncature pourvus de quatre tubercules. La nymphe, plus ramassée, presque immobile, peut

LES DIPTERES. 643

cependant cheminer à l'aide des épines dont elle est garnie, pour se rapprocher de la surface du sol au moment de l'éclosion. Cette espèce est souvent nuisible dans les potagers et les prairies.

Les Mycétophilites, petites Tipulides ayant trois ocelles sur le front, des antennes grêles, vivent sous leur première forme dans les Champignons et dans les bois en décomposition.

Les Cécidomyites sont de très-petits Diptères, dont les antennes,

CECIDOMYIE A LARVES VIVIPABES.

H'ile ailiilie. — 2. Larve : ail, neliles larves. — 3 et 4. Nvmplie en dessus el en ilessuits. (Ii'j

surtout chez les mâles, sont en grains de chapelet. Gomme les Cynips, ces Insectes déterminent des galles sur les végétaux, et c'est dans l'intérieur de ces excroissances que vivent et se développent leurs larves. 11 est des espèces du groupe, cependant, cmi ne produisent point de galles : telle la Cécidomyie du Blé (Cecidomyia Trilici). Sur le Blé en fleur, les larves, mangeant le pollen, empêchent la fécondation, et se rendent ainsi fort nuisibles. Une Cécidomyie abondante aux Etats-Unis, considérée comme voisine

6û4 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

de la précédente, la Mouche de Hesse (Cecidomyia destruclor), cause de grands dégâts dans les mêmes conditions.

Récemment, un fait extraordinaire, des plus intéressants pour la physiologie générale, a été découvert par un professeur de Kazan, M. Nicolas Wagner. Des larves de Cécidomyites, vivant sous les écorces, ont la faculté d'engendrer. Au printemps, la petite Cécidomyie pond ses œufs ; il en sort des larves, et dans des loges particulières de leur abdomen se constituent d'autres larves, qui, en naissant, déchirent le corps de leur mère. A leur tour, elles engendrent de la même manière: les générations se succèdent ainsi pendant toute la belle saison. D'abord, les naturalistes ne purent croire à cette étrange parthénogenèse, mais les observations furent reprises parMM.deBaer, Pagenstecher, Meinert, etc.: le doute n'était plus possible.

La grande division de l'ordre des Diptères, celle des Brachocères, comprend une série de familles : les Asilides, les Tabanides, les Stratiomyides, les Syrphides, les Muscides, les « Estrides et les Ornithomyides.

Les Asilides, Insectes agiles, ont un suçoir redoutable ; les deux mandibules, complètement soudées, forment un glaive acéré. Plusieurs types se rattachent à cette famille, mais nous ne pouvons signaler que le plus important.

Les Asilines, au corps élancé, ont une trompe courte, un glaive puissant; les plus grands percent le cuir des Chevaux et des Bœufs. Adultes, ces Diptères sucent le sang des Animaux, attaquant quelquefois l'Homme lui-même. Les Asiles, reconnaissables à leurs antennes, dont le troisième article, effilé, est surmonté d'un style de deux articles, sont nombreux dans le midi de l'Europe, en Orient, en Afrique. L'un des plus répandus dans notre pays, l'Asile crabroniforme (Âsilus crabroniformis), se distingue par sa coloration, qui rappelle la livrée de certains Hyménoptères, un fond noir et des parties jaunes. Cet Insecte vole en plein soleil dans les campagnes arides; lorsqu'on

en est atteint, le sang jaillit de la blessure faite par son arme buccale, comme d'un coup qui serait donné par une petite lan-

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I ASILE CltABRONlFOIM

{Asilus i-rubroniformis)

cette. Il pique parfois les gros Animaux, mais d'ordinaire il attaque des Insectes, surtout des cbeuilles, et suce leur sang. Ce Diptère, si carnassier dans son état adulte, parait vivre de matières végétales dans son premier âge. On trouve les larves des

Asiles dans la terre, rongeant les racines, d'après les observations des anciens auteurs, Frisch, de Geer, etc. Les nymphes restent à nu dans une loge formée par la larve.

Parmi les Tabanides se trouvent les pins robustes et les plus redoutables Diptères. Corps large et épais; ailes grandes; yeux superbes, brillants, tellement gros, que chez les mâles ils sont presque contigus sur le sommet de la tête; antennes courtes, avec un dernier article à plusieurs divisions ; trompe très-grande, dépassant quelquefois la longueur du corps; terrible suçoir fort différent de celui des Asiles, les deux mandibules étant séparées l'une de l'antre -.tels sont les signes caractéristiques des Tabanides.

Le principal genre de cette famille est celui des Taons [Tabanus), toujours faciles à distinguer entre les autres Tabanides par l'absence d'ocelles entre les yeux et par la forme du dernier article des antennes, qui est élargi à son origine et échancré dans le milieu. Les espèces de Taons sont en nombre considérable par le monde, mais la plupart aiment les pays chauds; nous en avons peu dans l'Europe centrale. L'une d'elles est connue, de tout le monde, c'est le Taon des bœufs (Tabanus bovinus), un de nos plus beaux et de nos plus gros Diptères, au corps gris avec des bandes noires sur le thorax, aux yeux d'un vert magnifique. Le Taon est souvent très-commun en été, à la lisière des forêts ou dans les clairières; les amateurs de promenades sous bois le redoutent pour leurs chevaux, qui s'effrayent du bourdonnement de l'Insecte, et se cabrent ou lancent des ruades en sentant ses piqûres. Les Taons, si avides de sang, ont bien changé depuis leur première condition. Les larves vivent dans la terre; verraiformes, privées de pattes, elles paraissent avoir une nourriture végétale ; les nymphes sont immobiles et portent à l'extrémité du corps six épines.

Des Tabanides de petite taille sont fort communs : tels les Chrysops, qui ont des yeux brillants comme l'or, avec des taches

LES DIPTÈRES. 6i7

obscures qui en relèvent l'éclat (Chrysops aveuglant, — Chrysops cœculiens); les Hsematopotes, qui boivent le sang, dit leur

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