ANTENNES DE QUELQUES LÉPIDOPTÈRES CHALINOPTÈRES
4. Sphinx du Troëne. — 2: Bombyx cecropia, — 3, Fidonie à plumels.
rieures; néanmoins le caractère disparait dans quelques genres. Les antennes, conservant chez tous les Diurnes une configuration peu différente, varient ici, au contraire, dans les plus larges limites. Ces appendices affectent très-ordinairement la forme de
fils ou de soies, mais souvent aussi ils sont garnis de crénelures, de barbes, de longs rameaux, et dans plusieurs groupes ils sont renflés vers le bout, offrant les formes de massues les plus diverses.
Dans la division des Lépidoptères aux ailes pourvues d’un frein, Crépusculaires et Nocturnes, dominent les teintes grises et brunâtres, teintes de murailles et de troncs d'arbres, teintes tristes de la nuit. Mais il est de ces Nocturnes dont les ailes ont de délicates nuances claires d’une certaine vivacité, seule ment elles sont dépourvues du brillant, du chatoyant des ailes des Diurnes. Les Nocturnes qui recherchent le grand jour, qui se plaisent au soleil, qui vivent, en un mot, de la vie des Diurnes, ont aussi parfois les couleurs éclatantes de ces derniers, mais le tou est plus mat : c’est le mat des plus belles couleurs que présentent parfois les animaux de la nuit, où des animaux qui, pendant le jour, préfèrent les endroits les plus sombres des forêts, comme certains oiseaux des mieux parés. Un œil profondément exercé saisit la différence entre les écailles de l'aile d’un Papillon de jour et celle du Papillon de nuit le plus richement coloré; la différence est impossible à définir, elle échappe presque à toute description.
Chez les Crépusculaires et les Nocturnes, les ailes ne se redressent jamais, Pendant le repos, elles se rabattent sur le COrps.
Des Lépidoptères, singuliers par leur aspect sous la forme de papillons, remarquables par leurs habitudes sous la forme de chenilles, constituent le genre des Sésies (Sesia), genre qui, à lui seul, est presque une petite famille entière (famille des SÉSIIDES).
Les personnes dont l'œil est peu habitué aux distinctions entre des objets ayant entre eux une vague analogie, prennent aisément les Sésies pour des espèces d'Hyménoptères assez voisines des Guêpes. Un corps élancé, et surtout une coloration particu=
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lière, fond noir avec des bandes jaunes, contribuent beaucoup à leur donner l’apparence de ces derniers Insectes. Leurs ailes semblent n'être plus des ailes de Papillons ; étroites, en grande partie nues et tr ansparentes, ‘elles n'ont d'écailles que sur les nervures, sur les bords, sur quelques espaces très-limités. Conservant le caractère essentiel des ailes de Lépidoptères, elles offrent presque la physionomie d' ailes d'Hyménoptères.
IL est assez étrange de voir ici des Insectes d’un ordre, revêtant la livrée des Insectes d’un autre ordre, avec lesquels ils semblent n'avoir aucune relation. On s'explique des analogies de cette nature entre certaines espèces vivant aux dépens d'autrui et les espèces destinées à être les victimes de ces dernières. C’est l'uniforme emprunté pour tromper sur sa qualité. Mais entre les Sésies et les Guêpes, les Crabrons, ete., il ny a rien de pareil.
Les Sésies, aux antennes en fuseau, crénelées surtout chez les mâles, aux jambes de derrière fortement éperonnées, volent en plein jour, d’un vol horizontal et rapide. Souvent elles se posent sur des arbres ou des arbustes; elles viennent y déposer leurs œufs, œufs très-petits et de forme arrondie. Leurs chenilles, au corps allongé, presque cylindrique, vivent dans l'intérieur des troncs d'arbres, des branches, des racines, mème de certains fruits. Pâles, décolorées, comme des êtres qui ne s'exposent jamais à la lumière, on les reconnaît aisément pour des larves lignivores. La plupart des Sésies sont de petite taille, mais la plus commune dans notre pays est aussi la plus grosse.
C'est la Sésie apiforme ($esia apiformis) que l'on voit souvent au mois de juin et au commencement de juillet, volant près des Peupliers qui bordent les rivières et les canaux, ou courant avec agilité sur les troncs. Peut-être vient-elle d’éclore ou cherche-t-elle à opérer sa ponte. Ses œufs sont déposés sur l'écorce, à peu de distance du pied; les petites chenilles éclosent, et, rongeant le bois, elles pénètrent à l’intérieur, chacune creusant sa galerie. La vie
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de ces chenilles paraît être assez longue, deux années; elles deviennent assez fortes et finissent par établir dans un trone des loges très-spacieuses, au grand dommage de l'arbre. Cependant ces larves semblent s'attaquer exclusivement à des Peupliers qui ont déjà souffert; l'abondance de la séve d’un arbre sain leur serait sans doute nuisible.
I est curieux d'observer la chenille de la Sésie apiforme dans ses caractères, de remarquer combien tout en elle est admirablement adapté à son genre de vie, de constater combien il lui serait impossible d’être soumise à d’autres conditions d’existence. Ses pattes écailleuses sont plus petites que chez la plupart des autres chenilles; un peu grandes, elles eussent été fort gênantes pour circuler dans une étroite galerie. Ses pattes membraneuses sont également très-courtes et ne sont nullement conformées pour saisir, mais bien pour prendre la plus forte adhérence possible sur une large surface ; leurs épines très-acérées forment une couronne complète. La tête de cette Chenille est revêtue d’un tégument rougeñtre fort dur, car elle doit faire un effort considérable lorsque ses mandibules puissantes en taillent le bois. Le labre, n’ayant rien à maintenir, ne présente aucune échancrure. Le corps tout entier de l’Insecte a une peau molle avec de petits tubercules et des poils rares propres à rendre l'animal très-sensible à tous les contacts.
La chenille de la Sésie apiforme sécrète un peu de soie, mais pas en quantité suffisante pour constituer à la chrysalide un abri capable de la bien protéger. Pour que sa coque ait toute la résistance désirable, elle agglutine de la poudre de bois. La coque, rugueuse à l'extérieur, est parfaitement lisse à l’intérieur.
La chrysalide a la forme générale des chrysalides des Nocturnes, mais elle est tout autrement armée que la plupart d’entre elles, et cette armature n'est pas un vain ornement; elle lui permet d'exécuter un mouvement de progression. Le Papillon, à sa naissance, ne saurait traverser à nu une galerie, sans lacérer son
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corps et ses ailes aux rudes parois. À peine a-t-il dégagé ses pattes, qu'il entraîne avec lui sa dépouille de chrysalide, comme l’escargot emporte sa coquille. Cette enveloppe, garnie d’une rangée d’épines sur chaque anneau de l'abdomen, et de fortes pointes à l'extrémité, ne glisse pas aisément sur le bois ; l’Insecte arrive ainsi protégé jusqu’à l'issue de la galerie. Parvenu au dehors, il se dégage complétement, le voilà libre : la dépouille de la chrysalide, fendue par le dos, reste d'ordinaire accrochée à l'endroit même où elle est devenue inutile. Notre dessin raconte bien mieux, au reste, l’histoire de la Sésie apiforme qu'un long discours.
Les Zvcénines, les Lépidoptères qui ressemblent le plus aux Sésies, n’ont pas cependant une parenté fort étroite avec ces dernières. Il y a un certain rapport dans la forme du corps, mais les Zygénides ont des antennes épaissies vers l'extrémité, des jambes postérieures sans ergots, portant tout au plus de trèspetites pointes à l'extrémité. Le genre principal de cette famille, qui a beaucoup de représentants étrangers à l'Europe, est le genre Zygène (Zygæna). Quels charmants Lépidoptères que les Zygènes. Une taille assez petite ; un abdomen cylindrique ; des ailes étroites, d'un vert ou d’un bleu très-foncé, métallique comme le corps lui-même, ayant de plus des taches ou des bandes d’un rouge carmin; des antennes grandes, contournées en dehors et renflées en une longue massue, signalent ces Insectes à l'attention. Ils volent en plein jour, en plein soleil, butinant sur les fleurs des plantes basses les plus communes. Le mois de juillet les voit éclore en grand nombre dans toutes les parties centrales et méridionales de l’Europe. On s'étonne de la dimension de leurs antennes sur leur petite tête. C'est ce qui avait le plus frappé les anciens naturalistes, qui appelèrent nos Zygènes les Sphinx-Béhers.
Toutes les Zygènes connues ont entre elles les plus grands rapports par l'aspect général, par les proportions et même par
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