‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 40 sur 174 · PATTES DE QUELQUES CIENILLES DE NOCTURNES · texte numérisé non relu

PATTES DE QUELQUES CIENILLES DE NOCTURNES

1. Sésie apiforme. — 2. Grand-Paon de nuit. — 3. Gucullie du Bouillon-blanc. — 4, Noctuelle des moissons,

La chenille du Grand-Paon de nuit vit sur la plupart des arbres fruitiers; mais elle se trouve en abondance particulière ment sur les Ormes de nos routes. Vers le mois d'août, elle se prépare à subir sa transformation, et quitte l'arbre dont le feuillage l’a nourrie. Sa belle couleur verte a jauni alors; on la voit fréquemment traverser les chemins, et gagner une corniche de muraille ou un endroit quelconque, bien abrité, pour y tisser son cocon. Ce cocon, très-volumineux, dur, fortement imprégné de matière agglutinante, affecte la forme d’une poire. Ouvert par le petit bout, qui est disposé à peu près comme l’entonnoir d’une nasse, le Papillon peut sortir sans grand effort, tandis que l'accès du cocon, de dehors en dedans, demeure impossible pour les Insectes qui voudraient y pénétrer. Cette disposition est expliquée par ce fait, que la chenille du Grand-Paon de nuit, après avoir conduit son fil jusqu'à l'extrémité de sa coque, le

replie sur lui-même, au lieu de le tendre sur le côté opposé en décrivant des cercles continus, comme le fait notre Ver à soie et tant d’autres chenilles.

Les autres représentants européens de ce beau genre des Attacus sont le Petit-Paon de nuit (A. Pavonia-minor), dont la chenille vit indifféremment sur la plupart de’ nos arbres; le Moyen-Paon (A. Pavoma-media), qui est propre à la-Hongrie; le Cécigène (A. cæcigena), une remarquable espèce de la Dalmatie, et l’Attacus d'Isabelle (4. Zsabellæ), magnifique Bombyx aux ailes d’un vert tendre, avec des rayures pâles, découvert en Espagne par le professeur Graëlls, de Madrid.

Les tentatives faites pour introduire en France de nouveaux Bombyx producteurs de soie sont de date assez récente. Ce fut seulement en 1831 qu'un naturaliste français, au retour d'une exploration dans l'Inde, M. Lamare-Picquot, rapporta des chrysalides d'un magnifique Attacus dont la soie est employée par les Indous pour la confection d’étoffes fort estimées pour leur solidité (Attacus mylitta). On eut à Paris l'éclosion des Papillons; on en obtint des œufs, et bientôt des chenilles, qu'on ne réussit pas à élever.

Du reste, à cette époque, personne ne voulut voir autre chose qu'un objet de curiosité dans l’essai que M. Lamare-Picquot se proposait de tenter. Se procurer un nouveau Ver à soie quand déjà on en possédait un, semblait une singularité, une rèverie.

Cependant, en 1840, une caisse remplie de cocons provenant de la Louisiane arrive au Museum d'histoire naturelle de Paris. Les cocons, formés d’une soie brune d'apparence assez grossière, sont examinés; tous contenaient une chrysalide vivante. Il s'agissait d'attendre l’éclosion des Papillons; elle ne se fit pas attendre. Dans le cours du mois de mai, on vit naître plus d’une centaine d'individus de l’Atlacus cecropia, magnifique Papillon d'une dimension supérieure à celle de notre Grand-Paon de

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nuit. Beaucoup de femelles effectuèrent leur ponte, et quelques jours après on était en possession d’une multitude de petites chenilles. Rien de plus curieux que les changements que ces chenilles éprouvent à chaque mue. A leur naissance, elles sont |resque noires, garuies d’épines verticillées qui les font ressembler à de petits Hérissons; au bout de quelques jours, leur teinte générale est un peu éclaircie, les tubercules portant les épines sont devenus plus saillants. Un premier changement de pean étant survenu, le corps est d'un gris verdâtre ou roussâtre, avec tous les tubercules et leurs épines d’un noir brillant, Après une nouvelle mue, l’animal est d'un vert tendre avec cinq rangées de taches noires, deux magnifiques tubereules d’un rouge carmin sur le second et le troisième anneau, et deux tubercules d’un jaune clair sur la partie dorsale de tous les autres anneaux; chaque tubercule porte plusieurs épines verticillées entièrement noires. Une troisième mue a lieu : le corps entier de la chenille, ainsi que la tête, est d’un vert plus vif, passant au bleu azuré sur le dos, avec quelques points noirs sur les parties latérales et sur la tête; les tubercules formant deux rangées dorsales, sont plus gros proportionnellement, surtout les tubercules rouges; tous les autres tubercules se terminent par une seule épine. Enfin, la dernière mue s’est effectuée : l’Insecte est d'un vert pâle, avec tous les tubercules latéraux d’un bleu clair ; les tubercules rouges sont devenus orangés, et, comme les autres, ils ne portent plus qu'une seule épine. Chez nulle autre larve, à ses divers âges, on n’a observé de changements de coloration aussi notables. | Plusieurs centaines des chenilles de l’Attacus cecropia, élevées au Museum d'histoire naturelle en 1840, filèrent leur cocon vers la fin de l'été. Le cocon de cette espèce est double, en quelque sorte; il a une enveloppe dure, sèche, parcheminée, facile à isoler du véritable cocon intérieur. Celui-ci est composé d’une soie que l’on parvint à dévider, non pas comme les cocons

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du Bombyx du Mürier, au moyen d’une simple immersion dans l'eau bouillante, mais à l’aide d’une eau un peu alcaline. Les résultats de cette expérience et de l'éducation de l'espèce américaine furent signalés la même année à l’Académie des sciences par M. Victor Audouin. Tout semblait annoncer que l’Insecte américain ne périrait pas en France. En 1841, on eut en effet l’éclosion des Papillons dont les chenilles avaient été élevées l'année précédente, puis des œufs et de nouvelles chenilles. Depuis cette époque on a fait, à plusieurs reprises , soit au Museum , soit ailleurs, des éducations de l'Attacus cecropia, mais la soie fournie par cette espèce étant d'une qualité inférieure à celle de plusieurs autres Attacus, on n'a pas persisté.

Quelques années après la tentative faite dans notre Museum d'histoire naturelle, M. Guérin-Méneville s’efforça d'appeler l'attention sur <quelques Insectes fileurs où Bombyx dont les pro- » duits, pour être inférieurs en qualité à la soie (du Bombyx » du Mürier), n’en seraient pas moins susceptibles d'un emploi utile » (1 847).

En 1849, nous signalions, dans un mémoire lu à l’Académie des sciences, la possibilité d'introduire et d’acclimater en France divers Bombyx, ou plutôt divers Attacus producteurs de soies pouvant donner lieu à de nouvelles branches d'industrie. Nous pensions devoir recommander plusieurs espèces de l'Inde et de l'Australie, et surtout les espèces de l'Amérique du Nord, dont les chenilles se nourrissent volontiers de nos végétaux indigènes. Deux d’entre elles avaient déjà vécu et s'étaient reproduites en France, les Attacus cecropia et polyphème. Le Polyphème (Allacus polyphemus) donne une soie brillante, à peine colorée. Une autre espèce, l'Attacus luna, paraissait encore devoir être préférée à raison de la finesse de la soie de son cocon. Gette espèce avait vécu et s'était transformée autrefois chez un naturaliste d'Altona. Depuis, on en a fait à plusieurs reprises des éducations au Museum. Le Luna, que nous présentons ici comme un exemple

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