COQUES DE TINÉIDES DU BRÉSIL
tion des coques qu'elles construisent pour se transformer en chrysalides : ce sont les Alucites. On trouve communément dans nos jardins l’Alucite de la Julienne (Alucita porectella); sa coque est un délicieux réseau ordinairement caché à la face inférieure des feuilles. Mais des espèces du Brésil de plus grande taille nous fournissent ce qu'on peut voir de plus ravissant, d'autant mieux
que ces réseaux si réguliers, si parfaits, sont d’une jolie couleur violette, d'une teinte rougeûtre, etc.
Certaines espèces, par le genre de vie, par les habitudes de leurs larves, représentent, parmi les Tinéines, les Psychés de la famille des Bombycides. On les appelle des Coléophores, ce qui veut dire porle-élui où porte-tuyau. Les papillons ont des palpes très-ascendants et des ailes longues, étroites, presque pointues, garnies d’une longue frange. Ces petits Lépidoptères se cachent sur les arbres pendant le jour ; avec des habitudes nocturnes, ils ont des couleurs éteintes.
Les papillons paraissent en juillet; leurs œufs pondus, les chenilles éclosent, et, à peine nées, s'introduisent dans une feuille ou dans une graine, et commencent à miner. Abandonnant leur vie complétement sédentaire dès qu’elles ont acquis une certaine grosseur, elles coupent les deux épidermes de la partie de la feuille qui a été rongée, et cousant avec un peu de soie les deux morceaux, se trouve façonné un fourreau portatif, qui leur permettra de se promener en restant protégées. Les Coléophores fabriquent leur demeure avec tant de facilité, qu'elles ne se donnent pas la peine de l'agrandir quand elle est devenue trop petite, ni de la raccommoder quand elle a subi des avaries ; elles la délaissent et en confectionnent une nouvelle, après. avoir été ronger le parenchyme d’une feuille. D’autres, après avoir mangé tout l’intérieur d’une graine, trouvent dans l'enveloppe un fourreau parfaitement à leur convenance.
Dans son ouvrage spécial sur les Teignes, M. Stainton énumère 126 espèces de Coléophores observées sur les végétaux de l'Europe centrale. Parmi les espèces les plus faciles à rencontrer, on peut citer celles de l’Orme (Coleophora fuscedinella), du Rosier (C. gryphipennella).
Pendant l'été et mieux encore en automme, si l’on porte le regard sur les haies, sur les arbrisseaux des jardins, sur les arbres de la lisière des bois ou des avenues des forêts, et même
sur une foule de plantes herbacées, on aperçoit, à la surface des feuilles, des plaques sombres plus où moins étendues, des raies diversement contournées, étranges comme des dessins hiéroglyphiques. Sur les feuilles vertes, ces raies et ces plaques se dessinent nettement; elles ont pris une coloration brunâtre, ear l'espace est flétri et bientôt desséché. C’est l'œuvre de certaines chenilles de Teignes. Ces chenilles, à peine écloses, pénètrent dans l'épaisseur d’une feuille, rongent le parenchyme, respectant l'épiderme; elles demeurent ainsi à l'abri d’une foule de dangers extérieurs, si redoutables pour des êtres privés de tout moyen de défense. Réaumur, toujours préoccupé de l'idée d'appeler l’attention sur un trait de mœurs, les a nommées les Chenilles mineuses.
Les chenilles de ces Tinéines, trop faibles pour couper les feuilles, se contentent de ronger; leur lèvre supérieure n’a rien à maintenir, cette lèvre n’est point fendue. Dansles circonstances au milieu desquelles s'écoule la vie de l’animal, les pattes membraneuses, n'ayant aucune tige, aucune feuille à saisir, sont réduites à de très-petits tubercules garnis d'une véritable couronne de crochets ténus, capables de se fixer sur une surface peu résistante.
Des Teignes mineuses d’un genre particulier semblent vivre exclusivement sur les Graminées et les Cypéracées. On en a faitle genre des Élachistes. A l'état adulte, ce sont des papillons pleins d'activité à certaines heures, se réunissant presque toujours comme des essaims, ayant des ailes parées de dessins élégants ou marquées de taches d’or et d'argent, des palpes minces, longs, recourbés. Les chenilles des Elachistes, assez semblables à celles des autres mineuses, quittant leur retraite aux approches du froid, vont chercher un abri plus sûr pour passer l'hiver et se transformer au printemps.
D'autres Teignes mineuses se métamorphosent dans un plus court espace de temps. Par exemple, les Lithocolletis, que l’on voit voler surtout au mois de juillet et au mois de septembre. Petits papillons à la tête poilue et aux palpes droits et pendants,
ils ont des antennes, sorte de soies grèles, qui souvent s’agitent avec rapidité; des ailes aux couleurs variées, très-fré— quemment ornées de taches égales en éclat à l'or et à l'argent,
BURCUAT
UNE BRANCHE DE CHÈVREFEUILLE DES HAIES DONT LES FEUILLES SONT OCCUPÉES PAR DES CHENILLES DE LITHOCOLLETIS
(Lithocolletis emberixæpennella).
En plusieurs endroits, l'épiderme a été déchiré pour mettre des chenilles et chrysalides à découvert,
a. Papillon de grandeur naturelle, — b, Papillon grossi, — e. Une chenille grossie,
avec des franges splendides, et ces ailes, entièrement déployées, mesurent une envergure de quelques millimètres.
On n’a pas découvert en Europe beaucoup moins d’une cenlaine d'espèces de Lithocolletis. Chaque espèce affectionnant d'ordinaire un végétal particulier, sa détermination devient assez facile, si l’on connaît ses mœurs.
Entre ces divers Lithocolletis, nous en citerons un plus parti-
culièrement, le Lithocolletis aux ailes de Bruant (Lithocollehs emberizæpennella), à cause d’une vague analogie avec la coloration du plumage de l'oiseau qui porte ce nom.
Au printemps et à la fin de l'été, c’est-à-dire deux fois dans le cours d’une année, sur les haies où croissent les Chèvrefeuilles sauvages, se montre bien souvent un tout petit papillon aux ailes d’un brun safrané, ornées de bandes et de taches blanches et bordées d’une fine et longue frange soyeuse.
La chenille de ce joli papillon vit sur le Chèvrefeuille des haies ; elle mine les feuilles par leur face inférieure, rongeant la partie charnue. La feuille attaquée se contourne irrégulière ment, et sous le moindre effort pour la tendre, l'épiderme se déchire ; la petite chenille est mise à nu. Celle-ci, d'un blanc verdâtre, pâle, semi-transparente, étiolée, comme un animal dont la vie se passe dans l'ombre, avance ou recule avec agilité lorsqu'on l’inquiète. Ses pattes membraneuses sont très-petites, et celles de la quatrième paire font entièrement défaut. Au terme de sa croissance, la chenille, sans quitter la feuille dont elle s'est nourrie, file une coque soyeuse assez épaisse, ordinairement d'un vert sombre et s’y transforme en chrysalide.
Examinons les feuilles des Ormes, des Peupliers, des Saules, des Cerisiers, des Aunes, de la plupart de nos arbres et de beaucoup de plantes herbacées, nous y rencontrerons des chenilles mineuses, des chenilles de Lithocolletis, ayant chacune sa manière propre de miuer ; les papillons ayant chacun ses caractères distinctifs dans la coloration de ses ailes et dans les détails de ses formes extérieures.
Ces Lithocolletis, si petits parmi les Lépidoptères, ne sont pas encore cependant les plus petits ; il y a les Teignes que les entomologistes appellent les Nepticules. Chez ces dernières, l'envergure des ailes ne dépasse pas 5 à 6 millimètres. Dans les jardins, on voit souvent voltiger des Nepticules, papillons aux teintes sombres, aux ailes couvertes de grandes écailles. Leurs chenilles
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sont des mineuses comme les Lithocolletis ; Seulement elles minent d'une façon particulière, Dans l'épaisseur d’une feuille, elles creusent une véritable galerie tortueuse, parfois pleine de détours. Tout le monde remarque sur les Rosiers des feuilles qui montrent à leur surface une large ligne brune ondulée, serpentante : c’est la galerie de la chenille de la Nepticule du Rosier (Nepticula anomalella). Les Ronces, les Osiers, les Ormes, les Pruniers, les Cerisiers, les Chênes, et tant d’autres plantes, ont aussi leur Nepticule spéciale.
Deux genres encore de cette grande tribu des Teignes méritent d'être considérés à raison d’un singulier caractère de leurs ailes : les Ptérophores et les Ornéodes. Nous y remarquons une singulière dégradation des organes du vol, qui devient, pour ces petits Insectes, une beauté délicate et étrange. Leurs ailes sont coupées dans le sens de la longueur en plusieurs branches, et ces branches, garnies d’une longue frange de la plus incroyable délicatesse, ont toute l'apparence de jolies plumes réduites aux plus mignonnes proportions.
Chez les Ptérophores, les ailes de la première paire sont divisées en deux parties, les ailes de la seconde paire en trois parties. Ces Lépidoptères ont une longue trompe et de grandes pattes postérieures munies d'ergots. Ils voltigent pendant le jour, ne parcourant jamais qu'un bien petit trajet à la fois. Des ailes découpées ne permettent point un vol soutenu. Le Ptérophore pentadactyle, ou le Ptérophore blanc, comme l'appelait Geoffroy, est dans notre pays le plus commun et aussi le plus joli entre tous les Ptérophores. Tout entier d’un blanc pur, il se fait admirer sur les haies et les charmilles, où la blancheur de son corps et de ses ailes se dessine sur la teinte des feuilles. La chenille de cette espèce, rayée de vert, de blanc, et de jaune, vit sur les Liserons, Liserons des haies, Liserons des champs. Arrivée à son entier accroissement, elle abandonne la plante qui la nourrissait, afin de s'établir sous un abri, tel qu'une encoignure de
Méta ét. à lé. si