‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 47 sur 174 · DUR CUN · texte numérisé non relu

DUR CUN

LA HARPYIE DU HÂTRE (Harpyia Fagi).

Le Papillon mâle au vol, — Le Papillon femelle au repos, — La chenille.

dernier, ils ont un élargissement latéral très-considérable, avec des crénelures sur le bord. Les pattes membraneuses posté rieures sont converties en deux tubes grêles. Pendant le repos, la chenille de la Harpyie du Hêtre tient ordinairement redressées les deux extrémités de son corps. La bizarrerie est à la fois dans

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les formes et dans les attitudes, sans que nous puissions en expliquer jusqu'à présent les causes déterminées par des circonstances biologiques. Ces longues pattes écailleuses n'existent chez aucune autre larve connue de Lépidoptère, et ici leur longueur semble n’offrir aucun avantage à l'animal. Pour se transformer en chrysalide, la Harpyie du Hêtre file une coque légère qu'elle garantit avec des feuilles.

Le genre des Notodontes est, dans le groupe, le plus nombreux en espèces. Le nom fait allusion à un caractère de plusieurs de leurs chenilles, qui ont sur quelques anneaux de leur corps des gibbosités parfois surmontées de pointes. Ces larves lisses, ou garnies de poils très-clairsemés, vivent sur les arbres. Les Pa pillons se reconnaissent aisément à la présence d’un pelit lobe au bord interne des ailes de la première paire. Les Notodontes les plus communs dans notre pays sont le Bois veiné de Geoffroy (Notodonta Ziczac), qui, à l’état de chenille, vit sur les Sanles, les Peupliers, les Bouleaux. Le Chameau d'Ernst (Notodonta dromedaria), affectionnant pendant son premier âge les Bouleaux des forêts; la Demi-Lune noire d'Engramelle (Notodonta chaonia), une des nombreuses espèces du Chène.

Diverses autres espèces de la même tribu ont généralement des ailes plus longues que d’autres Notodontides; on les rattache à quelques genres particuliers, et surtout au genre Pygæra. Leurs chenilles, longues, un peu déprimées, sont plus ou moins garnies de poils. L’une des espèces les plus communes, appelée par Geoffroy la Lunule (Pygæra bucephala), à raison de la forme d’une tache blanche des ailes antérieures, se trouve, dans son premier état, sur la plupart de nos grands arbres, les Chènes, les Ormes, les Hôtres, les Bouleaux, les Tilleuls. C'est une grosse chenille poilue, brune, variée de jaune et ornée de six raies longitudinales d’une teinte pâle. Elle s'enfonce dans la terre pour se métamorphoser. Une espèce plus petite, la Hausse Queue fourchue d'Engramelle (Pygæra anachorela), se tient sur

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les Saules, cachée entre des feuilles qu'elle attache au moyen de quelques fils.

Le plus vaste groupe de l’ordre des Lépidoptères est la famille des Nocrvéuipes. C’est une immense légion d'espèces de tous les pays d’une apparence très-uniforme. Les Noctuélides d'Europe, au nombre de près de huit cents, ont été la plupart étudiées avee soin dans leurs caractères, dans leurs métamorphoses, dans leurs conditions d'existence, et néanmoins les naturalistes faisant les plus grands efforts pour établir parmi ces Insectes des divisions génériques, ne sont arrivés à aucun résultat satisfaisant. En l'absence de véritables caractères pouvant fournir parmi les Noctuélides les distinctions que l’on cherchait, on s’est contenté souvent de détails de coloration, de la préférence des chenilles pour certaines plantes. Maloeré tout, il est demeuré impossible de donner un moyen sûr de reconnaître les divers genres établis dans la famille. Aussi il y a un extrême intérêt à étudier cette multitude de Lépidoptères si pareils par tous les détails de leur organisation, et dont les espèces néanmoins sont parfaitement distinctes les unes des autres. En réalité, la très-grande majorité des Noctuélides appartient à un seul genre, le genre Noctuelle (Noctua), qui a une foule de représentants.

L'étude comparative de toutes ces espèces voisines fournit un grand enseignement. Voici dix, vingt, trente Papillons ou même bien davantage, dont tous les traits essentiels de l'organisation sont semblables, dont toutes les différences appréciables consistent dans des détails de coloration ; il faut croire qu'ils proviennent d’une souche unique, que leurs faibles caractères distinctifs sont des modifications déterminées par des circonstances extérieures? Certes, si les idées qui se sont fait jour à diverses époques, les idées de Lamarcek et de tant d'autres, les idées reprises et développées par M. Darwin, avaient quelques vérités pour fondement, on devrait le penser.

Mais loin de là, on a ici un exemple capable de faire com-

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prendre la valeur de ces idées sur de prétendues modifications continues des espèces. En étudiant ces Noctuelles exclusivement dans leurs caractères, lorsqu'elles sont parvenues à l'état adulte, on serait amené à concevoir les doutes les plus graves sur les distinctions spécifiques; mais en observant ces Insectes dans toutes les phases de leur existence, dans les conditions où elles sont fatalement destinées à vivre, toute incertitude disparait. Des Papillons presque semblables ont des chenilles offrant des particularités distinctives des plus manifestes. Ces chenilles vivent dans des conditions dissemblables; elles affectionnent des végétaux différents; elles ont des pattes construites pour marcher sur une plante, et se trouveraient mal à l'aise pour grimper après des plantes recherchées par des espèces voisines. Il n'est pas de groupes du Règne animal, enfin, où l’on puisse reconnaitre avec plus de sûreté combien chaque espèce organisée pour vivre dans des conditions déterminées est privée de la possibilité de subir d’autres conditions d'existence.

Les Noctuélides se distinguent aisément de tous les Bombycides; elles ont une trompe de moyenne longueur, des palpes saillants, des antennes en forme de soie, simples ou finement denticulées. Ces Lépidoptères, en général de petite taille, atteignent rarement des proportions un peu considérables. Comme l'indique la dimension de leur trompe, ils prennent de la nourriture. Leurs chenilles sont le plus souvent rases.

Il est certaines Noctuélides qui rappellent sensiblement le port des Bombyx; ce sont les Acronyctes et quelques genres voisins (groupe des Acronyctites). Sur les Ormes, les Bouleaux, les Tilleuls, sur la plupart des arbres fruitiers, se trouve commu nément, à la fin de l’été et en automne, une Chenille noire, ornée d’une bande dorsale jaune, de marques rouges sur les côtés, d'une raie grise au-dessus des pattes, et portant une longue éminence noire sur le quatrième anneau et une forte gibbosité sur le onzième. Au moment de se transformer, l’Insecte descend

sur le tronc et s'établit entre les fissures de l'écorce, souvent jusqu'au pied de l'arbre, et aussi abrité que possible, il se forme une coque légère. Le Papillon éclôt vers le mois de juin de l’année suivante. Pendant le jour, on le voit collé sur des troncs ou des murailles. Ses ailes grises, avec des lignes noires, et surtout un signe très-net figurant d’une manière exacte la lettre grecque b, le font reconnaître à la première inspection. Le signe caractéristique a valu à l'espèce son nom vulgaire et son nom scientifique, le Psi (Acronycta psi).

Les végétaux de tous les genres nourrissent des Lépidoptères. Les Mousses, les Lichens qui poussent sur les arbres, sur les murailles, même dans nos villes, sur les quais et les parapets des ponts, sont la pâture de petites chenilles sombres très-apparentées aux Acronyctes : ce sont les mangeuses de Mousses, les Bryophiles. Retirées pendant le jour dans des trous ou des crevasses, elles sont difficiles à découvrir; c’est dans leurs petites retraites qu'elles forment leur cocon composé de soie et de Lichen.

Examinons maintenant les vraies Noctuelles sans nous préoccuper de toutes les distinctions génériques admises dans les ouvrages descriptifs. Il est important de les connaître, car plusieurs d’entre elles se multiplient avec une étonnante facilité et causent parfois d'immenses ravages dans les grandes cultures. À l'état de Papillons, les vraies Noctuelles (Noctua) ont des antennes ciliées, un peu pectinées dans les mâles et des palpes hérissés de longs poils; à l'état de chenilles, elles sont cylindriques, presque rases, et se nourrissent de plantes basses ou de racines; en général, elles se métamorphosent dans la terre.

Une des espèces les plus communes, les plus curieuses par les habitudes, les plus importantes à connaître pour les cultivateurs, est la Noctuelle des moissons (Noctua segetum — Genre Agrotis) des entomologistes modernes, qu'Engramelle nommait la Moissonneuse. Le Papillon a les ailes antérieures brunes ou fauves, un peu plus claires chez les mâles que chez les femelles,

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marquées à la base d’une double ligne ondulée suivie d'une tache brune, au centre de deux autres taches, l’une ronde bordée de noir, l’autre réniforme, au bord d'une série de taches noires en forme de lunules, et les ailes postérieures d’un blane opalin.

Les Papillons éclosent dans les derniers jours de mai ou dans les premiers jours de juin, un peu plus tôt ou un peu plus tard, suivant la température. Les femelles déposent ordinairement leurs œufs en petites plaques à la face inférieure des feuilles ou vers l’origine destiges des plantes à racines pivotantes, les Betteraves, les Chicorées, ete. Les chenilles ne restent jamais sur les feuilles ; elles entrent en terre et s’y tiennent cachées constamment pendant le jour; la nuit seulement elles voyagent, mais sans attaquer le feuillage. Rongeant les racines au collet, elles les creusent profondément, et arrivent à les couper, si leur volume n'est pas considérable. Parvenues à leur plus grande dimension dans le mois de juillet, les chenilles de la Noctuelle des moissons ont alors une longueur de 4 centimètres à 4 centimètres et demi. Leur corps, lisse, luisant, d’un gris verdâtre assez sombre, porte sur chaque anneau deux rangées transversales de points verruqueux d'un noir brillant, surmontés d’un poil. Leurs mandibules sont fortes et. tranchantes, et ainsi parfaitement constituées pour entamer des racines; leur lèvre supérieure n'a pas d’échancrure, ce qui s'explique avec le genre de nourriture que prennent ces Insectes ; leurs pattes membraneuses, très-courtes, présentent à leur extrémité une cavité fort petite, circonscrite par un rebord dur, où les crochets font à peine saillie. La chenille, que les cultivateurs appellent le Ver gris, trouve ainsi toute facilité pour marcher dans la terre, mais elle aurait une grande difficulté à grimper, ses pattes n'étant pas construites pour saisir. Nous avons ici un exemple bien frappant des adap— tations des organes à des conditions d'existence déterminées pour l’animal.

Les chenilles de la Noctuelle des moissons, arrivées au terme

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de leur croissance, se façonnent une loge dans la terre à une très-faible profondeur. Ne produisant que très-peu de soie, elles en ont assez cependant pour consolider les parois de leurs cellules et les rendre imperméables à l’eau. Quand la saison est chaude, les Papillons éclosent dès le mois d'août; au moment de sortir, ils entraînent avec eux l'enveloppe de la chrysalide, qui les protége et leur permet de traverser une couche de terre d'une certaine épaisseur, Comme les espèces dont les larves vivent dans le bois, ils n’abandonnent cette dépouille qu'après être au dehors. Lorsque les Noctuelles naissent au milieu de l'été, on voit de nouveau leurs chenilles pendant l'automne; celles-ci se transforment en chrysalides aux approches de l'hiver, mais si elles ne sont pas au terme de leur développement quand les premiers froids se font sentir, elles hivernent et ne subissent leur métamorphose qu'au printemps. [y a dans la manière dont se succèdent les générations et les transformations de cette espèce des variations dépendantes de la température sur lesquelles se sont mépris la plupart des auteurs qui en ont parlé.

La Noctuelle des moissons, Insecte depuis longtemps réputé des plus nuisibles, devient en certaines circonstances un fléau pour l’agriculture. En 1865, la multiplication de cette espèce dans plusieurs départements de la France, et surtout dans ceux du Nord et du Pas-de-Calais, était prodigieuse, les ravages qu'elle exerça presque incroyables. Au collet:de chaque Betlerave, sans aucune exception, il y avait une quantité considérable de chenilles; en grattant un peu la terre, entre les lignes de Betteraves, on en mettait à découvert sur tous les points. En certains endroits, il a été possible d'en recueillir plus d’une centaine sur l'étendue d’un décimètre carré.

Certes, quand on étudie les habitudes, les mœurs de l'Insecte, il est facile de comprendre sa multiplication excessive, comme les causes qui peuvent à certains moments le faire disparaître,

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L'ameublissement extrême de la terre fournit à la chenille les conditions de séjour les plus favorables, comme l'abondance de la plante qui lui convient lui assure sa subsistance. Que l’on raffermisse la couche superficielle de la terre, ce qui ne semble être en aucune façon nuisible à la végétation, et les chenilles auront peine à vivre; que lon enlève les plaques d'œufs sur les feuilles des jeunes Betteraves, au commencement de juin, et l'on sera assuré de préserver les champs. Si l'espèce nuisible disparaît plus ou moins, après s'être montrée en abondance, c’est à plusieurs causes qu'il faut attribuer le fait : la mulüplication des Ichneumons, qui tuent les chenilles ; des pluies continues au moment de la naissance des Papillons, qui empêchent l’accouplement de ces Insectes; les circonstances qui amènent le tassement de la terre. Plusieurs auteurs ont dit que la Noctuelle des moissons attaquait les végétaux les plus différents, notam— ment les Céréales. C’est là une erreur, comme nous avons pu nous en convaincre par des observations attentives et très-nombreuses.

La Noctuelle Double-tache (Noctua exclamatiomis) est également fort nuisible aux plantes potagères. Sa chenille, un peu plus allongée, un peu plus claire que celle de la Noctuelle des moissons, vit de la même manière, aux dépens des racines, sans presque jamais sortir de terre. Le Papillon est facile à reconnaitre à ses ailes d’un gris clair, ayant, outre les deux taches centrales ordinaires, deux lignes vers la base, la seconde unie à un trait que l’on a comparé à un point d'exclamation, une raie trans—

versale denticulée de couleur noirâtre, et une ligne pâle près du bord.

La Noctuelle du Blé (Noctua Tritici) attaque particulièrement les racines des Céréales. Le Papillon, dont les ailes sont d’un gris cendré, avec des taches plus obscures et une raie presque blanche, a été souvent confondu avec d’autres espèces.

Aux États-Unis, des espèces extrêmement voisines des Noc-

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tuelles d'Europe (Noctua messoria, N. devastalor, ete.) vivent dans les mêmes conditions et ne sont pas moins préjudiciables à la végétation. On trouve la description de ces Insectes dans les ouvrages de M. Harris sur les Insectes nuisibles.

On donne le nom de Triphènes à des Noctuelles ayant les antennes simples dans les deux sexes, etles ailes postérieures, en partie au moins, d’un jaune fauve. Leurs chenilles vivent sur des plantes basseset se tiennent presque toujours cachées. La Fiancée (Triphæna pronuba) est un assez grand Papillon que l'on voit communément dans les jardins et parfois jusque dansles maisons. Ses ailes de la première paire sont brunes, variées de gris ; ses ailes de la seconde paire, d’un jaune fauve, avec une large bordure noire. La chenille de cette Noctuélide, grise ou verdätre, avec des lignes jaunes et des taches noires disposées en séries, dévore les Oseilles, les Laitues, les Choux, rongean( surtout le cœur de la plante. Elle s'enfonce dans la terre à l’automne, et se transforme en chrysalide au printemps. Une espèce plus petite (Triphœæna orbona) est presque aussi commune.

De nombreuses Noctuélides ayant des antennes simples, le thorax et l'abdomen pourvus de poils et d’écailles relevés en une sorte de crête, sont classées dans un groupe particulier (Hadénites). Leurs chenilles, en général vivement colorées, se nourrissent de différentes plantes, et ne fuient pas la lumière, comme celles des Noctuélites. Citons comme type du genre Hadena, la Potagère (Hadena oleracéa), si commune dans les jardins potagers : sa chenille, verte, avec des raies blanches et jaunes quand elle est jeune, souvent brune quand elle a pris toute sa taille, ronge les Oseilles, les Épinards, les Choux. Elle se construit dans la terre une coque formée de particules terreuses liées avec de la soie. Le Papillon a les ailes de la première paire d'un gris roux, présentant au centre un anneau ovale blanchâtre, puis une tache jaune réniforme, puis une raie transversale dentelée, presque blanche, Une autre espèce, la Brassicaire (H. Bras-

sicæ, — genre Mamestra de divers auteurs), est un plus grand fléau encore pour les maraîchers. Sa chenille, brune ou d’un vert foncé, est celle que l’on trouve continuellement entre les feuilles ou dans le cœur des Choux. Elle se transforme en chrysalide dans la terre, et le Papillon éclôt au printemps de l'année suivante. Celui-ci a des ailes d'un gris sombre varié de noir.

Dans le même groupe, les Dianthécies se font remarquer par les ailes des Papillons parées de couleurs assez vives et de dessins nettement tracés, comme par les habitudes des chenilles. Celles-ci dévorent les boutons et les fleurs, surtout le calice des OEillets, des Nielles, de la Coquelourde, de la Saponaire, c'est-à-dire, des plantes de la famille des Caryophyllées (Dianthæœcia capsincola, D. conspersa, ete.).

Les Noctuélides du groupe des Leucaniites se reconnaissent à leurs ailes étroites de couleur pâle, sans dessin marqué, souvent comme veinées, à leurs palpes saillants, à leurs antennes pubescentes ou crénelées. Les chenilles des Leucanies, presque blan= ches ou d’un gris rosé avec des lignes plus sombres, vivent sur des Graminées et se tiennent toujours cachées. Chenilles et Papillons semblent décolorés; aussi Engramelle nomme-t-il l'espèce la plus commune en Europe, la Bléme (Leucama pallens). D'autres espèces du même groupe composant le genre Nonagrie représentent, par leurs habitudes et par certaines analogies de conformation des appendices, les Cossus et les Hépiales de la famille des Bombycides. Leurs chenilles, fort allongées, à pattes très-courtes, vivent dans l’intérieur des tiges de Graminées et de Cypéracées. Les Papillons ont le corps et surtout l'abdomen très-longs. La Nonagrie de la Massette (Nonagria Typhæ) se trouve fréquemment dans les tiges des Massettes, qui eroissent dans les étangs et les marais.

Dans cette vaste famille des Noctuélides, il faut distinguer encore quelques petits groupes particuliers, les Xylinites, les Plusiites, les Catocalites. Au premier de ces groupes appartiennent

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les genres des Xylines et des Cucullies. Les ailes de la plupart de ces Lépidoptères sont veinées comme ces bois recherchés pour la confection des meubles élégants. Aussi est-ce le mot qui, chez les Grecs, désigne le bois, qui a été choisi pour le nom du genre principal du groupe : Xylina.

Les Xylines ont le thorax garni de poils et d’écailles formant une sorte de crête, des ailes longues et étroites, des antennes absolument filiformes chez les deux sexes. Dans leur premier âge, elles offrent différentes colorations. Pour se transformer en chrysalides, les chenilles se cachent en terre et filent une coque mélangée de soie et de débris de toute nature. Sur les élégantes Scabieuses, sur les Linaires qui poussent au bord des chemins ou à l'abri des murailles, vivent des chenilles de Xylines (genre Cleophana) qui ne craignent pas trop de se montrer à la lumière : elles sont jolies ; leur corps, lisse, d’un vert tendre chez quelques espèces, est orné de lignes blanches; chez d’autres espèces, il est paré de longues bandes alternativement Jaunes et blanches et parsemé de points noirs (la Xyline de la Linaire, Xylina Linariæ).

Mais parmi les Xylines, l'espèce la plus charmante est celle que l'on peut observer le plus aisément, Vers la fin de mai, et pendant le mois de juin, voltige souvent, au voisinage des plates-bandes de Pieds-d’alouette, un petit Papillon dont les fraiches nuances s'aperçoivent même au crépuscule. Son corps et ses ailes postérieures sont d’un gris de perle, ses ailes antérieures d’un rose violacé tendre avec des raies plus foncées. C'est la Xyline du Pied-d'alouette (Aylina Delphinü, genre Chariclea). Bientôt les fleurs et surtout les fruits des Piedsd'alouette sont rongés par les chenilles de cet Insecte. Ces chenilles, luisantes, d’un blanc rosé ou violacé, ont sur les côtés deux raies jaunes, sur le dos une suite de traits noirs, et sur chaque anneau de gros points également noirs. Elles se (transforment dans la terre, où elles fabriquent une coque

avec des grains de terre agglutinés au moyen d’un peu de soie.

La Xyline du Pied-d'alouette ne se rencontre jamais, dans notre pays, hors des jardins. Le Pied-d'alouelte nous a été apporté de la Perse; l’Insecte est venu avec la plante, il ne l'a jamais quittée. Toutes nos plantes indigènes lui sont indifférentes, même le Pied-d’alouette des champs. À la Louisiane, dans la Géorgie, une espèce de Xyline est particulièrement nuisible aux Cotonniers.

Les Cucullies se rapprochent beaucoup des Xylines, mais on les reconnait sans difficulté à quelques particularités trèsfrappantes. Les écailles de leur thorax forment, en avant, une sorte de capuchon (cucullus); de là le nom expressif de Cucullie. Sur l'abdomen règne également une crête bien prononcée. Ce sont aussi de belles chenilles que celles des Cucullies. Observons plutôt.

Comme on a voulu le montrer sur la planche voisine, il fait un beau soir d'été; les belles plantes de la famille des Scrophulariées, les Molènes ou Bouillons-blances, sont en fleur. Des chenilles qui demeuraient cachées et comme engourdies pendant la chaleur du jour, se mettent à grimper et à ronger les feuilles. Leur peau lisse, d'un blanc jaunâtre, a la plus grande fraicheur; sur la teinte pâle se détachent de gros points noirs. Des chenilles parvenues à leur entier accroissement avant les autres sont descendues au pied de la plante. Elles se sont plus ou moins enfoncées en terre, et pour se transformer en chrysalides, chacune, avec un peu de soie et quelques grains de terre, s’est constitué une coque de chétive apparence. Des Papillons sont déjà éelos; ils voltigent près de la plante qui les a nourris pendant leur premier âge, venant encore parfois humer un peu du miel de ses fleurs. Ce sont d’élégants Nocturnes, dont les ailes antérieures, semblables à ces bois dont on admire les veines, ont une couleur d’un brun roussâtre passant insensiblement à un ton roux d’une certaine vivacité.

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