MÉTAMORPHOSES DE L'ORGYIA ÉTOILE
{(Orgyia antiqua).
antennes pectinées, aux ailes d’un brun fauve, avec quelques
raies plus sombres et une petite tache blanche; la femelle est un animal gris, privé d'ailes, n’en ayant du moins que des rudiments, de véritables moignons. À l’aide de ses pattes, elle se traîne péniblement, car son ventre, très-gros, est alourdi par la quantité d'œufs qu'il contient. Gette femelle, dépourvue de toute beauté, n’a nul besoin de se déplacer pour rencontrer un mâle. Les mâles la recherchent, etavec l'instinct et l'aptitude ordinaires aux Bombycides, ils savent la trouver même dans l’endroitle plus caché. Aussitôt fécondée, on la voit cheminer sur le tronc de l'arbre, où bientôt elle dépose ses œufs en un paquet. Ces œufs, petits, arrondis, sont agglutinés au moyen de la liqueur visqueuse dont ils sont imprégnés au moment de la ponte.
Les Liparis ont les antennes plus longues que les Orgyies, trèspectinées dans les mâles, mais assez faiblement dans les femelles. Chez ces dernières, l'abdomen est épais et laineux. Les chenilles des Liparis, un peu déprimées, portent des poils roides, souvent disposées en étoiles.
Dans le centre et le nord de l'Europe, ces Lépidoptères sont les plus communs des Bombycides : la plupart des espèces du genre sont fréquemment fort nuisibles à la végétation. Le Zigzag (Liparis dispar), le Zigzag à ventre rouge (Liparis monacha), l'Apparent ou le Bombyx du Saule (Liparis Salics), le Bombyx cul-brun (Liparis chrysorrhæa), causent chaque année des dégâts considérables, et dans certaines circonstances, par suite de la plus impardonnable incurie et d’une législation qui contraste étrangement avec les lumières de la science de notre époque, ils deviennent de véritables fléaux pour l’agriculture.
La loi sur l’échenillage, en date du 26 ventôse an IV, demeurée en vigueur jusqu'à présent, est ainsi conçue :
«Arr. 1er, Dans la décade de la publication de la présente loi, » tous propriétaires, fermiers, locataires ou autres faisant valoir » leurs propres héritages ou ceux d'autrui, seront tenus, chacun » en droit soi, d’écheniller ou faire écheniller les arbres étant sur
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lesdits héritages, à peine d'amende, qui ne pourra être moindre de trois journées de travail et plus forte que dix.
» Aur. 2. Ils seront tenus, sous les mêmes peines, de brüler sur-le-champ les bourses et toiles qui seraient tirées des arbres, haies ou buissons, et ce, dans un lieu où il n'y aura aucun danger de communication du feu, soit pour les bois, arbres et bruyères, soit pour les maisons et bâtiments.
» Arr. 3. Les administrations de département feront écheniller dans le même délai les arbres étant sur les domaines nationaux non affermés.
» Arr. 4. Les agents et adjoints des communes sont tenus de surveiller l'exécution de la présente loi dans leurs arrondissements respectifs; ils seront responsables des négligences qui y seront découvertes.
» Arr. 5. Les commissaires du Directoire exécutif près les municipalités sont tenus, dans la deuxième décade de la publication, de visiter tous les terrains d'arbres, d’arbustes, haies ou buissons, pour s'assurer que l'échenillage aura été fait exactement, et rendre compte au ministre chargé de cette partie.
» Arr. 6. Dans les années suivantes, l’échenillage sera fait, sous les peines portées par les articles ci-dessus, avant le 1er ventôse (20 février).
» Arr. 7. Dans le cas où quelques propriétaires ou fermiers auraient négligé de le faire pour cette époque, les agents et les adjoints le feront faire aux dépens de ceux qui l’auront négligé par des ouvriers qu'ils choisiront; l’exécution des dépenses leur sera délivrée par le juge de paix, sur les quittances des ouvriers, contre lesdits propriétaires et locataires, et sans que ce payement puisse les dispenser de l'amende.
» Arr. 8. La présente loi sera publiée le 1° pluviôse (20 janvier) de chaque année, à la diligence des agents des communes, sur la réquisition du commissaire du Directoire exécutif. »
En vertu de cette loi, des affiches sont fréquemment apposées
dans la plupart des départements de la France, afin d'engager les populations à ne pas trop négliger leurs intérêts.
De temps à autre, même à Paris et dans le département de la Seine, des affiches rappellent les prescriptions de la loi relative à l’échenillage. Ainsi a été placardé à la fin de janvier 1867
« Un arrêté du Préfet de police, en date du 14 de ce mois, pris en conformité de la loi du 26 ventôse an IV et de l'article 471 du Code pénal, qui prescrit la publication à nouveau d’une ordonnance du 25 février 1859, concernant l’échenillage des arbres, bois, haies et buissons d'ici le 20 février prochain.
» On devra, disait cet arrêté, brûler soigneusement les fourreaux à chenilles.
» Cette opération, par suite de la multiplication extraordinaire des chenilles dans les environs de Paris, est devenue d’une nécessité absolue.
» La multiplication des chenilles, véritable fléau de l’agriculture, est due à la destruction des oiseaux, destruction à laquelle les propriétaires se livrent avec tant de plaisir et de cruauté, sans en prévoir les tristes résultats pour les récoltes. »
Tous ceux qui ne sont pas absolument étrangers aux plus simples notions d'histoire naturelle s’étonnent à bon droit des termes vagues de la loi du 26 ventôse de l'an IV, qui ne marque aucun progrès sur les prescriptions antérieures.
Nous voyons que cette loi a été édictée uniquement en vue des dégâts qu'occasionne souvent le Lipariscul-brun (Zparis chrysorrhœa) dans le nord et le centre de la France, puisqu'il s'agit de nids que l’on peut et que l’on doit détruire pendant lhiver. Mais cette espèce n'est pas toujours la plus nuisible; elle ne se trouve pas dans toutes les parties de la France. Il ÿ a beaucoup de chenilles aussi redoutables ou plus redoutables pour la végétation, qui n’éclosent qu'au printemps, et dont la loi ne s'occupe en aucune manière, Gelles-là ne font pas de nids; ce n’est done pas
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par les moyens prescrits qu'il est possible d’en opérer la destruction. D'un autre côté, si le but de l’article 2 ne laisse aucun doute, que faut-il par de l’article 12", ordonnant l’échenillage avant le 20 février. Il n'y a guère de chenilles courant sur les arbres pendant l'hiver,
«L'échenillage, dit M. Merlin, est l’action de détruire les che- » nilles, ou plutôt les nids et enveloppes qui renferment les œufs » de ces Insectes. Ce soin, qui est d’une si grande importance » dans l'intérêt des fruits et récoltes, semble avoir dû être de tout > temps l’un des principaux objets de la police rurale; on cite » cependant, comme ayant introduit en France l'obligation de » l’échenillage, l'arrêt du règlement du Parlement de Paris du » 4 février 1732. On n'avait eu recours jusque-là qu'aux exor- » cismes et aux réquisitoires. »
Un historien du Dauphiné, Chorier, raconte que, vers le commencement du xvr' siècle, les chenilles s'étaient tellement multipliées dans cette province, que le procureur général crut devoir faire un réquisitoire pour leur emoindre de déquerpir et vider les lieux. En 1543, un membre de la municipalité de Grenoble exposait au conseil que les limaces et chenilles commettaient de grands ravages; il demandait en conséquence « qu'on priât M. l’official de vouloir excommunier lesdites bêtes, et procéder contre elles par voie de censure, pour obvier aux dommages qu'elles faisaient journellement et qu’elles feraient à l'avenir ». Le conseil prit un arrêté conforme à cette demande. On pourrait citer beaucoup d’autres documents du même genre!
À l'époque à laquelle se rapporte l'arrêt du règlement que nous avons cité, les ravages causés par les chenilles avaient été tels, plusieurs années de suite, qu'il avait été jugé urgent d'y
! M. Millet, inspecteur des forêts, a réuni sur ce sujet beaucoup d'informations curieuses, qu'il a bien voulu nous communiquer, mais les limites de notre cadre ne nous permettent pas de les rapporter.
remédier par des mesures générales et plus efficaces. « L'année » 1731, dit Fournel, fut si favorable à la germination des œufs, » qu'on vit se renouveler le fléau des sauterelles d'Égypte. » Les feuilles, les fleurs, les boutons des arbres, étaient dévorés » aussitôt leur apparition: en sorte qu’au mois d'août, les bois et » les forêts offraient la même apparence qu’au mois de janvier. » L'exemple d’un pareil malheur provoqua la sollicitude des ma- » gistrats sur les moyens de le prévenir par la suite; et c'est à » cette époque que fut introduite l'obligation de l'échenillage. »
Partout, on le voit, des expressions vagues, générales, qui dénotent l'absence des notions les plus élémentaires sur le sujet.
Le Liparis eul-brun est ce petit Papillon tout blanc dont l’extrémité du corps est garnie de poils d’un brun doré, que tout le monde connaît. Il se montre à la fin de juin et au commencement de juillet. La femelle pond ses œufs en paquets à la face inférieure des feuilles ou sur les branches, et les reconvre de ses longs poils laineux en frottant son abdomen, de manière à les protéger et à les masquer complétement. Les petites chenilles naissent à la fin d'août ou en septembre, et tout aussitôt elles se fabriquent en commun, sur les hautes tiges, une tente soyeuse qui les met à l'abri des dangers extérieurs. Elles passent ainsi l'hiver. Dès que le feuillage commence à pousser, elles se répandent partout et causent la dévastation parmi les arbres fruitiers et quelquefois sur les arbres des forêts. Elles sont d'un brun noir, garnies de tubercules portant des poils roussätres en aigrettes, avec des taches rouges sur le dos et deux rangées de taches blanches. Elles se métamorphosent au mois de juin dans une coque à parois minces, entremêlées de poils. Toutes les habitudes de l’Insecte indiquent qu’on peut le détruire facilement pendant l'hiver en enlevant les bourses ou en les arrosant avec des huiles communes.
Le Liparis du Saule, ou l’Apparent (Liparis Salicis), un peu plus grand que le précédent, a les ailes d’un blane argenté et le
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corps tout blanc. La femelle pond ses œufs sur les troncs des Saules et des Peupliers. Ceux-ci, de couleur verdâtre, sont disposés en rosaces et recouverts d’un enduit blane. Les chenilles éclosent au printemps et dépouillent souvent les arbres de toutes leurs feuilles. D'une couleur grise noire, avec des tuberceules surmontés de poils roux, une série de grandes taches dorsales blanches ou d'un jaune très-pâle et deux lignes de la même teinte, élles sont faciles à reconnaitre. Pour détruire cette espèce, il y a un moyen fort simple : c'est de barbouiller avec de l'huile, du goudron, ou toute autre substance, les plaques d'œufs que l'on aperçoit sans peine, surtout lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles.
Le Zigzaqg (Liparis dispar) abonde presque partout, dans les jardins, sur les routes, dans les forêts. Le Papillon mâle a des ailes grises traversées par des raies sinueuses très-foncées; la femelle, beaucoup plus grosse, a des ailes blanches avec des lignes noires. Elle dépose ses œufs en paquets sur les troncs d'arbres et les recouvre avec les poils laineux roussâtres de son abdomen. Les chenilles éclosent au mois de mai et acquièrent vite une assez forte taille; leur peau est noire réticulée de gris et garnie de tubercules, les premiers bleuâtres, les autres ferrugineux, {ous surmontés de longs poils roides qui pénètrent aisément l'épiderme et causent d'assez vives démangeaisons. Elles se transforment dans un réseau extrêmement lâche.
Une espèce voisine, le Zigzag à ventre rouge (Liparis monacha), ayant les mêmes mœurs, est peu répandue en France, mais fort commune en Allemagne, où elle exerce souvent d'immenses ravages dans les forêts. M. Ratzeburg a donné, sur cet Insecte comme sur beaucoup d'autres, d’intéressants détails dans son grand ouvrage sur les Insectes nuisibles aux forêts.
On comprend que ce n’est pas par l’échenillage qu'on peut détruire ces divers Liparis. Ce sont les pontes seules qui peuvent être anéanties pendant l'hiver, sans qu'il en coûte de grands eflorts.
Des Lépidoptères ayant d’intimes rapports de conformation avec les Orgyies et les Liparis, mais presque tous parés de vives et fraîches nuances, sont les Arctiites. Les espèces du genre Écaille proprement dit (Aretia) peuvent être citées comme des plus jolies parmi les Lépidoptères nocturnes. L' Écaille martre (Arctia caa) est commune par l'Europe entière. Sa chenille est connue de presque tout le monde; car vivant sur une infinité de plantes basses, elle court continuellement à terre par les chemins et les allées des jardins avec une étonnante rapidité. Assez grosse, de couleur noire, portant des tubercules surmontés de longs poils soyeux, noirs sur le dos, d'un roux vif sur les côtés, elle attire aisément l'attention. Pour se transformer en chrysalide, elle s'établit sous des pierres ou sous des feuilles, et se construit une coque à parois faibles, dans laquelle elle fait entrer une partie de ses poils qu’elle perd au moment où elle commence à filer. Le Papillon éclôt quinze à vingt jours après la métamorphose de la chenille, Ses ailes antérieures, d’une envergure de 6 à 7 cen- * timètres, sont brunes, avec des lignes blanches semblables à des rigoles dirigées dans tous les sens; ses ailes postérieures, d’un beau rouge relevé par six on sept taches d’un bleu foncé, cerclées de noir.
Les autres Écailles les plus remarquables de notre pays sont l'Écaille rose (Arctia Hebe), la Grande-Écaille brune (Arctia matronula) de nos départements de l'Est, l'Écaille marbrée (A. illica), Y Écaille mouchetée (A. purpurea), la Bordure ensanglantée (A. russula), ete. Certaines espèces de ce genre (Archa pudica) et de quelques genres voisins font entendre une stridulation au moyen d’une petite capsule qu’elles portent de chaque côté du thorax. M. Guénée a publié d’intéressantes observations sur ce sujet.
Les Callimorphes,charmants Lépidoptères dont les formes sont plus grêles, plus élégantes que celles des Écailles, possèdent une trompe assez développée. L'une, l'Écaille marbrée rouge (Calli-
morpha dominula), a les ailes antérieures d’un vert bronzé, avec douze à quatorze taches blanches, les ailes de la seconde paire d'un rouge magnifique relevé par trois taches noires; l’autre, la Phalène chinée de Geoffroy(C. hera), en diffère surtout par ses ailes antérieures traversées par des raies blanches. Chez ces Insectes comme chez diverses Écailles, il arrive parfois que les couleurs rouges des ailes passent au jaune. Certains amateurs sont arri— vés, à l’aide d'une évaporation acide, à produire artificiellement un changement de couleur analogue, en se gardant bien d'avertir de leur fraude. Des auteurs ont décrit ces individus dénaturés comme de curieuses variétés, ou, suivant leur langage, comme des aberrations. Le mot aberration n'est-il pas ici en effet bien choisi ? -
On distingue sous le nom de Lithosiites de petites espèces d’une texture frêle, ayant des ailes qui enveloppent le corps pendant le repos et souvent des antennes très-minces. Les Lithosies ont des ailes fort étroites et des antennes en forme de soies. La plupart de leurs chenilles se nourrissent des Lichens qui croissent sur les troncs d'arbres. Les Euchélies ont des ailes plus larges et agréablement colorées, et l’une d'elles, bien jolie et bien abondante, est remarquée dans foutes les campagnes d’une grande partie de l’Europe. C’est le Carmin du Seneçon (E. Jacobeæ), comme l’appelait Geoffroy , le Papillon délicat qui vole et se pose avec les Zygènes, dont il a les couleurs. Ses ailes antérieures, d’une teinte bronzée, ont deux raies et deux taches du carmin le plus vif; ses ailes postérieures, de cette dernière nuance, ont une frange noirâtre. La chenille de cette charmante espèce, noire et annelée de jaune, vit sur les Senecons qui croissent dans les champs incultes et au bord des chemins. Dans le Midi de la France, et dans les pays dont la Méditerranée baigne les côtes, vole l'été une Euchélie plus gracieuse encore (E. pulchella) ; celle-ci a les premières ailes blanches, parsemées de points noirs et ornées de seize ou dix-sept petites taches d’un rouge écarlate.
Dans cette intéressante famille des Bombycides, il est un grand genre devenu le type d’une tribu particulière. C’est le genre des Psychés. Psyché, tout le monde connaît l’origine de ce mot gracieux ; avant d'être le nom de la ravissante princesse antique aux ailes de Papillon, il signifiait l'âme, le souffle. Qu'il convient donc à merveille, ce joli nom de Psyché, aux Papillons auxquels il a été attribué! Une taille toute mignonne; un COrpS mince couvert de longues soies; des ailes à peine revèêtues d'écailles, grises, brunes, noirâtres, et en même temps presque diaphanes ; de petites antennes plumeuses, sont les signes extérieurs des Psychés. Ces Lépidoptères, qui réalisent ce que l'on peut imaginer de plus délicat, ont comme les autres Bombycides une trompe toute rudimentaire. Ils n’ont besoin d'aucune nourriture pendant les jours comptés de leur existence.
Mais les Psychés n’appellent point l'attention seulement par le charme et la grâce de leurs formes, elles offrent un intérêt exceptionnel par le genre de vie de leurs larves, par la dissem— blance des individus des deux sexes. Les mäles seuls ont toutes les perfections que nous avons indiquées; les femelles sont dans
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