MÉTAMORPHOSES DU CRIQUET VOYAGEUR
(Acridium peregrinum),
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Bien vaste famillé que celle des Acridides, représentée avec prodigalité dans toutes les contrées du monde, et surtout dans les pays chauds, où vivent les plus belles et les plus grandes espèces. Dans l’Europe centrale, on ne voit d'ordinaire que les petits Criquets qui sautentpartout dans les champs cultivés. Chacun remarque à l’automne ces espèces qui, en s’envolant, montrent leurs ailes rouges ou bleues. Mais l'espèce qui, depuis l'antiquité, inquiète les nations civilisées, est le Criquet voyageur (4 cridium peregrinum), V'Arbeth de la Bible, cause de la huitième plaie d'Égypte, l'Acris des Grecs, la Locusta des Romains, dont les ravages sont mentionnés dans les annales de tous les peuples. Cette espèce, abondante en Afrique et en Orient, se multiplie en certaines années d’une façon prodigieuse. Alors les Criquets, répandus par centaines de millions, dévastent les contrées où ils sont nés, et lorsqu'ils ont détruit toute la végétation, ils s'envolent en longues colonnes, en masses épaisses, et s’abattent sur les pays encore épargnés. On a noté les années d’invasion des Criquets en Europe et en Afrique comme on a noté les années de froid excessif.
Le Criquet voyageur dépose ses œufs en terre, à une faible profondeur, enfermés dans une sorte de petit tuyau. Le Criquet émigrant (OEdipoda migraloria), dont le sternum n'a pas de pointe, comme chez le précédent, est le plus répandu en Europe.
Au 1v° siècle, d’après saint Augustin, tout le nord de l'Afrique fut dévasté; les Criquets, poussés dans la mer par la violence des vents, ayant été rejetés sur le rivage, les exhalaisons de leurs corps en putréfaction causèrent une peste qui fit périr une infiuilé d'hommes. Dans les années 1747, 1748, 1749, les provinces danubiennes sont envahies; Charles XII est arrêté en Bessarabie avec son armée par une pluie de Criquets. Engagés entre les montagnes, serrés les uns contre les autres, ces Insectes s entrechoquant, tombaient de tous côtés. Les années 1780, 1789, comptent parmi les plus funestes pour les États barbaresques. Personne encore n'a perdu le souvenir de l’année 1866.
LES THYSANOPTÈRES
Que l'on se figure des Insectes noirs au corps étroit, déprimé, de la longueur de ? millimètres (Thrips de Latreille); des Insectes si répandus dans la nature, que vous ne pouvez presque pas prendre une fleur, ou l’épi d’une Graminée, sansen voir plusieurs individus. Deux auteurs anglais, MM. Westwood et Haliday, ont précisé les caractères des Thrips. Le premier a étudié leurs pièces buccales; le second a observé les caractères des espèces, et il a établi l'ordre des Thysanoptères.
Les Thysanoptères (Suozves, franges; 71594, ailes), dans leur état complet, ont quatre ailes membraneuses, fort étroites, sans plis ni réticulation, mais garnies sur leurs bords de longs cils formant une frange d’une finesse, d’une élégance qui dépassent toute description. Ces Insectes ont des mandibules longues et minces, des mächoires et une lèvre munies de palpes. La conformation de la bouche les rapproche des Orthoptères. La tête porte des antennes filiformes de longueur médiocre, de gros yeux
latéraux et ordinairement trois ocelles sur le front. Les pattes des Thysanoptères sont encore très-caractéristiques: les tarses, de deux articles, se terminent par une sorte de vésicule propre à contrac-— ter adhérence sur les feuilles ou sur les pétales des fleurs.
Chez ces Insectes, le développement est analogue à celui des Orthoptères : les jeunes ont la forme des adultes; seulement,
MÉTAMORPHOSES DU THRIPS DES CÉRÉALES (Thrips Cerealium).
ils manquent d’ailes, et leur corps est pâle, jaune ou rougeûtre ; après quelques mues, se montrent des rudiments d'ailes, ce sont
les nymphes, nymphes actives ; après un dernier changement de.
peau, ce sont des adultes. Les Thysanoptères courent vite, ils volent prestement ; avec leurs petites mandibules ils rongent les feuilles à la surface.
L'ordre des Thysanoptères se compose d’une seule famille, la famille des Thripsides, où l’on reconnait deux types, selon que les espèces ont deux articles aux palpes et les ailes sans aucune nervure (Phlæothripsines), ou trois articles aux palpes et deux ner vures aux ailes antérieures (Thripsines). Parmi les dernières, la plupart appartiennent au genre Thrips. Le Thrips des céréales (Thrips Cerealium), d'une couleur brune avec les pattes et les antennes annelées de blane, est signalé comme nuisible au Blé dans les circonstances où il s’est très-multiplié. Le petit Insecte s'engage entre les valves et la graine, se blottit dans le sillon du grain et le ronge. Il n’enlève pas beaucoup de substance à la fois, et cependant il détermine un appauvrissement très-sen— sible du grain.
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LES NÉVROPTÈRES
Dans l’ordre des Névroptères, on observe tous les genres de métamorphoses. Les uns n'ont dans leur existence aucune période d'inactivité, ils n’éprouvent pas de changements plus considérables que les Orthoptères. Les autres, avant l’âge adulte, passent par deux phases aussi tranchées que chez les Lépidoptères ou les Hyménoptères. Ceux-ci éprouvent donc des métamorphoses
‘absolument complètes. D'autres Névroptères n'ont qu'un temps d'immobilité très-court; leurs nymphes perdent leur activité et changent de condition presque au moment de l’éclosion des adultes. Des mélamorphoses aussi variées entre des Insectes appartenant au même ordre enseignent que les périodes d’évolution sont parfois bien loin d’être identiques chez des animaux liés par d’étroites affinités naturelles.
Les Névroptères sont caractérisés par leurs organes de vol. Leurs quatre ailes nues, membraneuses, sont parcourues par de
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Se 588 £ES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
nombreuses nervures et présentent généralement une réticulation serrée (vepcy, corde, nervure; nrépa, ailes). Les Névroptères sont les Insectes aux ailes très-veinées et même réticulées. À ce caractère il faut ajouter qu'ils ont des pièces buccales libres, des pattes faibles, un corps presque toujours assez élancé.
IL existe des Névroptères de formes assez différentes ; certaines modifications conduisent à reconnaître plusieurs types, d'un rang plus élevé que les familles. Ainsi, d’un côté, il y a les Névro- . ptères dont les ailes transparentes ont des nervures transversales (Hyaloptères), et, d'un autre côté, les Névroptères dont les ailes poilues, offrant des nervures branchues, n’ont aucune réticulation transversale (Trichoptères), et, parmi les premiers, les représentants de quelques familles montrent avec les Orthoptères des rapports assez manifestes pour qu'il semble naturel de les isoler un peu des Névroptères les mieux caractérisés.
Sous le rapport des conditions d'existence, les Névroptères offrent un bien grand intérêt. Les uns, êtres industrieux, vivent en sociétés nombreuses, édifient des demeures quelquefois im— menses, et, dans un autre ordre, représentent les Fourmis. Les autres, et ce sont les plus nombreux, ne possèdent ni talent, ni instincts particulièrement remarquables; mais ils donnent le spectacle de curieux phénomènes dans la diversité de leurs conditions d'existence, suivant qu'ils sont à l’état de larves, à l'état adulte.
Une des plus intéressantes familles, non-seulement de l'ordre des Névroptères, mais encore de la classe des Insectes tout entière, est celle des Terres. Les Termites forment des sociétés nombreuses où il y a des mâles et des femelles, des individus neutres de plusieurs sortes, des larves et des nymphes actives. Ils édifient de gigantesques demeures, avec des multitudes de chambres et de galeries, et travaillent toujours dans l'ombre. Ont-ils besoin de se porter d’un point à un autre, admirables ingénieurs, ils construisent de véritables tunnels. Leurs mœurs,
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LES NÉVROPTÈRES. 589
leur habileté à construire, les ont fait comparer aux Fourmis, et dans toutes les contrées intertropicales, où ces mineurs et ces
Le LAERMITTE
PURGIN Se.
LES DIVERS INDIVIDUS D'UNE TERMITIÈRE (Termes lucifugum ).
1, Ouvrier, — 2. Soldat, — 3. Larve, — 4, Nymplie à petits étuis, — 5. Nymphe à longs éluis, — 6, Mie. £ T. Pelite femelle, — 8. Grande femelle. (Tous très-grossis.)
dévastateurs de toutes choses sont un fléau, on les nomme les Fourmis blanches.
Les Termites ont donné lieu à une foule d'écrits, il nous suffira d'en citer deux des plus récents et des plus importants : une
monographie très-bien faite du professeur Hagen (de Kænigsberg), une étude spéciale sur le Termite lucifuge par M. Lespès.
Les Termites mâles et femelles ont des ailes amples dont les nervures transversales sont rudimentaires, une tête forte portant trois ocelles entre les gros yeux. Les neutres, toujours privés d'ailes, sont de deux sortes : les uns, c’est-à-dire les ouvriers, avec une tête ronde et des mandibules assez courtes; les autres, avec une tête plus longue, très-forte et de grandes mandibules, que l’on appelle les soldats, dans l’idée que ces individus ont pour mission la défense du nid.
Par les observations de M. Lespès, on a appris que dans les habitations de la petite espèce de France, le Termite lucifuge (Termes lucifugum), il existe, outre les larves des neutres et des individus sexués, outre les neutres, ouvriers et soldats, des nymphes de deux sortes, les unes de petite taille, avec des étuis ou rudiments d'ailes très-courts, les autres plus grandes, avec de longs étuis; et enfin, fait vraiment étrange et encore inexpliqué, deux sortes de mâles et de femelles : les uns, petits, paraissent vers le mois de mai: les autres, beaucoup plus grands, que l’on ne voit qu'au mois d'août. M. Lespès appelle les premiers, les petits rois et les petites reines; les seconds, les grands rois et les grandes reines. Après la fécondation, un seul couple d'ordinaire se trouve dans l'intérieur du nid. Ces individus ont perdu leurs ailes, appendices cadues chez les Termites et ne persistant pas après l’union des mâles et des femelles. Les ouvriers, d’une teinte blanchâtre, ont une taille variable de 3 à 5 millimètres; les soldats, chez lesquels M. Lespès a reconnu des neutres des deux sexes, ont une taille d'au moins 5 millimètres et une coloration rousse sur les parties antérieures. Les mâles sont d’un noir de poix, avec la bouche et les tarses jaunâtres et les ailes enfumées. Le corps des petits mâles a 7 millimètres de long, celui des petites femelles 8 à 9; le corps des grands mâles et des grandes femelles a au moins 2 millimètres de plus, sur-
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tout chez ces dernières, dont l'abdomen est distendu par les œufs.
Le Termite lucifuge est commun dans les landes de Gascogne, où il s'établit dans les souches des vieux Pins; mais depuis longtemps déjà il a envahi les maisons des villes de la Charente
Inférieure, la Rochelle, Rochefort, Tonnay-Charente, Saintes, ete., |
et aujourd’hui il se montre dans quelques quartiers de Bordeaux. On a prétendu que le Termite de la Rochelle était d’une antre