‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 11 sur 174 · PORTION ANTÉRIEURE DU GRAND SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

PORTION ANTÉRIEURE DU GRAND SYMPATHIQUE

tégnant au-dessus de la chaîne ganglionnaire, chez le Ver à soie (Bombyæ Mori).

respiratoires, l'extrémité du tube digestif, les organes de la génération.

Le grand sympathique des Insectes a été vu et signalé pour la première fois par Lyonet dans la Chenille du Saule. Cet anatomiste, n’en ayant nullement apprécié la nature, appela les petits noyaux et les filets qu’il observa au-dessus de la chaine

ganglionnaire, du nom de brides épinières. Plus tard, le grand sympathique fut décrit et représenté avec un grand soin dans quelques Insectes, et notamment dans le Sphinx du Troëne, par Newport, qui le nomma système nervèux surajouté, sans établir de comparaison avec une portion quelconque du système nerveux des Vertébrés. Il y a une dizaine d'années, sa véritable nature a été démontrée.

Le grand sympathique semble ne pas exister chez le plus grand nombre des Articulés; mais, comme dans plusieurs types il a été possible de le voir s'unir et se confondre graduellement avec la chaine ganglionnaire, par suite des progrès de l'âge et de la centralisation du système nerveux, il est certain qu'ailleurs son absence apparente est due simplement à son union intime avec la chaîne. Si rien de semblable ne se produit chez les Vertébrés, cela doit être attribué à la colonne vertébrale, qui oppose un obstacle absolu à un rapprochement entre le grand sympathique et la moelle épinière.

Le grand sympathique des Insectes est toujours impair ; mais il est évident qu'il doit être double primordialement, comme les autres parties du système nerveux. Si l’on parvient à l’observer chez des embryons, on en acquerra probablement la preuve matérielle. D'ailleurs, si les ganglions se montrent simples dans tous les individus étudiés jusqu’à présent, parfois les cordons sont doubles.

Dans les Articulés, la chaîne ganglionnaire étant tout à fait ventrale, le grand sympathique se trouve occuper un plan supérieur. Dans les Vertébrés, au contraire, la moelle épinière étant tout à fait dorsale, il occupe un plan inférieur. Cette différence est en harmonie avec la position relative des prin— cipaux viscères, dans ces deux grands types du Règne animal. I ne faut pas toutefois attacher à ce dernier fait une trop grande importance, car il ne suffit pas, comme l'ont supposé certains naturalistes , de renverser un Insecte sur le dos pour

y découvrir le plan exact de l'animal vertébré, On le sait, chez {out animal articulé, le cerveau et la chaine ganglionnaire, qui représente la moelle épinière des Vertébrés, sont situés dans des rapports différents.

Tous les faits aujourd’hui connus, touchant le système nerveux des Insectes, conduisent à dire qu'il y a chez les représentants de cette division zoologique : des nerfs de sensibilité . spéciale, naissant du cerveau; des nerfs mixtes, sensibles et moteurs, provenant de l’encéphale et de la chaîne ganglionnaire; un système nerveux affecté à la portion antérieure du tube digestif, aux organes respiratoires et aux parties principales de l'appareil circulatoire, remplissant le rôle des nerfs pneumogastriques des animaux supérieurs; et enfin un véritable grand sympathique accompagnant la chaine ganglionnaire dans toute sa longueur, comme ce nerf accompagne la moelle épinière dans les Vertébrés.

Les ganglions et les nerfs ont en général une assez grande . transparence, et parfois cette transparence est telle, qu'on à peine à les distinguer. Les anatomistes sont obligés d'employer, pour leurs dissections, l'alcool, et mieux encore l'essence de térébenthine, qui, en raffermissant toutes les parties du système nerveux, les rendent d'un blanc opaque. Les centres médullaires, blanes chez la plupart des Insectes, sont ordinairement d'une teinte jaunâtre chez les Lépidoptères. En l’état de nos connaissances, cette coloration ne présente aucune signification.

Les noyaux médullaires sont formés de cellules, les unes plus petites, les autres plus grandes, mais leur arrangement n'a pas encore été observé d'une manière rigoureuse.

Depuis les recherches de Newport, on sait qu'il existe dans chaque nerf deux faisceaux de fibres, absolument comme dans les nerfs spinaux des Vertébrés. C’est particulièrement sur la chaine ganglionnaire que l’on distingue aisément les deux ordres de fibres nerveuses. Les colonnes supérieures passent sur les

noyaux médullaires dans toute la longueur de la chaine, se faisant remarquer par leur couleur plus blanche que celle des parties sous-jacentes, surtout si la préparation a été soumise à l’action de la térébenthine. Les colonnes inférieures sont partout en rapport intime avec les cellules ganglionnaires. Tous les nerfs thoraciques et abdominaux sont formés de fibres provenant des faisceaux supérieurs et des faisceaux inférieurs, auxquels s'ajoutent des filets du grand sympathique. D’après la situation relative des deux ordres de fibres et d'après quelques expériences moins concluantes qu'on ne le souhaiterait, les colonnes supérieures sont formées de fibres motrices, les colonnes inférieures de fibres sensibles.

Des expériences ont été faites dans le but de déterminer le rôle physiologique des différentes parties du système nerveux des Insectes. Mais la difficulté de produire des lésions trèspartielles sans occasionner de blessures irop graves sur de petits animaux, étant extrême, ces expériences n’ont pu donner tous les résultats désirables.

Les centres médullaires cérébroïdes ayant une prédominance manifeste sur les autres centres nerveux, par leur volume, par leurs relations directes avec les organes des sens, ne possèdent pas cependant, d’une manière exclusive, les facultés qui apparliennent en propre au cerveau des animaux supérieurs. Si l’on arrache la tête d’un Insecte, en prenant la précaution d’empêcher l'écoulement du liquide sanguin au moyen d'un peu de cire molle, l'animal, pouvant vivre encore assez longtemps, continue à exécuter des mouvements réfléchis. Un éminent professeur de Montpellier, Antoine Dugès, vit une Mante dont il avait enlevé la tête agiter ses pattes de devant comme pour saisir une proie. Un Hanneton, une Abeille, une Sauterelle privée de sa tête ne manque pas de frotter avec la patte la partie de son corps que l'on vient à toucher. On a souvent remarqué que les Criquets et les Sauterelles dont on a pressé

le tarse, portent aussitôt leur patte à la bouche et lèchent de leurs palpes la partie qui a été froissée. Plusieurs heures après avoir été décapitée, une Sauterelle, dans les mêmes circonstances, exécute le même mouvement, comme si elle avait encore le pouvoir de se servir de ses palpes.

Ces faits tendent à prouver que toutes les facultés instinctives ne sont pas localisées dans le cerveau, et se retrouvent jusqu'à un certain point dans les centres nerveux de la chaine sousintestinale. Néanmoins, lorsqu'on vient à piquer les lobes cérébroïdes en traversant le tégument à l’aide d’une aiguille, ou à l'inciser, l'animal éprouve un trouble considérable; il tombe ordinairement dans une sorte de torpeur. Sous l'influence d’une excitation, il s’agite, mais ses mouvements sont irréguliers, sa démarche mal assurée; souvent il décrit des cercles, soit droite, soit à gauche : c’est ce que nous avons observé plusieurs fois; c'est aussi ce qui, d'autre part, a été constaté par un naturaliste de la Suisse, Al. Yersin, auteur de recherches sur les fonctions du système nerveux des Insectes.

Il est fort difficile d'enlever l’un ou l’autre des ganglions thoraciques sans déterminer une blessure extrêmement grave, qui occasionne une abondante hémorrhagie et entraîne bientôt la mort. Si l’on fait une forte piqüre à l’un des centres nerveux, il se produit une gêne dans les mouvements des pattes et des ailes suivant le point de la lésion. M. Faivre, aujourd'hui professeur à la Faculté des sciences de Lyon, poursuivant des expériences sur le système nerveux du Dytique, a cru reconnaître que la respiration s’arrêtait d'une manière instantanée dans le cas seul où était pratiquée l’ablation entière du ganolion métathoracique. Cette observation s’accordait peu avec les faits anatomiques; car il est bien démontré que les muscles affectés aux mouvements respiratoires reçoivent leurs nerfs des divers noyaux de la chaine ganglionnaire et surtout du grand sympathique. L’expérimentateur, agissant sur un Insecte défa-

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vorable à cause de la centralisation de son système nerveux et de la dureté de ses téguments, n'aura pas suffisamment tenu compte de la mutilation subie par l'animal. Visiblement préoceupé de l'idée de retrouver chez les Insectes des faits analogues à ceux qui ont été signalés par M. Flourens à l'égard des fonc— tions des centres nerveux des animaux supérieurs, l’auteur n'a plus songé que la diffusion des organes respiratoires rendait bien improbable une action nerveuse complétement localisée.

En choisissant, pour les expériences, des Insectes préférables au Dytique, comme des Orthoptères, et en particulier la grande Sauterelle verte, on parvient à détruire le ganglion métathoracique sans blesser extrêmement les parties voisines. IL est facile alors de constater que les mouvements respiratoires de l'abdomen persistent en l'absence du dernier ganglion du thorax. Au reste, M. Baudelot a parfaitement montré, par des expériences pratiquées sur des Libellules à l’état adulte et à l’état de larve, que chaque ganglion abdominal est un foyer d’innervation, concourant pour sa part à l’accomplissement de l'acte respiratoire.

C'est encore sur les Orthoptères qu'il a été le plus facile de voir les effets de la section des connectifs entre les divers centres médullaires.

D'après nos observations, comme d’après les recherches de Yersin, si la section de la chaîne ganglionnaire a été opérée, l'activité des centres nerveux persiste d'autant plus qu'ils restent unis en plus grand nombre. La vitalité s'éteint assez rapidement dans les ganglions tout à fait isolés.

Sous le rapport des sens, beaucoup d’Insectes sont admirablement partagés. Aucun doute n’est possible à cet égard. A chaque instant, l'observation nous révèle dans ces créatures l'existence de sens d’une remarquable perfection. Aussi paraît-il désespérant d'être encore, malgré des efforts inouis de la part des naturalistes, dans une ignorance extrême, ou tout au moins dans une pénible incertitude au sujet du siége de l’ouïe et de l'odorat, au

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