‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 64 sur 174 · RP. ST STE · texte numérisé non relu

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cède sans retard à la réparation du nid ; les Fourmis reprennent les bûchettes amoncelées et les emploient à reconstruire. Tout marche si bien et si vite, qu'une heure après il était difficile d’apercevoir les traces du dégât.

Si la plupart des espèces de Fourmis se ressemblent par leurs habitudes, par leurs instincts, par l'intelligence, chaque espèce affectionne une situation particulière, établit ses constructions d’après un plan spécial, et présente toujours quelques détails de mœurs qui lui sont propres.

Huber a qualifié de Fourmis maçonnes les espèces qui n'emploient pas d’autres matériaux que la terre. Il y en a deux, fort communes en France et dans une grande partie de l'Europe: la Fourmi noir-cendrée (Formica fusca) et la Fourmi mineuse (Formica cunicularia). Chez la première, les individus neutres sont d’un brun noirâtre, avec une fine pubescence cendrée, les antennes et les pattes roussâtres ; les femelles d’un noir brillant, les mâles un peu cendrés avec les pattes fauves. Chez la seconde, les ouvrières sont d’un roux ferrugineux, avec le dos plus brun ainsi que les pattes, la femelle à peu près de la même nuance, et les mâles noirs avec les pattes testacées. La Fourmi noir-cendrée creuse le sol et dispose, à l’intérieur d'une grande cavité, des loges, des couloirs, des avenues plus ou moins spacieuses ; des étages sont superposés quelquefois en nombre considérable, etle nid forme à l'extérieur une sorte de voûte. La Fourmi mineuse construit à peu près de la même façon, mais jamais sa demeure ne s'élève au-dessus du sol. Ces Insectes pétrissent la terre avec leurs mandibules, en forment des piliers, des colonnes, des cloisons, ne négligeant pas de remplir les fentes, de faire disparaître les inégalités, agissant enfin comme le feraient d'habiles constructeurs.

Huber décrit minutieusement les opérations qu'il a observées, et puis en quelques lignes il trace le tableau de l’ensemble : « Cette foule de maçonnes, dit le patient naturaliste, arrivant de

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» toutes parts avec la parcelle de mortier qu’elles vouloient ajou- » ter au bâtiment, l’ordre qu’elles observoient dans leur opéra- » tion, l'accord qui régnoit entre elles, l’activité avec laquelle » elles profitoient de la pluie pour augmenter l'élévation de leur » demeure, offroient l'aspect le plus intéressant pour un admi- » rateur de la nature. »

Ces Fourmis maçonnes ne peuvent travailler pendant la sécheresse ; elles n'auraient aucun moyen de pétrir la terre. Huber rapporte qu’un jour les Fourmis en observation n’eurent pas le temps de finir un étage commencé, la pluie cessa avant l’achèvement du plafond, et le vent ayant desséché trop promptement les premiers travaux, les matériaux déjà employés s’égrenaient. Les laborieux Insectes, reconnaissant avoir fait de mauvaise besogne, détruisirent tout ce qui avait été édifié dans de fâcheuses conditions. On ne saurait vraiment se montrer plus intelligent. Dans un temps de sécheresse, Huber voulut savoir s’il parviendrait à faire travailler les Maçonnes en arrosant leur fourmilière par une pluie artificielle. Les Fourmis, sans s'inquiéter le moins du monde d’où leur arrivait la bonne fortune, se mirent au travail; «elles allèrent, dit notre auteur, se pourvoir de brins » de terre au fond du nid, revinrent les placer sur le faite, et » bâtirent des murs, des caves, en un mot, un étage complet en » quelques heures. »

D’autres Fourmis s’établissent dans les vieux troncs et sculptent le bois avec un art merveilleux. L'espèce la plus répandue de cette catégorie, est la Fourmi fuligineuse (Formica fuhginosa), très-facile à reconnaître à sa couleur d’un noir brillant, à sa grosse tête échancrée en arrière et à ses tarses d’un roux pâle. Ses logements défient presque toute description. Que l’on se figure des étages en quantité incroyable, presque toujours horizontaux, des plafonds et des planchers de l'épaisseur d'un papier fort, des cloisons verticales aussi minces, circonscrivant des chambres, des loges, des salles en nombre immense; sur certains endroits, au lieu

de cloisons, de petites colonnettes qui ménagent des perspectives, et l’on aura à peine une idée de semblables palais où les habitants trouvent toutes les commodités, toutes les aisances de la vie.

Plusieurs sortes de Fourmis ont des habitudes analogues à celles de la Fuligineuse, et quelques-unes, comme la Fourmi échancrée (Formica emarginata),ne dédaignant pas de s’installer dans les poutres des maisons, altèrent singulièrement ainsi la solidité des édifices.

Les différentes Fourmis que nous venons de signaler, et beaucoup d’autres encore, se distinguant chacune par son genre de construction, paraissent se comporter loutes à peu près de la même manière dans l'éducation de leurs larves. Mais il en est, comme la Fourmi sanguine (Formica sanquinea), une petite espèce d’un roux ferrugineux, avec le dessus de l'abdomen et les pattes rembrunies, qui s'établit dans les nids d’autres espèces, notamment de la Fourmi brune (F. fusca) et quelquefois de la Fourmi mineuse; elle va aussi attaquer ces espèces pour s’emparer de leurs nymphes et se procurer des esclaves. Cest là un fait vraiment prodigieux auquel nous ne nous arrêtons pas ici, devant le retrouver dans l’histoire mieux connue d’un autre type.

Pour achever ce qui concerne en propre les espèces du genre Fourmi, il nous faut considérer les relations de ces Hyménoptères avec d’autres Insectes. Les Fourmis, sans exception, recherchent les Pucerons afin de humer la liqueur sucrée qu'ils produisent, et pour la plupart au moins elles vont, comme la Fourmi rousse, leur faire de fréquentes visites sur les végétaux auxquels ils sont fixés ; dans un but semblable, elles se rendent également auprès des Kermès, des Cochenilles, de tous ces Hémiptères enfin, souvent appelés les Gallhinsecles, et que l’on voit attachés aux feuilles d’une foule de végétaux. Dans les régions du monde où il n'existe ni Pucerons, ni Kermès, les Fourmis trouvent des Cicadelles qui leur rendent le même service. Cette

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recherche est déjà fort curieuse sans doute, mais encore pourraiton la trouver d'un peuple assez primitif. Il est des circonstances où les Fourmis font mieux que d'aller au loin recueillir les petites gouttelettes de la liqueur toujours désirée; elles apportent des Pucerons dans le voisinage de leur fourmilière ou dans leur fourmilière même. Les relations des Fourmis avec les Pucerons sont connues depuis longtemps. Avec sa concision ordinaire, Linné a peint le rapport de ces deux sortes d'êtres : le Puceron, a-t-il dit, estla vache des Fourmis (Aphis Formicarum vacca), et le grand naturaliste ne croyait pas encore dire si vrai; comme tout le monde, il pensait que les Fourmis se bornaient à aller plus ou moins loin visiter les Pucerons. Il n’en est pas autrement, en effet, pour beaucoup d'espèces ; mais plusieurs Fourmis, d’habitudes fort sédentaires, transportent les Pucerons chez elles, choisissent ceux qui vivent sur des Graminées, sur des racines, sur des plantes basses. Ces Fourmis, toujours fort attentives à bien traiter leurs Pucerons, ont donc de véritables troupeaux : « Une fourmi- » lière, dit Huber, est plus ou moins riche selon qu'elle a plus » où moins de Pucerons; c’est leur bétail, ce sont leurs vacheset » leurs chèvres : on n’eût pas deviné que les Fourmis fussent des » peuples pasteurs! »

Ce n’est pas tout : depuis longtemps Jes entomologistes se sont aperçus que divers petits Insectes vivaient d’une manière constante avec les Fourmis dont ils ne recevaient que de bons traitements. Les amateurs de Coléoptères, qui n'ont d'autre ambition que de se procurer les Insectes pour les piquer dans leurs collections, vont tamiser les matériaux composant les fourmilières, afin d'y trouver plusieurs petites espèces : des Psélaphides, des Staphylinides. Les Psélaphides, dont on trouvera les caractères énoncés dans le chapitre suivant, et notamment les Clavisères, portent des poils tubuleux que les Fourmis lèchent fréquemment; il parait y avoir là une sécrétion particulière. Ces Clavigères, observés en premier lieu par le célèbre physiologiste

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