MÉTAMORPHOSES DE LA ZYGÈNE DE LA FILIPENDULE
(Zygana Filipendulw).
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LES LEPIDOPTÈRES. 245
les couleurs, les reflets et l'apparence soyeuse du corps et des ailes, comme par les habitudes. A leur état de larves, elles se ressemblent davantage encore par leurs caractères extérieurs comme par leur genre de vie.
L'espèce la plus répandue dans une grande partie de l'Europe est la Zygène de la Filipendule (Zygæna Filipendulæ). Le Papillon, d'une couleur bleu d'acier, orné de taches du plus béau carmin sur les ailes de la première paire, ayant les ailes postérieures rouges, avec une simple bordure presque noire, se montre souvent en abondance vers le milieu de l'été. Rien de plus charmant que de voir de ces jolis Papillons réunis en assez grand nombre, accrochés aux fleurs des Pissenlits, des Chardons, des Scabieuses et autres fleurs des champs.
La Chenille de la Zygène de la Filipendule, un peu boursouflée, garnie ‘de petits faisceaux de poils fins, d’un jaune pâle avec des rangées de taches noires, a une tête fort petite et des mandibules faibles comme la plupart des espèces qui se nourrissent de feuilles tendres. Elle vit non-seulement sur la Filipendule, mais sur beaucoup de Légumineuses. Près de se métamorphoser, elle construit sur les tiges une coque allongée, couleur jaune-paille, d’un tissu mince et ferme comme du parchemin, la soie étant enduite d'une grande quantité de vernis. Les jeunes chenilles éclosent à la fin de l'été, et demeurent engourdies pendant l'automne et l'hiver; elles se réveillent au printemps, et grimpent après les plantes dont elles doivent se nourrir.
Les Procris, Lépidoptères très-apparentés aux Zygènes, ont des antennes grèêles, doublement pectinées chez les mâles, un peu denticulées chez les femelles, et des ailes d'une teinte uniforme. Pour se transformer en chrysalides, les chenilles des Procris, peu différentes de celles des Zygènes, filent entre des feuilles une coque à parois peu résistantes. Le type du genre est la Turquoise (Procris Statices), bien reconnaissable à
ses ailes de la première paire, entièrement d'un beau vert soyeux. Dans quelques parties de l'Europe méridionale, en Italie, aux îles Baléares, etc., les vignobles sont fréquemment dévastés par le Procris de la Vigne (Procris ampelophaga). Un naturaliste de Florence, Carlo Passerini, a publié, il y à près de quarante ans, de curieux détails sur cet Insecte.
Nulle famille de l'ordre des Lépidoptères n’est mieux caractérisée que celle des Srmnemes. Un corps très-volumineux ; des antennes épaisses, prismatiques, crénelées en dessous, particulièrement dans les mâles et terminées dans les deux sexes par une petite pointe; des ailes longues, étroites, très-fortes, donnent aux Sphingides un aspect tout particulier qu'on ne retrouve dans aucun autre groupe du même ordre. Ces Lépidoptères, pour la plupart de grande taille, étonnent par la vivacité de leurs allures. Dans les chaudes soirées de l’été, on peut les apercevoir fendant l'air avec une incroyable rapidité. Leurs ailes robustes, solidement maintenues, leur permettent de planer, de se maintenir sur place par une sorte de frémissement. C’est ainsi que les Sphinx, qui presque tous ont une trompe fort longue, puisent le miel dans le nectaire des fleurs sans jamais se poser. Ils rappellent les mouvements des oiseaux-mouches tant de fois décrits par les voyageurs en Amérique, et c’est aux oiseaux-mouches que plusieurs auteurs ont comparé quelques-uns de nos Sphingides. Ces beaux Lépidoptères aux ailes mates, souvent teintées de fraiches et suaves nuances, sont répandus dans une grande partie du monde ; ils disparaissent seulement dans les contrées très-froides. Les Sphingides ont été fort recherchés, et il en existe dans les diverses collections plusieurs centaines d'espèces. Le docteur Boisduval en énumère 341 dans une étude spéciale qui n'a pas encore été mise au jour. En Europe, nous n'en comptons pas moins de trente et quelques espèces.
Les Sphinx, si remarquables à l’état de papillons, sont peutêtre plus curieux encore à l’état de larves ou de chenilles, Ce sont
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de grosses chenilles qui, au repos, prennent fréquemment une attitude des plus singulières. Solidement fixées sur la tige d’une plante au moyen de leurs pattes membraneuses, elles redressent toute la partie antérieure de leur corps, inclinant un peu leur tête enfoncée dans le premier anneau, et conservant, des heures entières, une immobilité absolue. Dès longtemps les observateurs ont été frappés de cette attitude. En imagination, ils ont pu se trouver transportés à Thèbes, et y voir le Sphinx jetant au passant sa terrible énigme. Le nom du monstre fabuleux est devenu le nom des Insectes qui rappelaient une pose étrange. Mais l'homme est en réalité si peu inventif, qu’il est bien à croire aussi que les anciens avaient puisé l'idée dans la nature, ayant remar— qué sans doute l'attitude des chenilles de Sphingides, pour la donner au monstre auquel ils attribuaient la tête d’une femme et le corps d’un lion.
Les chenilles des Sphingides ont la peau lisse, presque toujours luisante, le plus souvent ornée de couleurs vives et de charmants dessins. En général, elles sont un peu amincies en avant, et elles portent au-dessus du dernier anneau de leur corps un appendice courbé à la manière d’une corne, mais qui figure parfaitement une sorte de queue. Nous n'avons aucune idée de l’usage d’un semblable appendice qui existe chez des chenilles faciles à observer, fuyant peu la lumière, comme l'indiquent leurs vives et fraîches nuances. Sur le point de se transformer en chrysalides, les chenilles des Sphingides s'enfoncent plus ou moins dans la terre, s'y forment une loge, qu’elles tapissent soigneusement avec la petite quantité de soie dont elles disposent. C'est merveille ici, comme pour toutes les espèces de Lépidoptères qui se métamorphosent en terre, où très-ordinairement elles doivent passer la mauvaise saison entière, de voir de quelle façon l'Insecte, qui produit très-peu de matière soyeuse, réussit à se former un abri, Une chrysalide est dans la terre, enfermée dans une loge dont “les parois sont cimentées simplement par un peu de soie ou
mème par une matière qui, n'étant pas véritablement étirée en fils, ressemble à de la bave. Pour vivre, pour se développer, cette chrysalide a besoin de n'être point pressée par la terre, de n'être point continuellement mouillée. On se demande par quel miracle les parois de sa loge ne vont pas s’affaisser lorsque sur— viennent les interminables pluies de l'automne, de l'hiver et du commencement du printemps. L'observation et l'expérience ennent que c’est un miracle bien simple. La matière soyeuse qui retient les molécules terreuses est inattaquable par l'eau. Si mince que soit la couche, elle résiste admirablement à toute
appr
pénétration du liquide.
Certaines chenilles de Sphingides se transforment au ras du sol; produisant un peu plus de soie que les autres et agglutinant des corps étrangers, fragments de feuilles, débris d'herbes, elles s’emprisonnent ainsi dans une sorte de coque. Les chrysalides n'offrent aucune particularité notable. De la forme générale des chrysalides de Nocturnes, elles se terminent par une petite pointe, et leur couleur uniforme est d’un brun ou sombre ou un peu rougeàtre.
Pour les Sphingides, si nombreux en espèces, on à admis quelques distinctions génériques. Le nom de Sphinx a été réservé spécialement pour des espèces dont la trompe est plus longue que le corps entier de l'Insecte, et l'abdomen de forme cylindro-conique. Deux espèces du genre sont assez communes dans notre pays : le Sphinx du Troëne (Sphinx Ligustri) et le Sphinx du Liseron, ou Sphinx à cornes de bœuf (Sphinx Convolvuli). j
Sur les Troënes aux petites fleurs blanches qui forment les haies des pares, sur les Lilas de nos jardins, on aperçoit assez communément une magnifique chenille longue de 8 à 10 centimètres, d’un vert tendre, avec des bandes latérales obliques d’une teinte violet clair.
A la fin de juillet ou vers le commencement du mois d'août, la