MÉTAMORPHOSES DU SPHINX DE L'EUPHORBE
(Sphinx Euplorbiæ).
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effet; dont les pattes possèdent une plus belle armature. La dureté et l'épaisseur du feuillage que ronge la chenille du Sphinx du Laurier-rose nous disent que cette chenille a une tête forte, une lèvre supérieure très-dure et très-largement échancrée pour ètre en état de maintenir la feuille épaisse, des mandibules ex— trèmement fortes et denticulées de façon à pouvoir couper cette feuille sans difficulté.
Au milieu de l'été, la chenille du Sphinx du Laurier-rose a pris toute sa croissance; elle se construit sur la terre une coque composée d’un peu de soie et de débris de végétaux en la protégeant avec des feuilles mortes; le papillon éclôt en septembre et même en octobre. Le papillon est un des plus beaux Lépidoptères. Une envergure de 10 à 12 centimètres; des ailes antérieures admirablement nuancées de rose et de vert tendre, avec une tache blanche et un point noir près de leur origine; des ailes posté— ricures d’un beau noir dans leur première moitié, d'un vert clair nuancé dans leur seconde moitié, donnent à ce Lépidoptère un aspect ravissant. st
Parfois il arrive que le Sphinx du Laurier-rose se montre dans le centre et même dans le nord de la France. En 1839, on en trouva un assez grand nombre de chenilles sur les arbustes en caisse qui décorent les jardins de Paris. Ce fut une joie immense parmi les amateurs qui avaient été assez heureux pour les découvrir. Des Papillons égarés sous notre climat avaient sans doute effectué leur ponte sur les pauvres Lauriers-roses végétant loin de leur beau ciel de la Méditerranée. Cette introduction fortuite, dont on a déjà eu plusieurs exemples, ne s’est pas perpétuée.
Dans les contrées où vit le Sphinx du Laurier-rose, se trouve une espèce voisine plus petite, mais également fort belle : c'est de son nom vulgaire, le Phénix, et de son nom scientifique, le Sphinx celerio. Sa chenille se nourrit des feuilles de la Vigne ; elle se transforme au ras du sol, en réunissant pour s’abriter plusieurs feuilles au moyen de quelques fils de soie.
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D'autres Sphingides de notre pays, appartenant au genre Deiléphile, sont fort remarquables et fort connus, comme le Sphinx de la Vigne, ou le Grand-Pourceau (Deilephila elpenor), et le Petit-Sphinx de la Vigne, ou le Pehi-Pourceau (Deilephila porcellus). Le Sphinx de la Vigne a un corps rosé rayé de vert tendre ; des ailes de cette dernière nuance, avec des bandes du rose le plus frais et le plus velouté; des ailes postérieures de la même teinte, rose, avec leur base noire et leur frange blanche. Cette ravissante espèce se montre deux fois chaque année. Sa chenille épaisse, avec ses trois premiers anneaux amincis et rétractiles, ordinairement brune, quelquefois verte, striée de noir, ornée de deux taches orbiculaires noires, encadrant chacune un cercle d’un blanc violacé, a une apparence boursouflée qui lui a fait donner le nom de Grand-Pourceau. Elle a été trouvée sur la Vigne, mais il est plus ordinaire de la rencontrer dans les endroits huinides, sur des Epilobes. Ayant la faculté de produire un peu de soie, elle ne s'enfonce jamais dans la terre, mais elle se construit, à la surface du sol, une coque légère en réunissant de la mousse ou des feuilles sèches.
Le Sphinx Petit-Pourceau semble être une réduction du Sphinx de la Vigne, mais ses couleurs sont moins vives et ses ailes ont leurs bords sinueux. Sa chenille, véritable pourceau, à en juger par l'aspect, a la forme et à peu près la coloration de l'espèce précédente; privée d'appendice caudal, elle porte à la place une sorte de verrue. Elle vit ordinairement sur cette plante basse à fleurs jaunes que l'on nomme le Caille-lait (Galum verum).
On distingue sous le nom de Macroglosses quelques-uns des plus petits Sphingides, ayant une trompe extrêmement longue, des antennes en massue, l'abdomen large terminé par une brosse de poils. Ces Lépidoptères se montrent habituellement en plein jour en produisant un fort bourdonnement. Ils ont un vol d’une rapidité étonnante ; ils pompent le miel des fleurs en planant.
LES LÉPIDOPTÈRES. ë 293
Le plus commun des Macroglosses, le Sphinx du Caille-lait (Macroglossa Stellatarum), est brun, avec des raies noires sur les ailes antérieures et les ailes postérieures d'un jaune fauve. C’est le Sphinx qui a été le plus souvent comparé pour son vol aux oiseaux-mouches. D’autres Macroglosses ont les ailes transparentes comme les Sésies (Macroglossa bombyliformis et M. fuciforms).
Tout le monde à vu où au moins entendu parler du Sphinx (Téle-de-mort), un très-gros Lépidoptère dont la trompe est
courte et épaisse, les antennes sans renflement et terminées
par un petit crochet. C'est pour les naturalistes modernes le type du genre Acherontia (Acherontia alropos). Son corps est noirâtre avec une grande tache pâle sur le prothorax, où se dessinent deux gros points noirs et deux petites lignes figurant à peu près, si l'on y met un peu de bonne volonté, un crâne humain, Ses ailes antérieures, d’un brun noir, sont nuancées de gris et de roux; ses ailes postérieures, d’un jaune fauve, sont traversées par deux bandes noires.
Le Sphinx Tête-de-mort a la facilité d'émettre un son aigu que l'on à comparé à un cri. Ce fait presque unique chez les Lépidoptères a prodigieusement intrigué les observateurs longtemps inhabiles à découvrir l'organe mis en jeu pour la production du bruit. On s’est livré à toutes les suppositions ima— ginables, et ainsi le sujet a fourni matière à une foule décrits. Aujourd'hui, on croit être assuré que cette stridulation est déterminée au moyen d’une petite capsule membraneuse située de chaque côté du corps à la base de l'abdomen, et recouverte par un faisceau de poils susceptibles d'entrer en vibration.
Dans quelques parties de la France, on a vu parfois le Sphinx Tête-de-mort se montrer en assez grande abondance. Le volume considérable de l'Insecte, ses couleurs sombres, le dessin de son thorax, où l’on voulait reconnaître l image d’une tête de mort, Son cri aigu, son apparition nocturne, ont pu frapper l'imagination
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de personnes ignorantes. L'inoffensif Lépidoptère a été, en certains lieux, considéré comme un présage du plus mauvais augure. On assure qu’en Bretagne, il n’en à pas fallu davantage en plusieurs circonstances pour semer la terreur parmi des populations superstitieuses. Le: Sphinx Tête-de-mort n'a qu'un défaut; il aime trop le miel, et son avidité se porte souvent à s'introduire dans les ruches où il cause les plus graves désordres.
La chenille de ce Lépidoptère, la plus grande de toutes les chenilles que l’on rencontre en Europe, est aussi l’une des plus belles, étant d’une teinte verte très-fraiche, avec tous les anneaux, à partir du quatrième, ornés d’une sorte de chevron d’un bleu vif où d'un violet plus ou moins foncé. Elle vit sur des plantes de la famille des Solances; on la trouve quelquefois dans les champs de Pommes de terre, où dans les haies, sur la Douceamère, sur le Lyciet, ete. Elle s'enfonce dans la terre pour se transformer.
Le Sphinx Tête-de-mort est plus commun en Asie et en Afrique qu'en Europe. M. Boisduval pense que les individus que l'on prend dans notre pays nous viennent des côtes d'Afrique, car, sous notre climat, dit-il, toutes les chrysalides de cette espèce périssent en hiver. Nous avons peine à croire, cependant, que le fait soit général; le Sphinx Tête-de-mort étant surtout fréquent dans nos départements de l'Est et de l'Ouest les plus éloignés des côtes méditerranéennes.
Les plus grands Sphingides connus (genre Brachyglossa) habitent l'Australie. Leurs chenilles vivent sur ces jolis arbrisseaux du genre Banksia, au feuillage plein d'élégance, dont on trouve des échantillons dans nos serres.
Quelques Sphingides de l'Europe et de l'Amérique septentrionale ont une trompe rudimentaire, des antennes flexueuses crénelées en dessous dans les mâles, des ailes dentelées. Ce sont les Smérinthes, que leurs caractères rapprochent manifestement des Bombyx. Leurs chenilles sont remarquables par leur tête
de forme conique et par leur peau chagrinée. Le Sphinx Demi- Paon (Smerinthus ocellata), le Sphinx du Tilleul (S. Tiliæ), le Sphinx du Peuplier (S. Popul), ne sont pas rares dans notre pays. On trouve leurs chenilles particulièrement sur les Peupliers, mais fréquemment encore sur les Saules, les Bouleaux ou d'autres arbres. Dans le midi de la France, on rencontre le plus grand de nos Smérinthes, le Sphinx du Chêne (S. Quercis).
De toutes les familles de Lépidoptères, il n’en est pas de plus intéressantes que celle des Bouexcmes. Dans cette famille, le nombre considérable des représentants, les grandes dimensions d'une foule d'espèces, la beauté de beaucoup d’entre elles, les formes étranges de quelques-unes, les curieux instincts de la plupart de ces Insectes, et par-dessus tout les services EXCEp— tionnels que le produit de diverses espèces, de l’une en particulier, reud chez tous les peuples civilisés, sont autant de motifs d'attrait ou d’intérôt.
À l'état de papillons, les Bombycides ont généralement un corps épais, massif, sans être robuste comme celui des Sphingides; des ailes d'ordinaire fort amples; des antennes pectinées, souvent semblables à des panaches dans les mâles ; une trompe rudimentaire ne pouvant servir à aucun usage ; des palpes fort courts.
Chez le plus grand nombre des Bombyx, on constate toujours avec surprise une étrange faculté dont on a peu d'exemples. Les mäles sont attirés par des femelles de leur espèce à d'énormes distances. Une femelle est-elle emportée dans une maison, à l’intérieur d’une ville, loin de toute végétation et placée sur une fenêtre, même à un étage élevé, il est ordinaire que dans la soirée, des mâles arrivent en grand nombre autour de cette femelle, souvent après s'être heurtés aux mu ailles, aux fenêtres, à tous les obstacles, car la vue ne les dirige en aucune façon. M. Jules Verreaux, dont les voyages ont été extrêmement
profitables aux sciences naturelles, nous a rapporté qu'étant en
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Australie, il lui arriva un jour de saisir une femelle d'une petite espèce de Bombyx, et de l'emprisonner dans une boîte. La boîte mise dans la poche, il continua son excursion ; des males de la même espèce ne cessèrent de voltiger autour de lui, et quand il rentra dans sa demeure, deux cents Papillons l'y sui virent. On a cherché à expliquer cette faculté des Bombycides par la subtilité de l’odorat, mais il nous est difficile de comprendre qu'une odeur insaisissable pour nos sens puisse être reconnue à la distance de plusieurs kilomètres. Nous remarquons seulement ce qui semble n'avoir jamais été remarqué, que les Lépidoptères mâles attirés de loin par leurs femelles, Bombycides et Phalénides, ont tous des antennes rameuses. Il yaau moins un indice dans cette coïncidence ; peut-être une étude approfondie de la structure des antennes de ces Insectes fournira-t-elle une révélation.
Cette grande famille se partage d’une manière naturelle en plusieurs tribus et en une longue suite de groupes secondaires.
La tribu des Bombycines comprend les espèces les plus remarquables ; toutes ayant une trompe presque imperceptible et des palpes très-petits. Ce sont d’abord les Endromites, aux ailes étendues, marquées d’une tache sur leur disque. C'est à ce petit groupe qu'appartient le Bombyx du Müûrier, ou, en d’autres termes, le Ver à soie. Le genre Bombyx ayant été infiniment divisé, le Bombyx du Mürier est devenu le type du genre Séricaire (Sericaria). Là l’histoire du genre est l’histoire d’une seule espèce, histoire si souvent faite, si souvent reproduite avec plus ou moins d'agrément, quenous avons peule désir de la recommencer. A qui il plairait de lire ce que nous savons de l'origine du Bombyx du Mürier et de son introduction en Europe, nous pourrions renvoyer à une conférence sur la production de la soie que nous avons publiée il n’y a guère plus de deux années”.
1 Voyez Revue des cours scientifiques, 2° année, page 274.
Nous nous bornons ici à la simple mention des faits qui inté— ressent notre histoire générale des Lépidoptères. Toute description de l’Insecte adulte, de la larve, du cocon, de la chrysalide, serait superflue; il n’est personne qui ne possède une notion exacte du Bombyx du Mürier sous ses divers états. Mais comment ne pas rappeler l’étonnant contraste qui nous est offert par cet Insecte ? Le Ver à soie, le Bombyx du Mürier, dont le produit est sans pareil, n’arien de séduisant, ni par les formes, ni par les couleurs, et il appartient à cet ordre des Lépidoptères où chacun admire les formes les plus gracieuses et toutes les magnificences du coloris. Il ÿ a des chenilles de Bombyx qui ont sur les anneaux de leur corps des perles rouges comme du corail ou des rubis, d'autres qui portent des globules verts comme des émeraudes ou bleus comme des saphirs. Celles-ci fournissent une soie qui n'a ni la finesse ni l'éclat de la soie en usage en Europe. Notre humble Ver à soie, le Bombyx du Mürier, qui donne au monde tant de belles parures, n’en a aucune lui-même. Par cet exemple, nous l'avons dit ailleurs, la nature montre que le plus beau trésor peut se trouver là où l'apparence est la plus modeste.
La comparaison du Ver à soie avec les autres chenilles nous permet d'apprécier les rapports naturels des Bombycides avec les Sphingides. Par sa forme, par la présence d’un tubercule à l'avant-dernier anneau du corps, la chenille du Bombyx du Mürier ressemble manifestement à certaines chenilles de Sphinx ; elle en diffère beaucoup, il est vrai, par l'énorme développement de ses glandes séricigènes. Quand on vient à ouvrir un Ver à soie parvenu au terme de sa croissance, le canal intestinal remplit la plus grande partie de la cavité du corps, et sur les côtés débordent deux gros tubes fort contournés sur eux-mêmes, tant leur longueur est considérable! Ce sont les glandes qui sécrètent la soie, où du moins la matière visqueuse, qui sera
1 Voyez page 193.
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étirée de façon à constituer des fils soyeux. Ces glandes passent sous le canal alimentaire, et chacune se continue en un tuyau {rèsgrêle, une filière. Les deux filières se réunissent à peu de distance de la tête; il n’y a plus alors qu'un seul canal traversé par deux fils d'une extrême finesse, canal où aboutissent les conduits de deux pelites glandes dont le produit est une sorte de vernis qui réunit les deux fils en un seul, donne à ce fil le brillant de la soie et la propriété de résister à l’action de l’eau, c’est-à-dire ses propriétés physiques ét chimiques. Le canal dans lequel se constitue le fil soyeux s'engage dans la lèvre inférieure, et se termine à son extrémité dans une petite papille percée d’un trou. Le Ver à soie, comme toute autre chenille, conduit ainsi son fil avec sa tête en contournant son corps de manière à décrire des tours réguliers. Ce qui donne une qualité précieuse à la soie du Bombyx du Mürier, c’est la facilité avec laquelle son vernis peut être ramolli par l’eau bouillante sans être altéré, et la facilité avec laquelle peuvent être intimement réunis les fils de plusieurs cocons dévidés simultanément pour constituer la soie grége.
Les Papillons du Bombyx du Mürier éclosent environ trois semaines après la transformation en chrysalide. La ponte a lieu, et les œufs n’éclosent qu'au printemps suivant. Il est cependant des races qui donnent deux ou trois générations par an.
Tout le monde sait aujourd'hui commentle Bombyx du Mûrier, originaire de la Chine, a été introduit et s’est répandu en Europe; comment il a été propagé en France par Henri IV, sous l'inspiration du célèbre agronome Olivier de Serres; comment il est devenu la source de l’une des plus immenses industries et du luxe des vêtements et des ameublements que l’on admire chez les nations civilisées.
A diverses époques, l'industrie de la soie a été plus ou moins compromise par des maladies qui ont atteint le Bombyx du Mürier. IL y a vingt-cinq à trente ans, c'était la muscardine, maladie singulière causée par une Mucédinée qui se développait
dans le corps des Vers à soie. Depuis longtemps cette affection est devenue rare, mais voilà une suite d'années que les précieux Bombyx sont attaqués par une maladie terrible qui a recu les noms de pébrine et de gattine. Un naturaliste de l'Italie, M. Emilio Cornalia, a constaté le premier que l'organisme de tous les individus atteints était rempli de corpuscules d'une forme déterminée. Du reste, la manière dont s'engendrent ces corpuscules n'a pas encore été reconnue, et les altérationssuccessives qu'éprouvent les organes des Insectes malades n'ont été étudiées en aucune façon. En l'absence de minutieuses investigations anatomiques, on estresté dans l'ignorance au sujet de la marche de la maladie, chez les individus affectés. Pour échapper au mal, on recommande les soins hygiéniques dans les éducations, et le choix d'individus sains pour la reproduction. Peut-être ces moyens, à la portée de tous les éducateurs, suffiront-ils à faire disparaître une calamité dont l'industrie a déjà tant souffert.
Le genre Endromis, qui donne son nom au groupe dans lequel nous plaçons le Bombyx du Mürier, a pour type une espèce d’'Europe, le Versicolor (Endromis versicolora). A l'état de chenille, cet Insecte, qui rappelle beaucoup l'aspect des Sphingides, vit sur les arbres de nos forêts.
Les Bombyx plus particulièrement doués des beautés et des formes curieuses que nous avons signalées, sont du genre des Atlacus de Linné (groupe des Attacites, genre Saturnia de beaucoup d'auteurs). Presque tous de grande taille, avec des ailes d’une ampleur magnifique, ces Insectes ont des antennes effilées vers le bout, portant sur les côtés des rameaux régulièrement disposés qui atteignent une longueur considérable chez les mâles‘, La tête de ces Papillons se trouve ainsi merveilleusement empanachée. Chez la plupart des Attacus, les ailes sont arrondies sur les bords, mais chez diverses espèces du genre elles ont des bords fes-
I Voyez page 210, l'antenne de l’Attacus cecropia,
tonnés, et parfois les ailes postérieures ont un prolongement en forme de queue ou de traîne qui autoriserait à dire, si l'on employait le langage de Linné, que ces Lépidoptères sont les Chevaliers parmi les Nocturnes, comme les Papillons proprement dits sont les Chevaliers parmi les Diurnes. Dans plusieurs Attacus de l'Afrique australe et de l'ile de Madagascar, la queue des ailes postérieures est d’une longueur sans pareille et vraiment sur— prenante. Chez ces Insectes, les ailes aux formes tant diversifées, avec des teintes douces, comme il convient à des êtres de la nuit ouau moins du crépuscule, ont souvent de fraîches nuances, et presque toujours, sur leur disque, une tache figurant avec plus ou moins d'exactitude les caractères d'un œil, où un espace transparent, entièrement privé d’écailles et semblable à un miroir.
Les chenilles des Attacus, massives et de forte dimension, sont des plus belles que l’on puisse imaginer. Les unes portent des tubereules vivement colorés surmontés de poils; les autres portent des épines rameuses ou verticillées d’une extrême élégance. Ces chenilles produisent une soie abondante, et pour subir leur métamorphose, elles se construisent entre les feuilles des arbres de volumineux cocons. La soie de plusieurs Attacus est utilisée à la Chine, et dans l'Inde de temps immémorial, et depuis un certain nombre d'années on fait de grands efforts pour introduire et acclimater en Europe plusieurs de ces beaux Insectes.
Les Attacus sont disséminés à peu près par le monde entier.
Le plus commun dans notre pays est le Grand-Paon de nu (Attacus Pavonia-major). Le Papillon a des ailes d’un gris nébu= leux, parées vers le centre d’une tache ocellée noire, où la prunelle consiste en un espace presque diaphane de la forme d’un croissant, où l'iris est fauve et cerclé de blanc.
La chenille, d’un vert-pomme de la plus grande fraicheur, a des tubereules d’un bleu d'azur surmontés chacun de sept poils roides, quelques-uns élargis à l'extrémité, comme de
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petites massues. Elle a des pattes membrancuses, larges, conformées pour saisir les tiges avec force, et sarnies d'un cercle d'épines propres à accrocher solidement.
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