LA PSYCHÉ DU GRAMEN
(Psyche graminella).
La femelle et la chrysalide.
la condition la plus misérable que l’on puisse trouver parmi les Lépidoptères. Nous avons vu chez les Orgyies des femelles se traînant péniblement en secouant leurs moignons d'ailes, les femelles des Psychés ne savent pas même se traîner; elles quittent leur enveloppe de chrysalide, elles éclosent et demeurent immobiles. A considérer leur corps absolument dépourvu d'ailes
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et semblable à celui des larves, leurs pattes rudimentaires, leur abdomen mou, leurs anneaux thoraciques égaux et écailleux, il serait impossible de croire que l’on a sous les yeux des Lépidoptères adultes, si l'observation n'avait conduit à connaître l’histoire entière des Psychés. Il y en a beaucoup d'espèces en Europe, et comme elles sont toutes fort petites, il est souvent nécessaire, pour se les procurer, d'élever leurs chenilles. On observe assez facilement ces chenilles, car elles vivent constamment dans des fourreaux qu’elles contectionnent avec une certaine quantité de soie et des débris de végétaux disposés avec infiniment d'art. Certaines espèces emploient des fragments de feuilles, d'autres des fétus coupés tous à peu près de la même dimension ou des bûchettes. Quelques-unes fabriquent leur habitation portative avec des brins de Mousse fort bien arrangés. M. Millière en a fait connaître un charmant exemple (Psyche Gondebautella). Les fourreaux, si bizarrement construits à l'extérieur, sont tapissés à l'intérieur de la soie la plus fine et la plus douce. Les Psychés portent leur fourreau comme le Colimaçon porte sa coquille; pour se déplacer, elles sortent tout juste la tête et les anneaux thoraciques, afin que leurs patles écailleuses puissent s’accrocher sur les feuilles ou les tiges des herbes. Veulent-elles se reposer, au moyen d'un peu de soie elles fixent leur habitation et rentrent tout à fait à l’intérieur. Rien de plus singulier que de voir un de ces petits tuyaux remuer et progresser sur les plantes, tandis qu’on n’aperçoit pas l’Insecte qui le fait mouvoir.
Les pattes écailleuses des larves de Psychés sont parfaitement constituées, ces appendices seuls servant à la marche. Les pattes membraneuses, très-petites et pourvues d’une couronne complète de crochets, n’ont d'autre usage que de permettre à l'animal de maintenir fortement sa demeure portative.
Les chenilles, arrivées au temps de leur métamorphose, n'ont besoin, ni de filer une coque, ni de chercher un refuge: leur fourreau est un abri qui a tous les avantages possibles.
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L'Insecte attache son fourreau contre une branche, un tronc, une muraille, et le ferme soigneusement. Cette opération achevée, il se retourne de façon à présenter la tête vers l’extrémité du fourreau demeurée libre. À lieu la transformation en chrysalide; le papillon éclôt. Si c’est un mâle, il s'échappe aussitôt de sa prison; si c'est une femelle, elle demeure dans le réduit où elle est née, l'ouvrant assez cependant à l’aide des aspérités de son enveloppe de chrysalide, pour sortir la partie postérieure de son corps. Les mâles, attirés de loin par sa présence, voltigent bientôt en nombre autour d'elle. Là voilà fécondée; sans changer de place, sa ponte est effectuée et reste protégée par son corps. Elle meurt. Ses petites chenilles éclosent à l'abri du danger, et commencent à dévorer le cadavre de leur mère, dont elles épargnent seulement les parties les plus dures. C’est après s'être soumises dans leur premier àge à ce régime bien singulier pour des larves de Lépidoptères, qu’elles se dispersent sur le feuillage et que chacune construit son fourreau.
Un auteur, Bruand d'Uzelle, a passé une longue suite d’années à recueillir les Psychés dans une grande partie de la France, etil en a publié la monographie.
Mais après les traits généraux de l’histoire de ces Lépidoptères que nous venons d'indiquer, il est bon d'arrêter un instant notre attention sur une espèce du genre en particulier. Ce sera la plus grande, la plus facile à rencontrer, la plus commune dans notre pays, c'est-à-dire la Psyché du Gramen (Psyche graminella). Le vieil entomologiste Geoffroy, entraîné à une confusion par une sorte d'analogie de mœurs, l'a nommée la Teigne à fourreau de paille composé.
Au printemps et au commencement de l'été, il est ordinaire de voir se promener la chenille de la Psyché du Gramen. Assez vagabonde, elle est souvent errante surles herbes, les Graminées, sur les Bruyères, sur les Genêts, quelquefois sur les murailles. 11 est facile de l’apercevoir ; lorsqu'elle est grande, son fourreau
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