MÉTAMORPHOSES DE LA CUCULLIE DU BOUILLON-BLANC
(Cucullia Verbasci).
: DS f UT EC LE JAN on
C'est l’histoire entière de la Cucullie du Bouillon-blane (Cucullia Verbasci). N existe un assez grand nombre d'espèces de ce genre, et plusieurs d’entre elles se ressemblent tellement à l'état de Papillon, qu'il est parfois fort difficile de les distinguer avec certitude. Observées dans toutes les phases de leur existence et dans leurs habitudes, les distinctions spécifiques
deviennent manifestes. C’est ce que le docteur Rambur s’est attaché à montrer il y a plus de trente ans.
La Cucullie du Bouillon-blane (Cucullia Verbasa), à l'état de chenille, ronge les feuilles. La Cucullie de la Scrophulaire (Cucullia Scrophulariæ), presque pareille à cette dernière à l’état de Papillon, en diffère notablement sous sa forme de chenille par la coloration; elle en diffère aussi par ses habitudes, car elle s'attaque surtout aux fleurs et aux fruits. D'autres espèces de Cucullies présentent des différences du même ordre, ou vivent exclusivement sur certaines plantes. Tout devient précis, quand l'étude est complète.
D'autres Noctuélides ont aussi des antennes simples, un corselet pourvu d’une crête, mais on les reconnaît bien aisément à leur parure. Elles ont seules, parmi les Noctuélides, des ailes ornées de taches d’or, d'argent, d'espaces cuivreux ou sablés d'une couleur métallique. Elles forment le petit groupe des Plusites, dont le genre principal est celui des Plusies, nom qui signifie richesse. Quelques espèces de ce genre, particulières aux régions alpines, offrent un si heureux mélange de dessins métalliques et de couleurs tendres d’une incomparable délicatesse, que les amateurs les montrent comme les Joyaux de leurs collections. Les Plusites sont remarquables, sous leur forme de chenilles, par le petit nombre de leurs pattes membraneuses; elles n’en ont que deux paires, où toutes les autres larves de Lépidoptères dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent en ont quatre. Aussi ces chenilles ont une démarche singulière ; elles progressent en repliant leur corps d'une façon qui ressemble aux
mouvements des chenilles de Phalénides, ce qui leur à valu l'épithète de Semi-arpenteuses.
La plus commune des Plusies dans notre pays, la Plusie gamma (Plusia gamma), est très-modestement parée, si on la compare à ses congénères. Ses ailes de la première paire, grises et noirâtres avec des reflets bronzés, portent pour tout ornement une tache d'aspect argenté, ayant à peu près exactement la forme du gamma grec (y). Sa chenille, couverte de poils épars, comme les feuilles des Orties, est verte, avec six raies blanches et deux raies latérales jaunes. Pour se transformer en chrysalide, elle file une petite coque de soie pure ; mais la soie étant peu abondante, la coque est faible. L'instinct de l'animal supplée à ce défaut; à l’aide de quelques fils, la Plusie retient des feuilles qui masquent sa coque et lui font une protection.
La chenille de la Plusie gamma est une bête nuisible dans les années et dans les localités où elle est très-abondante. Assez indifférente sur le choix de sa nourriture, elle s'attaque à une foule de plantes herbacées, et parfois elle exerce d'assez grands ravages dans les potagers. Réaumur lui a consacré un de ses mémoires, sous ce titre : Des Arpenteuses à douze jambes, ou des chenilles qui ont fait de grands désordres, en 1705, dans les léqumes du Royaume. « H n’est pas aisé, dit Réaumur, de se représenter » la quantité de ces chenilles, qui a paru cette année aux envi- » rons de Paris et dans une grande étendue du Royaume, » comme depuis Paris jusqu'à Tours, en Auvergne, en Bour- » gogne, ete. Elles ont commencé par attaquer les légumés; elles » ont ravagé presque tous les jardins Rose des environs de » Paris, appelés marais, à un tel point, qu'on n'y voyait au plus » que des fragments de feuilles; les plantes n'avaient plus que » des tiges et des côtes de feuilles. »
Les dégâts qu'exerce la Plusie gamma ont rarement une paveille gravité, néanmoins les cultivateurs doivent toujours se méfier de cet Insecte. Si les conditions atmosphériques lui sont
Rd, ht -à, 25 à à
rap lie Mettre ps dt di : à lis réal ti ut de Lens
favorables pendant quelques années, il peut dans un temps se montrer en très-grande abondance, et cela d'autant mieux, que ses générations se succèdent avec une étonnante rapidité durant toute la belle saison.
Si l'on se promène sur les rives plantées de Saules et de Peupliers, par une matinée où une soirée de la fin d'été, ou par un temps couvert et pluvieux, on voit voler, puis se poser sur les troncs, des Noctuelles d’une taille bien supérieure à celle des autres Noctuélides et d’un aspect très-saisissant par la couleur vive de leurs ailes postérieures. Ce sont les Lichenées (Catocala). Les Papillons ont les antennes longues et grêles, le thorax arrondi; les premières ailes grises, nuancées, et les ailes postérieures bleues, rouges ou jaunes. Au repos, les ailes de la première paire étant seules visibles, les Lichenées, fixées, immobiles sur des troncs où dés murailles, sont difficiles à apercevoir. Lorsqu'on les approche de trop près, elles s’envolent et étalent leur beauté, mais c’est toujours pour aller se poser de nouveau dans le voisinage.
Les chenilles de ces Lépidoptères ont des formes très-caractéristiques : très-allongées, arrondies en dessus, aplaties ou concaves en dessous, garnies de poils disposés de chaque côté comme une frange, leur aspect frappe les observateurs les plus superficiels. Habituellement d'une couleur grise, avec des marbrures plus claires, plus foncées, brunes ou verdâtres, souvent blotties dans des crevasses du tronc ou des branches, ces chenilles offrent si bien les teintes de l'écorce et des Lichens, que leur présence est parfaitement dissimulée. Pour leur métamorphose, les Lichenées se contruisent entre les feuilles une coque à réseau lâche. Les chrysalides sont couvertes d’une sorte d’efflorescence qui rappelle celle de certains fruits : des prunes, par exemple.
La Lichenée bleue (Catocala Fraæini), la plus grande de nos espèces indigènes, la seule dont les ailes postérieures soient de couleur bleue, n’est pas rare surles Peupliers, La Lichenée rouge
(Catocala nupla) est la plus commune sur les bords des rivières et des canaux.
Nous citerons enfin comme type remarquable de la famille des Noctuélides, les Érèbes (groupe des Érébites), non pas pour leurs métamorphoses, qui sont à peine connues, mais à raison de la taille exceptionnelle de plusieurs d’entre eux. Les Érèbes, pour la plupart, sont des Lépidoptères d' Amérique ayant des couleurs sombres. L'Érèbe chouette (Ærebus strix), espèce fort commune au Brésil et à la Guyane, et que l’on apporte journellement en Europe, a des ailes d'une envergure de 20 centimètres, d'un gris pâle, avec une multitude de raies ondulées ou dentelées grises ou noirätres.
On distingue, sous le nom de Paarénnes, les représentants d'une grande famille assez bien caractérisée. Les Phalénides ont presque toutes un corps assez frêle, comparativement à celui des Bombycides et des Noctuélides; des ailes très-amples, relativement au volume du corps, ordinairement horizontales pendant le repos ; des antennes en forme de soies, très-souvent pectinées ou même flabellées chez les mâles; une trompe rudimentaire, membraneuse, sans usage pour l'animal, et des palpes assez petits. Mais c’est particulièrement sous leur première forme que ces Lépidoptères sont remarquables. Les chenilles des Phalénides, longues, cylindriques comme les tiges d'une plante, n'ont en général que deux paires de pattes membraneuses; il y en a trois dans un petit nombre d'espèces; elles manquent aux anneaux qui, dans toutes les autres chenilles, supportent les trois premières paires de pattes membraneuses. Par suite de ce fait, le mode de progression est fort différent de celui des autres larves de Lépidoptères.
Les chenilles des Phalénides voulant avancer commencent par prendre un appui avec leurs pattes écailleuses; détachant alors la partie postérieure de leur corps et la portant en avant, elles fixent leurs pattes membraneuses; détachant ensuite les pattes
écailleuses, elles étendent complétement le corps pour recommencer les mêmes manœuvres,
Dans ce singulier mode de progression, ces chenilles semblent mesurer, arpenter le sol, ce qui leur a valu les noms de Géomètres et de Chenilles arpenteuses. Ce n’est pas toutefois l'unique singularité de ces Insectes, Doués d’une incomparable puissance
DURCUNT